‹ L'art de dire: dans la causerie et le discoursChapitre 9 sur 176 · CHAPITRE I PHÉNOMÈNE DE LA VOIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE I PHÉNOMÈNE DE LA VOIX

Un automobiliste qui ne s'intéresserait pas au mécanisme de son véhicule serait doué de bien peu de curiosité. A plus forte raison devons-nous connaître notre appareil vocal, qui non seulement nous sert constamment, mais encore fait partie de nousmêmes.

La voix étant le son qui sort de notre bouche, il nous faut définir le son. C'est reflet causé sur Touïe par les vibrations d'un corps. Faites produire un son à un plateau de cristal où vous aurez semé du sable : tant que durera le son, le sable bougera.

Les instruments de musique sont donc des appareils sur lesquels ou dans lesquels vibre un corps. Dans certains instruments, l'air projeté par l'artiste ou par une soufflerie mécanique concourt à la production du son.

Notre appareil vocal, à nous, se compose : i® d'un organe à produire le son, le larynx; 2® d'un soufflet et d'un porte-vent, les poumons et la trachée-artère; 3° d'un tuyau vocal, le pharynx, la bouche et le nez.

Le larynx, dont la saillie antérieure n'est autre chose que la pomme d'Adam^ forme comme une boîte ouverte

par en haut et par en bas. Une membrane en tapisa les cartilages. Elle se replie, d'avant en arrière, ea deux sortes de lèvres qui laissent entre elles m étroite ouverture, la glotte, et portent le nom à cordes vocales. Leur longueur est de 20 à 25 mil& mètres chez Thomme et de 16 à 20 chez la femme. I y en a deux autres un peu au-dessus, relativemen sans importance.

Corde vocale I Un terme qui représente assez mal Tobjet qu'il désigne. Ne croirait-on pas que noiï avons dans le gosier des cordes de harpe? Ferrei proposa cette appellation parce que le son se produit sur ces bourrelets membraneux, qui se tendent pe» dant la production du son. Leur aspect de bander blanchâtres et nacrées sur le ton rose du larynx IcM fait nommer aussi rubans vocaux.

Une bonne image est celle qui compare le larynx i un chapiteau sur une colonne. La colonne, c'est li trachée-artère. Une vingtaine d'anneaux cartilagineux la constituent. Trachée vient de Tpa;^ùç, rabotem Selon quelques étymologistes, artère tire son origi« de ài^p, air^ et tTjpeiv, conserver. Les anciens anatomiste» croyaient que les vaisseaux qui portent le sang dû cœur aux autres organes contenaient de l'air : d'où le nom d'artère qu'ils ont donné aussi à ces vaisseaux.

La trachée se bifurque en deux tubes de moindre calibre, les bronches, qui se subdivisent en nombreuï rameaux. La trachée, les bronches et les ramifications bronchiques dessinent l'arbre respiratoire, qui. de ses deux branches tout entières, plonge dans loj poumons.

Les poumons ont à peu près la forme de cônes tranchés de haut en bas, sinuant en lobes et concaves à

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la base. Us sont d'une matière moUe, spongieuse, où l'on trouve toute la ramure bronchique, les innombrables vésicules qui ont Tair de ses fruits, tout un tissu cellulaire, des vaisseaux et des nerfs.

Quant au pharynx, — placé derrière le larynx et la trachée à partir de la base du crâne jusqu'à l'œsophage, — c'est un assez long carrefour où s'ouvrent, de haut en bas, les fosses nasales, la cavité de la bouche et, — par une soupape, répiglotte, — rorifice supérieur du larynx.

Des personnes non familiarisées avec le vocabulaire anatomique confondent le larynx avec le pharynx. Le larynx est une petite boîte; le pharynx, un grand canal. Le larynx produit le son; le pharynx le conduit au dehors. Larynx veut dire sifflet; pharynx a, en grec, la même racine que le mot gouffre. Le pharynx est le gouffre par où tout d^cend dans le corps, air, aliments et boissons.

Voilà donc tous les organes essentiels à la phonation.

Cette production du son, voyons comment elle s'opère.

D'abord, les poumons se dilatent. L'air les remplit, arrivé par le nez et la bouche, par le pharynx et le larynx, par la trachée et les bronches. C'est Taspiratien ou inspiration.

Cet air, les poumons ne peuvent longtemps le contenir. Il s'échappe par les bronches, par la trachée. Les poumons se contractent. L'expiration a commencé.

Elle se continue par le larynx. Si la glotte reste écartée, l'air, passant librement, ne produit aucun son; le phénomène de la respiration s'accomplit seul. Mais si les cordes vocales, qui forment les bords de

la glotte, se rapprochent Tune de l'autre, le son s« produit. Pourquoi? Parce que ces bourrelets, qui ont en eux quantité de fibres musculaires, se tendent et vibrent, et parce que Tair, gêné par un obstacle, a, lui aussi, des vibrations.

Il n'est pas superflu d'ajouter qu'entre les fausses cordes vocales et les vraies, les essentielles, se creuse et s'incurve de chaque côté un espace, nommé ventricule. Le son s'y renforce. Chez l'âne dont on sait la puissance vocale, chez le singe hurleur, ces ventricules sont relativement très vastes^

De tout cela, on se rendrait mieux compte en consultant un ouvrage spécial*.

Mais rien ne vaut les leçons de choses. Grâce au laryngoscope, le mystère du larynx se révèle en partie. C'est un petit miroir au bout d'une tige. On l'introduit au fond d'une bouche, — de sa propre bouche, par exemple, — et l'on voit les fameuses cordes vocales.

Profiter enfin d'un autre moyen d'investigation : disséquer un larynx. Le larynx qui se rapproche le plus du nôtre est celui du porc. Monselet, qui a chanté 1' « animal roi, cher ange », eût aimé cette assimilation.

i. Le livre du docteur Garnault, Physiologie, hygiène et thérapeutique de la Voix parlée et chantée, nous a été très utile. L'auteur recommande, lui-même, un ouvrage encore plus détaillé qu'il a traduit : la Voix, le Chant et la Parole, par Browne et Behnke.

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