LE STYLE MÊLÉ
Nous y voici tout naturellement conduits. C*est le style de V. Hugo dans ses drames, dans nombre de ses œuvres. C'est celui de beaucoup d'auteurs modernes, bien qu'il varie selon les diverses personnalités. Pour désigner ce style, nous voudrions une expression qui n'eût aucunement l'air d'une critique. Qu'il nous suffise de déclarer que mêlé signifie exac* tement dans notre pensée : composé d'éléments plus ou moins nobles et d'éléments plus ou moins vulgaires.
C'est le style de Shakespeare.
Hamiet, voyant le fantôme de son père, s'écrie :
Anges et ministres de grâce, défendez-nous! Que tu sois un esprit salutaire ou un lutin damné, que tu apportes avec toi les brises du ciel ou les vapeurs de l'enfer, que tes intentions soient perverses ou charitables, tu apparais sous une forme si mystérieuse que je veux te parler. Je veux t'appeler, Hamiet, souverain, père, royal Danois. Oh! réponds-moi! Ne me laisse pas dans l'angoisse violente de l'ignorance. Dis pourquoi tes os sanctifiés, ensevelis dans la mort, ont rompu leur linceul ; pourquoi le sépulcre, où nous t'avons vu calmement inhumé, a, pour te rejeter, ouvert ses lourdes mâchoires de marbre. Que peut signifier que toi, cadavre, de nouveau tout revêtu d'acier, tu viennes ainsi revoir les rayons de la lune, rendre la nuit hideuse, et, par des pensées qui excèdent notre intelligence, nous secouer si horriblement l'âme, à nous, bouffons de la nature ?