Acte I, scène iv
Mais, se reprochant de ne pas venger son père, il dira :
Cependant, moi, stupide vaurien pétri de boue, je reste inerte comme un Janot rêveur, nullement imprégné de ma cause, et je ne peux rien dire, non, rien pour un roi
L ART DE DIRE. ^ i
dont les biens et la très chère vie ont subi Tinfamie d'un crime infernal. Suis-je un lâche? Allons! qui m'appelle scélérat? qui me fend la caboche? qui m'arrache la barbe et me la jette à la face? qui me tire le nez? qui me donne le démenti par la gorge jusqu'aux poumons? qui me fait cela, hein? Sang de Dieu! j'accepterais l'injure, car si je n'avais pas un foie de pigeon, si je ne manquais pas de fiel, de quoi trouver la tyrannie amère, j'aurais déjà engraissé tous les vautours de la région avec la dépouille de ce laquais. Sanglant, impudique gredin ! gredin impénitent, traître, crapuleux, dénaturé! Oh! vengeance! Mais quel âne je suis! Ma bravoure, à moi, le fils d'un cher père assassiné, à moi que le ciel et la terre exhortent à la vengeance, consiste à décharger mon cœur en paroles comme une fille, à m'épandre en malédictions comme une vraie souillon, un valet de cuisine! Fi donc! pouah !