L'IMITATION
Mais le père, accablé, ne parut point rent(MiJre, Et, fixant sur son fils un œil stupide et tendre, Craintif, ainsi qu'un homme accusé se défend. Il murmura :
« J'ai peur de réveiller l'enfant! »
La femme et Thomme doivent avoir l'accent, le grasseyement des ouvriers parisiens, et l'homme une voix rauque, alcoolique.
Tous les défauts de la voix et de l'articulation, vous devez, dans la diction imitative, pouvoir les adopter. Il vous faut, à l'occasion, le nasillement des notaires, des greffiers de l'ancienne comédie, le chevrotement du vieillard, le zézaiement de l'enfant, le balbutiement du timide, le bégaiement de Brid'oison.
Créez des types, et, jusqu'aux confins du ridicule, restez vrai.
Tâchez d'avoir vraiment l'accent du pays, de la région où votre personnage est né. Il n'est pas facile d'imiter le français des divers étrangers, des divers provinciaux. Cet art nécessite une certaine connaissance des idiomes, sans laquelle on donne à un Anglais, à un Provençal, des inflexions, des prononciations qui ne leur conviennent nullement. Un comédien, dans le rôle de Petit-Jean, ne doit pas se contenter d'un vague accent paysan : il doit parler comme un Picard.
En terminant cette étude sommaire, choisissons un des grands rôles dont nous faisions mention au commencement du chapitre. Comment parle Othello?
Qu'est-ce que cet homme? Son tempérament, d'abord. Nerveux, on ne peut guère l'être plus que lui : il tombe en convulsions. Et il dit lui-même qu'il
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est sanguin : « Par le ciel, mon sang commence à gouverner mes forces raisonnables )>. D'autre part, s'il n'était pas robuste, il n'eût pas supporté toutes les fatigues de sa vie de guerrier et ne serait pas tout prêt à en subir d'autres. Nervo-sanguin et vigoureux. Donc, une voix parfois chaude, sonore, éclatante. Pas toujours, car, chez de telles natures, des affaissements succèdent aux impétuosités. Ce Maure ou plutôt ce nègre (maints détails indiquent sa couleur) a d'ailleurs les indolences de sa race. Dans le bonheur, ce qu'il dit à Desdémona, il le dit d'une voix très douce, avec un grand charme. Mais cette voix n'est jamais bien distinguée, bien fraîche, bien pure. Il dit qu'il « n'a pas ce don des propos doucereux qu'ont les assidus des boudoirs »; qu'il « descend la pente des années, bien que cela ne soit pas très apparent ». Enfin, relativement à nos mœurs, c'est à peine un civilisé, et, dans ses exclamations de colère, quelque chose de guttural doit rappeler non seulement les langues africaines, mais le cri des bêtes féroces.