‹ L'art de dire, dans la lecture et la r©citation, dans la causerie et le descoursChapitre 85 sur 175 · Flammarion, édit · texte numérisé non relu

Flammarion, édit

Récits mêlés de dialogues et dont le vers libre est précieux comme obstacle à la monotonie, les fables sont d'excellentes matières d'étude. Des vers écrits de nos jours offrent aussi cette simplicité si favorable à l'expression juste. Vous en trouverez, par exemple, dans les Émaux bressans, de Gabriel Vicaire, et Raoul Ponchon peut vous en approvisionner, le Ponchon des jours de verve.

Il faut, pourtant, arriver au drame.

Rien ne vous servira mieux de transition que V Avare. Aidez-vous de tout votre instinct de réaliste et dites le monologue de Harpagon, cette tirade oij il y a des hurlements, des gémissements, des sanglots, des cris si divers :

Au voleur! au voleur! à Tassassin! au meurtrier! Justice, juste ciel! Je suis perdu, je suis assassiné, on m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? Qu'est-il devenu? Où est-il? Où se caclie-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N'est-il point là? N'est-il point ici? Qui est-ce? Arrête.

(A lui-même, so prenant le bras.) Rends-moi mon argent,

coquin!... Ah! c'est moi!... Mon esprit est troublé et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi! Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie : tout est fini pour moi et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi il m'est impossible de vivre. C'en est fait! je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris? Euh! que dites-vous i? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure et l'on a choisi justement le

1. Harpagon est seul en scène. C'est donc au public qu'il s'adresse, de temps à autre.

temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question à toute ma maison : à servantes, à valets, à lils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Hé! de quoi est-ce qu'on parle là? de celui qui m'a dérobé? Quel bruit fait-on là-haut? Est-ce mon voleur qui y est? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez quïls ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après!

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