I II
gardera de faire dégénérer en emphase, en ayant soin de rester au diapason : celui de la sincérité simple et honnête.
Suit la mort du grand-père, qui doit aller bonnement^ comme le reste, avec une nuance nouvelle, qui soit comme un avertissement, sur les vers :
Et l'âne qui passait le vit, par la fenêtre,
Dans la bière, coucher et clouer son vieux maître.
Les détails suivants, le convoi ; Téglise, avec les échappées sur la campagne, sobres, sans violence, sans contraste; la tristesse résignée des bonnes gens ; pas la moindre prétention au tragique.
La mesure, un peu plus rapide déjà, s'échauffe #alors :
Voilà que soudain, comme on était là pleurant '
On entendit un cri farouche et déchirant,
Plus qu'humain, tel qu'en peut seule râler la bête
L*ART DE DIRE LE MONOLOGUE 5l
Et Ton vit Paysan entrer, tendant la tète,
Dans l'église, geignant comme un soufflet crevé,
Fou, son licol rompu traînant sur le pavé,
Et l'oreille pendante ainsi qu'aux, hirondelles
Qu'un plomb méchant blessa l'on voit pendre les ailes.
Il avança, chacun regardant stupéfait,
Et, tendre, il allongea son museau, comme on fait
Pour être caressé, sur le drap funéraire...
Le vers marche, le ton s'élève et se mouille, et va, confinant au sanglot, jusqu'au dernier du couplet :
Et lamentablement l'âne se mit à braire.
qui, dans son harmonie imitative, finit, en l'élargissant, sur la même note de compassion désolée.
Vous restez sur cette note plus large, pour dire le petit discours du curé, et continuant vous rélargissez encore jusqu'au vers :
Comme aux enterrements où chantent des .évoques Un cheval chamarré qui suit un empereur,
pour atteindre à la véritable grandeur dans le suivant, qui doit être isolé par une courte pause, et évoquer tout Millet aux yeux de votre public :
Ainsi râne au tombeau suivit le laboureur..
Puis, revenant à la simplicité du début pour dire la conclusion^ mais en laissant dans votre voix la vibration de Témotion acquise, vous achevez, dans une demi-teinte attendrie et fraternelle, par la prière à la Terre :
Mère des Paysans, Terre, sois lui légère,
Et qu*un égal sommeil, sous le tranquille dais
Berce ton grand fils, l'homme, et ses frères cadets I