PAR COQUELIN CADET
Nous avons déjà écrit ce qu'était le mono^ logue moderne^ son origine, sa fonction et son essence, ce qu'il fallait y mettre pour qu'il intéressât le public. Pour faire un civet il faut un lièvre ; pour faire un monologue, il faut une idée cocasse prise dans l'humanité ou basée sur une observation. Si le point de départ est faux, vous pourrez y ajouter tout Tesprit de Beaumarchais, les spectateurs n'y prendront aucun
intérêt. Habillez de bizarrerie, de fantaisie, de naïvetés grosses cotnme des maisons, l'idée fondée sur la raison et sur l'observation, si votre monologue est bien composé il réussira. C'est donc un mélange de fumisterie et de réalité, de niaiserie baroque, et de logique insensée qu'il faut mettre dans ce qu'on appelle aujourd'hui le monologue moderne. M. Charles Cros a découvert ce filon exploité aujourd'hui par tant de gais travailleurs et nous devons lui rendre un hommage très sincère, car il a fait rire ses contemporains avec des œuvres d'une attachante fantaisie tout à fait appropriée au goût du jour.
La chansonnette, malgré quelques rares bons interprètes, est écrasée par le monologue ; et, avant peu, les derniers adeptes de Levassor accourront au soliloque comique.
Si Ton met en parallèle le monologue et la chansonnette, l'avantage reste au premier, le monologue portant, dans sa forme et dans son fond, une littérature que la chansonnette ignorera toujours. La chansonnette était d'un comique tranquille et répondait aux goûts bourgeois qui existaient dans ces vingt dernières années ; le picrate américain qui est caché dans le monologue, sa furia^ son imprévu, ses déhanchements et ses soubresauts répondent absolument aux besoins de notre époque ; on n'a pas le temps de respirer, on rit, sans trop comprendre peutêtre, et l'on confine au fou rire avant d'avoir pu dire : quoi?
Je ne puis mieux comparer les deux genres qu'à la pantomime d'autrefois si merveilleusement interprétée par De bureau et Paul Legrand, et la pantomime vertigineuse d'au-
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jourd'hui, bourrée de gifles et de coups de pied où vous savez, des frères Hanlonlees. On chantait des paysanneries , des anglaiserieSy on imitait des cris d'animaux^ jadis ; maintenant ce n'est plus ça. On veut des œuvres plus solides, d'une gaieté plus nerveuse, plus saccadée, folle, si vous voulez, avec une lueur de raison qui éclaire un bout de caractère. Le public demande de petites comédies bouffes à un personnage qu'on joue sans peser, sans rester. Il est évident qu'il faut, quand on se permet de prendre la parole pendant cinq minutes, pour débiter des bourdes — même littéraires — avoir l'excuse d'une excellente interprétation et d'une œuvre comique irréprochable. Y a-t-il rien de plus navrant au monde que de venir se planter devant un auditoire pourTamuser, et de provoquer toux, bâillements et las-
situde?Rien n'est plus triste qu'une plaisanterie qui rate; rien n'est plus douloureux qu'un comique qui ne fait pas rire.
Nous allons essayer de donner le moyen de réussir dans l'interprétation du monologue comique, sans entrer davantage dans l'analyse d'un genre que tout le monde connaît.