Moi
te,
Dans l'église, geignant comme un soutllet crevé,
Fou, son licol rompu traînant sur le pavé,
Et l'oreille pendante, ainsi qu'aux hirondelles
Qu'un plomb méchant blessa, l'on voit pendre les ailes ; Il 'avança, chacun regardant stupéfait,
Et tendre, il allongea le museau, comme on fuit
Pour être caressé, sur le drap funéraire,
Et lamentablement l'âne se prit à braire.
Peut-être on l'eût battu ; mais monsieur le curé,
Un vieux, fils du terroir aussi, très vénéré,
Vintet dit : ‘ Laissez-le, Ce n’est point un profane ; Le Seigneur, qui souffrit près de sa crèche un âne, Peut bien dans son église endurer celui-ci,
D'autant que le cereneil est une crèche aussi.”
Et, tranquille, il reprit la messe commencée.
Et nul ne se trouva choqué,dans sa pensée,
Des répons que brâmait l'âne dans son latin ;
Et quand fut dit l’Ammen qui clôt notre destin,
Je le pris par la bride : il suivit les obsèques Comme aux enterrements où chantent des évêques Un cheval chamarré qui suit un empereur ;
Aîinsi l’âne au tombeau suivit le liboureur.
Et Paysan quitta le dernier l’humble fosse, Portant,—car sa douleur certes n’était point fausse, N'étant pas héritier, —bas la tête, et sa croix
De misère plus lourde à ses vieux os étroits ;
Triste, il franchit la grille, et jamais dès cette heure Ne ia dépassa plus. —Sachant que la demeure
Du grand-père était là, quand, les jours de marché,
L'on le voulait pousser à la ville, empêché Là comme par un mur, buté de pieds, de tête Et de cœur,—le bâton fît-il rage et tempête Sur ses reins façconnés à ces chocs d’ici-bas, — Paysan n'allait pas plus outre d’un seul pas : I y fût mort plutôt, ce qui ne tarda guère.
Mère des paysans, terre, sois-lri légère,
Et d’un égal sommeil, sous le tranquille dais,
Berce ton grand fils, l'homme, —et ses frères cadets ! PAUL DErAIR.