‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 2 sur 144 · L'AUTEUR · texte numérisé non relu

L'AUTEUR

L’éloquence n’est pas autre chose que la parole qui vit.

LACORDAIRE

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Le temps n’est pas encore bien éloigné de nous,

où les études de diction ne semblaient présenter aucun intérêt, et où l’idée d'en faire le sujet d’un travail de quelque étendue eût paru une prétention excentrique. On se contentait alors d'avoir de bonnes choses à dire, sans s'occuper de les bien

où mal dire. La déclamation—je parle pour le

Canada—était reléguée sur la scène : c'était là son domaine ; le publie consentait, exigenit même qu'elle y régnât, mais ne voulait pas qu’elle en sor!ît ; les feux de la rampe marquaient la limite

extrème de son empire ; on la regardait conime une chose exclusivement de théâtre, enveloppée dans la proscription générale qui frappe les comédiens, et il ne seyait point à un gentilhomme d’en avoir cure tulleurs qu’au parterre.

Depuis quelques années, les choses sont chanvéces, Des hommes autorisés ont reconnu à la déclamation un autre objet que l’amusement des galeries. La lecture à haute voix à été inscrite au programme de l’enseignement primaire, et les plus importantes maisons d'éducation s'appliquent à enseigner aux jeunes gens Part difficile de la récitation. Ces sortes d’études n’ont pas tardé à porter des fruits. Le goût s’en est répandu dans le public ; et, dès maintenant, la diction rest plus l'apanage exclusif des acteurs. Elle est descendue des tréteaux pour monter à la tribune et donner à l’éloquence une puissance nouvelle ; les salons, où la littérature garde ses droits, lui ont ouvert leurs portes, et la poésie récitée à maintenant sa place à côté de la romance traditionnelle — avouons qu'elle n’y fait pas trop mauvaise figure. Le mouvement s’'accentue tous les jours ; tous les jours, devient plus général l'amour du bien dire. Bref, la déclamation est en train de s’introduire sérieusement parmi nous.

Cependant, pour un grand nombre, la déela-

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mation n’a encore qu’une valeur d'agrément ; c'est un jeu, un passe-temps, un luxe ; mais, en tout cas, ce n’est rien de sérieux, rien d’utile.

Ne serait-ce pas là un reste des anciennes répugnances, disons le mot, un préjugé ? Et la déclamation ne mériterait-elle pas d’être traitée moins légèrement ?.....

Nous allons voir que la-déclamation est un art, connne la musique et la peinture, et de plus une puissance éminemment utile à l’orateur.

RS

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