‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 3 sur 144 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la déclamation au point de vue esthétique

Demandons-nous d’abord si la déclamation est un art,—et je n’entends point par là une habileté à produire certains effets, mais je prends ce mot dans son acception la plus noble et la plus élevée ; et puisque en toute chose 1l faut, d’après l’Orateur, commencer par une définition, qu'est-ce que l’art au point de vue esthétique ?

‘“ Le beau ne réside point à la surface des choses. mais il vient du dedans, du principe, de l’essence, de l’idée. Cependant, l’idée toute seule ne parle qu'aux purs esprits ; si elle veut arriver à l’homme, elle a besoin de se traduire dans un terme et de resplendir à travers une enveloppe sensible.” (1) Or, c'est précisément là l’œuvre d'art. L'art est un ouvrage de l’homme s’efforçant de communiquer à une matière choisie l’éclat d’une forme idéale qu’il entrevoit, c’est une représentation de la beauté invisible par des signes expressifs, c'est,

(1) P. Vallet.

| est leté mot vée ; eur, l'art

TER nce, arle oMe et (1)

est ani- ‘me

de

en un mot, suivant la définition classique, ‘ l’expression sensible du beau. ”

Voici donc deux éléments constitutifs de l’art : une forme idéale, le beau, toujours le même dans son infinie variété, et une snatière sensible.

Vovons maintenant si, dans la déclamation, se retrouvent ces deux éléments essentiels.

Une parenté étroite fait d’ebord entrer la déclamation dans la grande famille des beaux-arts ; comme la musique, comme la sculpture, comme la poésie, elle prend le principe intrinsèque de ses créations dans la beauté idéale.

Ici, se rencontre une loi fondamentale de l’art de dire : sa subordination à un autre art, la poésie ou l’éloquence. Le peintre, l’architecte, le poète, regarde le beau sous l’angle qui convient à son tempérament, il le conçoit comme il le voit, il l'exprime comme il le comprend. Le déclamateur, lui, ne lance pas vers l'idéal un regard libre ; il doit étudier le beau à travers le texte à rendre, et l’interpréter comme l'écrivain l’a exprimé ; sa marche se règle sur le pas du poète ; il suit le sentier battu par l’auteur, et n’a pas le droit de s’en écarter jamais ; il est lié à l'écrivain de son choix ; tant pis pour lui, si ce choix n’est pas judicieux. ‘“ Lire, c’est traduire ” (1) ; eh

(1) Legouvé.

bien, celui qui dit des vers n’a pas plus le droit de modifier l'idée du poète, que le traducteur de la Divine Comédie n’est autorisé à changer la pensée du Dante. Une infexion crronée est un faux en déclamation.

Atin de rendre fidèlement la pensée ‘le déclamateur doit s'identifier avee l’auteur ; mais il ne doit jarnais oublier qu'il n’est qu'un interprète ; sa mission est, non pas de se faire applaudir, mais de faire applaudir l’auteur.

Là est la noblesse de cet art généreux, dont l'unique ambition est de travailler à la gloire des autres. ‘ Le triomphe de l’art, dit le P. Longhave, est de se cacher ” ; et Coquelin : ‘ Le triomphe du diseur est de se faire oublier.”

L'art de dire a done, comme les autres arts, le beau pour type de perfection idéale, —le beau, que le diseur doit voir par les yeux de l’auteur interprété, et d'autant mieux qu’il a mission de le faire resplendir plus sensiblement à travers les mots.

La beauté pure ne suffit pas à l'artiste. IL lui faut encore une substance physique, qu'il puisse modeler à sa fantaisie et revêtir de la forme voulue ; autrement dit, il a besoin de signes sensibles, pour révéler à ses semblables ce que son âme entrevoit.

SE

Tr Te

RD

droit ur de rer la st un

déclasilne prète ; , mais

dont re des have, mphie

rts, le 1, que interde le rs les

Il lui puisse forme s sen-

e son

tr STE SDS ET dE Le ia nt Sn a fe CR eat

Page 1