‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 24 sur 144 · AG AP RRTERNERE RS NES · texte numérisé non relu

AG AP RRTERNERE RS NES

Il est vrai qu’on éprouve parfois une sorte de plaisir à lire de beaux vers; mais alors l’imegination supplée à la voix absente, et l'oreille croit entendre les sons, dont les yeux ne voient que les signes graphiques.

Non, les vers ne doivent pas être dits comme de la prose. La prose est la prose, et Les vers sont les vers ; quand on entreprend de réciter une poésie, il faut devenir poète. Ah ! sans doute, si l’œuvre est médiocre, si l’auteur n’y a mis ni rythme ni mélodie, le lecteur aura beau faire, les vers paraîtront mauvais. Mais celui qui interprète les Racine, les La Fontaine, les Mclière, les Lamartine, devra dire leurs vers en vers, non pas en prose, et faire sentir la mélodie, le rythme, et la rime, cette parure de l'accent français. ‘ Jamais, dit Désobry, la poésie, même la plus simple, la plus familière, ne doit être dite comme de la prose.” Ajoutons, avec le poète :

Même quand l’oiseau marche, on senc qu’il x des ailes.

A ce sujet, le P. De la Porte, dans une étude sur la rime française, s'exprime ainsi : ‘ Les déclamateurs qui s’acharnent à prononcer les vers sans faire sentir la rime, sont les vandales de ja poésie ; ils massacrent les beaux vers ; ou plus exactement, ils les suppriment.... Si l’on ne remarque point les rimes, on ne remarque point

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les vers ni le rythine.” Guessard a dit la même chose de façon assez originale : ‘ L'idée de rimer pour les yeux n’est pas moins plaisante que le serait celle de peindre pour le nez.” Dès 1596, le Sieur Odet de la Noue, en publiant son Dictionnaire des Rimes, écrivait : ‘ La bonne ou mauvaise rime se discerne de l'oreille, estant proférée, et non de l’œil, pour la similitude qu’elle ayt sur le papier en l’escriture” De fait, les bons poëtes ne riment pas pour l'œil ; respectons leurs œuvres, ne les travestissons pas.

Du reste, la voix trouve dans le rythme d’accent un puissant moyen d'expression. (est l’accent qui donne au mot ‘ toute sa valeur ?” (1), “ cachet d’individualité ? (2), “ sa physionomie propre, son caractère particulier ” (3). Eu outre, l'accent n’a pas toujonrs la même force ; son intensité varie avec la valeur de la syllabe sur laquelle il porte ; cette syllabe elle-même tient sa raleur du rôle que joue le mot dans la phrase ; et le degré d'importance du mot dépend de l’idée qu'il exprime. Donc, l'accent suit la pensée, de sorte que l’âme commence à paraître, dès que la voix accentue. C’est ce que nous verrons au

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