‹ L'art de dire [microforme]Chapitre 4 sur 144 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

PA

NOTIONS PRÉLIMINAIRES rl

La forme est une et absolue. Mais la matière est relative et diverse ; chaque artiste choisit celle qui lui convient. Quelle sera la matière de la déclamation ? Avec quel instrument et sur quoi le diseur opèrera-t-il ?

De prime abord, il semble que les autres arts ont accaparé tout ce que la nature offre à l’homme pour exprimer la beauté, et qu’il ne reste plus rien à employer. Le souflle de linspiration circule dans les mots, sous la plume du poète ; dans les sons le musicien met son âme ; le rêve du sculpteur se réalise dans le bronze ou le marbre ; le peintre fait vivre la toile, l'architecte chanter la pierre. Que reste-t-il au déclamateur ? Il reste sa personne même, la plus noble des matières, le corps de l’homme, le plus bel ouvrage de Dieu.

‘ L'homme, a dit Lamartine, est un être qui a besoin de s'exprimer pour être un homme, et qui n'est un homme complet qu’en s'exprimant. ” Dieu, en créant l’homme à son image, lui a mis au cœur le désir ardent, impérieux, de se donner, de se communiquer, de s'exprimer. Mais l’âme n'est pas tout l’homme ; pour se manifester, il lui faut resplendir à travers une enveloppe matérielle ; et il nous a été donné des organes admirablement assortis à ce dessein. Le corps humain est un vivant miroir reflétant au dehors

les phénomènes de la vie ‘morale. ‘“ L'âme se chante dans la voix, elle se peint dans le geste” (1). Voilà les deux puissants moyens d'expression que le corps fournit à l'âme.

On le voit, la déclamation est un art, dont le déclamateur est à la fois l’ouvrier, l’instrument et la matière première. C’est en ce sens que Constant Coquelin à pu dire du comédien : “I est son propre clavier, il joue de ses propres cordes, il se pétrit comme une pâte, il se sculpte, il se peint.”

Le diseur à donc à sa disposition deux langages : celui de la voix, et celui du geste.

L'étude de ces deux langages est précisément l’objet de Part oratoire, et l’on peut définir la déclamation : l’art d'exprimer les phénomènes de l'âne par la voix et le geste.

Mais, dira quelqu'un, la déclamation n’a pas pour seul objet l’expression de l’âme humaine : elle décrit aussi des objets étrangers à l’Ame.— Le débit oratoire exprime parfois des choses extérieures, il est vrai ; mais c’est toujours par l'intermédiaire de l'âme. Pour décrire un objet, il vous faut d’abord y penser ; et dès lors, ce n’est pas l’objet lui-même que vous exprimez, mais

(1) Le P. Longhaye.

ne se

)n que

ont le unent s que «TI ropres ulpte,

an ga-

ément nir la

nes de

a pas aine ; me.— choses es par objet, e n'est mais

l'idée que vous avez dans l'esprit, c’est-à-dire un phénomène de l’âme.

On objectera peut-être encore : Pour bien dire, il suffit de parler avec naturel, et il n’y a pas d'art en cela.

La déclamation est la recherche du naturel, soit. Qu'est-ce à dire, sinon que la déclamation est un art d'imitation ?

La musique et l’architecture, ne trouvant pas de modèle précis dans l'univers, ont besoin, il est vrai, d’une puissance créatrice plus grande que les autres arts ; mais la peinture, la sculpture, la poésie même, que sont-elles, sinon des arts d'imitation ?

L'idéal ne se crée pas de toutes pièces dans le cerveau de l’homme ; lartiste le découvre par l'interprétation de la nature, en remontant de l'effet à la cause, de la fin au principe, de la matière à la forme. Et puisque la création est le chef-d'œuvre des chefs-d’œuvre d’art, et puisque Dieu en est l’auteur, l’artiste qui veut manifester au dehors les conceptions de son âme, ne peut mieux faire que de s'inscrire au nombre des disciples du Créateur, d'aller à sa divine école, et de s’instruire au spectacle de la nature, afin d’en imiter les perfections.

& L'art imite la nature, dit Saint Thomas, car le principe de l’art est l’esprit hurnaiïn ; et l'esprit humain est une lumière allumée au flambeau de l'intelligence divine, créatrice de la nature. ”

Dès lors, que fait l'artiste ? Il exprime son idée par des signes extérieurs, en prenant pour modèles les réalités sensibles qui sont sous ses veux : puis il imprime à son œuvre le cachet de sa propre originalité, c’est-à-dire, y verse toute son âme. Aussi le grand Bâcon a-t-il défini art : % /Zomo additus naturæ,” l’homme ajoutant son âme à la nature.

Le déclamateur ne fait pas autre chose ; à la nature, il ajoute son àme, mais son âme faconnée, pour ainsi dire, sur celle de l’auteur interprété.

, Car sprit u de

le

idée dèles puis 'oOpre ame.

Tono à la

à la nnée,

té.

Page 1