CHAPITRE II
De l’utilité des études de déclamation
Tout le monde où presque tout le monde aime à entendre dire des vers ; mais tout le monde n’est pas convaincu de l’utilité des études de diction, de l’intérèt qu’eiles présentent, et des services qu'elles peuvent rendre à l’éloquence et à la littérature. On croit même généralement qu'avec de la sensibilité, du feu, et certaines dispositions naturelles, le premier venu est en état de déclamer «le façon satisfaisante, et qu'en somme l’art de dire ne s’apprend point. C’est supprimer d’un seul coup tout le débit oratoire, et s'inscrire fort cavalièrement en faux contre le vieil axiome : Nascuntur poctæ, fiunt oratores.
Avant tout, il faut s'entendre.
Loin de nous, la prétention qu’on ne saurait être orateur sans avoir étudié la déclamation. Non, la déclamation n’est pas à elle seule toute l’éloquence, et celle-ci peut exister sans celle-là ; mais l’art de dire est l’un des auxiliaires les plus puissants de la parole humaine : il décuple les
forces de l’homme déjà éloquent, de l’orateur médiocre en fait un bon, et un assez beau parleur de celui qui n'avait pas d’abord le don de la parole.
Remarquez encore que les professeurs de diction
ne nient pas la nécessité, pour le déclamateur, d’être doué de certaines qualités indispensables, qui ne s’acquièrent point. ‘ La nature ébauche: le comédien, dit Remond de Sainte-Albine, et l’art.
achève de le former.” Chacun de nous a plus ou moins de dispositions naturelles ; maïs encore faut-il dévelonper ces dispositions par l'exercice, les perfectionner par l’étude. Les uns s’en tiennent aux lecons de leur expérience personnelle ; les autres préfèrent, en adoptant les observations faites par des maîtres, acquérir de prime abord ce que les premiers n’apprendront qu'avec les années. Dans un cas comme dans l’autre, il y a toujours et nécessairement étude. Seulement, il ne faut pas s'étonner si la dernière méthode est plus sûre et mène plus loin ; car un nain sur les épaules d’un géant, a dit quelqu'un, voit plus loin que le géant lui-même.
Quelques natures privilégiées, disons-le, semblent posséder par intuition tout l’art de la parole ; et si leur action manque en quelques points, ces défauts disparaissent dans l'originalité entraînante de leur éloquence. Ces exceptions sont rares, à
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