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CHAPITRE III

Des lois de la déciamation

En quoi consiste l’art de la déclamation ? Qu'entend-on par bien dire ?

Bien dire, c’est d’abord prononcer correctement les voyelles, articuler les consonnes avec énergie, et accentuer les mots suivant les règles de la prosodie française ; c’est régler, suivant les circonstances, la succession plus où moins rapide des sons et leur ampleur, poser des silences Ià où il en faut, et les faire de durée convenable ; c’est respirer sans fatigue, bien gouverner sa voix, en ménager la puissance et en calculer les effets. Bien dire, c’est interpréter le texte, découvrir l'intention de l’écrivain, se pénétrer de son sujet, rendre sa pensée par des inflexions justes et des gestes vrais, et faire de son corps le vivant miroir de son me. Bien dire, c’est enfin ‘“ livrer son cœur et garder sa tête,” suivant la parole de Molé, ou encore, d’après le R. P. de Ravignan, ‘ se posséder en se livrant, se livrer en se modérant,”” c'est-à-

dire, être son propre auditeur, se voir agir, s'entendre parler, se rendre compte de son émotion, être sincèrement touché et demeurer en quelque sorte étranger au trouble de son âme, avoir le cœur pris par une passion vraie et la tête pleine de froids calculs, sentir l’enthousiasme circuler dans ses veines, tout en restant observateur de sa propre agitation ; c’est, en un mot, avoir une âme ardente et en être le maître.

Voilà ce qu’on entend par b'en dire. Voilà ce que Rossini résumait en quelques mots, lorsqu'il disait d’Adélaïde Kemble, en portant la main à son front, à son vosier et à son cœur : ‘ Pour chanter comme elle feit, 1] faut avoir trois choses : ceci, ceci, et ceci.”

Les lois de la déclamation découlent d'une triple source.

1° Le débit oratoire ayant pour objet l’expression des pensées et des sentiments par le jeu des organes, il faut évidemment chercher ses règles fondamentales dans l’organisme même de l’homme, dans l’union intime de sa nature, dans l’action de l’âme sur le corps. |

2° L'expression pour l'expression, ce serait l’art pour l’art. L'homme ne s'exprime que pour se communiquer ; il ne se communique que dans

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l'espoir d’éveiller un écho dans la région des êtres pensants. Voici done un nouvel élément dont il faut tenir compte : l'auditeur. Celui-ci est doué de deux sens esthétiques, la vue et l’ouïe, capables de percevoir dans le phénomène corporel l'expression du phénomène moral, de

saisir dans ses manifestations extérieures l’âme qui se communique, de dégager la pensée et le sentiment de leur enveloppe matérielle, en un mot de traduire au cœur et à l’esprit l'impression physique que la voix fait sur l'oreille et le geste sur lPail, En second lieu, par conséquent, la déclumation tire ses lois de Paetion du corps sur l'âme.

3° Enfin, c’est incarnées dans le geste et la voix, qui vont frapper l’œif et l'oreille, que les pensées se transmettent d’une âme à l’autre. Les rèvles de la déclamation découlent donc, en troisième lieu, de l’action des organes expressifs de l’orateur sur les sens de l'auditeur.

Pour que cette étude soit pratique, il convient cependant d'adopter une autre division, qui nous est indiquée par la définition même de la déclamation.

Deux langages sont au service de l’homme qui s'exprime : la voix et le geste. Classons donc sous le titre de Diction les lois qui régissent

l'expression vocale, et sous celui de Minique les règles qui concernent les attitudes et les mouvements expressifs du corps.

Ces deux langages tendant, par des voies différentes, à un même but, l'expression de l'âme humaine, leurs règles ont une même raison d'être et se déduisent des mêmes principes.

1° L'homme qui parle doit d'abord se fire comprendre, instruire, intéresser ; la Correetion est l’ensemble des règles dont l'observation donne au geste et à la voix la clarté et la précision nécessuires à cette fin.

2° Le second devoir du déclatmateur est de ne point choquer, où plutôt de plhure, de séduire par l’'Ilarmonie du geste et de la voix.

3° Enfin, le déclamateur veut persuader ct toucher l'auditeur ; l'£vpression lui en fournit les moyens.

Cette division n'est pas nouvelle. Delsarte la adoptée, après bien d’autres. ‘ Veut-on apprendre de Saint Augustin, dit Fénelon dans st Lettre à l’Académie, les règles d’une éloquence sérieuse et efficace ? Il distingue, après Cicéron, trois genres suivant lesquels on peut parler. (1) Il faut, dit-il,

(1) Cicéron, Orator, e. XXIX ; S. Augustin, de Doctr. Christ, IV, XVI, 34, et X, IX, 38.

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parler d’une façon abaissée et familière, pour instruire, submisse. Il faut parler d’une façon douce, gracieuse et insinuante, pour faire aimer la vérité, temperate. Il fant parler d’une façon vrande et véhémente, quand on a besoin d’entrainer les homines, et de les arracher à leurs

passions, granditer.”

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