‹ L'art de dire: traité de lecture et de récitationChapitre 30 sur 73 · LE TON · texte numérisé non relu

LE TON

Relisez encore le discours d'Auguste. Dans le premier et le second mouvements, le ton est calme, impassible, presque froid ; dans l'accusation, la voix est brève, contenue, amère ; dans le quatrième mouvement, le ton devient plus pressant, plus vif ; dans le cinquième, il est ironique ; et dans les deux derniers fragments, il est véhément et méprisant. Mais, partout, le ton garde son caractère de noblesse et de fermeté.

Joad, couronnant Joas (1), sera tour à tour affectueux, grave, prophétique, et solennel ; il couvrira cependant toutes ses inflexions du ton d'autorité qui convient au grand prêtre, et du ton de respect qu'on prend en face d'un roi.

Dans le Naufragé de T'rançois Coppée, le diseur devra s'attendrir à de certains passages, et garder même alors le ton rude, brusque et un peu insouciant du loup de mer.

Ainsi donc, un discours, un morceau de littérature, un rôle, sera récité sur un ton général, qui tiendra dans ses bornes le ton de chaque fragment ; et celui-ci donnera la note aux inflexions des phrases, lesquelles, à leur tour, détermineront l'accentuation des mots de valeur, comme nous le verrons plus loin.

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Je m'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici assemblés. Je ne parle plus du reste des hommes. Je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre : et voici la pensée qui m'occupe et qui m'épouvante. Je suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'univers ; que les cieux vont s'ouvrir sur vos tètes ; que Jésus-Christ va paraître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êted assemblés oue pour l'attendre, comme des criminels tremblants, à qui l'on va prononcer, ou une sentence de grâce, ou un arrêt de mort étemelle. Car vous avez beau vous fiatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui. Tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la mort : c'est l'expérience de tous les siècles. Tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau, sera peut-être un compte un peu plus gran^ que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre ; et sur ce que vous seriez, si l'on venait vous juger dans ce moment, vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie. Or, je vous le demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans la disposition où je souhaite que vous entriez. Je vous demande donc : Si Jésus-Christ paraissait dans ce temple, au milieu de cette assemblée, la plus

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auguste de T univers, pour nous juger, pour faire le terrible discernement des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite ? Croyez- vous que les choses, du moins, fussent égales ? Croyez- vous qu'il s'y trouvât seulement dix justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes tout entières ? Je vous le demande. Vous l'ignorez, et je l'ignore moi-même. Vous seul, ô mon Dieu ! connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais si nous ne connaissons pas ceux qui lui appartiennent, nous savons, du moins, que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sont les fidèles ici assemblés ? Les titres et les dignités ne ^ doivent être comptés pour rien : vous en serez dépouillés devant Jésus-Christ. Qui sont-ils ? Beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir ; encore plus qui le voudraient, mais qui diffèrent leur conversion ; plusieurs autres qui ne se convertissent jamais que pour retomber ; enfin un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conver» sion : voilà le parti des réprouvés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte : car ils en seront retranchés au grand jour. Paraissez maintenant. Justes. Où ôtes-vous ? Restes d'Israël, passez à la droite! Froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu ! O Dieu, où sont vos élus ? Et que restet-il pour votre partage ?

Massillon.

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