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ARTICLE II

Les Inflexions

,L4nflexion est une modification intentionnelle du son, capable d'exprimer les nuances les plus délicates de la pensée et les émotions les plus variées.

Nous avons appris à réciter un morceau tout entier sur le ton qui lui convient ; il nous reste à apprendre à chanter chaque phrase sur Tinflexion qui lui est propre.

C'est ici surtout qu'on doit ne tenir aucun compte du sens exact des termes, pour se préoccuper uniquement de l'intention. Il n'y a, pour traduire une pensée, un sentiment, avec les circonstances particulières (^ue l'interprétation indique, qu'une seule inflexion juste. Les mots importent peu. La phrase pourra changer ; si l'intention reste la môme, l'inflexion ne changera pas. P]lle variera en i)rofbndeur, suivant les situations différentes, mais ce sera toujours l'inflexion qu'on emploierait pour exprimer cette pensée, pour manifester ce sentiment, en termes familiers.

Cette inflexion juste et naturelle, comment la découvrir ?

Parfois, — c'est plutôt rarement que nous devrions dire, — il suflftra d'être pénétré de son sujet pour donner, sans étude, Tinflexion juste.

Quand l'inflexion ne se présente pas avec autant de docilité, on a recours au commentaire. Jetez dans le texte, à titre de commentaire, un mot, une exclamation, une phrase courte, qui précise le sens, peigne la situation avec des couleurs plus vives, et présente les choses sous un aspect plus familier ; dans la plupart des cas, l'inflexion juste s'adaptera d'elle-même à la phrase, ainsi commentée et prononcée à voix haute.

Si un simple commentaire ne vous suggère pas les notes voulues, traduisez la phrase entière en langage vulgaire. Vous savez l'idée première du morceau, le caractère du fragment, et la pensée de la phrase. Eh bien, rendez-vous maître de cette pensée, et, l'ayant, pour ainsi dire, façonnée au moule du fragment dont elle fait partie, exprimezla dans les termes familiers que vous emploieriez pour la dire si elle était réellement vôtre : vous donnerez sans effort l'inflexion juste. Notez bien cette phrase musicale dans ses modulations les plus délicates, et transportez-la sur la phrase à dire, en l'ennoblissant, en allongeant les notes, s'il €n est besoin, pour en couvrir tous les mots. Vous

aurez trouvé l'expression vraie, naturelle, qui se dérobait à vos recherches.

Quand deux phrases auront été ainsi revêtues d'intonations de voix appropriées, liez-les ensemble: préparez la seconde par la cadence de la première.

Et que toutes vos inflexions soient bien dans le ton ! Si l'une d'elles s'en écarte, elle déroute l'attention de l'auditeur.

Nous avons déjà dit que les phrases incidentes doivent être détachées, et, en quelque sorte, mises hors texte, par deux silences ; ajoutons qu'elles doivent aussi être dites sur un ton de voix différent, généralement plus bas. De plus, l'incidente qui n'est pas intimement liée à la phrase principale, et qui, par elle-même, a un sens complet, veut être traduite par une intonation spéciale ; c'est une inflexion dans l'inflexion. D'autant moins profonde et moins accentuée que l'idée a moins d'importance, l'inflexion incidente est généralement discrète et s'introduit dans l'inflexion principale, sans détourner à son profit une attention qui ne lui est point due. Mais, lorsque la phrase incidente renferme un développement important, un trait, un mot heureux, une pensée brillante, ou encore lorsqu'elle éclaire la situation ou précise le sens et la portée de la phrase principale, le devoir de l'interprète est de la faire ressortir et de lui donner, dans le chant.

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la valeur que Fauteur a voulu lui attribuer dans le discours. Il en est de même pour la plupart des incidentes qui se rencontrent dans les fragments d'exposition ; elles sont destinées à préciser les circonstances de lieux et de personnes ; et puisque c'est là le rôle de Texposition dans Tordonnance d'une pièce, il ne faut pas craindre de s'y arrêter et de les faire valoir. Du reste, quelle que soit leur importance, les phrases incidentes sont toujours une richesse pour le diseur ; elles lui permettent de varier agréablement ses accords, et de reposer l'oreille, qu'une diction trop chargée finirait par fatiguer.

Montrons maintenant, par quelques exemples, comment on peut, à l'aide des moyens que nous avons indiqués, trouver une inflexion.

1. — Le Chat et le vieux Rat (La Fontaine.) Rodilard, enfariné, s'est blotti dans uiie huche

ouverte. Les souris accourent, sans méfiance. Un

vieux rat se tient à l'écart.

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille, S' écria- 1- il de loin au général des chats.

Après " s'écria-t-il, " faites une pause légère, et

dites :....** Oh ! mais, sans approcher .^ . . . ." et

vous aurez l'inflexion juste pour les mots " de

loin ".

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