‹ L'art de dire: traité de lecture et de récitationChapitre 8 sur 73 · CONTINUES · texte numérisé non relu

CONTINUES

Durts Sonores

ch

Nasales

Mouillées

gii

L et r, continues-linguales, sont, à volonté, accompagnées ou non du murmure laryngien.

Cette classification permet de formuler une règle pour la prononciation singulière de certains mots. Si deux consonnes se suivent dans un mot, la première doit avoir la même sonorité (jne la seconde ; si elle ne Ta pas dans l'orthographe, l'articulation la lui doit donner. Ainsi, dans observer, />, labiale-sonore, abandonne sa sonorité pour prendre dans l'articulation le même rang que la consonne suivante, s, qui est dure : h devient p, labiale-dure : opserver. Il en est de même dans disjonction {dizj onction), obtenir (optenir), absurde (apsnrde), abside (apside), etc. Cette règle, qui

nous vient du grec, a été appliquée au français, pour la première fois, en 1694, par Dangeau.

Pour l'articulation spéciale de chaque consonne dans les mots, il faut s'en rapporter à ce qu'enseigne la grammaire. L'usage est ici très dangereux, surtout en ce qui regarde les lettres redoublées. Vous entendez tous les jours prononcer : al-légresse ; c'est alégresae qu'il faut dire, comme s'il n'y avait qu'une l. Le plus grand nombre disent iriter ; les deux r doivent se faire entendre : ir-riter. Que de gens prononcent mon fi pour mon fils (fiss), un^ homme pour unn^homme^jel-Vai vu^omy je Vai vu (avec une seule Z), etc. Un bon dictionnaire et une bonne grammaire sont les meilleurs guides, pour la prononciation de^ consonnes.

L'articulation doit être distincte, énergique et correcte.

La mollesse est le grand défaut des Canadiens dans l'articulation des consonnes. Le plus sûr moyen d'acquérir promptement une articulation énergique et nette, est de s'exercer à se faire comprendre à distance, en parlant à voix basse. Que si l'on vous conseille de vous insérer des boules de gomme dans la bouche, ayez soin dans tous les cas d'en user modérément.

g 1.— LES VICES D'ARTICULATION

Chez nous, comme chez les autres peuples, se rencontrent les vices ordinaires d'articulation : le bégaiement, le zézaicm.cnt, le bredouillement, et le grasseyement.

Le bègue ** s'arrête d'abord ou devant les labiales, ou devant les dentales, ou devant les linguales, ou devant les sifflantes, ou devant la gutturale h, quelquefois devant toutes les lettres indistinctenjent, puis il hésite, se reprend, hésite de nouveau pour se reprendre encore, et ne prononce enfin qu'après dix cou])s de mâchoire." (1)

('e défaut tient souvent à une mauvaise conformation des organes, parfois à la timidité, ou encore à une trop grande hâte. Se peut-il corriger ?

Quant au bégaiement provenant de causes })hysiques, il est i)ermis d'en douter. La médecine prétend y réussir ; mais il ne parait pas encore (ju'un grand nombre de bègues aient été guéris.

Le bégaiement qui provient d'une trop grande précipitation se corrige plus facilement. Les lèvres et la langue sont souvent un peu paresseuses et ne sauraient suivre rintelligence plus alerte ; il iaut alors, tout en modérant la trop grande

(1) Bourgain.

48 l'art dk dire ,

vivacité de T imagination, habituer les organes de la i)honation îl se mettre en fonction sans retard. On y parvient '' en s^étudiant à articuler lentement des mots et des phrases qui semblent les plus difficiles, et en ne fermant la bouche que lorsque ces mots ou ces phrases sont bien prononcés. '' (1)

" Le bredouillement [)rovient des mouvements trop précipités qui rendent les sons confiiH et inintelligibles " (2).

Pour se corriger de ce défaut, on articule lentement, péniblement, voire même lourdement, en séparant bien cha({ue syllabe. Les morceaux où sont peints la fatigue, Teffort, l'épuisement, conviennent particulièrement à cet exercice, par exemi)le : le Coche et la Mouche de Lafontaine.

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiraient un coche. Etc.

Le zézaiement est un défaut plus grave, qui porte sur les consonnes s, 2,7, et ch.

Prends un zléze, Cinna, prends ; et sur toute ça^f^ Observe êzadement la loi que ze t'impose. . . .

On le voit, un Auguste qui zézaierait serait un empereur peu imposant.

(1) Fréville.

(2) Mennehaud.

Pour articuler comme il faut les consonnes qui prêtent au zézaiement, appuyons fortement les dents supérieures sur les dents inférieures ; et, en prenant garde que la langue ne sorte, disons, par exemj)le, ce vers de Racine :

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Enfin, il faut parler du grasseyement, ce vice de prononciation si commun, et pourtant si désagréable.

Remarquons d'abord que la consonne r n'est pas gutturale, mais linguale. *' Les parties latérales de la langue s'appuient contre les molaires ; la pointe, légèrement tendue, sans raideur, s'élève vers le palais et vibre au passage du souffle" (1) ; en d'autres termes, *' Vr se prononce en portant le bout de la langue jusqu'au haut du palais, de sorte qu'étant frôlée par l'air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au m«me endroit, faisant une manière de tremblement" (2). Quand la pointe de la langue n'a pas assez de vigueur pour résister au courant d'air qui l'écarté du palais et pour revenir à sa position première, le tremblement, au lieu de se faire vers le palais, se

(1) Bnichet et Dussouchet.

(2) Molière.

produit dans lu gorge, et la racine de la langue vibre plus ou moins : c'est le grasseyenoient.

Pour certaines gens, il est de bon ton de grasseyer. Ils ne semblent pas se douter que c'est un défaut. Quand le seul mérite de leur conversation ne captive pas suffisamment l'attention, ils sont tout heureux de pouvoir se faire remarquer par un bruit de crécelle. Ceux-là sont incurables ; du moins, leur guérison n'est pas de notre ressort.

D'autres grasseyent naturellement ; ils ont la langue paresseuse. Ceux-ci peuvent, par un travail qui demande quelque patience, acquérir la vibration nette de la consonne r. Pour renforcer la langue et lui donner l'agilité et la souplesse voulues, commencez par articuler avec énergie les deux consonnes t et d :

té dé té dé té dé ;

puis, joignez-y un r :

tré dré tré dré tré dré ;

enfin, prononcez Vr tout seul, faites le rouler :

ré rré rrré rrrré.

Puis, recommencez et faites le même travail avec les autres voyelles, dans l'ordre suivant : é, ?', u, a, 0, in, itUj an, on. Et quand vous serez parvenus à faire vibrer l'r, lisez, récitez et répétez, par

exemple, le récit de la bataille dans les Préludes de Lamartine :

La trompette a jeté le signal des alarmes. Etc.

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