‹ L'art de donner à dîner, de découper les viandes, de servir les mets, de déguster les vins, de choisir les liqueurs, etc. etc., enseigné en douze leçonsChapitre 1 sur 26 · PAR · texte numérisé non relu

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Convier quelqu'un, c'est se chargsr de son bonheur pendant tout le temps qu'il est sous notre toit,

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L'ANNÉE 1827 est expirée , et l’an de grâce 1828 vient de lui succéder, j'ai cru qu’à cette époque distincte où cette mode de donner à «diner allait reprendre comme de plus belle, j'ai cru, disje, qu’un petit ouvrage qui traiterait sans prétention de cette matière beau coup plus importante qu’on ne pense, serait sinon dévoré, du moins goûté de quelques lecteurs de bon appétit, d’un grand nombre de donneurs de dîners, et d’un plus grand nombre encore de mangeurs.

Quand même , un usage presque aussi déraisonnable qu’il est universel s’est introduit de nos jours à toutes les tables ; c’est celui de passer chaque plat lun

après l’autre au maître de la maison, afin qu'il en fassé seul les honneurs :

outre que les autres se refroidissent pendant le temps qu’il met à découper et à servir les premiers, les désirs des convives sont contrariés, parce qu'ils préfèrent tel ou tel mets, que l’Amphytrion ne découpera et ne servira qu’une demi-heure après, parce qu'il ne peut physiquement découper ou servir qu’un plat à la fois.

Peu de maîtres de maison, avee cela, savent faire les honneurs de leur table avec cette prestesse, cette légèreté et cet à-propos qui sait faire valoir chaque morceau en particulier. Nos pères, en ce point, étaient bien plus habiles que nous, parce qu’ils avaient non-seulement des livres précieux qui traitaient de toutes ces théories, mais encore des professeurs brevetés qui la raisonnaient et la mettaient en pratique avec les bêtes sous la main.

s AVANT-PROPOS. 5

Que mes lecteurs se consolent à cet égard; le talent de ces grands maîtres n’est pas entièrement perdu poureux. J’ai fait dernièrement une découverte des plus importantes. Je viens de retrouver à la bibliothèque du conseil-d’état (au Louvre) un ouvrage dont le trésor qu’il renferme n'existait plus que par tradition, ‘et qui supposait une rare dextérité dans les mains de celui qui en fut l’auteur:

‘en un mot : l'Art de donner à diner, de \disséquer les viandes, de servir les mets, ide déguster les vins et de choisir les iliqueurs, sous le titre modeste de Catalogo dell inventori delle cose che si man:

igiano (1), où ce que je viens d’annonwer plus haut se trouve géométriquement démontré et enseigné par princi-

(1)"Que j'ai essayé de traduire ainsi en français : (Catalogue raisonné de tout ce qui se mange et de tout eee qui se boit, avec la connaissance parfaite de toute fque la cuisine a inventé. Bien que je ne sache pas un

pes» divisé par chapitres de matières, et dédié aux membres composant les états-généraux d’un royaume (qui fut un inslant réuni au nôtre, par droit de conquête) , par un moine bénédictin : ce qui me ferait présumer que ces bons pères avaient accaparé pour eux l’art de savoir bien vivre.

Cet excellent ouvrage , manuscrit in- 4°, est écrit en italien, avec la traduction française faite à la main et en marge.

Il est relié en veau de Pontoise , doré sur tranche, et orné de plus de cinquante dessins coloriés figurant tous les bons mets qui peuvent se servir en viande, en volaille, en gibier, en poissons, en fruits et en confitures. On y voit aussi les armes de l’ancien propriétaire : ce

mot d’italien, je ne puis m'empêcher de partager létonnement de mon vieux compatriote, feu M. Jourdain, de ce qu’en si peu de mots on puisse dire tant de belles choses.

qui prouve l'intérêt que ce notable gourmet avait mis à un ouvrage de ce mérite.

C’est avec ce livre unique que je vais instruire mes lecteurs de toutes les bonnes choses qui peuvent seservir ets’offrir dans un dîner ; de la manière de recevoir et de traiter ses convives , et enfin de toutes les variations qu’ont éprouvées les modes en fait de service de table , d'usage et de cuisine, depuis ce fameux glouton qui vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, jusqu’à ces notabilités des années précédentes qui achetaient les consciences de certains fonctionnaires gourmands avec une purée de truffes à la lyonnaise.

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