ETHNOGRAPHIE
Les Coréens.
Les Coréens ne savent rien de leur origine, et cela n'a pas lieu de surprendre, étant donné le peu de littérature de leur pays. D'après les traditions recueillies dans les livres japonais, le fonds principal de la nation appartient à la race mongolique. Douze siècles avant notre ère, le nord de la péninsule était habité par les Sianpi, une des branches de la race tartare, tandis que dans le sud prédominaient les Han, dont les caractères physiques et ethniques ressemblaient beaucoup à ceux des Nippons.
Les peuples ne sont jamais, suivant l'expression de Topinard, que « des produits de l'histoire », et ceci est vrai des Coréens. Voisins des Chinois, des Mandehoux et des Japonais, ayant eu aux différentes époques de leur existence nationale à subir les invasions des uns et des autres, ils n'ont pu faire autrement que de se croiser avec eux, et leur race n'est plus aujourd'hui une race pure, mais un mélange d'éléments divers où prédomine surtout le Tartare. Dans le nord, on rencontre de nombreux individus qui ont le type aryen.
D'après Dallet et Arton, la langue coréenne s'éloigne absolument de la langue chinoise et se rapproche des dialectes tartares. Elle aurait plusieurs ressemblances avec certains dialectes de l'Inde méridionale. Elle est monosyllabique, et son alphabet se compose de vingtcinq lettres (onze voyelles et quatorze consonnes).
Depuis son enfance, la Corée s'est trouvée constamment en contact avec la Chine, dont elle est restée tributaire. Elle s'est habituée à en adopter la littérature, et si on parle le langage coréen, du moins le chinois est la langue écrite officielle; l'écriture coréenne n'étant usitée que dans la correspondance familière.
Physiquement le Coréen se rapproche plutôt du Chinois des provinces du nord. Il a la peau jaunâtre plus ou moins foncée, la taille élevée (lm,68 en moyenne), une forte stature; il est bien développé, d'aspect robuste,
mais sa force est plus apparente que réelle. La face est large, les yeux obliques et bridés, les pommettes saillantes, les lèvres épaisses, la lèvre supérieure souvent relevée laissant voir des dents d'un beau blanc, le nez court et aplati, le menton petit et souvent fuyant, les doigts longs et effilés.
Les femmes vivent dans une telle réclusion qu'on en voit peu; elles sont plus petites que les hommes (lm,57 en moyenne), mais elles seraient relativement plus vigoureuses.
Ce sont là les caractères généraux de l'individu, mais suivant le point du pays où on l'observe, on peut reconnaître deux types distincts. Dans le nord, la taille est plus élevée, la face plus large, la saillie des pommettes plus accentuée, le nez plus aplati et terminé par de larges ailes, la peau plus franchement jaune. Dans le sud, au contraire, l'habitant est plus petit, avec la face plus ovale, le nez moins écrasé, la peau plus brune.
La barbe est assez ordinairement peu épaisse, les sourcils peu fournis, les cils peu nombreux.
Les cheveux sont au contraire abondants, longs, droits, gros, de couleur noire, mais avec une tendance au fauve sale, que l'indigène corrige avec de l'huile et une mixture noircissante. Tandis que le Chinois ne garde, retombant en une longue queue, que les cheveux du sommet de la tête et rase le reste, le Coréen porte toute sa chevelure. Célibataire, il la laisse pendre en tresse dans le dos; mais dès qu'il est fiancé ou marié, il l'enroule en un chignon terminé en pointe. Les femmes auraient une chevelure moins abondante que les hommes. Les jeunes filles portent une seule natte comme les garçons; après le mariage, elles divisent leurs cheveux en deux tresses.
La tendance à l'obésité, si fréquente et si estimée en Chine, paraît beaucoup plus rare en Corée. La déformation du pied, répandue parmi les femmes chinoises d'une certaine classe, n'est nulle part pratiquée ici.
Caractère. — Les Coréens sont doux, honnêtes, hospitaliers, mais d'une paresse et d'une incurie sans égales, et si leur pays a pu être comparé à l'Italie, eux peuvent être proclamés les dignes émules des lazzaroni napolitains. Seuls les coolies et les gens des campagnes travaillent un peu, s'arrêtant dès qu'ils ont quelque argent ou que le lopin de terre qui doit alimenter la famille est labouré. Tous les autres passent leurs journées entières à flâner et à fumer leurs longues pipes.
Ils sont braves, mais sans tempérament national ; travailleurs, mais jusqu'à ce qu'ils aient produit le nécessaire, pouvant, dit-ou, dans un autre milieu faire de bons ouvriers; sans prévoyance et sans initiative, ils ne cherchent ni à améliorer ni à perfectionner leurs conditions d'existence. Transportés hors de chez eux, ils ont facilement la nostalgie de leur pays.
Leur visage reflète toujours la plus grande placidité.
Ils sont intelligents et pleins de bonne volonté pour l'étude, mais à la condition de n'avoir pas à faire d'efforts
M. L. CHASTANG.