CHAPITRE V
DE L'ÉCRITURE
Il arrive que l'enlumineur désire écrire lui-même le texte des livres ou planches dont il a fait l'ornementation. En g-énéral, pour les livres d'Heures, le texte s'écrit en gothique et l'on se sert de l'encre de Chine. On emploie encore l'encre rouge, des encres d'or, d'argent et de platine. Une des difficultés qu'on rencontre dans l'écriture des manuscrits est de faire une calligraphie en relief, dorée et brunie. Une recette facile est celle qui consiste à tracer les lettres à la plume, une plume d'oie de préférence, et de les empâter avec la préparation dont nous avons parlé au chapitre précédent ; on termine ensuite les déliés, puis on passe l'or en poudre et l'on brunit.
Voici une autre recette, fort simple, fréquemment usitée au moyen âge :
Prenez des feuilles d'or ; ajoutez-y assez de miel blanc pour en faire, sur une pierre à broyer, une pâte ni trop épaisse, ni trop fluide ; broyez cette pâte avec une mollette jusqu'à ce que l'or soit réduit dans la plus grande division possible. Rassemblez alors cette pâte avec un couteau, versez doucement par inclinaison quand le liquide est reposé ; l'or tombe au fond du vase par son propre poids. Le miel étant entièrement séparé, faites sécher la poudre ou le résidu resté au fond du vase, lequel doit être d'un beau brillant. Lorsque vous voudrez vous en servir pour écrire, vous la délayerez dans une dissolution de gomme arabique, et l'encre sera faite. Polir ensuite avec une dent de loup.
On trouve chez les marchands de couleurs une mixtion qui s'emploie à froid comme une encre ordinaire. Elle coule bien et se manie avec une extrême facilité. Elle sèche en trente ou quarante minutes. Au bout de ce temps, on passe dessus un tampon de coton pour l'adoucir, puis on promène la dent de loup très légèrement, en l'effleurant à peine. On hâle très fortement et l'on applique vivement la feuille d'or. Le même coton sert à appuyer pour obtenir l'adhésion et à enlever l'or des parties réservées, puis à polir les parties à brunir. On presse alors la dent de loup très légèrement, en appuyant progressivement.
Il n'entre dans la mixtion aucune quantité de sucre ou de matières quelconques ayant des propriétés hygrométriques; l'humidité ne peut, par conséquent, avoir d'action sur elle ; tout au plus pourrait-elle ternir (et cela seulement dans les premières semaines) l'éclat des brunis.
Une légère friction d'ouate rend bientôt, du reste, à l'or tout son brillant .
Nous mentionnerons encore l'encre à poudrer, qu'on peut se procurer facilement. On laisse cette encre sécher pendant cinq minutes ; on a soin d'inhaler l'écriture, puis on passe un tampon d'ouate chargé d'or en poudre; ensuite on secoue la feuille pour en faire tomber l'or mis en trop ou l'on passe, sur l'écriture, le tampon d'ouate avec délicatesse.
Pour les rubriques en rouge, il est préférable, autant que possible, de les écrire avec du vermillon, au pinceau, les couleurs formant épaisseur, à l'instar des anciens manuscrits.
Soit pour l'écriture, soit pour la peinture qu'on désire tracer ou peindre sur le vélin ou sur le parche-
DE L ECRITURE
min. nous conseillons de passer, sur ces derniers, au moyen du tampon d'ouate, un peu de gomme de sandaraque qu'on enlève facilement une fois le travail
Fig. 16. — Fragment de bordure tiré d'un manuscrit du xvi« siècle, conservé à la Bibliothèque nationale.
terminé. La gomme impalpable de sandaraque a pour effet d'annuler les parties grasses des peaux, surtout des peaux de parchemin, et d'apporter plus de mordant
à l'encre ou à la gouache.