‹ L'art de la lectureChapitre 22 sur 29 · UN DERNIER MOT · texte numérisé non relu

UN DERNIER MOT

J'ai dédié cette étude à MM, les élèves de l'École normale supérieure.

Écrit pour l'élite de l'Université, ce travail peut-il aussi convenir aux écoles primaires?

Qu'on en juge. Une directrice d'École normale m'a dit que, sur vingt jeunes filles qui sortaient de ses mains pour aller diriger une école primaire, il lui en revenait chaque année deux, quelquefois trois, atteintes d'affections de larynx et forcées de suspendre et même de quitter leur profession.

Il n>«st donc personne à qui l'art de la le^^ture soit plus indispensable, puisque apprendre à lire cest apprendre à respirer, à ponctuer, à ne pas

se fatiguer, et que Texercice de la voix est la plus salutaire des gymnastiques ! Fortifier la voix, c'est fortifier l'organisation tout entière ; fortifier la voix, c'est non seulement développer la puissance vocale, mais encore la force des poumons et du larynx. En voici une preuve. Avant 1848, M. Fortoul fut nommé professeur dans une Faculté de province. 11 hésitait à accepter; la susceptibilité maladive de son gosier lui faisait craindre les fatigues du professorat. « Acceptez, lui dit son médecin, le maniement public de la parole dans une grande salle raffermira votre organe, si vous apprenez d'abord à parler. » Il accepta, il travailla, il parla, il réussit, et, au bout de l'année, il se trouva avoir gagné 4000 francs pour s'être guéri.

Ce qui est vrai pour la partie technique de l'art de la lecture, l'est également pour la partie intellectuelle. Quel puissant et nouveau moyen d'action du maître sur les classes populaires et rustiques, s'il peut les initier peu à peu, grâce à la lecture, à une intelligence même imparfaite de quelques-uns de nos chefs-d'œuvre I N'est-ce donc pas aussi une leçon d'histoire de France

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qu'une leçon sur le génie de la France? N'est-ce pas notre devoir de multiplier, de resserrer sous toutes les formes les liens qui attachent le peuple aux gloires intellectuelles de la patrie ? N'a-t-il pas, lui aussi, une imagination, une pensée, un cœur?

Sachons le bien! Il n'y a de progrès réel, en éducation, que celui qui commence par l'enfance et par le peuple et, dans un État démocratique, tout étant fait par tous, tout doit être fait pour lous.

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