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UN PROFESSEUR DE LECTURE EN ACTION

Fénelon nous a laissé, dans ses Dialogues sur Uéloqiwnce, d'admirables leçons de diction, qui sont d'admirables leçons de lecture. J'en citerai quelques passages :

« Plus la voix et l'action paraissent simples et

familières dans les endroits où l'on ne fait qu'instruire, ou raconter; plus préparent-elles de surprise et d'émotion dans les endroits où elles s'élèvent à un entliousiasme soudain. C'est une espèce de musique; toute la beauté consiste dans la variété des tons qui haussent ou qui baissent, selon les choses qu'ils doivent exprimer. »

« Se servir toujours de la même voix ou de la même action, c'est comme qui donnerait le même remède à toutes sortes de malades. »

« Ne faites pas comme ces mauvais orateurs qui veulent toujours déclamer et ne jamais parler à leurs auditeurs. 11 faut au contraire que chacun de vos auditeurs s'imagine que vous parlez à lui en particulier. »

« Pour réussir à peindre les passions, il faut étudier les mouvements qu'elles inspirent. Par exemple, remarquez ce que font les yeux, les mains, la voix d'un homme quand il est pénétré de douleur ou surpris à la vue d'un objet étonnant

Voilà la nature qui se montre à vous, vous n'avez qu'à la suivre. 5>

Cicéron, dans son de Oratore, est un excellent professeur de lecture. Je lui emprunterai cette seule page :

« Notre regard, notre voix résonnent comme les cordes d'une lyre au gré de la passion qui nous ébranle; comme les tons de l'instrument varient sous la main qui le touche; ainsi l'organe de la voix produit et doit produire des sons aigus et graves, vifs et lents, hauts et bas ; ce sont pour l'orateur comme les couleurs qui servent au peintre pour varier ses tableaux. »

Mais ces grands hommes ne vous exposent que la théorie de l'enseignement; je voudrais vous le montrer en pratique, dans l'action, et, pour ce but, je vais vous peindre, tout vivant, et dans le feu même du professorat, le plus complet professeur de lecture que j'aie connu, M. Samson.

Un jour j'arrivai chez lui avec une jeune femme que je lui avais donnée comme élève. Il était étend 11 sur son fauteuil, un peu pâle et parlant à voix très basse. « Je vous demande pardon, nous dit-il, de vous recevoir en robe de chambre et de parler

si bas, mais ce soir je joue un des rôles les plus fatigants du répertoire, l'Intimé des Plaideurs, et j'ai besoin de ménager mes forces. » Nous lui proposons de nous retirer. « Non! non! reprit-il, cela ne m'empêchera pas de donner ma leçon. » L'élève commença. 11 s'agissait de la grande scène d'Agrippine, dans le premier acte de Brilannicus; hé bien, M. Samson enfoncé dans son fauteuil, les yeux à demi fermés, les mains dans les poches de sa robe de chambre, sans faire un geste, sans élever la voix, exprima avec une telle grandeur toutes les passions de cette terrible impératrice, en indiqua si bien toutes les nuances, que mon premier mouvement fut de m'écrier : C'est admirable! et le second de lui dire : Comment avez-vous fait? « C'est bien simple, me répondit-il en souriant, j'ai suivi le conseil de Talma, j'ai transposé? — Comment, transposé? — Sans doute; ce n'est pas dans l'éclat ou dans l'intensité du son que réside la grandeur du débit ; elle résulte des vibrations de l'âme dont la voix est l'écho. 11 suffit donc de mettre dans les mots juste assez de son pour qu'ils portent à l'oreille de celui qui écoule les sentiments

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