VI PRÉFACE ___
contrées méditerranéennes de l'Asie antérieure. Cette position isolée, sans être toutefois retranchée du monde environnant, est d'une grande importance pour le développement historique, même le plus récent, de ces territoires, et lui donne son aspect particulier. Parvenue relativement tard à l'existence politique, une fois son unité réalisée par Cyrus, la Perse, comme on appelle dès lors le hautplateau iranien, a gardé cette unité et cette indépendance pendant 2500 ans, avec quelques interruptions, et, fait plus remarquable encore, elle a gardé jusqu'à nos jours sa forme d'état monarchique. Ebranlée pour un temps plus ou moins long, tour à tour par Alexandre et l'hellénisme, par les Arabes et l'Islam, par les Mongols sous Djengis Khan et Timour, par les Russes et les Anglais altérée dans la pureté de sa race aryenne par les flots déferlants des Asiatique, du centre, la Perse a surmonté tous ces périls et recouvré chaque fois son existence et son intégrité.
Il en fut de même de son art. Né au contact de l'Assyrie, des états de l'Asie mineure et de l'Egypte, l'art des Achéménides se crée son originalité propre, dont l'hellénisme des diadoques et des Parthes n'aura point raison. Le cœur du pays, la Perside, ne cesse de garder les traditions qu'on verra refleurir à l'époque des Sassanides.
Et de même que l'art sassanide sort de l'art achéménide et y tient par des racines profondes, ainsi les traditions se maintiennent dans la deuxième grande époque, dans la Perse islamique. Le livre royal de Firdusi perpétue le souvenir de l'ancienne puissance. Les contes et légendes sassanides, les histoires de Khosrau et Schirin, de Bahram Gur et de Rustem, se renouent aux monuments de l'âge héroïque de l'Iran et les défendent contre l'Islam iconoclaste. Le potier moyen-âgeux de Rages orne ses vases de figures et de scènes empruntées aux reliefs des anciennes sculptures, et jusqu'en plein XIXimc siècle, Feth Ali Schah et Nasreddin Schah, possédés à l'instar de leurs grands aïeux d'un désir d'immortalité que ne connaît plus l'orient moderne, font sculpter leur image, entourés de leur cour, sur les rochers avoisinant leur capitale.
Cependant nous ne traiterons ici des manifestations d'art de la période islamique que pour autant que le langage des formes sassanides s'est perpétué pendant les premiers siècles de l'Hégire, notamment dans les arts industriels. Nous ne mentionnons cette persistance de l'art ancien qu'à titre d'exemple de la vigueur des traditions sur le sol persan. Notre but, limité à la Perse préislamique, est d'en présenter brièvement les monuments en nous aidant constamment