LA PERSE SASSANIDE
en temps de guerre, entouré en temps de paix d'un fastueux cérémonial et n'apparaissant au peuple que dans la solennité des audiences, à l'instar d'une idole d'or. Après le roi, la noblesse qui possède la terre et qui fournit les hauts fonctionnaires et les officiers généraux. Formant une deuxième caste régnante, les mages avec à leur tête le grand Mobed. Le clergé veille sévèrement sur l'observance de la religion nationale et se montre assez fort pour réprimer toutes les initiatives de réforme, comme les doctrines de Mani et de Mazdak. Pour tenir en respect cette noblesse et ce clergé il faut à la tête de l'Etat des souverains énergiques et qualifiés; c'est pour en avoir manqué et pour s'être épuisé dans la lutte pour l'hégémonie mondiale que l'Empire sassanide se désagrégea et succomba finalement. Mais les mouvements religieux que le clergé eut à réprimer sans cesse attestent précisément la force et la profondeur de la spiritualité iranienne, qui ne trouvait pas à s'exprimer dans les formes figées de l'Avesta. Les chroniques royales, qui s'étaient conservées jusqu'en plein islamisme, et qui se sont perdues depuis, ont transmis aux générations postérieures les hauts faits de l'Empire, de sorte que nous les voyons, cinq cents ans plus tard, reparaître dans le Schahnameh de Firdusi pour ne plus sortir de la mémoire des Perses.
Mais plus encore que la tradition littéraire, les monuments qui nous restent témoignent de la hauteur de la culture sassanide, et non seulement les ruines imposantes des palais et les reliefs rupestres que les Sassanides taillèrent, non sans intention, sur les mêmes rochers que les artistes achéménides, mais encore les ustensiles d'argent que les fouilles ont mis à jour, et ces admirables tissus de soie dans lesquelles les pèlerins empaquetaient les reliques qu'ils rapportaient de l'Orient.