LES RELIEFS RUPESTRES SASSANIDES
grotte de Taq i bustan, attribuée à Khusrau II. On conçoit que le style a quelque peu varié au cours de cette longue dynastie de quatre siècles et qu'une certaine évolution artistique se marque entre les étapes.
Considérons le plus ancien relief (PI. 70) où le dieu Ormuzd investit le roi Ardaschir en lui remettant de sa main l'anneau orné de noeuds, emblème du pouvoir. La saillie du relief, plus d'une demi-épaisseur de corps, frappe d'emblée comme un progrès certain sur les reliefs de plus haute époque, assyriens ou achéménides, bien que ces derniers, celui de Darius, par exemple, à Bisutun (PI. 3), offrent déjà une saillie prononcée et un large modelé. Plus typique encore l'esprit de symétrie dans la composition, qui s'applique à produire un dessin analogue aux deux ailes. Chaque fois qu'on le peut, on vise à l'identité parfaite. Ainsi les deux chevaux, ainsi la partie inférieure du corps chez le roi et chez le dieu. Pour le reste on recherche toute la concordance possible. A la figure étendue sous le cheval du dieu, qui personnifie vraisemblablement Ahriman, le principe du mal, répond la figure d'Artaban, dernier des Arsacides, qui gît sous le cheval du roi. Au manteau flottant du dieu répond le chasse-mouche tenu par l'eunuque, au sceptre d'Auramasda le geste d'adoration du bras du roi. On s'est efforcé d'éviter les surfaces vides du fond. Les parties les plus réussies sont les chevaux, parce qu'ils se présentent entièrement de profil, encore un trait typique de l'art oriental antique. Où l'insuffisance de l'artiste se montre c'est, comme nous l'observions sur les reliefs du Nimrud-Dag, quand il prétend abandonner le profil, et présenter la tête et le buste de face en opposition avec le reste du corps. II se produit alors dans les épaules et l'attache du bras des fautes du plus fâcheux effet. De même l'œil s'offre de face quand le reste de la tête s'offre de profil. L'assiette des cavaliers est absolument impossible, tout comme leurs dimensions par rapport au cheval; ils touchent presque le sol de la pointe du pied. Ce premier relief nous montre donc l'art sassanide emboîtant consciemment le pas à la tradition ancienne, et renouant avec les sujets du passé, mais s'efforçant d'autre part de créer des effets nouveaux et monumentaux pour dépasser ce qui s'était fait jusqu'alors. Une deuxième version plus solennelle encore de cette scène devait se trouver sur la même paroi, où l'on voyait Darius, dont Ardaschir se prétendait l'héritier légitime, sacrifier à son dieu au-dessus de l'entrée du tombeau d'Ardaschir (PI. 32). Une inscription en trois langues, en parthe ancien, pehlewi sassanide et grec, nous dit: "Ceci est 1 image de l'adorateur d'Ormuzd, le divin Ardaschir, roi des rois de l'Iran,