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LES SOIERIES SASSANIDES

Les reliefs de Taq i bustan nous amènent à parler des tissus et des soieries sassanides, car les vêtements y sont si minutieusement rendus et conservés que nous possédons là des documents certains sur l'art textile de la basse époque sassanide (PI. 94 à 97). On a classé tous ces échantillons en quelques types, d'après leur motif. On parle ainsi du jonché, de la rosette, du dinar (disque), du corona, suivant l'ordre dans lequel les motifs ornementaux ou végétaux, et surtout les animaux, se trouvent répartis sur la surface. L'une des figures favorites de l'art sassanide est ce dragon -paon à tête de carnassier, pattes de lion, ailes et queue de paon relevée, qui est sans doute une habile dérivation du classique hippocampe, le cheval de mer. Le manteau de Khusrau II (PI. 94) en offre un échantillon dans une couronne de feuillage. A peu de détails près, l'original de ce tissu nous a été conservé (PI. 95) en vert sur jaune. Les oiseaux, les canards principalement, qui décorent, soit en disque, soit en jonché, les vêtements de l'un des cornacs (PI. 96, 97), se retrouvent sans variations appréciables jusque dans les soieries des premiers siècles de l'Islam (PI. 100, 101). On peut également attribuer aux Sassanides deux échantillons de soierie ornés de motifs orientaux primitifs. Le roi chevauchant un griffon, et dont la couronne et le masque imberbe rappellent assez bien Jezdegerd, le dernier Sassanide, est représenté sur des morceaux de tissus (étoffe Jezdegerd) conservés à Berlin et à Cologne (PI. 98), aux prises avec une bête fabuleuse cornue que les reliefs de Persépolis nous ont rendue familière (PI. 16), tandis qu'à l'opposé un génie lui fait signe. Le fond est occupé par des lions couchés et des bouquetins volants. La deuxième étoffe (PI. 99) nous offre une admirable scène de chasse à plusieurs figures — le roi monté sur un cheval ailé tient dans une main un lionceau, sur l'autre un faucon de chasse — richement encadrée de rinceaux et de médaillons d'animaux. L'empreinte helléniste qui se marque ici, par exemple dans le vêtement royal et dans maintes étoffes sassanides, s'explique non seulement par l'influence de la Bactriane, mais aussi par le fait que des tisserands sur soie auraient été transplantés de l'Asie antérieure byzantino-romaine en Perse vers le milieu du quatrième siècle. La Perse n'a pas seulement joué le rôle d'intermédiaire dans l'exportation des soies brutes de la Chine vers l'ouest; au début du moyen -âge elle se fit un renom dans le façonnage des soies chinoises et indigènes; les soieries sassa-

nides étaient recherchées et imitées aussi bien en Orient qu'en Occident. Et c'est par là que l'art sassanide si fermé et son système de formes ont passé les frontières. Ses modèles, par exemple les figures d'animaux disposées en cercle, apparaissent sur des couverts d'argent, dans la céramique, même sur des reliefs en stuc employés en architecture et dont certains spécimens, provenant de constructions inconnues de l'époque sassanide ou des débuts de l'Islam, ont été retrouvés en Mésopotamie.

Un plat de ce genre, décoré d'une figure d'oiseau, fut trouvé dans les tranchées turques en 1915 dans les ruines de Ctésiphon, près de Taq i Kesra (PI. 103). Deux plaques de marbre, d'usage mobilier inconnu, retrouvées à Constantinople, portent également le dragon-paon sassanide (PI. 102). Les avis diffèrent quant à leur date, mais leur parenté directe avec les tissus sassanides nous paraît indéniable, bien qu'ici l'absence de tout encadrement déroute un peu au premier coup d'œil.

A côté des étoffes, les ustensiles de métal, qui procèdent d'ailleurs du même style, semblent avoir été sous les Sassanides un article d'exportation très courant. Nous possédons un grand nombre d'ustensiles de table, de coupes, de buires, de métal noble ou non, dispersés dans les trésors capitulaires et les collections européennes, mais dont la majeure partie provient de la Russie et du Caucase. Peu d'objets de provenance perse, ce qu'on explique soit par la dépréciation de l'argent qui se produisit dans l'Asie antérieure après le XP siècle, soit par les incursions mongoles. Ce département important de l'art sassanide nous est connu depuis quelque douze ans, dans ses plus notoires spécimens, par le beau catalogue de Smirnoff ; peu après d'autres pièces, qui n'y figuraient pas, pour la plupart de provenance russe, parurent à l'Exposition d'art mahométan de Munich. Néanmoins cette étude est encore peu avancée. Nos PI. 104 à 141 présentent une série de pièces d'entre les plus remarquables et les plus artistiques, dont quelques-unes inédites, qui donneront une idée suffisante du sujet. Mais nous devons avouer qu'on ne saurait encore assigner à ces pièces une provenance ni une date précises. Les formes sassanides s'étant perpétuées bien longtemps après la chute de l'Empire, en particulier dans les régions inaccessibles du haut-plateau persan, où le culte du feu subsista par endroits durant des siècles, dans le Caucase, dans le Turkestan, on ne s'étonnera point si plusieurs pièces de

notre série doivent être datées de l'époque islamique. Elles n'en appartiennent pas moins au répertoire des formes sassanides, et à ce titre nous devions en tenir compte. Dans les ustensiles d'argent qui nous restent, les coupes à figures et particulièrement à scènes de chasse, dominent (PI. 104, 106 à 108, 112 à 115). Un autre motif très fréquent montre le roi trônant et buvant (PI. 109 à 111), d'où l'on pourrait déduire que ces coupes se fabriquaient dans les ateliers royaux et servaient de présents quand le souverain voulait honorer ses convives ou

Fig. 14. Buste du roi Narseh (293 à 303)

Fragment d'une coupe en argent (h. 4 cm.)

Sect. isl. des Musées de Berlin

quelque prince étranger. Flavius Vopiscus, contemporain de Dioclétien (début du IVe siècle), nous rapporte que l'Empereur romain reçut une coupe de ce genre en présent. Naturellement on ne saurait dans la plupart des cas rapporter tel ustensile à tel règne, sur des indices tirés de la coiffure royale ou du style. Sur une admirable coupe du trésor de Saint-Denis, conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris (PI. 107), nous reconnaissons Khusrau II et constatons dans le rendu des animaux une étroite parenté avec les scènes de chasse de Taq i bustan (PI. 86 à 89).

Certaines indices nous feraient attribuer les coupes des PI. 104 et 106 à Bahram V Gur, et le buste d'argent doré détaché d'une coupe, si finement exécuté, qui représente un souverain lançant le javelot — actuellement au Musée

de Berlin — au règne de Narseh Ier (Fig. 14). D'autres pièces sont des imitations postérieures de coupes sassanides, provenant souvent d'autres pays que la Perse (PI. 109, 110, 112 à 115). On sait par exemple quel rôle le fameux roi

sassanide Khusrau continua de joueraprès l'extinction de la dynastie, jusqu'en plein islamisme, dans la légende, la littérature et les arts plastiques. A côté des sujets de chasse ou de festins, une pièce unique en son genre, figurant l'assaut d'une citadelle, nous renseigne très utilement sur l'architecture et sur l'équipement des cavaliers (PI. 105). On peut sans invraisemblance l'attribuer encore à la haute époque sassanide. Citons en outre certaines coupes décorées de formes féminines appuyées à des bêtes fabuleuses ou les chevauchant, et qui passent pour des images de la déesse Anahit. L'une de ces coupes, d'ailleurs très remarquable de facture (PI. 116), porte une inscription pehlevi qui permet de l'attribuer à un souverain

de Gilan sur la Caspienne, adepte de Zoroastre, qui vivait vers 730. On notera l'heureuse stylisation des figures d'animaux, où nous reconnaissons entre autres le dragon-paon sassanide (PI. 121 à 123).

La décoration des ustensiles de métal commun se rattache à l'imagerie des plats en argent. On relèvera les formes voisines du bas-antique de ces hautes buires

Fig. 15. Roi sassanide

Poignée d'un ustensile en bronze (h. 11,5 cm.)

Coll. Sarre, Musée Kaiser- Friedrieh, Berlin

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