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VIII. La céramique

Les sources de l'histoire et de l'art de la Perse ancienne 53 — 55

Remarques aux illustrations 57 — 65

Illustrations 1—150

de 550 à 331 av. J.-C.

L'ART ACHEMENIDE

L'art achéménide est le benjamin de l'orient antique. Il n'embrasse que deux siècles et ne dépasse point durant cette courte période, qui va du milieu du VIème siècle au milieu du IVe™ siècle avant J.-C, le haut-plateau iranien et sa marche occidentale. Sans influence sur l'évolution artistique de l'Occident, son rôle paraît aussi terminé en Perse le jour où les Grecs, sortant victorieux des longs combats qui remplissent cette période, et Alexandre ouvrent toutes grandes à 'hellénisme les portes de l'Orient. Temporairement, en effet, les Achéménides entraînèrent leur art dans leur chute, car cet art était leur création propre, un art de cour au plein sens du mot, l'opposé d'un art populaire. Pour cette même raison on ne s'étonnera pas si leurs monuments se cantonnent aux résidences royales, Pasargadae, Persépolis et Suse. Ces résidences ont subsisté à l'état de ruines, ou enfouies dans le sol, d'où les fouilles les ont exhumées, tandis que les monuments perses d'Ecbatane, de Babylone et d'autres capitales attendent encore d'être mis au jour.

Cet art n'est point tout à fait sans attaches avec les monuments antérieurs poussés sur le sol iranien. La structure du pays, ces chaînes bordières avec leurs pans de rochers verticaux, comme le Zagros à l'ouest, incitèrent de bonne heure les sculpteurs de reliefs. Nous en connaissons déjà de l'an 2000 environ dans ces trois figures des rois Lullu de Serpul, qui ont fait l'objet de récentes études, de même que les reliefs des princes mèdes des IXe™ et VIIIe™ siècles et les tombeaux rupestres primitifs. (H. T.) Ces monuments, non moins que l'architecture mède avec ses colonnades de bois doré et argenté et ses forteresses à pignons bariolés, que nous connaissons par les dires de Polybe sur Ecbatane, eurent sans doute quelque influence sur l'art achéménide, sans que nous puissions en préciser la portée. Nous pressentons également des attaches avec l'art des Hettites et l'art assyro-babylonien dont il procède, avec les tombeaux rupestres de Lycie et d'autres monuments de l'Asie Mineure, et sans doute avec l'art gréco-ionien qui était alors dans sa fleur; nous voyons encore des emprunts à l'Egypte, soit par voie directe soit par l'entremise des Phéniciens. Néanmoins, malgré son manque de types et de formes originales, dans

L'ART ACHÉMÉNIDE

son ensemble cet art de l'ancienne Perse doit être considéré comme un tout en soi et comme l'adéquate expression de la superbe des rois achéménides. La majesté et la puissance du Roi des Rois est, comme on l'a justement dit, la seule pensée qui le nourrit. C'est bien l'impression que nous laissent ces vastes salles, ces vestibules immenses calculés pour un cérémonial compliqué et les audiences solennelles, avec leur foule de gardes, de fonctionnaires, de délégués porteurs de tributs, et la même sensation se dégage de ces reliefs qui marquent puissamment l'architecture des palais, les tombeaux, les ouvrages taillés dans le roc. Tout revient à la royauté, à la personne du souverain. Nous le voyons en triomphateur, posant le pied sur la poitrine de son ennemi, en dominateur, entouré des attributs de sa majesté, en grand -prêtre devant son Dieu, en justicier luttant symboliquement avec des monstres menaçants. A ses côtés, les grands du royaume et de la cour, les représentants des peuples vaincus et soumis, soutiens et porteurs du trône. Toute création de la sculpture achéménide a pour dernière fin la glorification de la royauté, mais cette orgueilleuse attitude trouve son correctif dans une égale conscience des devoirs du souverain et de son humilité devant Dieu. Sur ce point les inscriptions achéménides manifestent une grandeur morale jusqu'alors inconnue de l'Orient, et qui forme en particulier le plus frappant contraste avec le despotisme des rois assyriens. Cet art de cour et de cérémonie ne pouvait admettre qu'un goût sévère, monumental, attaché aux sujets traditionnels. C'est ainsi qu'il faut juger ce schématisme dans le rendu des vêtements, l'exactitude des costumes, l'uniformité des plis et des coiffures. Rien ici de la liberté individuelle de l'art grec, dont l'esprit achéménide et son art sec et austère sont tout l'opposé. Non point que les grands rois aient été fermés à la beauté grecque; il leur arriva même d'orner leurs palais de ses chefs-d'œuvre comme l'Harmodius et Aristogiton d'Anténor. Mais, comme on l'a dit justement, leur sculpture et leurs reliefs ne respirent pas le moindre souffle d'esprit grec. De là que cet art put, comme nous verrons, demeurer identique à lui même et sans évolution notable pendant les deux siècles de son existence. Tout au plus voit- on s'atténuer certaines exagérations dans le rendu des musculatures, et les formes peu à peu se vider et s'aplatir. Mais quand même l'hellénisme ne serait pas venu l'interrompre soudain, on ne peut concevoir d'autre évolution dans cet art achéménide. Il y eut d'ailleurs une province, la Perside, où une maison princière indigène sut se ménager une situation politique presque indépendante sous les

L'ART ACHEMENIDE

diadoques et les souverains parthes, conserver pendant des siècles les restes de l'ancienne culture iranienne, et faire ainsi le pont entre le passé achéménide et la renaissance sassanide. Au IIP""1 siècle enfin, après une longue domination étrangère, la Perse se souvint de ce glorieux passé achéménide, et l'on assiste alors à un retour concerté aux traditions artistiques de ce passé. Mais de nouveau le trait dominant de l'art sassanide sera la glorification de la royauté, dont les monuments achéménides étaient l'originale création et l'expression parfaite.

Le fondateur de l'empire achéménide fut Cyrus, descendant d'Achéménès sous lequel les tribus perses de souche aryenne étaient descendues de l'Asie centrale vers l'Iran pour s'y établir dans la région sud-ouest. Au milieu du VIème siècle, Cyrus secoua le joug des Mèdes auxquels les Pères payaient tribut, et détrôna leur roi Astyage.

La conquête de la Médie et de l'Iran, qui reçut dès lors le nom de Perse, du berceau des tribus perses, fut suivie de la conquête de la Lydie, de la Babylonie et de tout l'ouest asiatique, où les Perses entrèrent en étroit contact avec les Grecs. En 529 Cyrus laissait à son fils un empire allant de l'Indus à l'Egée, à quoi Cambyse ajouta l'Egypte.

Indépendamment des qualités politiques qui distinguent la plupart des souverains achéménides, et de la supériorité physique et spirituelle du peuple perse, à laquelle les historiens antiques se plaisaient à rendre hommage, c'est avant tout la religion d'état, la doctrine de Zoroastre et sa croyance à un ordre universel divin, à la victoire du bien sur le mal, qui permit à la nation perse de prendre le pas et pour longtemps sur les peuples de l'Asie antérieure et sur la majeure partie du monde connu. Mais cet arisme qui caractérise leur politique le fait aussi de leur art, "dont l'esprit abstrait, écrit Adolphe Furtwaengler, conduit facilement à la monotonie parce qu'il s'affranchit du monde sensible".

En Perside, dans la haute plaine de Mesched i Murgab où se joua probablement la suprême partie entre Astyage et Cyrus, celui-ci installa sa résidence de Pasargadae. Il en reste peu de chose: une terrasse fortifiée, un tombeau, un édifice turriforme qui passe pour un temple du feu ou pour un tombeau, des colonnes et des piliers de deux palais. Parmi ces restes, un bloc taillé dans un fin calcaire gris porte en plat relief une figure doublement ailée dans l'attitude, bien connue de l'Orient antique, de l'orateur solennel, le bras

MONUMENTS DE PASARGADAE

droit replié et la main étendue à la hauteur de l'épaule. (PI. 1.) L'ornement de tête, de provenance égyptienne, est particulièrement frappant. Il ne s'agit pas ici, comme on l'a cru, de Cyrus premier ou de Cyrus le Jeune, frère d'Artaxerxès II, mais d'un génie levant une main pour conjurer les mauvais esprits. L'art assyrien avait déjà coutume de figurer sur les montants de portes des génies à quatre ailes, l'aspersoir à la main pour purifier le sol. Notre figure n'est donc pas une création nouvelle, mais un type séculaire de l'Asie antérieure, mélange d'éléments assyriens pour la forme des ailes, égyptiens pour la couronne, élamites pour le costume et perses pour le port de la barbe et des cheveux. Un bloc attenant, actuellement disparu, portait cette inscription: "Moi, Cyrus, le Roi, l'Achéménide", qui ne se rapporte pas à notre figure, mais à l'auteur du palais tout entier.

Le monument le plus remarquable de Pasargadae est le tombeau de Cyrus, que les Perses mahométans révèrent aujourd'hui comme le tombeau de la mère de Salomon (PI. 2). A la coutume des princes orientaux, Cyrus l'avait fait élever de son vivant, mais probablement ne le vit pas achevé quand il mourut en 530 au cours d'une campagne sur le haut Indus, aux confins orientaux de son empire. Cambyse fit achever en toute hâte la construction pour y déposer le corps de son père.

Il s'agit d'un soubassement de six marches portant un édicule à fronton, le tout construit en blocs de calcaire analogue au marbre (hauteur 11 mètres). Le monument s'élevait au centre d'une cour fermée probablement d'un mur de bousillage, à laquelle deux arcs de huit colonnes chacun encadrant l'édifice donnaient la forme d'un péribolos, et à laquelle attenait une maison pour les mages. Cette construction était entourée d'un parc, naçâÔEiaoç, reconnaissable encore à des vestiges de bassins. Dans l'histoire de l'art cet ensemble funéraire est unique en son genre. On ne saurait y voir une parenté avec les temples grecs à fronton ; une hypothèse plus vraisemblable le tient pour une imitation d'un type de maison vieux-perse disparu depuis, et dont l'analogie avec le type de la maison nordique serait des plus intéressantes. A notre avis, il s'agit plus simplement de la représentation monumentale d'un sarcophage posé sur un soubassement à degrés. Ces sarcophages à fronton se retrouvent dans les chambres funéraires des tombeaux rupestres des derniers achéménides, mais, à vrai dire, ces sarcophages ne sont pas autre chose que des imitations de maisons. Les profils simples de l'édicule et des marches, les colonnes avec

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