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EXPOSITION DANS LA CHAMBRE NOIRE

Le temps qu'exige la pose est difficile à préciser ; il dépend du format de l'objectif, de sa qualité, de sa construction , de l'intensité et de la nature de la lumière , des couleurs du modèle à reproduire. Il pend aussi de l'état de la couche sensible.

Les objectifs à court foyer sont les plus rapides, et, à foyers égaux, les objectifs allemands ou anglais sont plus rapides que les nôtres. Cette différence tient à la couleur des verres qui a une très-grande influence, car 1 action chimique de la lumière varie beaucoup suivant le milieu traversé.

Le matin , la lumière est bien plus photogénique

que l'après-midi, et son action décroît très-rapidement avec la déclinaison du soleil.

Les couleurs du modèle ont la plus grande influence sur la durée de l'exposition ; voici dans quel ordre on peut ranger les couleurs par rapport à la rapidité de leur action sur la couche sensible :

Bleu,

Bleu violet, Violet, Violet rouge, Vert bleu.

Vert, Rouge, Vert jaune.

Orangé rouge, ^ Orangé jaune.

L'opérateur doit tenir compte de toutes ces circonstances.

Lorsque j'emploie un objectif double à court foyer, le modèle placé en plein air, l'image est produite instantanément. Avec un objectif français, plaque entière, j'obtiens, par une lumière moyennement belle, une scène en plein air en deux secondes, avec diaphragme. Sur une terrasse vitrée en verre bleu exposée au nord, sans reflet, un portrait peut être obtenu en 6 ou 8 secondes, la pose n'y dépasse guère

30 secondes. Dans des circonstances favorables, la plaque de 30 centimètres sur 39 est obtenue avec un objectif de 5 pouces en 16 secondes.

Pour les opérations instantanées, il est nécessaire d'avoir un obturateur spécial. La difficulté n'est point de trouver une combinaison qui permette d'ouvrir et de fermer très-rapidement l'objectif, elle est tout entière dans la nécessité d'empêcher l'instrument de remuer pendant le mouvement de l'obturateur, qui a lieu précisément dans le temps de l'opération de la pose; aussi avons-nous adopté l'appareil décrit dans la première partie de ce travail. (V. page 104. )

Pour les opérations qui n'exigent pas une aussi grande rapidité, je substitue à l'obturateur ordinaire un très-gros tampon en duvet, recouvert d'une étoffe de soie souple; je l'applique avec la main droite, me servant de la main gauche pour ouvrir le châssis; soit que j'abaisse ce tampon pour laisser s'impressionner la glace, soit que je le relève pour intercepter les rayons , le mouvement en est prompt et doux et je n'ai pas à craindre, avec ce moyen, le tremblement qu'imprime trop souvent à l'objectif l'usage de l'obturateur ordinaire.

La mise au point est d'une grande importance , et j'engage fortement les opérateurs à vérifier si les châssis sont en rapport avec la glace dépolie. Le collodion a rendu un grand service à la photogra-

pliie, en permettant de renoncer aux appareils allemands dont le foyer chimique ne coïncide pas toujours avec le foyer apparent ; cette circonstance nécessitait l'emploi de points de repère et rendait souvent très -compliquée l'opération délicate de la mise au point. Grâce à la grande sensibilité qui résulte de l'emploi du collodion, nous obtenons une rapidité sulTisante avec les objectifs français qui n'ont pas les mêmes inconvénients.

Pour le portrait comme pour les vues, il est essen tiel de se pourvoir d'une chambre à châssis à bascule. Cette construction, que j'ai précédemment décrite, rendra de grands services lorsque le modèle présentera des plans très -différents. C'est par ce moyen seul qu'on pourra obtenir avec netteté, dans un portrait, les pieds aussi bien que la tête du modèle.

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