CHOIX ET PRÉPARATION DES PAPIERS
La qualité du papier a la plus grande influence sur l'aspect définitif de l'image : il faut avant tout que la pâte soit bien homogène, exempte de corps étrangers et surtout de taches de fer ; que sa surface soit unie et satinée. La nature de l'encollage est encore un point important, car elle détermine souvent la finesse de l'épreuve qu'elle fait d'ailleurs passer, sous les réactions finales, par les tons les plus divers.
Si la fabrication du papier propre à la photographie devenait l'objet exclusif d'une industrie spéciale, il serait possible d'en combiner et d'en varier les éléments de telle sorte que le photographe n'aurait plus qu'à choisir le papier dont les effets s'approprieraient le mieux avec les résultats qu'il voudrait obtenir. Mais il n'en est point ainsi, et, bien que quelques fabricants se soient occupés de cette question,
on ne doit point compter sur une grande diversité de papiers photographiques , et il faut se contenter de ceux qui sont exempts des défauts rédhihitoires que je vais signaler.
Il faut avant tout que le papier vu en transparence soil pur, d'un aspect uniforme; sans cela les préparations se feraient inégalement. S'il présentait par endroits des taches couleur de rouille dénotant la présence du fer, l'épreuve se trouverait en ces endrt)its salie de points noirs. Il faut aussi que le papier soit assez solide pour supporter sans se détériorer les immersions prolongées qu'on doit lui faire subir. On ne devra point choisir le papier trop épais, car il s'emprégnerait moins facilement et abandonnerait aussi plus difficilement les matières dont on a intérêt à le débarrasser. Cependant les épreuves de trèsgrande dimension nécessitent un papier plus fort et plus épais ; sans cela il serait presque impossible de les manier sans accident.
Les papiers très-encollés donnent des épreuves nettes et bien ressenties; ce sont ceux-là qu'il faut choisir de préférence, car avec des papiers d'un encollage pauvre, on n'aurait que des images grises et comme enterrées dans la pâte ; avec les papiers bien encollés, l'image est à la surface et se présente dans toute sa vigueur.
L'amidon, l'albumine, la gélatine sont employés
par quelques photographes pour l'encollage de leurs papiers. C'est une méthode excellente et les recherches qui seraient faites dans ce sens rendraient de bien grands services, car elles conduiraient à approprier les papiers aux effets variés que l'on veut obtenir. Sans doute, les opérations du fixage et du virage combinées avec l'exposition à la lumière permettent de faire passer les épreuves issues d'un même cliché par des aspects très-divers; mais il est des résultats de vigueur, de netteté, d'éclat, de fondu, de douceur, etc., qui dépendent essentiellement de l'encollage du papier.
De tous les encollages que j'ai successivement expérimentés, nul n'est préférable à celui que donne la fécule extraite du médina india^ et connue sous le nom d'arrow-root. Cet encollage doit contenir, lorsqu'on l'applique sur le papier, un des éléments de la couche sensible, le chlorure de sodium ou le chlorhydrate d'ammoniaque , et en ce sens la préparation de ce papier a quelque analogie avec la préparation du papier albuminé. Il faut suivre cependant une méthode qui modifie l'ensemble des opérations de sensibilisation , de fixage et de virage. Je décrirai ce procédé après avoir parlé des autres modes de tirage; je tiens ici seulement à appeler l'attention du lecteur sur les propriétés admirables de cet encollage. Il faut mettre en première ligne la vigueur qu'il donne
aux épreuves : les noirs sont énergiques et profonds, les blancs éclatants; ce sont les effets puissants de l'albumine. Mais les épreuves n'ont point cet aspect luisant souvent désagréable du papier albuminé, elles sont douces et d'un modelé très-gradué.
Le papier ainsi préparé a encore cet avantage qu'il peut être retouché au pinceau comme le papier ordinaire. On sait les difficultés qu'on rencontre pour obtenir des images absolument parfaites : le moindre grain de poussière , la moindre irrégularité dans la couche, provenant de l'imperfection du nettoyage, de la densité trop grande du collodion , de l'immersion trop lente dans les bains , ou de toute autre cause , produisent quelque tache , quelque défaut dans le cliché. Le papier de son côté est rarement exempt de toute imperfection : c'est un point de fer qui formera une tache noire, une bulle imperceptible qui produira une tache blanche. Il est donc bien peu d'épreuves qui n'aient besoin de quelque réparation. Jusqu'ici on n'est pas parvenu à bien retoucher les épreuves à l'albumine ; le pinceau rencontre un dessous rebelle avec lequel les touches ne se lient pas et qui ne permet pas de bien dégrader les teintes; l'ensemble de l'image est sans homogénéité, d'un aspect inquiétant et désagréable pour l'œil. Quant à la retouche en couleur, elle est tout à fait impossible sur ces papiers albuminés.
210 ÉPUEUVES POSITIVES.
Cette difficulté de retoucher les papiers albuminés oblige, dans la plupart des cas, à faire usage des papiers ordinaires qui se prêtent parfaitement au travail du coloris et prennent bien le lavis et le crayon; mais les images ainsi produites sont bien loin de posséder les qualités des dessins photographiques albuminés ; l'épreuve est grise et lourde, les ombres n'ont pas de vigueur, l'ensemble manque, quoi qu'on fasse, de puissance dans l'effet. Sur ces papiers, on est forcé de pousser très-loin le travail du coloris et de refondre presque entièrement les ombres, si l'on veut remonter le ton du tableau. Cette nécessité entraîne plus qu'une perte de temps, elle conduit souvent à une altération regrettable des traits du modèle. Avec les papiers préparés à Varrow-root on évite les deux écueils que nous venons de signaler.
C'est surtout l'encollage qui fait la différence que les opérateurs remarquent dans les papiers de diverses provenances. Les papiers dits de Saxe, en dehors de toute question d'encollage, sont les meilleurs de tous par la nature de leur pâte, qui est faite exclusivement avec des chiffons de fil. Cette pâte est plus serrée, moins poreuse que celle des papiers français. Ces derniers cependant donnent d'excellents résultats lorsqu'ils ont reçu un bon encollage.
Le papier qu'on destine aux épreuves positives doit être coupé de la grandeur des cuvettes où vont se
faire les préparations et non de la grandeur des images que l'on veut obtenir. On évitera ainsi une grande perte de temps parce que d'une seule feuille préparée on fera plusieurs épreuves, et d'ailleurs on pourra choisir dans la grande feuille la partie la plus exempte de défauts, lorsqu'on voudra atteindre à un résultat parfait. Les feuilles doivent aussi être marquées à l'avance d'un signe à l'un de leurs coins, afin qu'on ne perde pas de vue le côté préparé dans la suite des manipulations.