DES DIFFÉRENTS GENRES DE SUJETS EN PHOTOGRAPHIE
L'art est un, et c'est toujours le même principe qui doit diriger l'artiste, soit qu'il se livre à l'exécution d'un portrait, soit qu'il compose de grandes scènes, soit qu'il reproduise des vues ou la nature morte elle-même. 11 a toujours affaire à des formes, à des proportions, à des attitudes, à des effets d'ombre et de lumière, à des effets de perspective linéaire ou aérienne, et quel que soit le genre qu'il traite, s'il veut atteindre à l'expression forte et saisissante, à la .beauté, il doit suivre la grande loi de l'unité qui lui ordonne de ne point éparpiller l'intérêt sur plusieurs points de même importance, et cela, dans chacune des parties qui constituent le tableau, et de relier tous ces points autour d'un centre commun. La composition ne doit offrir qu'un intérêt dominant d'un caractère bien déterminé, et les formes, les attitudes, le clair -obscur, toutes les parties enfin du tableau doivent concourir à l'expression de ce caractère. Prenons deux compositions très - différentes quant au sujet : un portrait et une nature morte. Dans le portrait, c'est l'individu représenté qui est, qui doit constituer l'intérêt dominant; les accessoires qui l'environnent, les draperies, l'architecture, les
lointains, le ciel, lui seront complètement subordonnés : si le fond du tableau représentait une action très - intéressante , l'attention du spectateur serait divisée, troublée. Dans la composition qui doit représenter une nature morte, un groupe de pièces de gibier, par exemple, si vous faites intervenir des personnages, des chasseurs, des chevaux, vous aurez encore détruit l'unité d'intérêt , dans l'un et l'autre cas, et pour avoir manqué à la même loi de l'art, fait un mauvais tableau ou un autre tableau que celui que vous vouliez faire. Ce que nous' disons pour l'unité d'intérêt dans la composition, s'applique aux autres parties de l'art : si, dans la distribution de la lumière , on a constitué plusieurs masses lumineuses de même importance; si, dans l'agencement des attitudes ou des formes, se retrouvent des lignes qui sollicitent l'œil avec une égale force; si des objets très-analogues de volume se disposent dans les mêmes directions perspectives, vous aurez également troublé l'unité, éparpillé l'intérêt, détruit ou amoindri la signification, le caractère de votre tableau , et cela aussi bien dans celui qui représente un portrait que dans celui qui reproduit une nature morte. Dans tous les genres, comme dans ceux-ci, le même défaut résultera de l'oubli des lois premières de votre art.
Il n'y a donc pas, à proprement parler, de lois
particulières aux différents genres en photographie au point de vue de la beauté esthétique , mais il y a des applications infinies de ces lois, des applications aussi nombreuses et aussi multiples que les conceptions créées par la fantaisie de l'artiste. Il est évident que ces applications diffèrent d'autant plus que les sujets sont différents, et que les sujets analogues déterminent des applications presque semblables : c'est ce qui fait que la distinction de l'art en différents genres est assez rationnelle et avantageuse pour l'étude, à la condition toutefois qu'elle ne fasse jamais perdre de vue les grandes lois générales, communes à toutes les branches, et qu'on ne saurait méconnaître un instant dans ses oeuvres sans leur faire perdre aussitôt toute valeur.