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PROCÉDÉS SECS SUR VERRE. — THÉORIE DU COLLODION SEC

Les photographes ont cherché longtemps et cherchent encore un collodion sec irréprochable. De nombreuses formules ont été proposées et abandonnées tour à tour. D'où vient donc qu'on n'ait pas réussi plus tôt à résoudre un problème aussi simple? La principale cause de cet insuccès, c'est- qu'on avait mal compris les conditions dans lesquelles on réussit avec le collodion humide. On croyait en effet que si on obtenait si facilement, en quelques secondes et sans aucun accident, des épreuves avec les glaces collodionnées et exposées à la chambre noire aussitôt après leur sortie du bain d'argent, c'est que la surface du collodion était encore toute couverte d'eau.

D'après ce système, la couche sensible n'était impres-

sionuée que parce qu'elle était humide; la présence de l'eau paraissait nécessaire pour maintenir la pureté chimique de l'iodure d'argent : de là une foule de tentatives pour obtenir des collodions qui , une fois sensibilisés et étendus sur les glaces, restassent toujours hygrométriques; tentatives qui devaient être infructueuses, et voici pourquoi :

Lorsqu'on regarde à la loupe et au sortir du bain de nitrate d'argent la surface d'un collodion sensibilisé, on aperçoit une myriade de globules d'iodure d'argent séparés les uns des autres par des intervalles parfaitement appréciables. En lavant cette plaque à l'eau distillée et la laissant sécher spontanément, la disposition du précipité ne sera nullement changée. Yient-on maintenant à l'exposer à l'action de la lumière, la modification qu'il doit éprouver pour donner plus tard une image par les agents réducteurs est très-lente à s'accomplir, souvent même le temps de pose est indéfini. Gela tient à ce que l'iodure d'argent emprisonné dans le collodion constitue une fine poussière dont tous les grains sont maintenus à distance les uns des autres et reçoivent séparément l'impression de la lumière : de là une grande lenteur dans l'action produite. Si, par un artifice quelconque, on parvient à relier entre eux tous ces éléments séparés, l'action de la lumière ne s'épuisera plus en effets partiels, mais s'exercera sur une surface unique vibrant tout d'une pièce.

Quand les plaques de collodion sensibilisé sont exposées à la chambre noire, au sortir du bain de nitrate d'argent dont elles retiennent toujours une partie, on ne fait autre chose que rendre continue la surface impressionnable

dont tous les points sont reliés ensemble par une nappe d'eau faisant fonction de vernis. De même , les plaques d'albumine sensibilisée doivent être considérées comme un précipité d"iodure d'argent, dont toutes les parties sont réunies entre elles, non pas par' un tissu feutré et inégal, comme cela a lieu pour le collodion, mais par un véritable vernis d'albumine spontanément desséché. Aussi peut- on , sans autre détour, opérer à sec avec de pareilles plaques, seulement leur préparation présente quelques difficultés, et le temps qu'elles exigent pour s'impressionner est beaucoup plus considérable que pour le collodion humide.

Ainsi, dans le collodion humide sensibilisé, l'eau n'agit pas chimiquement, mais à la manière d'un vernis continu. Si donc on est obligé d'opérer avec du collodion sec, il faudra y introduire une substance résineuse formant sur les glaces, après dessiccation, une couche sensible se tenant tout d'une pièce, c'est-à-dire ne présentant aucune solution de continuité.

{Manuel de pliotographie de M. E. Robiquet, 1859, page 213.)

11 est un phénomène assez étrange que nous offre l'iodure d'argent sec, disséminé dans les fibres du cotonpoudre : c'est de perdre complètement sa sensibilité à la lumière ou du moins d'être alors si peu sensible qu'il faut des heures de pose là où le collodion humide n'exigerait que des secondes. Ainsi, lorsqu'on lave la glace collodionnée au sortir du bain d'argent, elle est devenue presque insensible à la lumière. Ce fait avait longtemps empêché qu'on se servît des glaces collodionnées sèches,

mais diverses découvertes ont prouvé qu'il suffisait de recouvrir la couche d'un sel déliquescent, comme le nitrate de magnésie ou de zinc, d'un corps gras, comme dans la glycérine, des corps gras à texture non cristallisée, comme la gélatine, la métagélatine, l'oxymel, l'albumine, l'ambre, la résine, etc., pour qu'elle conservât plusieurs jours sa sensibilité.

{Répertoire de photographie de M. D. Van Monckhoven , 1859, page 267.)

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