PROCÉDÉ TAUPENOT
i° Nettoyer la plaque. — Si la glace porte une première image, on la fera tremper pendant plusieurs heures dans une solution de potasse à 10 ou 12 pour cent, et Ton grattera avec un couteau à palette en corne pour tout enlever; on frottera ensuite avec un tampon en coton, recouvert d'une pâte formée d'un mélange de tripoli de Venise et d'eau légèrement acidulée; il faut avoir soin de ne jamais laisser le mélange sécher sur la glace; un nettoyage parfait est absolument nécessaire; le soulèvement du collodion albuminé, qui est un des grands obstacles à l'emploi du procédé Taupenot, n'a le plus souvent pour cause ciue le nettoyage imparfait; on achève de sécher la glace avec un autre tampon de coton trèspropre.
2° Verser le collodion. — Après avoir essuyé de nouveau la glace avec un papier de soie bien sec, on l'installe sur lui tampon de linge, mouchoir ou foulard, tenu de la main gauche; on enlève la poussière avec un blaireau, et on verse comme à l'ordinaire le collodion composé de : éther à 60 degrés, 100 centimètres cubes ; cotonpoudre, 1 gramme; alcool à 40 degrés, 25 centimètres cubes; on fait porter un des angles de la plaque sur le goulot du flacon et l'on fait couler l'excédant de collodion. Si cette couche doit ê(re passée au nitrate, suivant la méthode Taupenot, on devra iodurer le collodion à 1 p. 0/0.
o" Laver la plaque. — On verse l'eau dans une cuvette
rectangulaire; on y met la plaque nitratée ou non, le coUodion en dessus; on soulève de temps en temps avec un crochet pour incliner la glace en différents sens et faire couler le lic|uide; on continue d'agiter et de faire couler jusqu'à ce que l'apparence graisseuse ait complètement disparu, que l'eau coule uniformément partout; le lavage dure environ deux minutes et demie; quand la plaque est bien homogène à sa surface, bien -blanche, on la retire et on la dresse sur un de ses angles pour la faire égoutter ; on la laisse ainsi 20 ou 30 secondes, pendant qu'on dépose une seconde glace dans le bain pour la traiter de la même manière.
h" Verser Valhumine. — On pose la glace sur les extrémités des doigts de la main gauche, et l'on fait couler sur toute la surface, sans jamais la laisser s'arrêter ou revenir sur elle-même, une nappe de la solution albuminée, formée d'albumine fraîche ou fermentée, 100 centimètres cubes ; ammoniaque, à 5 centimètres cubes ; iodure d'ammonium, 1 gr.; bromure d'ammonium, 0,26 gr.; sucre candi, 2 gr.; chaque ligne d'arrêt et de retour de l'albumine sur elle-même donnerait infailliblement des inégalités dans le développement. Quand l'excès de l'albumine a coulé par un coin, on renverse la plaque perpendiculairement jusqu'à ce que le licjuide soit revenu à l'angle opposé, et après en avoir laissé tomber quelques gouttes, on la retourne et on la dresse sur le coin par lequel le premier excès a coulé, puis on laisse sécher, à l'abri de toute poussière; ainsi préparée, la plaque peut se conserver plusieurs années, peut-être même indéfiniment.
APPKNDICK. 341
5" Sensibiliser la glace. — On verse l'acéto-nitrate dans une cuvette quadrangulaire peu profonde, un peu en pente du côté de l'opérateur; on y met la glace le côté albuminé en dessous en l'inclinant sans temps d'arrêt et la maintenant sur le bain, pendant une minute, avec un crochet un peu épais ; la quantité de liquide ne doit pas être trop grande, car il est inutile que la surface supérieure en soit couverte ; la coloration de l'acétonitrate n'a aucun inconvénient.
6" Lavage à grande eau. — Le lavage se fait comme la première fois ; on le continue tant que toutes les taches d'apparence graisseuse n'ont pas disparu, jusqu'à ce que la surface soit très-nette, très-homogène ou uniforme, très-unie et d'un blanc mat. Si l'eau est abondante dans la cuvette, il ne sera pas nécessaire de la changer. Si on expose au sortir du lavage, la plaque est aussi sensible qu'une plaque préparée au collpdion humide ; le lendemain il faudra une minute d'exposition, et, après quelques jours, 5 minutes en moyenne, avec un objectif de 50 centimètres du foyer.
7° Développer l'image. — M. Bayard avait apporté une plaque toute préparée, prête à être exposée à la lumière ; il l'a mise dans un châssis, derrière un négatif, et, par une exposition de iO à 15 minutes à la lumière d'une lampe, il a obtenu l'image qu'il s'agit de développer. Le bain révélateur est formé d'eau distillée, 1,000 grammes; acide gaUique saturé, 3 gr. ; acide pyrogallique, 1 gr.;. alcool, 20 gr.; acide acétique, 5 gr.; bain d'argent à 6, 5, k gr.; on le verse dans une
342 APPENDlCIi.
cuvette quadrangalaire un peu inclinée du c(Mé de l'opérateur; on dépose la plaque à développer dans le bain, l'albumine en dessous ; on la soulève de temps en temps avec le crochet, pour aider à l'action du bain ; si on prolongeait trop cette action, le négatif donnerait des épreuves positives, dures et difficiles à tirer. Le liquide ne doit pas ou doit à peine recouvrir le revers de la glace.
On fixe à l'hyposulfite de soude, et non pas au cyanure, qui détacherait l'albumine.
[Cosmos, 12 mars 1858.)
PROCÉDÉ A l'albumine ■ — PRÉPARATION DE l'aLRUMINE
On prend des blancs d'œuf bien purs de toute parcelle de jaune et de germe, puis on y ajoute 25 pour iOO d'eau distillée et i pour 400 seulement d'iodure de potassium.
j Albumine 100 grammes.
soit : j Eau distillée 25
l lodure de potassium .... 1
Lorsque l'iodure de potassium est dissous, on bat le mélange avec une fourchette de bois jusqu'à ce qu'il soit passé à l'état de mousse épaisse et ferme.
Il est nécessaire de battre l'albumine jusqu'à ce point, afin d'éviter les matières filandreuses qu'on pourrait y retrouver sans cette précaution. On laisse alors reposer le tout à l'abri de la poussière, et^ au bout de quelques heures, on trouve sous la mousse, au fond du vase, u.n
liquide visqueux qui est de l'albumine étendue d'un peu d'eau, parfaitement homogène, et tenant en suspension un des principes de la matière photogénique.
On recueille ce liquide dans un vase propre en ayant soin de le débarrasser le plus possible de la mousse qui le surnage ordinairement, et il ne resle plus alors qu'à l'appliquer à la glace préparée pour le recevoir.
L'albumine ainsi obtenue ne doit pas être conservée plus de vingt-quatre heures, en été.
Dans cette première préparation, comme dans les suivantes, on comprendra facilement que, pour se tenir dans les meilleures conditions, il y a un certain choix à faire dans les substances.
Ainsi, on devra, lorsqu'on le pourra, ne se servir que d'iodure de potassium pur, celui du commerce contenant une quantité assez notable de chlorure.
Quant à l'albumine, l'expérience a démontré que tous les œufs ne sont pas également bons.
Les œufs de .vieilles poules sont ceux qui donnent les résultats les plus constants et qu'on doit employer de préférence.
Lorsqu'ils sont vieux, ainsi que l'a signalé M. Niepce de Saint-Yictor, l'image dans la chambre noire se forme un peu plus rapidement, mais la couche d'albumine est alors plus susceptible de s'écailler que s'ils étaient frais.
Pour se tenir dans des conditions à peu près constantes, on pourra choisir pour cette préparation les gros œufs de poule.
La manière la plus commode de tenir la glace et la seule d'ailleurs applicable au mode d'albuminage géné-
ralement employé, et que je vais indiquer comme le plus sûr et le plus facile, consiste à la prendre à l'aide d'un mandi-in de bois qu'on y colle préalablement dans le milieu.
A cet effet, on doit se munir de deux ou Irois mandrins de 20 cent, environ de long, sur 3 ou k cent, de diamètre; celle des extrémités qui doit être appliquée sur la glace est creusée de 1 ou 2 cent., de manière à présenter à la vue l'aspect d'un tube à parois de 1 cent, d'épaisseur.
On enduit alors d'une légère couche de gutta-percha la surface annulaire que présente cette extrémité de chacun des mandrins, et, après avoir posé les glaces sur du papier très-propre, le côté nettoyé en contact avec le papier, on chauffe dans la flamme d'une lampe à alcool la gutta-percha des mandrins que l'on applique aussitôt sur l'envers des glaces, en ayant soin de les placer le plus possible dans le milieu.
Quelques minutes suffisent pour que l'adhérence soit parfaite.
Lorsque la gutta-percha est refroidie, on prend la glace par ce manche et on lui enlève parfaitement la poussière qui est restée attachée à sa surface.
On fait ce dernier nettoyage, d'abord à l'aide d'une peau de daim souple et propre , puis enfin avec un blaireau large et fin qui, passé légèrement sur la glace, finit de faire disparaître toute trace de poussière.
Il est bien entendu que cette dernière opération se fait au moment d'étendre l'albumine, et qu'on doit y apporter tous ses soins si l'on veut éviter de voir se former sur le cliché, au développement de l'image, une foule de points
APlMiNDlCH. 345
noirs qui sont dus h autant de grains de poussière laissés sur la glace.
Le choix du verre qui doit recevoir la couche de l'albumine n'est pas indifférent ; on ne peut employer à cet usage que du verre dressé et poli exprès, connu dans le commerce sous le nom de glace mince pour négatif.
DE l'alBDMIINAGE DES GLACES
11 ne sutfit pas seulement, pour échapper à la poussière, de l'avoir parfaitement enlevée de dessus la glace, mais il faut encore éviter celle qui peut y tomber pendant l'albuminage.
Ue là, on comprendra la nécessité de faire cette opération dans un appartement très-propre, exempt de courants d'air, et arrosé, s'il est possible, quelque temps auparavant.
Toutes choses étant ainsi disposées, on prend une glace, et, la tenant horizontalement, on y verse une petite quantité d'albumine, préparée conformément à ce qui a été dit précédemment, décantée et parfaitement limpide.
Cette petite quantité d'albumine doit être cependant suffisante pour qu'cà l'aide d'un léger mouvement et d'une baguette de verre on puisse facilement en recouvrir toute la surface de la glace.
Lorsque le liquide est bien uniformément répandu, on en enlève l'excès, soit en penchant la glace dans divers sens, de manière à le faire arriver sur ses bords, d'où on l'aspire alors avec une pipette de verre, soit simplement en le laissant écouler par un angle.
346 APPENDFCli.
Lorsqu'il ne reste plus sur le verre que la quantité d'albumine qu'on juge convenable, on tâche, par un mouvement de la main, de la ramener vers le milieu de la glace, et alors, en frottant l'une contre l'autre les deux mains entre lesquelles on tient le mandrin pressé, on imprime à la glace un léger mouvement de rotation horizontale.
La couche d'albumine, quoique très-mince, s'étend alors très-régulièrement.
On doit prendre garde à ce que le mouvement ne soit ni trop prolongé, ni trop rapide, parce qu'il finirait par chasser le liquide du milieu de la glace sur les bords.
Quelques expériences doivent suffire pour amener l'amateur à pouvoir, presque à coup sur, albuminer convenablement mie glace.
La glace étant albuminée, on en détache le mandrin par torsion et on le laisse sécher à l'abri de la poussière.
La manière la plus commode de faire sécher des glaces consiste à les placer, à mesure qu'elles sont albuminées, dans une boîte à rainures où elles conservent la position horizontale, et dans laquelle se trouvent intercalées, entre chacune d'elles^ des planchettes mobiles glissées également dans les rainures et destinées à activer la dessiccation:
La boîte- elle-même est soutenue sur trois vis calantes qui servent à en établir l'aplomb parfait.
Il est bon de sécher le plus rapidement possible la couche d'albumine, et pour cela on ne doit introduire les glaces dans la boîte que lorsque celle-ci, ainsi que les planchettes, ont été chauffées préalablement.
On peut de même, pendant la dessiccation, retirer de
temps en temps les planchettes pour les chaulï'er et les replacei' chaudes.
En s'y prenant de cette manière , on peut opérer sur des glaces préparées de la veille, car il est indispensable que pour la sensibilisation elles soient parfaitement sèches.
Parmi les conditions nécessaires doit être placée en premier ordre l'égalité de la couche d'albumine.
En effet, la sensibilité augmentant avec l'épaisseur de cette même couche, il s'ensuivra que dans une glace irrégulièrement albuminée l'image sera entièrement développée dans les parties épaisses-, lorsqu'elle ne sera qu'à peine apparente dans les parties minces.
Aussi doit-on rejeter toute glace qui, après avoir été sensibilisée, ne pai'aît pas parfaitement égale, à moins toutefois que les inégalités ne doivent se retrouver dans le ciel du paysage, partie du cliché qu'on peut retoucher au pinceau.
Nous ferons remarquer aussi que la couche d'albumine doit avoir une certaine épaisseur, car, lorsqu'elle est (rop mince, non -seulement elle est moins impressionnable, mais encore elle a l'inconvénient de donner au dessin beaucoup de dureté.
sur, LA SENSIBILISATION DES GLACES
Cette opération, quoique facile, est cependant assez délicate, et je classerai parmi les premières conditions la bonne composition du liquide sensibilisateur.
C'est avec les proportions suivantes qu'il donne les meilleurs résultats :
APl'ENDICK.
Nitrate d'argent iO grammes.
Acide acétique cristallisable . . 10 Eau distillée 100
On doit choisir pour cela du nitrate d'argent parfaitement neutre, et, après l'avoir fait dissoudre dans l'eau, on y ajoute l'acide acétique.
Ce mélange, qui rougit d'abord rapidement par l'usage, doit toujours être tenu -dans l'obscurité, et, dès que les réductions d'argent y sont assez considérables pour lui avoir donné une teinte noire, il doit être rejeté et remplacé.
Ce n'est qu'après avoir sensibilisé la glace qu'on peut juger de l'égalité de la couche d'albumine et voir si elle a été bien garantie de la poussière, qui y produit alors de petits points blancs très- faciles à apercevoir par transparence, surtout pendant' c[u'elle est encore humide.
Ces points peuvent être aussi dus à des parcelles de germe laissées dans l'albumine.
Les glaces, une fois sèches, si elles ont été conservées dans une parfaite obscurité, peuvent être employées après huit ou dix jours presque aussi avantageusement qu'après quelques heures.
Si cependant elles étaient sensibilisées depuis trop longtemps, on pourrait, pour plus de sûreté, les repasser une deuxième fois au liquide sensibilisateur.
On leur rend ainsi la sensibilité qu'elles auraient perdue.