DE LA POSE
Lorsqu'on opère par voie humide, c'est-à-dire en exposant la glace lorsqu'elle vient d'être lavée, après la sensibilisation, il faut une minute environ, sous le soleil d'été de Paris, pour obtenir un monument avec l'objectif normal simple de 50 cent, de foyer et un diaphragme de 2 cent, de diamètre.
11 ne faut pas plus de quatre ou cinq minutes en opérant dans les mêmes conditions sur la glace sèche.
DE LA PRÉPARATION DE LA DISSOLUTION d'acide GAELIQUE
Pour éviter les réductions d'argent sur le type ou cliché, pendant le développement de l'image, il est nécessaire que la dissolution d'acide gallique soit parfaitement saturée.
On met en effet un excès d'acide gallique dans de l'eau distillée, et, au bout de quinze jours seulement, le degré de saturation complète se reconnaît à la couleur jaune d'huile que prend la dissolution.
On doit avoir soin , dans cet intervalle , d'agiter de temps en temps le flacon.
Avant d'employer la dissolution d'acide gallique, on doit la filtrer deux ou trois fois pour lui enlever les cristaux qu'elle pourrait tenir en suspension.
Sans cette précaution, ces cristaux, en se déposant, produisent une infinité de petits points noirs sur toute la couche d'albumine; les noirs de l'image prendraient un
aspect charbonneux, et le cliché tout entier perdrait la transparence qu'il doit avoir.
Lorsqu'on a une image à développer, on doit, autant que possible, placer préalablement dans un lieu frais la dissolution d'acide gallique déjà filtrée, et la filtrer ensuite une dernière fois au moment de s'en servir.
On le dépouille ainsi des cristaux qu'aurait encore pu lui faire déposer l'abaissement de température occasionné par le contact de la glace. La dissolution d'acide gallique peut se conserver indéfiniment.
DU DÉVELOPPEMENT DE l'iMAGE NÉGATIVE
Le développement de l'image négative est une opération délicate, et qui, pour être bien faite, exige de l'opérateur une certaine habileté.
C'est surtout dans cette opération qu'échouent les artistes et les amateurs qui font en photographie par glaces tant d'expériences malheureuses : aussi ne doisje pas craindre d'entrer à ce sujet dans des détails étendus.
Après la pose, on s'enferme dans un lieu éclairé par une bougie, et, après avoir retiré la glace du châssis, on la place sur un petit support à vis calantes qui permettent d'en établir l'horizontalité parfaite.
11 faut, pendant toute la série d'opérations de ce paragraphe, empêcher sur la glace l'influence trop directe de la lumière de la bougie.
Comme il faut que l'acide gallique agisse immédiatement et en même temps sur tous les points de la surface
albuminée, on doit, pour en faciliter la répartition régulière, couvrir d'abord cette surface d'eau distillée. Cela fait, on enlève délicatement la glace en la tenant par deux angles opposés, et on fait parfaitement écouler l'eau.
Alors, au lieu de la remettre sur le support, on la place sur l'extrémité des doigts de la main gauche, afin de pouvoir l'incliner à volonté dans un sens ou dans un autre, puis on y verse une quantité d'acide gallique suffisante seulement pour mouiller la couche d'albumine, et on a soin de faire qu'elle se répande le plus rapidement possible sur toute la surface, en donnant à la glace les inclinaisons nécessaires.
Quelquefois la chaleur des doigts peut précipiter sur les points où ils appuient le développement de l'image, qui cesse alors d'être régulière. Pour obvier alors à cet inconvénient, on peut placer la glace sur un petit cadre qui sert à la tenir.
Apres cette opération, on la replace sur le support horizontal, et on la laisse ainsi soumise à l'action de l'acide gallique pendant huit ou dix minutes environ.
Pendant ce temps, il faut veiller à ce que l'humidité persiste sur toutes les parties ,de la surface albuminée ; si sur quelques points cette surface paraissait prête à sécher, il faudrait immédiatement enlever la glace de dessus le support , et rétablir par les inclinaisons nécessaires l'égale répartition du liquide.
Au bout du temps indiqué, on reprend la glace par les angles et on en fait bien écouler l'acide gallique, c|ue l'on remplace aussitôt et de la même manière par une dissolution de 3 ou /i- gr. de nitrate d'argent neutre dans 100 gram. d'eau distillée.
Presque instantanément l'image apparaît, et lorsque la pose a eu lieu dans les bonnes conditions, elle doit être entièrement développée au bout de six à huit minutes.
Si la pose n'avait pas été suffisante, et qu'alors l'image ne fût pas assez accusée, on laverait la glace en y répandant un peu d'eau et on recommencerait absolument de la même manière les deux opérations, c'est-à-dire d'abord l'application de l'acide gallique, ensuite celle du nitrate d'argent.
On peut ainsi, par ces opérations successives, développer parfaitement l'image sur une glace qui n'aurait été que très-faiblement impressionnée.
Si, au contraire, la pose avait été trop prolongée, l'image apparaîtrait rapidement, et, sitôt qu'elle serait arrivée au point convenable , il faudrait la laver pour en arrêter le développement, et la fixer ensuite comme nous allons le voir au paragraphe suivant.
11 arrive très-souvent que des parcelles d'argent réduit se forment à la surface du liquide pendant le développement de l'image ; elles surnagent alors et sont entraînées par le lavage, mais elles s'attacheraient fortement aux parties de la glace où on aurait laissé sécher l'acide gallique, et où, par conséquent, il n'aurait agi qu'insuffisamment.
On aurait aussi à craindre ces réductions si la dissolution d'acide gallique n'était pas parfaitement saturée.
Un des plus surs moyens de mener une épreuve à bonne fin, c'est de ne pas chercher à trop presser cette opération, d'en suivre avec attention tous les détails, et d'y apporter une grande propreté.
Pour observer les progrès du développement de
l'image , on place en dessous' d'elle une feuille de papier blanc qui réfléchit la clarté de la bougie tenue comme on l'a dit à une certaine distance et plus bas que le niveau du support.
On se rappellera qu'un type, pour donner de bons résultats, ne doit pas être trop vigoureux, et, qu'à la lumière de la bougie, on est toujours tenté de le croire trop faible ; quoiqu'on puisse affaiblir par le fixage l'image trop accusée, il vaut mieux l'arrêter au degré convenable.
Si l'on n'avait pas le temps de fixer l'épreuve immédiatement après l'avoir lavée, il faudrait conserver la glace dans l'obscurité la plus complète, de même que si l'on ne pouvait pas développer l'image peu de temps après l'exposition à la chambre noire : car il n'y a nul inconvénient à laisser écouler vingt-quatre ou quarantehuit heures entre la pose et le développement.
DU FIXAGE DE l'iMAGE NÉGATIVE
On emploie pour le fixage de l'épreuve négative une dissolution de bromure de potassium dans la proportion suivante :
Bromure de potassium. ... 6 grammes. Eau distillée 200
Lorsque l'image a acquis un développement convenable, on la lave avec précaution en la plongeant dans une cuvette ou en répandant sur elle de l'eau filtrée ordinaire, puis on replace la glace sur le support et on
la recouvre de la dissolution de bromure de potassium ci-dessus. Quinze ou vingt minutes environ , plus ou moins, suivant la température, suffisent pour que l'épreuve soit parfaitement fixée, avec cette proportion de bromure.
Si cependant au bout de ce temps l'image était trop vigoureuse, il faudrait laisser continuer encore l'action du bromure qui la dégrade peu à peu.
{Traité de Photographie sur verre, par M. J. Couppier, 1852.)