CHAPITRE PREMIER
La photographie a pour objet de fixer et de multiplier à l'infini les images de la chambre noire en les recevant sur des surfaces sensibles à l'action chimique de la lumière.
Bien qu'une foule de corps subissent une altération plus ou moins grande sous l'influence de la lumière, le groupe de substances sur lesquelles son action s'exerce d'une manière que la chimie a pu mettre en évidence, est assez limité.
Le degré de sensibilité aux rayons lumineux doit faire ranger en deux classes très-distinctes ces substances photogéniques par l'emploi que l'on en peut
faire pour la double opération que se propose la photographie.
La première opération consiste à fixer sur un suhjectile transparent et dans une couche sensible, l'image de la chambre noire représentée par des traits plus ou moins opaques exprimant les clairs et les demi-teintes de la nature. Cette image, vue en transparence, est inverse ou négative, ses parties transparentes ou lumineuses représentant les ombres du modèle, ses parties opaques et obscures représentant les lumières et les demi-teintes. C'est le cliché négatif.
La seconde opération a pour but d'obtenir de ce cliché négatif, un nombre illimité d'épreuves positives offrant la distribution naturelle des clairs et des ombres. Une opération chimique analogue à la précédente conduit à ce résultat : on superpose le cliché négatif à une nouvelle surface sensible que l'on expose ainsi à la lumière, après s'être assuré que le contact est parfait. Les parties correspondantes aux traits opaques du cliché sont préservées de l'action de la lumière sur la nouvelle couche sensible, les parties qui correspondent aux endroits transparents du cliché sont atteintes au contraire et noircissent. Cette nouvelle image est l'inverse du cliché négatif, elle est positive. On tire de ce même cliché successivement un très-grand nombre d'épreuves.
La première opération se fait donc en face du modèle, reprodnisant toutes les circonstances de forme, de clair-obscur, d'attitude, d'expression, ainsi que tous les changements, les mouvements survenus pendant le temps nécessaire à l'impression de l'image. Sans entrer ici dans la question d'art et sans considérer quelle importance il faut attacher à l'extrême rapidité de cette opération au point de vue de la conservation du caractère et de l'unité de l'expression, on concevra aisément que l'empreinte lumineuse du modèle vivant doit être reçue par les matières photogéniques les plus sensibles. L'unité d'effet exige pour les reproductions des objets inanimés, aussi bien que pour les images de la nature vivante, une grande rapidité d'impression.
Les combinaisons de l'argent avec l'iode sont seules aptes jusqu'ici à donner des couches photogéniques assez sensibles pour l'obtention du cliché négatif. Elles sont seules employées.
Il s'agit donc d'abord de former à la surface d'une glace une couche d'iodure d'argent. On ne peut la former de toutes pièces et on ne parvient à l'obtenir que par voie de double décomposition et par deux opérations successives : un iodure, tel que l'iodure de potassium, d'ammonium, de cadmium, confié à un véhicule, tel que l'albumine, le coUodion, est étendu sur la glace ; ce véhicule servira en même temps
d'excipient à la matière sensible. Cette couche est mise ensuite en contact avec un sel d'argent, l'azotate d'argent dissous dans de l'eau. L'iodure de potassium se décompose, ainsi que l'azotate d'argent; l'iode de la couche s'empare de l'argent du bain et la surface sensible est formée.
On conçoit quelle condition doit remplir avant tout la substance qui sert à étendre l'iodure en lame mince sur la glace et à emprisonner la matière sensible ; elle doit, après dessiccation, ne point se dissoudre dans le bain d'argent. Cette circonstance réduit singulièrement le nombre des corps qu'on peut employer à cet usage; l'albumine, qui devient insoluble dans l'eau quand elle a été coagulée, le collodion, sont à peu près les seuls véhicules dont on fait usage. La disposition particulière que chacun d'eux donne aux molécules de la matière sensible a une trèsgrande influence sur la rapidité de l'impression lumineuse comme sur l'aspect des images négatives; aussi les emploie-t-on dans des circonstances difl'érentes.
L'iodure d'argent seul dans ces opérations est sensible à la lumière; mais cette sensibilité est si grande et si exquise qu'il faut le préparer dans un endroit très-obscur en évitant jusqu'aux reflets qui pourraient se projeter sur la plaque; la lumière même d'une bougie, si elle est un peu forte ou trop rapprochée, a de l'action sur cette préparation. On verra plus
tard que certains rayons colorés ne peuvent l'attaquer, et qu'on a tiré partie de cette circonstance pour la construction des laboratoires et des instruments.
Lorsqu'on a reçu dans la chambre noire, sur cette couche sensible, l'image lumineuse du modèle pendant un temps suffisant, l'iodure d'argent se trouve modifié aux endroits où la lumière l'a frappé : cette modification est légère aux endroits de l'image peu éclairés, et profonde aux parties très-brillantes, proportionnelle enfin à l'intensité des rayons envoyés par le modèle.
Mais cette modification, cette empreinte, toute parfaite qu'elle doive être dans le sein même de la couche sensible, n'est point visible. — C'est une empreinte toute chimiqne, si Ton peut s'exprimer ainsi, une disposition particulière prise par les molécules de la matière sous l'influence lumineuse. 11 faut la mettre en évidence par de nouvelles opérations.
On se sert à cet effet d'agens réducteurs tels que le sulfate de fer, l'acide gaUique , l'acide pyrogallique, etc. Ces corps ont la propriété de précipiter l'argent de ses combinaisons et de le ramener à l'état métallique. Cette action de l'agent réducteur est d'autant plus prompte et plus énergique que la lumière a agi davantage sur l'iodure d'argent, en sorte que la réduction du métal s'opère sur la plaque proportionnellement à l'empreinte déjà faite par la lu-
mière et forme un dépôt plus ou moins opaque qui traduit, vu en transparence, les lumières et les demiteintes de la nature. Mais cette image s'altérerait à la lumière si l'on ne la débarrassait point de l'iodure d'argent non réduit qui conserve encore une partie de sa sensibilité. Des dissolvants appropriés, l'hyposulfite de soude, le cyanure de potassium, employés en dissolution, enlèvent tout l'iodure d'argent non attaqué et sur lequel l'agent réducteur n'a pas agi; ils fixent l'image en la mettant à l'abri d'une nouvelle altération par les rayons lumineux. Le cliché se trouve donc ainsi constitué par un dépôt plus ou moins opaque d'argent métallique emprisonné dans une couche mince qui lui sert d'excipient. Ce cliché est négatif, les ombres de la nature y sont exprimées par des parties transparentes, les lumières et les demiteintes par un dépôt d'une opacité plus ou moins grande.
On comprend, d'après ce qui vient d'être dit, qu'il existe une relation remarquable entre les diverses parties de l'opération, et qu'il importe de les mettre en harmonie. 11 faut en effet approprier la richesse de la couche d'iodure d'argent à l'intensité de la lumière ou à la durée de la pose, et proportionner la puissance et les effets de l'agent réducteur à la nature de la couche sensible et aux effets produits sur elle par les rayons lumineux.
Sans entrer dans les détails pratiqnes qui sont l'objet spécial de la deuxième partie de ce traité, je dirai seulement ici que, pour obtenir de beaux clichés négatifs, il faut une couche sensible, riche en iodure d'argent, et que la réduction doit être opérée par des agents énergiques, susceptibles de fouiller profondément toutes les parties attaquées par la lumière. Avec des couches pauvres on ne peut arriver au relief, au modelé puissant : l'échelle des tons sera toujours restreinte, l'image plate et uniforme.
On fait aussi intervenir dans la formation de la couche sensible des substances propres à accélérer l'action de la lumière , les bromures. La proportion des bromures est aussi très-importante. On verra du reste quels sont les résultats donnés par les diverses combinaisons des éléments de la couche sensible , par l'emploi des différents réducteurs au point de vue de l'aspect final de l'image, et nous montrerons qu'on peut approprier l'opération toute entière à la nature du modèle que l'on se propose d'obtenir.
Telle est, dans ses traits généraux, la première opération de la photographie. Il faut maintenant obtenir de ce type négatif un nombre indéfini d'images positives. Il ne s'agit plus ici d'une opération faite en face du modèle, et par conséquent l'extrême sensibilité dans les matières photogéniques n'est point, comme dans le cas précédent, une condition essentielle. Ce
qu'on doit chercher dans l'image positive etdéfinitive, c'est la beauté de l'aspect et la solidité.
Le cliché négatif n'est que le moyen, l'image positive est le but, et c'est ici que s'ouvre le vaste cham[) des applications de la photographie aux arts industriels et à l'industrie proprement dite. Ce sont ces diverses applications qui doivent déterminer seules la nature des substances sensibles à choisir et des i)rocédés à employer. On peut en effet se proposer d'obtenir des images photographiques sur toutes sortes de matières et dans des buts très-divers : sur le papier, pour les publications de tous genres, pour la dispersion des documents de toutes sortes, des oeuvres de l'architecture , de la sculpture , des portraits ; sur l'ivoire, pour fournir au miniaturiste des dessins exacts sur lesquels il pourra achever au pinceau la reproduction exacte de la nature; sur les bois précieux, les bois laqués, les tôles vernies, les cuirs estampés , pour l'ornementation de cette multitude d'objets d'art, que le goût moderne a imaginés et qui sont devenus une branche si importante de l'industrie parisienne; sur la porcelaine, le verre, l'émail, la lave, pour la décoration des vases, des appartements , des monuments même ; on peut se proposer encore d'obtenir l'image photographique sur le bois où elle sera transformée en dessin ty[>ographique, sur le cuivre et l'acier où elle sera gravée.
Pour chacune de ces applications, il faut des subjectiles différents, des conditions particulières d'éclat, de coloration, de solidité, pour l'épreuve, qui doivent déterminer le choix des matières photogénicpies à employer, et qui donnent nécessairement lieu à des procédés spéciaux.
On ne s'attend pas sans doute à trouver ici la description de tous ces procédés positifs ^ et de le.urs applications; je ne m'occuperai, quant à présent, que du tirage des épreuves sur papier à l'aide des sels d'argent, dont je donne les détails pratiques dans un chapitre spécial. J'ai voulu seulement faire sentir au lecteur que ce procédé , si important qu'il soit, n'est pas toute la photographie, mais seulement une des applications de ce grand art.
On s'est, avant tout, préoccupé de la multiplication des épreuves et de leur facile dispersion, et l'on a bien fait. Les procédés de tirage par les sels d'argent ont fourni des épreuves innom])rables qui ont rendu la photographie vraiment populaire , et contribué puissamment à son développement.
Ces procédés reposent sur la même base que les manipulations par lesquelles on obtient le cliché négatif: l'altération proportionnelle d'une couche d'un sel d'argent sous l'action de la lumière, sa réduction à
'1 . Voir à l'Appendice.
l'état métallique; la fixation de l'image par la dissolution des parties non impressionnées.
Il s'agit ici d'obtenir une image définitive sur papier, il n'y a plus à s'occuper de l'épaisseur ou de l'opacité du dépôt qui doit former cette image, il faut s'occuper de la coloration du dessin qu'il donnera à la surface du papier.
Le chlorure d'argent est la matière photogénique employée. Sa sensibilité, infiniment moins grande que celle de l'iodure d'argent, est une des raisons qui le rendent impropre à l'obtention des négatifs. La coloration intense qu'il prend à la lumière et qu'on peut faire varier dans une certaine limite le rend au contraire très-propre à l'obtention des images positives.
La couche de chlorure d'argent est formée par voie de double décomposition, non point dans le corps entier du papier, mais presque à sa surface. Le papier est déposé sur une dissolution d'un chlorure, le chlorure de sodium, puis on le met en contact avec de
l'azotate d'argent sur une dissolution de ce sel. Le chlorure de sodium et l'azotate d'argent se décomposent pour donner naissance à la couche sensible de chlorure d'argent. Ici c'est le papier qui sert d'excipient à la matière sensible, et le choix en est très-important : la pureté , l'homogénéité de la pâte sont des conditions essentielles. La nature de l'encollage
a aussi la plus grande influence sur le résultat final.
Le papier, à la surface duquel se trouve formée la couche sensible de chlorure d'argent, est soumis à la radiation lumineuse, après avoir été recouvert du cliché négatif, la face coUodionnée appliquée exactement contre le côté préparé du papier. Le papier et le cliché sont disposés dans un châssis qui assure le contact. Dans les parties correspondantes aux noirs de la nature , et qui sont transparentes , les rayons lumineux traversent le cliché et atteignent la couche de chlorure d'argent qui noircit; les parties opaques, au contraire , ne sont point traversées , et le papier sensible n'est point atteint en ses points correspondants, il demeure blanc. La coloration du chlorure d'argent est proportionnelle à l'intensité des rayons, en sorte que toutes les dégradations d'épaisseur ou d'opacité du cliché négatif se trouvent traduites fidèlement. L'image ainsi fournie est évidemment finverse du cliché vu en transparence, elle représente les noirs et les clairs des objets dans leur ordre naturel, elle est positive.
On débarrasse le papier du chlorure d'argent qui n'a pas été impressionné et qui, noircissant à son tour, lorsqu'on voudrait regarder f image en plein jour, confondrait bientôt tout le dessin en une masse obscure. L'hyposulfitede soude est le dissolvant employé pour cet usage ; il enlève tout le sel d'argent non ré-
duit parla lumière, et ne laisse que l'argent métallique fixé dans le sein du papier. On verra, h la partie qui traite spécialement de cette question, dans quelle proportion doivent se trouver les sels mis en présence pour la formation du chlorure sensible, et quels sont les traitements ultérieurs à faire subir à l'image pour en faire virer les nuances et en augmenter la vigueur et l'intensité.
Il existe d'autres moyens d'obtenir des épreuves positives qui ne constituent point de procédés à part, et qui sont comme des corollaires de ceux qui viennent d'être exposés.
Lorsqu'on regarde le cliché négatif, non plus en transparence , mais sur un fond noir, on voit l'image positive, les blancs représentés par le dépôt d'argeat réduit, les noirs par le fond qui apparaît à travers les parties transparentes.
Pour que cet effet ait lieu complètement, il ne faut pas que la réduction de l'argent ait été poussée trop loin, ni que le dépôt soit trop épais; il convient donc, pour obtenir un bon résultat, d'opérer avec une couche sensible moins riche en iodure d'argent, et d'employer des agents réducteurs moins énergiques. L'exposition à la lumière doit évidemment être beaucoup moins prolongée. L'image sera d'autant plus visible que les parties transparentes seront mieux dépouillées de l'iodure non impressionné et plus limpides, et que
le dépôt d'argent sera plus blanc. On se sert donc du cyanure de potassium comme dissolvant énergique des parties non altérées par la lumière, et l'on donne en même temps au dépôt plus d'éclat en le renforçant, après ce dépouillement de l'iodure, dans un bain d'azotate d'argent. L'action de la chaleur est aussi trèspropre à augmenter l'intensité et le brillant des lumières. Au lieu de regarder l'image sur un fond noir, on étend sur la glace un vernis très -noir qui rend l'effet permanent; mais les ombres sont bien plus énergiques encore, et l'effet plus franc si l'on opère directement sur du verre noir.
On obtient aussi une image positive sur fond blanc, en faisant un contre-type du cliché négatif.
Deux moyens permettent d'arriver à ce résultat.
Le cliché négatif est appliqué contre la vitre d'une fenêtre dans une pièce obscure; on reçoit l'image de ce cliché dans une chambre noire, comme on recevrait l'image de tout autre objet, et on en fait une épreuve négative sur glace, à l'aide de l'iodure d'argent et du coUodion. Il est évident que cette épreuve négative, par rapport au cliché servant de modèle, sera positive par rapport à la nature. La transparence sera ici essentielle, comme dans le cas précédent , pour les parties qu'il faut débarrasser de l'iodure non réduit; mais au lieu de chercher à rendre le dépôt éclatant, il faudra au contraire le faire noircir par des
réactifs employés après la dissolution des parties non impressionnées; on atteindra ce résultat avec les sels d'or. L'image ainsi obtenue doit être vue en transparence comme un vitrail. On peut aussi opérer directement sur des lames de verre opale, sur des plaques de porcelaine, etc.
Le second moyen pour obtenir le même eflet consiste à opérer par contact : le cliché négatif est placé sur la glace préparée à l'iodure d'argent formant une couche sèche, absolument comme il le serait sur le papier positif. On conçoit qu'il faut ici une exposition très-courte à la lumière. Les opérations de développement se font comme à l'ordinaire, et, après la fixation par la dissolution de l'iodure non impressionné, on fait noircir l'image au sel d'or.
Une manœuvre qui s'applique aussi aux positifs sur fond noir permet d'ol)tenir ces images sur toutes sortes de matière. En effet, le collodion qui les porte peut, lorsqu'il est préparé dans de certaines conditions et avec quelque précaution , se détacher de la glace et être transporté sur tout autre subjectile; c'est ainsi qu'on peut appliquer des images sur le bois noir laqué, sur la toile cirée, sur la tôle, sur le papier, sur la carte porcelaine. Il suffît de rendre la surface un peu adhésive, afin que le collodion s'y attache. Des vernis appropriés peuvent d'ailleurs l'y fixer d'une manière très-solide.
L'exposition à la radiation lumineuse pour les procédés à l'iodure d'argent doit se faire au moment même où la couche sensible vient d'être formée, si l'on tient à une sensibilité très-grande. C'est alors que la couche est toute ruisselante du bain d'argent dont on vient de la retirer, qu'elle peut donner des images instantanées. A partir de ce moment, elle perd sa sensibilité, qui disparaît complètement lorsque la dessiccation est devenue complète. Cette instabilité de l'iodure d'argent présente les plus grands inconvénients.
Il en résulte d'abord que, pour reproduire la nature animée, il faut nécessairement profiter de l'instant rapide où la glace possède son maximum de sensibilité ; la plaque ne saurait attendre que le modèle ait été posé, arrangé, qu'il ait pris une attitude convenable ou que l'effet de lumière soit devenu favorable. Si l'on tarde à lui faire subir l'impression lumineuse, il faudra poser un temps plus long, le modèle aura remué, l'expression sera perdue. En supposant même que le modèle, par sa nature, n'exigeât point une aussi grande promptitude dans l'opération, il y aurait péril à attendre, car la dessiccation de la surface collodionnée ne se fait point uniformément, et les parties moins sèches, étant plus vite et plus fortement impressionnées que les autres, forment des inégalités et des taches dans l'image. Il faut donc chercher des com-
NOTIONS GÉNÉRALI'.S.
binaisons d'appareils à sensibiliser qui permettent d'offrir la glace toute ruisselante à la radiation lumineuse aussitôt que le modèle se trouve placé dans les conditions que l'on désire, ou bien une couche sensible qui conserve plus longtemps cette humidité nécessaire à la rapidité et à l'uniformité de l'impression. Avec les formules de coUodion que je donne plus loin, le problème se trouve résolu en ce qui touche les modèles qui n'exigent point une rapidité extrêmement grande, car, dans les journées les plus chaudes de l'été, j'obtiens sur la môme glace et successivement huit portraits différents. Chacun d'eux a nécessité quelques minutes d'arrangement, en sorte que, lorsque le dernier est produit, la glace est demeurée au moins vingt-cinq minutes dans le châssis. Le dernier portrait exige seulement un peu plus de pose que le premier, mais il est fait aussi en quelques secondes, et la plaque demeure uniformément pure au développement. En hiver, mes plaques peuvent attendre pendant une heure, après leur sortie du bain d'argent, sans qu'il en résulte une très-grande déperdition de leur sensibilité et des taches dans l'image qu'elles produisent. C'est à la proportion seule des matières constituant le collodion que je dois cet effet.
On a employé différents moyens pour conserver l'humidité de la couche photogénique pendant un temps plus ou moins long. Les uns la couvrent d'un
sel déliquescent, les autres d'une substance hygrométrique, d'azotate de magnésie, de gélatine, de miel ^ On conserve en effet, par ces procédés, les glaces à l'état sensible pendant très-longtemps, souvent pendant plusieurs jours; mais cette sensibilité est toujours extrêmement amoindrie; la pose doit durer plusieurs minutes , ce qui rend ces préparations impropres à traduire la nature vivante, à bien exprimer même les effets de plein air, si mobiles toujours, et limite leur emploi à la reproduction des objets inanimés, éclairés par un jour fermé et stable.
On a cherché, par l'emploi de ces procédés, à remédier à un autre inconvénient inhérent aux opérations faites sur la couche ruisselante d'azotate d'argent; je veux dire la nécessité de faire, séance tenante, les manipulations successives de l'étendage de la couche, de sa sensibilisation et du développement de l'image. Cette nécessité entraîne en effet à transporter, sur le lieu même où se trouve le modèle à reproduire, et les flacons et les vases qui doivent contenir les diverses solutions, et le laboratoire obscur où doivent se faire les préparations. Avec ces procédés, la glace est préparée à l'avance; on l'enferme toute sensibilisée dans une boîte ; le développement ne doit point succéder immédiatement à l'impression lumineuse.