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LE RÉALISME DE VOLTAIRE

Rarement, dans les vers de Voltaire, les métaphores sont intéressantes, et, dans sa prose, elles le sont d' aillant moins que le style est plus soutenu et plus sérieux. Les fers, les foudres, les poisons, les abeilles et les erelons, dans la critique sociale, les éclairs, les diamants, Vor, le pinceau, le coloris, les enfants du génie, dans la critique littéraire, se présentent trop aisément i sa plume. Il dit les ténèbres de la métaphysique, les épines de la géométrie. La religion est, tour à tour, un filet qui prend les sots, et un poignard que manient les fanatiques. La philosophie : a Sa main pure porte le flambeau qui doit éclairer les hommes. » J'espère, sans en être du tout sûr, que c'est avec une intention de parodie qu'il imagine Anne Dubourg disant : a La couronne est foulée par la mitre i'un évêque italien. » S'il eût écrit explicitement : foulée aux pieds, c'était l'éloquence de Joseph Prudhomme ou de Pécuchet.

Voltaire accueille les images traditionnelles, livresques, qui n'ont pas d'accent personnel, qui sont des sortes d'idéogrammes à valeur constante. Elles ne se réalisent pas ou se réalisent identiquement pour tout le monde, avec une correction élégante et froide.

C'est une décoration claire et conventionnelle qui s'applique sur la pensée. Rares sont les images neuves, comme celle-ci : « Dans la machine sociale, quels terribles frottements que l'intérêt, l'envie et la calomnie. »

Plus Voltaire se laisse aller, dans ses écrits satiriques et dans ses lettres, plus la métaphore a d'intérêt ; mais elle est, ordinairement, plus piquante que pittoresque. Les théologiens nous content des fagots et l'Eglise aime mieux se servir de fagots allumés que de raison. L'homme est « une marionnette de la Providence » . Une version corrigée de sa Henriade est la lie de son vin, et son siècle est la lie des siècles. Les vers du roi de Prusse qu'il retouche sont du linge sale qu'il blanchit. Que de fois a-t-il pesté contre les méchants auteurs ou gazetiers satiriques, insectes du Parnasse, vers de terre, taupes, moucherons, fripiers, etc. :

Infatigables auteurs de pièces médiocres, grands compositeurs de riens, pesant gravement des œufs de mouche dans des balances de toiles d'araignée (1).

Lorsqu'il s'installe à Lausanne et aux Délices :

Il faut que les philosophes aient deux ou trois trous sous terre contre les chiens qui courent après eux.

L'humeur pétille dans ces images, malignes ou drôles. Quand, par surcroît, elles réveillent une sensation, elles sont tout à fait exquises.

(1) Lettre à l'abbé Trublot, 27 atril 176L

Ah! madame, écrit-il à Mme du Défiant, toutes no» langues modernes sont sèches, pauvres et sans harmonie, en comparaison de celles qu'ont parlées nos premiers ancêtres, les Grecs et les Romains. Nous ne sommes que des violons de village (1).

Tout ce qu'il y a de fantaisie artistique chez Voltaire éclate dans les métaphores de sa Correspondance, où il n'a pas souci d'être un artiste. Même là, il est aisé de voir combien il réussit mieux l'image bouffonne et vitupérative que l'image sérieuse et grande ; il ne l'élève qu'en la refroidissant. Lisez ces lignes où le pittoresque amusant 6e termine en banalité noble ; elles dénoncent Le Tourneur, traducteur de Shakespeare, coupable de le préférer à Corneille et Racine :

H sacrifie tous les Français, sans exception, à son idole, comme on sacrifiait, autrefois, des cochons à Cérès... Il n'y a point, en France, assez de camouflets, assez de bonnets d'âne, assez de piloris pour un pareil faquin. Le sang pétille dans mes vieilles veines, en vous parlant de lui... Pour comble de calamité et d'horreur, c'est moi qui, autrefois, parlai le premier de Shakespeare, c'est moi qui le premier montrai aux Français quelques perles que j'avais trouvées dans son énorme fumier (2). Je ne m'attendais pas que je servirais, un jour, à fouler aux pieds les couronnes de Racine et de Corneille pour en orner le \ front d'un histrion barbare (3).

A plus forte raison, dans les écrits où il veut avoir

(1) A Mme du Défiant, 19 mai 1754.

(2) Image livresque ; elle est attribuée à Virgile, parlant de ce qu'il a pris à Ennius.

(3) A d'Argental, 19 juillet 1776.

de la tenue, où il songe qu'il soutient la dignité des lettres françaises, ses images s'éteignent.

Dans ses romans où il ne veut qu'amuser pour convertir, dans ses histoires, où il veut instruire, il recourt moins à la métaphore qu'à l'image directe, et c'est plutôt par la précision du détail réel que par l'éclat des analogies sensibles qu'il colore son style.

Voltaire peint les idées au moyen des faits. Il choisit des particularités, des circonstances qui mettent les choses sous les yeux :

Charles XII était d'une taille avantageuse et noble ; il avait un très beau front, de grands yeux bleus remplis de douceur, un nez bien formé, mais le bas du visage désagréable, trop souvent défiguré par un rire fréquent qui ne partait que des lèvres, presque point de barbe ni de cheveux. Il parlait très peu et ne répondait souvent que par ce rire, dont il avait pris Vhabitude (h).

Pour quelques épithètes vagues, qui sentent encore la manière du xvne siècle, combien de termes précis qui dessinent l'individualité de la figure.

Même attention, dans le cours de la narration, à circonstancier tout par le vocabulaire le plus exact. Charles XII, échappé de Turquie, traverse l'Allemagne pour rentrer dans ses Etats :

Il prit une perruque noire pour se déguiser, car il portait toujours ses cheveux, mit un chapeau bordé d'or, avec un habit gris d'épine et un manteau bleu, prit le nom d'un officier allemand et courut la poste avec son compagnon de voyage... (En un certain endroit), on donna au roi un cheval rétif et boiteux : ce monarque partit

(i) Ilist. de Charles XII, 1. VIII.

seul, à dix heures du soir, dans cet équipage, au milieu d'une nuit noire, avec le vent, la neige et la pluie. Son compagnon de voyage (qui, ce jour-là, était resté en arrière), après avoir dormi quelques heures, se mit en route dans un chariot traîné par de forts chevaux. A quelques milles, il rencontra, au point du jour, le roi de Suède, qui, ne pouvant plus faire marcher sa monture, s'en allait de son pied gagner la poste prochaine. Il fut forcé de se mettre sur le chariot de During, et dormit sur de la paille.

Après seize jours de course, non sans danger d'être arrêtés plusieurs fois, ils arrivèrent enfin, le 21 novembre de l'année 1714, aux portes de la ville de Stralsund, à une heure après minuit. Le roi cria à la sentinelle, etc..

... On mena le roi au lit : il y avait seize jours qu'il ne s'était couché; il fallut couper ses bottes sur ses jambes, qui s'étaient enflées par l'extrême fatigue. Il n'avait ni linge ni habits... (1).

Pour ce dessein de tout particulariser, l'habitude des anciens traducteurs et historiens qui cherchent des équivalents français aux termes de mœurs et institutions étrangères ne peut plus convenir : Voltaire écrit strelitz, czar, capigi, chiaoux, etc., etc.

Cependant, ce réalisme voltairien a ses limites. Il est sobre, rapide, se contente d'un dessin léger, à peine relevé de couleur.! .11 évite les descriptions : les éléments proprement pittoresques des tableaux sont sommairement notés, juste ce qu'il en faut pour réaliser ! une image du personnage, ou de l'action, qui en figure clairement la signification. Il a aussi un souci sans défaillance de la tenue et de l'élégance ; il trie les détails et les termes : précis, piquants, familiers, tant qu'on voudra ; même lestes et polissons ; grossiers,

(l) lbid., 1. Vil.

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triviaux, bas, jamais. Il ne consent pas à dire, en dépit de La Mottraye, qu'après Narva, le nombre des prisonniers russes étant trop considérable, les Suédois les renvoyèrent après leur avoir a coupé en deux endroits la ceinture de leurs hauts-de-chausse, qu'ils étaient obligés de soutenir des deux mains ». Il sait que le duc de Marlborough, lorsqu'il vint neg avec Charles XII à Leipzig, ne voulut pas avoir affaire au comte Piper ; mais il ne voudra pas dire, comme La Mottraye, que, <r dès que le duc l'aperçut sur sa porto prêt à le recevoir, il sortit du carrosse et, mettant son chapeau, il passa devant lui sans le saluer, et se retira à côté comme pour faire de l'eau ». Pour lui, a que le duc de Marlborough ait p... ou non en descendant de carrosse », ce n'est pas un fait qui intéresse l'historien : il veut bien peindre par les menues circonstances, mais non pas par celles-là (1).

Un seul moyen existe, pour lui, de relever les détails et les termes bas : c'est d'y attacher une intention satirique ou plaisante, de les faire servir à dégrader une idée ou une personne qui lui déplaisent. A tout le moins se moque-t-il de la réalité qu'il peint, quand il n'y met pas d'autre sens que d'être la réalité.

Et, sur ce principe, s'organise le réalisme des romans, contes, dialogues et facéties : réalisme toujour3 sobre et lumineux, où jamais la réalité n'est rendue pour elle-même, pour la simple joie ou pour la simple beauté de l'existence, mais toujours pour supporter ou traduire un jeu d'idées, un exercice de critique ou do malice. Réalisme d'ailleurs délicieux, où Voltaire se

(1) Notes sur lea remarques de La Mottraye (t. XVI, p. 355 et

prouve grand artiste par la simplicité puissante et la sûreté magistrale des effets :

M. le baron [de Thunder-ten-Tronckh] était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. La grande salle, même, était ornée d'une tapisserie. Tous les chiens de ses bassescours composaient une meute dans le besoin ; ses palefre* nier s étaient ses piqueurs ; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes...

... Le lendemain, après dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent : Cunégonde laissa tomber son mouchoir; Candide le ramassa ; elle lui prit innocemment la main ; le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toutes particulières... M. le baron de Thunder-ten- Tronckh passa auprès du paravent, et, voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière. Cunégonde s'évanouit; elle fut souffletée par Mme la baronne, dès qu'elle fut revenue à elle... (Ch. I).

Candide et le docteur Pangloss sont tombés entre les griffes de l'Inquisition, qui condamne l'un au fouet, et l'autre à mort :

Ils furent revêtus tous deux d'un san-bénito et on orna leurs têtes de mitres de papier : la mitre et le san-bénitov de Candide étaient peints de flammes renversées et de diables qui n'avaient ni queues ni griffes; mais les diables de Pangloss portaient griffes et queues, et les flammes étaient droites. Ils marchèrent en procession ainsi vêtus, et entendirent un sermon très pathétique, suivi d'une belle musique en faux-bourdon. Candide fut fessé en ca-

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tlence, pendant qu'on chantait..., et Pangloss fut pendu, quoique ce ne soit pas la coutume (Ch. VI).

Ainsi court le conte de Voltaire, défilé amusant de silhouettes et de gesticulations nettes comme les images d'un cinématographe.

Les noms des personnages sont représentatifs d'un caractère ou d'une nationalité : le Père Tout-à-Tousf le Père Fatutto, Candide, Pangloss, le baron de Thunder-fcen-Tronckh, don Fernando d'Ibaraay Figueroa y Mascarenee y Lampourdos y Souza ; le négociant hollandais Venderdendur.

Les menus changent selon les lieux. Chez l'anabaptiste hollandais, Candide a du pain et de la bière ; en fuyant du Paraguay, Candide mange du jambon ; au pays merveilleux d'Eldorado, on lui sert des perroquets, des singes rôtis, des colibris, des oiseaux-mouches et de la liqueur de canne à sucre. Dans l'hôtellerie d'Italie, il invite Pâquerette et frère Giroflée à venir « manger des macaronis, des perdrix de Lombardie, des œufs d'esturgeon, et boire du vin de Montepulciano, de Lacryma-Christi, c!e Chypre et de Samos b. Chez Pococurante, <r deux filles jolies et proprement mises servirent du chocolat qu'elles firent très bien mousser ». Et le bon Turc que visite Candide lui fait offrir « plusieurs sortes de sorbets..., du Kaimak piqué d'écorces de cédrat confit, des oranges, des citrons, des limons, des ananas, des dattes, des pistaches, du café de Moka, qui n'était point mêlé avec le mauvais café de Batavia et des îles ».

La monnaie aussi de chaque pays est employée : moyadors, pistoles ou maravédis, livres sterling, écus, florins, sequins, piastres, etc. De même, les costumes, institutions, modes, dieux et religions; chaque chose

est notée par son terme propre. Les moyens de transport aussi : chevaux andalous, chameaux, chaises de poste, etc. :

L'Ingénu prit le chemin de Saumur par le coche... (Ch. VIII.) L'Ingénu débarqua en pot de chambre (1) dans la cour des Cuisines (à Versailles) (Ch. IX).

« Nous voilà bien loin des termes les plus généraux de M. de Buffon.

Depuis les Bourgonsions ou Bourguignons, a qui oignaient leurs cheveux avec du beurre fort », jusqu'à l'esclave nègre des colonies américaines à qui l'on donne un caleçon de toile pour tout vêtement, les romans et facéties de Voltaire nous font passer sous les yeux la plus étonnante collection d'images ethniques, chaque échantillon de chaque nation étant inscrit avec ses accessoires caractéristiques, et saisi dans son occupation caractéristique, telle que l'imaginait Voltaire. L'Anglais fumant, raisonnant et bâillant; l'Espagnol faisant l'amour et brûlant des Juifs; le Hollandais négociant ; l'Allemand disputant sur les préséances; le Prussien faisant l'exercice; le Français jouant, causant, médisant, papillonnant; l'Italien ne faisant rien et revenu de tout.

i La gaieté du style voltairien vient, en partie, des images incidentes qui surgissent au travers du récit ou du raisonnement ; vivement découpées en mots précis, elles amusent l'œil un instant, sans laisser le temps à l'esprit de se distraire du principal.

Un fermier général dispute contre son curé qui a

(1) C'est une voiture de Paris à Versailles, laquelle ressemble à un pelit tombereau couvert. (Note de Voltaiab.)

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médit des publicains avec l'Evangile; il rappelle le rang honorable des chevaliers romains, qui étaient des financiers :

Ne formaient-ils pas le second ordre de la République, comme je l'ai ouï dire à un savant de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui vient dîner chez moi tous les mardis, et qui s'en va dès qu'il a mangé? (1).

Lorsque Cador, dans Zadig, demande à la belle Azora, pour se remettre de sa maladie, qu'on lui applique, sur le côté, le nez d'un homme qui soit mort la veille :

— Voilà un étrange remède, dit Azora.

— Pas plus étrange, répondit-il, que les sachets du sieur Arnould contre l'apoplexie (2).

Le style s'égaye de ces rapides visions d'actualité.

Plus précis est l'effet qui emploie les termes exacts à rapprocher les choses par les circonstances qui n'y découvrent pas de rapports logiques : le réalisme de l'expression isole chaque objet ou chaque fait en son individualité incommunicable ; on généralise, on iden-

(1) Ed. Moland, t. XXIV, p. 354.

f- (2) Ch. II. — ïï faudrait tenir compte, dans une analyse complète du style voltairien, de l'impression résultant des allusions multiples : allusions à des faits actuels ; allusions à des formules connues, mots historiques, phrases littéraires. Les premières allument des éclairs de malice dans cette prose ; celles de la seconde catégorie y mêlent une teinte de parodie, qui complique l'effet direct de la phrase par l'évocation rapide des modèles parodiés. Que de fois n'y a-t-il pas ramené l'esprit et le cœur, phrase chère au bon Rollin ! Que de fois n'a-t-il pas recueilli des expressions bibliques pour les usages les plus indévots ! Il y a de la musique d'Offenbach dans la prosa de Voltaire.

tifie, on associe par abstraction, c'est-à-dire par élimination des accidents. En représentant la chose par une seule circonstance adroitement choisie, Voltaire obtient un effet plaisant d'incohérence, d'hétérogénéité, dont il se sert pour dégager l'absurdité du monde ou des hommes :

Tout m'a tourné, jusqu'ici, d'une façon bien étrange, disait Zadig à son domestique. J'ai été condamné à l'amende pour avoir vu passer une chienne; j'ai pensé être empalé pour un griffon; j'ai été envoyé au supplice pour avoir fait des vers à la louange du roi ; j'ai été sur le point d'être étranglé parce que la reine avait des rubans jaunes , et me voici esclave avec toi parce qu'un brutal a battu sa maîtresse (Ch. X).

Cacambo tire des victuailles de sa valise et les présente à son maître :

Comment veux-tu, disait Candide, que je mange du jambon, quand j'ai tué le fils de monsieur le baron et que je me vois condamné à ne revoir la belle Cunégonde de ma vie? (Ch. XVI.)

Le procédé, ici, est transparent : le terme général, manger, ou moral, avoir le cœur à manger, avoir appétit, laisserait voir le rapport logique ; le jambon, l'expression particulière et matérielle, fait un coq-à-l'âne voulu.

Candide voit fusiller l'amiral Byng. Il s'étonne. On lui répond :

Dans ce pays-ci, il est bon de tuer, de temps en temps, un amiral pour encourager les autres (Ch. XXIII).

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Mettez des termes généraux, punir, chef, animer : le contact logique se produit, et l'esprit s'en va. L'hétérogénéité des mots particuliers est une critique de la méthode sévère des Anglais :

Vous voulez qu'un jardinier obtienne du soleil à l'heure que Dieu s'est destinée, de toute éternité, pour la pluie, et qu'un pilote ait un vent d'Est lorsqu'il faut qu'un vent d'Occident rafraîchisse la terre et les mers. Mon père, prier, c'est se soumettre (1).

Demander à Dieu, recevoir de Dieu, ce sont des formules dont la coutume paraît très raisonnable à l'homme. Dieu peut suspendre les lois de la nature, qu'il a faites : cette formule encore n'embarrasse pas l'esprit. Les mois concrets, du soleil quand il pleut, du vent d'Est quand il fait vent d'Ouest, dégagent la contradiction que contient la théorie de la prière.

Le réalisme de Voltaire est donc un réalisme à la Watteau, ou, si l'on juge le rapprochement bien ambitieux, un réalisme d'estampe du xviii6 siècle, un réalisme à la façon de Saint- Aubin on de Baudouin : une imitation piquante, égayée, malicieuse, d'une vie élégante et facile, encanaillée parfois, mais si drôlement et spirituellement encanaillée !

(1) Dial. entre un brahmane et un jésuite. T. XXIV, p. 56.

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