‹ L'art de la proseChapitre 28 sur 31 · LE FAUX ART · texte numérisé non relu

LE FAUX ART

« — Il était de l'armée d'Italie!

« Il vous suffira de dire : « J'étais à la bataille d'Austerlitz », pour que l'on réponde :

« — Voilà un brave.

« Vous pourrez dire avec orgueil :

« — Et, moi aussi, je faisais partie de cette Grande Armée, etc. »

3° Style romantique troubadour, école de Chateaubriand :

« Le char de la nuit roulait silencieux sur les plaines du ciel (périphrase classique; adjectif pour l'adverbe; tour poétique; harmonie ronflante). La neige tombait à gros flocons, et les vents soufflaient avec violence entre les vieilles arcades du couvent d'Underlach (deux poncifs : l'un ossianesque, les vents déchaînés; l'autre qui vient de Byron et de Chateaubriand, les arceaux gothiques). Le baron d'Herstall, possesseur de l'abbaye, vieillard courbé sous le poids des ans (qualificatif général du vieillard, banal), allume sa lampe au foyer presque éteint de la tour qu'il habite, et lentement se dirige (plus noble que va) vers la chapelle où, chaque soir, il adresse sa prière à l'Eternel. » (Il fait sa prière serait trop simple. L'Eternel est grandiose et biblique : la période s'arrondit et sonne mieux ainsi.)

ce Prosterné au pied des saints autels (cliché) : Grand Dieu! s'écrie Herstall, etc... Il dit (ton épique noble); les cris de l'oiseau funèbre (périphrase noble, pour le chat-huant) et les mugissements de l'hiver (l'hiver à la place du vent d'hiver ; c'est a une beauté hardie » en 182U) interrompaient seuls le silence de la nuit. Herstall se lève; entouré des tombes de l'abbaye, pâle, immobile, sa lampe à la main, ses joues creuses sillonnées par les larmes, il semble l'esprit des douleurs debout sur la couche des morts. » (Tableau mélodramatique, coupé de clichés tristes et fades : des tombes vaguement éclairées, une figure pâle, immobile et pleurante; pour finir, une per-

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sonnification prétentieuse qui est un pastiche de Cl ateaubriand.)

Ainsi écrivait, en 1821, M. le vicomte d'Arlincou:t, à T émerveillement du bon public; et son roman «lu Solitaire, au début duquel j'emprunte ces lignes, était, en moins de deux ans, traduit en anglais, <m allemand, en italien, en hollandais, en espagnol et en russe, et donnait lieu à quatorze adaptations dramatiques.

4° Style romantique catholique :

« Demain, vous vous lèverez; il y aura dans l'air une douceur, un parfum de printemps; les arbres seront mollement émus ( ?) par le pressentiment (banale personnification des arbres) d'une belle journée; vous ouvrirez votre fenêtre, et un amour jaillira de tous vos sens poux aller au-devant de la nature (galimatias) et s'y enivrer (c'est l'amour jaillissant qui s'enivrera) d'air, de lumière et de chaleur. Près de vous, sur la pierre extérieure, une fleur vous regardera, une fleur que vous aurez vue naître dans le froid de l'hiver, et que vous aurez exposée aux premiers rayons d'un plus doux soleil (plus doux que...?); vous lui rendrez son regard (fade sentimentalité), vous la rapprocherez de vous, et, tout inanimée qu'elle est, et impropre à l'amour (précision ridicule), vous lui ferez, de vous à elle et d'elle à vous, je ne sais quel commerce (jargon) où le cœur ne sera pas étranger...

ce ... En ces temps-là, par quelque jour d'automne, quand la solitude devient plus dure au vieillard, à cause des mélancolies du ciel, vous descendrez pesamment (épithète descriptive banale) dans la rue, et, regardant çà et là, vous chercherez s'il n'y a point quelque pauvre animal abandonné comme vous qui ait besoin d'un bon maître (épithètes sentimentales). Si la Providence vous F envoie! voua le recueillerez doucement dans les pems de votre

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