‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 10 sur 172 · LES VERS À SOIE DU GENRE ANTHER/EA · texte numérisé non relu

LES VERS À SOIE DU GENRE ANTHER/EA

On remarque, parmi les Antherœa, une douzaine d'espèces asiatiques, rustiques, fécondes, produisant beaucoup de soie, et de la soie de bonne nature ^^^ Ces espèces abondent dans Tlnde dans de nombreux districts, de sorte que Ton connaît les conditions les plus favorables à leur élevage. Sauvages, les Antherœa sont génénéralement annuels; Hutton a fait la remarque que ces vers, soumis, même dans l'éducation en plein air, h une demi-domesticité, deviennent bivoltins ou polyvoltins^^^. Ils construisent des cocons à tissure très serrée qui sont très imprégnés de grés^^\ Ils sont munis, comme les AcUas, près du point d'attache de l'aile, de chaque côté, d'une forte épine cornée destinée à écarter les brins, entrelacés ou non, toujours très agglutinés, après qu'ils ont été amollis au moyen d'une liqueur, pour permettre aux papillons de sortir '^^

Les chenilles appartenant aux différentes espèces du genre Antherœa ont été regardées jusqu'à présent comme construisant des cocons fermés de toutes parts. Le capitaine Thomas Hutton, observateur si attentif, a même jugé que cette fermeture, rendue plus hermétique par suite d'une abondante sécrétion du grèê, caractérisait en quelque sorte les cocons des Antherœa. M. Dusuzeau a découvert, en i885, comme nous le montrerons plus loin, que

(*) Capilaine Hutton , Bemarks on the cultivation of ttîk in India {Journal oflh» Agrieulhtral Sodetifi)/ India, New teriei, vol. I, 1869, p. 346 â 346), et Notée on the Indian Bombycidae, 1871, p. /i et 5.

(*> On obtient aisément de deux à cinq récolles par an.

(') On appelle grè» Tensemble des matières gélatineuse, cireuse, résineuse et colorante, qui recouvrent comme un fourreau la fibroïne ou matière soyeuse pure (Dttseigneur).

(*} Le capitaine Thomas Hutton a découvert le mode d*emploi par les Actiat et les Antherœa de leurs épines cornées. « Dans tous les genres qui composent ce groupe (celui des Satumiides), a dit Hutton, le cocon est solidement fermé tout autour, et les fibres de soie, surtout chei les Antherœa, sont collées fortement ensemble pour les rendre compactes, de telle sorte que Taction de Tépine de Taile est nécessaire pour séparer ces fibres 9 {Remark» on the cultivalion of »ilk in India, Journal qfthe Agricultural Soeéety of India, Neweeriee, vol. I, 1869, p. 36/i et 345).

Hfi SOIES DES VERS SAUVAGES,

deux espèces au moins, VAnlherœa mylitta ei VAnÛierœa Pirnyi, construisent les cocons en réservant à la partie supérieure, près du pédoncule, un orifice, en forme d'entonnoir renversé, très adroitement dissimulé, souvent même invisible, au dehors, el qui permet au papillon de s*échapper facilement du cocon. Gelui-fî est tissu avec une bave continue.

Nous ne ferons que signaler plusieurs Anûierœa qui fournissent une soie semblable à celle du Uasah proprement dit (^YAntfienpa mylitta), mais qui n'ont pas été, peut-être à tort, l'objet de la même attention. C'est le cas des espèces suivantes :

VAntlierœa nebtJosa de Hutton, de l'Inde centrale et du Chota Nagporc, très rapproché de VAntherœa mylitta, le cocon ayant un pédoncule long el rigide'";

Anthertea Helfiri{mi\e).

L'Anthcrœa sivalica de Hutton, des montagnes de l'Himalaya au nord-ouest;

<0 ThomM HtiUon, Journal ^ ih* Agricultumt Sociely of India, vd. I. 1869, p. SAS el 3(i6, et Mh or At lndùm lUmbycidai-, 1871. p. 5.

L'AnlhenBa PerroUeli de Guérin-Méneville, qui vil aux environs de Fondichéry, sur un Zizypkui, sur le Zyzygium jambolanum et sur d'autres arbres;

HAntherœa Frithtt et YAnOterœa Hel/eri de Moore'", communs au Sikkim , pelil état dans les montagnes de l'Himalaya qui sépare le Nipal du Bhoutan.

ÀnAenta Friûm (mile).

Une variété de VAntherœa Frithiide Moore se trouve assez abondamment dans la basseCochinchine'^^ Le papîllonaiâ centimètres et demi d'envergure : le mâle a le fond des ailes de couleur jaune d'ocre rougeâtre, rarement jaune d'ocre pur; la couleur est variable chez la femelle, variant du jaune brun au gris rosé ou au gris cendré. La cbenille est «d'une couleur jaune d'ocre, annelée

'') Proet»dBigt of ikt Zoolagieal Soeitty of London , i85g, pi. uit, n° a, cl pi. Ln, n* 1. — La »oia de fAnihtraa Frilhii est plus fine que cella de ÏAnAenga mylitla. M. Arlbur-G. Butler a donne la deicription et le dessin de YAnIhtrma Frilhii, d'après un exemplaire de Darjiliug, dans les Ilhutraltonê o/typicat tpeàmtn* oj Lepidoptera futtruetra in 1^ eolUelion oflhe Brilùh Miueant,parl C, ililSl > p. 59, pi. ici, n' S.

'*' Coite varii'té de fAnlhtmi Frilhii a été trouvée en 1 8S3 9ur les liauteurs boUéc» qui «odI à peu de dislancc de la tiHc do Sai{^n. Elle y ml ci

de noir; Jft léle et le collier sont de cette même couleur, et les pattes sont grisàlres» (J. Fallou). Les cocons sont ovoïdes, bien construits, assez ^ros; ils ont de &o à 5o millimètres sur ao à 35 millimètres. Ils sont enveloppés de feuilles, fermés (du moins paraissent l'être), d'un blanc jann&tre, ont peu de bourre «xtérieure et sont riches en soie"l D'après M. Thomas Wardie, la bave, formée de deux bràu peu adhérents, a un diamètre de 69 millièmes de millimètre près de la surface du cocon et de 71 millièmes le plus près de la (efeJle'^'; la ténacité est représentée par i6gr. 83 près de la surface et par 33 gr. 66 à l'extrémité; l'élasticité, par 88 millinièlres près de la surface et 7^ millimètres près de Ih chrysalide '^^

Aalhtrara FriHtii [tetmWn).

l'I Va carai d'éducation de cette ftpèce (les icab provciunt d'un cnrai fait de Saigoo) a été lait par M. J. Palkni, i Cliamprosay, dans lu clêpirlein<!iil de Seinc-el- 0J9c(J. Fallmi, Obiervaliont ilir wt lépidoplért héléivctre téridgèue, BnlUlin il lu Soci&i d'acclijHalalioa lU Frattce. 3' aério, t. XX, itiS3, p. Ji8 à 3s9, cl A' série, Ll. i88fi.p.8i'.).

''' La linesac de la bave varie de 5o à 60 luillièuies de uiillimètre.

''' L'élailifilù vaiiu de f'o ù io5 millimùlrcs.

ANTHERjEA. 119

On récolte dans l'Assam les cocons d'une espèce sauvage que M. Moore suppose âtre un Antherœa et que le directeur de l'agriculture dans cette province, M. E. Stack, a fait connaître sous le nom, certainement inexact, de Theophila religio$œ^^\ C'est une des espèces qu'on appelle dio nwuga dans l'Assam ^^\ Elle fournit une assez grande quantité de soie, mais d'une soie grossière dont les manufactures européennes ne pourraient probablement pas faire usage. M. Stack a décrit cette espèce de la façon suivante : « Le diofnouga, dit-il, est le plus grand des vers à soie, car il atteint la longueur de 6 pouces et demi (16 centimètres et demi); il est aussi le plus beau. M. Buckingbam a écrit à son sujet : on rencontre quelquefois cette chenille sur les arbres soum avec le mouga ordinaire, toutefois cela est rare. La chenille, quand elle est dans le deuxième ou le troisième âge, est charmante, avec les lignes de points de couleur bleu turquoise qu'elle a sur le côté. Lorsque le ver est arrivé au quatrième âge, les points bleu turquoise disparaissent, et des points de couleur d'or les remplacent. De chaque côté du corps, des raies qui présentent toutes les couleurs de l'arcen-ciel font de cette chenille la plus belle de cette famille. Le dio mouga vit trente jours à l'état de larve, et file son cocon en trois jours... Le cocon est grand (75 millimètres sur 38). Il contient beaucoup de soie; cette soie est forte, mais grosse et de couleur foncée. La compacité et la dureté du cocon rendent le tirage difficile. . . La soie sert, dit-on, à faire, au Bengale, des lignes pour la pèche. . . Cette espèce est assez répandue dans la vallée de l'Assam. v

Les vers à soie sauvages de Ceylan étaient connus à la fin du xv!"* siècle. Aldrovandi en fait mention : ce Dans l'île de Taprobane , on recueille sur les arbres la soie filée par des vers sauvages {« bombycibos . . . sine cultu v)^^K » Nous avons cité plus haut l'ictias sekne, YAUacuê Taprobants; nous parlerons ici de Y Antherœa cingalesa de Moore, chenille sauvage, indigène, de couleur verte

(*) E. Slack, SUk in Aisam, p. 1 9.

<*) D\'ipres ce qu^onl rapporté Heirer, Hq^on, Hulton, M. Stack, il y aurait dans PAssam trois vera à soie différents du nom de dio mouga, ^^) De animalibuê nuêctÎM, p. a 85.

avec uoe bande latérale jaune. Elle ti^se un cocon assez gros, ovale, dur, gris brun, attaché à la branche par une cordelette; elle vit sur un Terminalia. La soie est grise ^^\

Les chenilles du genre Aniherœa ne sont pas, en général, difficiles pour le choix de leur nourriture; trois espèces cependant, VAntherœa yama mat, au Japon, YAntherœa Pernyi, en Chine, VAntlierœa Roylei^'^\ dans l'Inde, ne broutent que les feuilles de chêne. Nous allons nous occuper d*abord des deux premières de ces espèces, qui sont l'objet d'éducations régulières à Tair libre, et nous aborderons ensuite Tétude du mounga et du iussah, les deux vers de rinde sur lesquels l'attention s'est le plus portée dans les derniers temps.

VÀNTHEliEA YAMA MAL

UAntlterœa yamamaï de Guérin-Méneville n'est connu au Japon, c'est du moins l'opinion courante, que depuis l'année 1&87, sous le règne de Go-Tsuchi Mikado, depuis la prise de possession de l'île de Fatsi-syo, petite ile qui est située au sud de Yokohama, dans l'océan Pacifique -^l On nous a assuré que ce ver est originaire de la principauté d'Etizen, et que, même à une époque éloignée, sa soie était employée au tissage des crêpes.

VAntlicrœa yama mat est aujourd'hui, au Japon, l'objet d'éducations régulières, faites soit en plein air, soit sous des hangars ou dans des cabanes ^^^ On le trouve encore à l'état sauvage dans les forêts, dans l'ile Kiouchiou et dans l'intérieur du Nippon; nous n'avons pas encore obtenu des exemplaires de la chenille sauvage et de son cocon.

'*) F. Moore, The LepidopUra o/Ceylon, toI. II, p. ts-i, pi. cxxv, n" 1.

t^) Proc$edmgi of the Zoologicid Society o/London, 1869, pi. lxiv, n* 1.

(^) Entre les peliles lies de Aoga sima et de Miaki.

(^) Voir pour les méthodes d^élevage au Japon : D' Hoflmann, Star la culture du ver à soie sauvage au Japon (BuUeîin de la Société d'acclimatation, 9' série, L I, i86i^, p. 593 à 599, 599 à 598). — Sira-Kawa et Léon de Rosny, Traité de éducation des vers à soie au Japon, 1868, p. 1 96 à 198. — Emesl de Bavier, La sériciculture au Japon, p. 1 59 à 167. — Le Japon à l'Exposition universelle de tSjS , 9* partie, p. i84 à 187. — D' Vidal, Note sur le ver à soie du chêne au Japon {Bulletin de la Société d'acclimatation, 3* série, t. VIII, 1881, p. 399 à 3/i5).

ANTHERMA YAMA MAI. 131

Les éducations ont lieu pn'ncipalement dans une longue bande de territoire qui s'étend du nord-est au sud-ouest, dans les provinces de Sinchiou, de Mino, de Goehiou, de Tanba et de Tango; elles sont moins répandues dans les provinces de Etchingo, deKochiou, deTotomi et de MiLawa"^ Elles sont conduites sur la plus laifre échelle dans le Sinchîou , et c'est dans cette province que les habitants de seize villages se sontréunis pour former une association , appelée MatMOukaira goumi, qui a pour objet la culture des chênes et l'élevage des vers yama mm. Cette association a son siège principal au village de Fouroumaya , situé dans la vallée de Matsoumoto. M. F.-O. Adams, secrétaire de la légation d'Angleterre au Japon, a publié, en 1870, l'étude qu'il a faite de cette industrie à Fouroumaya même; c'est le travail le plus complet que nous connaissions sur ce sujet i^^

AntlunK gamA iwit(brte).

On trouve aussi le yanta mai dans les lies Liou-kiou. Nous avons eu des cocons provenant de ces (les qui étaient un peu différents de ceux qu'on récolte au Japon.

Cette chenille est annuelle; elle est verte, de la même couleur que les feuilles qu'elle broute. Elle se nourrit des feuilles de plusieurs arbres, particulièrement de feuilles de chêne.

Les Japonais cultivent k cet effet plusieurs espèces de chêne ; on n'est pas d'accord sur les espèces'^'. Il ne paraît pas cependant

CI Eiaml de httier, La lêrieieiiUim ait Ji^on,f. tSo.

'" F.-O. Adama, TKird rtport o* ntt clôture ta Japon, Yokobima, 1870, avec {JaDcbes, p. 7 à 11.

(>} On paut coDMilter b DoUce publiée en 1876 pM-kKuwangiyo-riyono YoMnki-

li2 SOIES DES VERS SAUVAGES.

qu'il y ait de doute sur les suivantes; nous avons accepté les déterminations faites par MM. A. Franchet et L. Savatier^^^ :

Le kounogm ou sassa kachi, Quercua ierrata de Thunberg ;

Le kachiwa, Quercug dentaia de Thunbei^;

Vaka kachi, Quercus aeuta de Thunberg ^^^ ;

Le chira kachi ^') ou ara kachi, Quercus glauca de Thunberg ;

Le konara ^^\ Quercw ghmduUfoUa de Blume ;

Le nara kachi, Quercui crigpula de Blume.

Les vers préfèrent les feuilles du kouMgui {()uercfu serrala)^ dont les plantations sont les plus étendues.

Le cocon est gros, oblong, fermé; il est de couleur verte, d'un beau vert clair, d'un vert jaunâtre clair. 11 est attaché à une branche ou à un pétiole de feuille par une sorte de lanière, une cordelette plate. Le dévidage en est facile.

Le cocon est fermé, du moins dans les exemplaires qui ont été examinés. On remarque dans les cocons percés que le papillon est sorti, tantôt du côté du pédoncule, à la partie supérieure, tantôt du côté opposé.

Avant de tirer la soie des cocons, on les fait cuire, pendant dix minutes environ , dans de l'eau bouillante dans laquelle on a mis des feuilles de chêne finement hachées , ou bien dans une lessive bouillante de cendres de sarrasin; on les lave ensuite dans de l'eau pure et on les fait sécher ^^\

Le rendement de loo cocons de yatna mat est, dit-on, de 56 à 58 grammes de soie (D*^ Vidal).

Plusieurs procédés sont, à ce qu'il parait, en usage pour le tirage de la soie. Les meilleurs cocons sont trempés d'abord dans de l'eau fraîche, et ensuite dans de l'eau bouillante, l'une et l'autre

kari et intitulée : Detcription of ihe sUkworm breedmg in Japon; la notice de féducation des vers à soie sauvages du Japon traduite par Hoffmann, et l^ouvrage du D' Mène sur Let productioni végétale» du Japon,

(') EnwneraUo plantantm m Japonid tpontè cretcentium, 1876-1879.

^*} QuercuM Buergeri de Biume (E. de Bavier, p. 1 53).

^') Les Japonais donnent ie même nom de chira kcu:hi ou ttra kachi à deux espèces de chêne : le Quercu» glauca de Thunbei*g et le Quercus thalassica de Hance.

^^^ Le konara ou ùêi kachi est aussi, diaprés M. A. Franche!, le Quercus giha de Blume.

^^) Ernest de Bavier, La $éricicuhwe au Japon, p. 157.

AtiTHEBMA YAMA MAI. 133

eau élaat pures; le d^vidage est fait après cette préparation, et l'on obtient de la sorte la plus belle soie. Les cocons de deuiièine choix sont plongés dans une lessive de cendres de paille fraîche de sarrasin; enfin, pour les cocoDs les moins bons, on préparc le bain avec moitié de cendres de branches et de feniltes vertes et moitié de cendres de paille de sarrasin. Cest après que les cocons ont élé amollis dans l'eau ou dans la lessive qu'on les dévide.

La soie, tantôt d'un vert jaunâtre très pâle, tantôt d'un jaune soufre, présente une grande ténacité; elle est presque toujours tirée à la bassine. La finesse et ta netteté du bria sont variables; on attribue ces différences à la nourriture.

La soie est difficile à teindre, du moins par les procédés ordinaires. On met à profit, au Japon, cette propriété en tissant avec la soie du yama mal les rayures ou les parties brochées de l'étoffe et le fond avec la soie du ver du marier. Après la teinture en pièce, le dessin ou les raies se détachent sur le fond.

La haoe est formée de deux brin».

M. Targioni-Tozzetti a présenté en 1867 le brin comme étant aabcilindrica, et comme étant, au milieu du cocon, svbdepreua. La finesse de la bave était, d'après cet observateur, à ta surface du cocon, de 38 millièmes de millimètre, et, au milieu du cocon, de 5o à 70 millièmes.

AnAeraa yarnn mnf (cocon).

Voici les résultats des dernières cïpériences de M. Thomas Wnrdie sur la hntt de VAntheraa yama vuiî.

lâ& SO!ES DES VERS SAUVAGES.

Les brini sont striés, et les stries sont fines.

Le cocon, qui mesure hk millim. 5 de grand diamètre et 35 millim. U de petit diamètre, est recouvert d'une petite quantité de bourre '". La bave est belle, brillante, d'un vert vif à la surface du cocon et d'un vert jaunâtre clair dans l'intérieur.

Fiaeue : CD jnoyenne, àS millièmes de millimètre; limites eitrémes, 36 et &o millièmes de millimètre. {Bave du ver du mûrier, en moyenne, 3 o millièmes'**.)

Ténaeité: en moyenne, ttU gr. 8A ; limites extrêmes : 1 9 gr. &8 et a8 gr. 3â. C'est le poids qu'une bave de i5 centimètres de long peut supporter sans se rompre. {Bave du mûrier, en moyenne,

Eiatticité : en moyenne, 79 millimètres; limites, 33 et t3o millimètres. Une bave de 3o centimètres de long s'allonge de cette quantité avant de se rompre. {Bave du mûrier, en moyenne, A3 millimètres.)

Anthtraa yama mai {bore).

M. GeoEOul a observé, comme M. Wardle, que les briiu sont plais et striés. «Ils présentent, dit-il, de nombreuses stries longitudinales qui peuvent correspondre à de véritables fibres agglutinées. On y observe des éraillures et des fentes. Le décreusage

''> M. Wtrdie a lire du cocon d'esui &8a mèlrca de bave détidable. '" Uojenne de la finesse des baves de cocons de la ncc du Vallertiugue , de la race de Bione élevée i Nyons el de la race du Kiang-uu , en Cbine.

ANTHERMA YAMA MAI. 125

laisse subsister en partie les stries, qui ne sont donc pas ducs au grh. Le décreusage enlève la couleur jaune verdâtre de la bave, n

AntKtraa yanta nuit (mile).

La remarque a été faite que le cocon de VAnÙierœa yama mai a des analogies, pour la forme et In tissure, avec le cocon du Bombyx du mûrier, et que la soie du yama mal est, parmi les soies de vers à demi domestiques ou sauvages, celle qui se rapproche le plus de la soie du ver du marier et peut avoir à peu près le même emploi pour la fabrication des étoiïes '".

On a exagéré en Europe la valeur industrielle et la production de la soie du yama mai. Nous n'estimons pas la production h plus de 13,000 kilogrammes, savoir: &,ooo kilogrammes de sole de belle qualité et S,ooo kilogrammes de soie de qualité inférieure. On attache au Japon un haut prix h cette soie, et cependant la production ne s'est pas accrue. Il ne parait pas probable que nos manufacturiers disputent jamais cette matière aux tisseurs japo-

O II oe fàul pas outrer toutefois que nous ne ronnainoTu pag fAnlheraa yama nud i l'ëlal sauvage. — Le Laboratoire d'étude de la soie h refu du Japon VAnihenfa ■foBM nw, de la province de Ghinano. comme étant de In race sauvage, mais il n'y • pas de certitude, et TeMincn de ces exemplaireti n'a pas encore clé fait (1886).

nais. La sole du yama mai est employée presque toujours en métaoge avec la soie ordioatre; elle sert le plus an tissage <lc crêpes légers.

AnlhtitBtt yama «un (femelle).

VAntkerœa yama mm a été acclimaté dans certaines parties de l'Espagne, A Alia et à Guadalupé, dans la province de Cacérès'"; en Italie, à Arezzo, en Toscane. Les vers sont «ilevés h Alia et ù Guadalupé dans un bois taillis de chênes appartenant & l'espèce du chêne tauzin (Otierctu iozza). Des éducations de cette espèce ont été faites de la façon la plus suivie en France, en Lorraine, en Autriche, dans llnde'".

(') LMnlWmi jriinui nuu ■ ^té iDlroduil en Eapagne en 1871 par Camilo de Ameuga. On trouTen, àasa le fiiiUalin ib \a SoeUli d'acehmatatÙM (3* a^rie, L V, 1878, p. ag à 39, et t. VllI, t88i, p. gi 16), dei mimoinfl sur l'ëducalion de celle espèce ea Espagne par le marquis de Riscal. Noire ancien collée, le comUi de Casa Mirtnda, a rendu compte des essais faits dans le Guipuicoa par H. Perei de Noeros (fli^pporl nn- fmdMlnis tériâeoU m ElpagM, 1878, p. lA à ig).

'*' M. Alphonse Bernard, qui a ^le>ë le jrana maièi Céligt)]', près de Genève, a pU' lilië en 1 877 ses obseralions sur celte «xpèce.

ANWERSA PERSYI. 127

Il y a, au Japon, à l'état sauvage, quatre autres espèces A'Anthercea du type de YAnthert&i yama mot (lequel a le papillon de couleur jaune) : l'Antherœa luuma, de Butler (papillon rouge); YÂnlheraa FenUmt, de Butler (papillon d'uD gris de pierre); l'An~ therœa ealida, de Butler (papillon brun roux), eiï'Antherœamorota, de Butler (papillon d'un brin fuligineux foncé).

UANTHEHEA PERNTI.

La plupart des montagnes dans la zone septentrionale et dans la zone centrale de la Chine étaient couvertes autrefois de foréls de chênes; ces forêts de haute futaie ont été en grande partie abattues, et sont remplacées par des taillis. On a trouvé souvent des mûriers sauvages avec ces chênes. Il n'y a guère de ces mon-

Antheraa /Wnyï (lirve).

tagnes oii l'on ne trouve l'Antherœa Pemyi de Guérin-Méneville , indigène dans certaines régions, acclimaté dans d'autres. Il est digne de remarque qu'un ver, vivant en liberté, soit autant répandu sous des latitudes dont les termes extrêmes sont si éloignés, du fin' an 97* degré de latitude nord. Il ne nous paraît pas absolument certain que l'espèce soit absolument la même

partout, et nous rappellerons que M. George Hughes, commissaire des douanes maritimes h Tchi-fou, a fait mention, dans son rapport ^^^ de deux espèces de vers du chêne ^K

Si un fait qu'a rapporté le capitaine Hutton est exact (^), VAniherœa Pemyi serait, dans l'Inde, aux environs de Darjiling, dans l'Himalaya ; il y serait toutefois très rare ^^\

Cette espèce a été, à ce qu'il parait, trouvée dans l'tle de Geylan, à Dimbula, dans la région montagneuse, à l'est de Kandy. M. Frédéric Moore, dont on connaît le grand ouvrage sur les lépidoptères de Geyian, nous a assuré que YAntherœa Pemyi n'est pas indigène dans cette tle ^^K

La récolte des cocons des vers du chêne et l'emploi de cette soie remontent-ils à une haute antiquité, comme on l'a avancé? Nous avons répondu précédemment h cette question , et nous ne dirons plus que quelques mots sur ce sujet.

M. A. Fauvel, auteur d'un mémoire sur les vers à soie sauvages du Ghan-toung, a été le plus affirmatif; il a regardé le yen sse du Chou-king comme étant la soie de YAntherœa Pemyi Le père G. Rathouis a partagé cette opinion, mais sans apporter de preuves à l'appui. M. le D'' Bretschneider a établi, dans la notice que nous avons citée plusieurs fois ^^\ que le yen sse est la soie du ver du mûrier sauvage (p. 6). Ce savant sinologue nous a présenté, dans une lettre du â 5 juillet 1 88& , les remarques suivantes. Le sie (la soie) est mentionné, dans le chapitre Yu-kong du Chou-king, comme produit dans les vallées des montagnes Thaï (province de Thsing-tchéou, une partie du Ghan-toung actuel) et dans la province de Yèn-tchéou (partie sud-occidentale du Ghan-toung). Gomme on parle, dans le même chapitre, de plantations de mûriers, cette soie est vraisemblablement la soie du ver du mûrier.

(*) BBport,Silk, 1881, p. a5.

(') VAntherœa Confuci de Moore, recueilli dans les montagnes du Kiang-sou, est une espèce voisine de VAntherœa Pimyi.

(') Thomas Hullon, Notée on the Indian Bombyeidae, 1871, p. 5.

(*) M. Liotard n*a pas vu YAntherœa Pemtfi dans Ttnde.

^') Il ne nous parait pas douteux que VAntherœa Pemyi de la Chine a été introduit à Geyian, et qu^on a tenté de Tacclimater; ces tentatives n^ont pas réussi.

<•) On Chineee nlkworm îreee, Pé-king, 1881, p. 6.

ANTHEnMA PEMYL 129

Nous voyons encore dans le ïti-kotig que les barbares de Lai apportaient de la soie yen sse, et l'autour de la Detcription de la provinee de Ckan-toung (édition de lySÔ) rapporte que le yen ne est un des produits de l'arroudissement de Si-bia, dans le Tèngtchéou-fou, c'est-à-dire dans l'ancien pays de Laï. Les mûriers sauvages, yin tang, abondaient dans le Cban-toung et en Mandchourie; ils y sont encore nombreux'", et l'on récolte dans le Tèng-tchéou-fou de la soie du ver du marier comme de la soie du ver du cbéne. On trouve même encore aujourd'bui des vers à

Anlhtnta Ptmyi ((xain ri chrjsnlilc).

soie sauvages du mûrier dans ce département. Ni dans les anciens livres chinois, oi dans le Kiott-houang-^pèn-tiao (écrit vers k fin du xit" siècle), ni dans le Pèrt-tsao-katiff-tnou (écrit au xvi' siècle), les vers à soie du cbéne ne sont signalés; il est dès lors probable que ces vers existaient, qu'on Taisait usage de leur soie, mais que cet emploi était local et restreint. Dans le dictionnaire Eul-ya, composé au xn' siècle avant noire ère, et qui a été mis sous sa forme actuelle au ni' siècle de notre ère, il n'en est pas non plus fait mention , et cependant l'auteur cite plusieurs espèces de vers. Bref,

(■> Le mûrier «aavage ett appelé au Cban-loung gik§iuig (marier sauvage) el chan $ang (mïlrier de montagne).

tout donne à penser que le yen tsan est le ver sauvage du mûrier et le yen sse la soie de ce ver.

Il semble que c'est au xtii* siècle qu'on a commencé à prêter quelque attention à YAntherœa Pemyi, et le père Martini en a parlé le premier ^^^

On récolte a a millions de kilogrammes de cocons frais du ver à soie chinois du chêne, cela équivaut à i,â8o,ooo kilogrammes environ de soie tirée à la bassine ou filée au fuseau. Notre estimation a été basée sur des renseignements recueillis à diverses époques, et nous nous sommes tenu au-dessous des déclarations dont nous avons pris note ou que nous avons reçues. Cependant nous ne croyons pas que la production soit aussi grande que nous l'indiquons. Voici comment elle est distribuée :

Province de Ching-king {Mandchourie).

kilogr.

Suivant que la récolte est bonne ou mauvaise, de 3,5oo,ooo h A,6qo,ooo

Dans la région à l'est du fleuve Liao et de ses affluents (principalement dans les montagnes au nord-est de Niou-tchouang, aux environs de Kiag-tchëou , par ^ i ** i o' de latitude nord , etc.). — Les vilies de Fou-tchéou, de Siéou-yèn, de Khaï-tchéou et de Haï-tching sont les principaux marchés de celte soie^'^

A reporter â,6ao,ooo

(') (rLa produclioD de la soie (du ver du chêne) remonte à une époque relativement récente»; c^est ce qu^on assure dans le Ghing-king, et c*est ce que M. Walter Lay, commissaire des douanes maritimes à Niou-tchouang , a rappelé dans un de ses rapports {Newchwang, Report, 1881, p. 11).

(') M*' Verrolles, Sur le ver à ioie sauvage du chéne.de la Mandchourie, 1857. — Thomas Taylor Meadows, consul d'Angleterre à Niou-tchouang, Commercial report on the consular district of Newchwang for the year 1 865 ( Commercial report» from Her Mqjeity'i Coneuli in China, 1 865 , p. aSi à a8A ). — Rév. A. Williamson, Notes on the Northof China, 1867. — J.-Alex. Man, commissaire des douanes à Niou-tcfaouang, Report, Silk, 1 88] . p. 9 à 1 9 (Rapport fait avec soin et qui contient de nombreux renseignements sur les vers à soie du chêne et leur soie en Mandchourie). — M. Man et M. Meadows ne mettent pas en doute que la Mandchourie, s'il y avait une demande régulière de cocons et de soie, en produirait quatre ou cinq fois plus. M. Meadows estime que, faute de celle demande, on n'a pas planté en' chênes même le dixième de la surface des versants des montagnes où ces plantations réussissent le mieux. Le territoire convenable pour les plantations a, d'après lui, une étendue de près de 390 kilomètres carrés.

ANTHER.EA PERNYL 131

kilogr.

Report ^,6âo,ooo

Province de Tehik-U, 690,000

Dans les départements de Young-ping-fon , de Ping-tcbouèn- Ichëou ^'^ et de Tching-té-fou.

Le D' Bretschneider noas a appris que la description du département de Tching-té-fon {Tching-té/ou^ehi^*^) contient une notice très intéressante de la production de cette soie {po-lo kiin ) dans rarrondissement de Kièn-tchang ^^K

Provvice de Chansi 38o,ooo

Dans les départements de Lou-ngan-fou et de Tsé-tchéourou^\

Province de Ckèn^*i 3o,ooo

On lit dans le Tchi-wou-mitig-chi-toU'kao que, sous le règne de Kang-bi (de 166a h 17^3), Liou-ki-konng, natif du Chantoung, qui administrait Tarrondissement de Ning-khiang-tcbéon , dans le Han-tcboung-fou , enseigna le premier au peuple les moyens de tirer la soie des cocons des vers sauvages du cbène, et que le même procédé est encore en usage aujourd'bui. La soie qu'on obtient de la sorte est appelée, en souvenir de ce magistrat, Liou-koung kièn (soie ou cocons de Lion-koung) ^^'.

Province de Chan-toung 6,690,000

Dans les départements de La!-tcbéou-fou et de Tèng-tcbéou-fou, qui sont situés dans la partie septentrionale de la presqu'île de Cban-toung; dans la contrée montagneuse entre Thsing-tcbéoufou et Moung-yin; dans les départements de Yèn-tcb^u-fou et de Tbsi-nan-fou. Les villes de Tcbang-y, de Ning-baï-tcbéou et de Moung-yin sont les principaux marcbés des cocons et de la soie^*\

A reporter 1 q,3/jo,ooo

(*) Detring, commissaire des douanes à Tièn-tain, Report, Silk, 1881, p. ao.

(') Cet ouvrage est celui que M. Bretschneider a décrit dans lo Botanieon iimeum, p. 88.

(') On CfUneie gHkwarm treeê, p. 7.

^^> Detring , Report , Sdk , 1881, p. 9 a .

(^^ D' Bretschneider, On dUnân tUkworm trees, p. 7.

(^^ Martini, Nowu Àdoê iinen$i$ , i655, p. 53. — Du Halde, Deêcription géogro" phiquê de Vempirê de la Chine, 1735, t. I, p. 73, 198 et 199; t II, p. S07. — D.-B. MacCartee, On êome tnld iilhvorms 0/ China , 1866. — W.-H. Lay, vice-consul

kilugr.

Repor! 1 2,.*J/io,ooc»

ffLes plantations de chênes, dit M. J. Markham, sont dans les arrondissements de Ning-haï et de Tsi-hia , h lest de la province , et dans Tarrondissement situe entre les villes de Tsing-lchéou-fou et de Moung-yin-bièn, au centre de la province ^^Kn

M. Markham a fait la remarque qu'on recolle le plus souvent les cocons des vers du mûrier et les cocons des vers du chône dans les mêmes localités : par exemple, dans les environs de Sse-chouî , sur les bords du Sse-ho et dans la vallée de Moungyin, au pied oriental du Pou-yu chan.

Province de Ho-nan 9,760,000

Dans les départements de Jou-tchéou-fou et de Nan-yang-fou , notamment dans les montagnes granitiques de Fou-niou. Il se fait dans la ville de Lou-chan un grand commerce de celte soie ^*'.

Province de Kiangsou 78,000

Dans les départements de Tchia-kiang-fou, de Kiang-ningfou et de Yang-tchéou-fou^''.

Province de Ngan-hoeî, 1 «,000

Province de Sse-tchouen 4,6 20,000

Dans les départements de Tchoung-Lhing-fou et de Loutchéou.

A reporter 19,798,000

d^Angleterre àTchi-fou, Report, 1866. M. Lay estime à 700,000 kilogrammes au moins la quantité de soie blonde ou brune des vers du chêne qu^on pourrait obtenir dans le Gban-toung, si le prix offert paraissait avantageux aux Chinois. 700,000 kilogrammes de soie, cela représente environ 9,800,000 kilogrammes deœcons. — Rév. A. Williamson, Noies qf a joumey from Peking to Chefoo, 1866. — J. Markham, Report of a joumey through the province of Shan-tung , 1869. — A. Fauvel, The wHd siUc-tporme ofthe province of Shan-tung, a* édition, 1877. — Chris.-T. Gardner, consul d'Angleterre à Tchi-fou, Report upon the trade of the port of Chefoo for the year i8y8. — (leo. Hughes, commissaire des douanes à Tchi-fou, Report, SHk, 1881, p. a5. — * F. Kleinwàchler, commissaire des douanes à Tchin-kiang-fou, Report, Silk, 1881, p. 56 à 58.

(') J. Markham, Report, p. 3o.

i*) Baron de Richlhofen, Report on the provinces of Honan and Shansi, 1870, p. 4 cl 5. — Delring, Report, SUk, 1881, p. ai.

(»J F. Kleinwàchler. Rep<n't,SHk, 1881, p. 54 et 58.

ANTHERMA PERNYL 133

kilogr.

Report 1 9,798,000

M. ËdiD. Farago, sous-commissaire des douanes à 1-tchang, a avance, dans son rapport (StiX;^ 1881, p. 33), que, d'après le témoignage des Chinois qu'il a interrogés, on n élève, dans le Sse-tchouèn , que le ver à soie du mûrier. L'existence des vers do chêne, h demi domestiques et sauvages, dans cette province, est certaine. Ou n'y trouve à présent le chêne qu'en taillis ou en broussailles ^''.

Province de Kouet-tchéou 9,1 5o,ooo

Dans les r^'ons montagneuses des départements de Tsun-yfou, de Ping-youï-tcbéou et de Sse-nan-fou ^*K

Les œufs de YAntherœa Pemyi qu'on élève dans cette province sont toujours tirés du Ghan-toung.

D'après M. Edm. Farago, il n'y aurait pas de vers du chêne dans le Kooeï-tchéou, et les soies brunes qu'on y r^lte seraient le produit de vers sauvages du mûrier ^^^. C'est une erreur : le tsing-kang-chou n'est pas, comme on Ta dit h M. Farago, le marier sauvage, c'est un chêne ^^^ L'élevage de l'ilntkerœa Pemyi a été introduit dans la province, en 17^^, par

A reporter 31,948,000

'*) Le père Bertrand, Annalêtjbreitièrei, t. II, 1 8â3 , p. 6/i& à 6â8. — A. Michie et R. Francis, Report on the iradêofupper Yanglsze river, 1870. — Francis-W. Whilc, commissaire des douanes à Han-këou, Report, SUk, 1881, p. S h et 35.

(*) Le père Bertrand , AnnaUêforeitièrei , t. II , p. 6&& à 648 , et Bulletin de la Société d^aceUmatation, 1" série, t. V, 1 858 , p. 373 à 978. — Perny, Monographie du ver à eoie du chêne au Kouy-tchéou {Bulletin de la Société d'acclimatation, 1'' série, t. V, i858, p. 817 à 3s 9). — A. Michie et R. Francis, Report. On lit dans ce rapport : (r(Au Koneî-tchéou) La soie du ver du chêne est, au lieu de production, à aussi bon marché que le coton.» — Eugène Simon, Rapporte, M. Eugène Simon a estimé la production de la soie du ver du chêne, en 1 86/t , dans le Koucï-tchéou elle Ghèn-si, de i,5oo,ooo à 1,800,000 kilogrammes (de 99 millions à 97 millions de kilogrammes de cocons), et, en 1866, dans le Koueî-lchéou seul, de i,âoo,ooo à 1,900,000 kilogrammes (de 19 millions à 96 millions de kilogrammes de cocons)! — M. Francis-W. White, commissaire des douanes à Han-kéou , a joint à son rapport des cocons du yèh tean (ver sauvage), ovoïdes (de 35 à ho millimètres sur 95), de couleur blonde, entourés d^une bourre brune» qui portent l'empreinte des feuilles qui les ont recouverts; ils sont munis d'une lanière plate destinée à les tenir suspendus à un pétiole de feuille ou à une petite branche. Ces cocons, provenant du Koueï-tchéou, ressemblent à ceux de VAntherœa Pemyi.

« Report, Silk,iSSi, p. 'àià.

(*) Nous avons reçu des spécimens du tting-kang-chou ; c'est un chêne sans aucun doute.

kilogr.

Report 31,968,000

Tching Siog-ngan, prëfet de Tsany-fou, qai ëtait originaire da Chan-toong ^^K

La soie da ver du chêne du Koneï-tcbéou est plas estimée que la soie de ce ver dans le Chan-toung.

Province de Hou^ian 5â,ooo

Dans le département de Young-dbnn-fou ^*K

Province de Kiangsou.

M. F. Kleinwâchter nous a donné, dans an mémoire daté du 3o mai 1889, les renseignements suivants : «rDes vers h soie sauvages sont trouvés , dans le Kiang-sou , vivant sur le chêne à feuilles de châtaignier. Leur cocon est long et pointu ; la soie qu'on en tire est brune et grossière. On la regarde comme étant à peu près sans valeur, attendu qu'elle est même plus grossière que celle des vers sauvages qui vivent sur Tarbre siang^^Kn

Il n'y a certainement que très peu de vers à soie du chêne (si même il y en a) dans la province de Kiang-sou. Du reste, M. Kleimvachter a dit nettement, dans son rapport de 1880, que ces vers ne sont élevés que dans le Chan-toung et dans les autres provinces septentrionales ^"^K

Province de Tché-kimg,

Le ver à soie du chêne vit à l'état sauvage dans celte province; il y est assez rare. Un des émissaires chinois du commissaire des douanes de Ning-po dit dans un de ses rapports ( 1 883) : rrDes vers h soie vivent sur le camphrier et sur le chêne. Quand les papillons s'échappent des cocons, ils s'envolent dans différentes

A reporter 99,000,000

^') Ce fait est consigné dans le Tehau-kièn-pou (Traité sur la soie de l'ailante, et en léalilé sur les soies de vers sauvages), publié sous le règne de Kièn-loung. M. Fauvel a rapporté dans son mémoire, diaprés cet ouvrage chinois, Thistoire de Theureuse entreprise de Tching Sing-ngan.

t') H.-Ë. Uobsoo, chargé du consulat d^Aogleterre a Han-kéou, Report, 1869.

^') On donne en Chine le nom de siang à un chêne. Le nang à Pé-king est le Qaereui hungeana. Il est à remarquer que la désignation de chêne à feuilles de châlai* gnier peut être appliquée au Quercuê bungeana. Les faits indiqués par M. Kleinwâchter devront être vérifiés. — On verra plus loin qu^on trouve dans le Tclic-kiaiig un arbrisseau, appelé iiang chou, sur lequel vil un ver à soie sauvage, et que ce êiang ckou du Tchc-kiang osl VEvonymus bungeana de Maxiniowicz.

^*) Report, Silk, 1881, p. 58.

ANTHERMA PEHNYL

I^Kirt. i

dii'ectious et s'arrêtent sur les aiï>res qui goat à leur porlée. On remarque plus facile meut des papillons que des cocons. Comme les cocons sont sans emploi, comme ces vers sont peu connus, les gens du pays ne savent pas souvent de quelle sorte de cocon tel papillon est sorti. «

Total 39,000,000

liAnàterma Pemyi, le ver h soie chinois du chêne, a été décrit, taalôt sous le nom de Bombyx Fanlotit'", tantôt sous' celui de Bonite mylitta.

Celte espèce, celle du Chan-toung, comme celle du Koucltchéou , avait été désignée A Hedde , en 1 8i 5 , sous le nom de

''' Le père AnDibtl Fanlooi, miuionaaire dans le Chan-loung, a étë un des fremicn qai onl fait connallra le ver du chéae (en i85i). En iS&G, notre ancien coU lé^ne d*Da II mistion eo Chine, Hedde, avait rapporte en France dea cocons de cette e^)èce, tirés des province* de Sse-lchonèn, de Koueï-ldiéau et de Chan-loung. Le père Perny en envoya du Sse-iehouèn en i65o nn en iR5i.

yih t9an (ver sauvage) ^'^ Nous-méme nous l'avons reçue à Ghanghaî, dans la même année, portant le nom de ising-kang tsan (ver du chêne ising-kang). On l'appelle yèh tsan dans ia Mandchourie et dans le Ghan-toung. Il faut qu'on sache bien que ce nom de yèh isan est donné à tous les vers à soie sauvages; il signifie en effet ver à soie sauvage.

Tous les observateurs s'accordent à dire que cette espèce est bivoltine. On obtient deux récoltes : l'une au printemps et lautre à l'automne. Dans le Ghan-toung, l'éducation du printemps est terminée vers le â i juin^^^ et l'éducation d'automne vers le 8 septembre (quelquefois un peu plus tard dans certaines années). La première est de plus courte durée que la seconde. Dans la Mandchourie, les paysans ont dit à M. Meadows que la récolte des cocons est faite, au printemps, au bout de soixante jours, tandis que, à l'automne, elle ne l'est qu'après cent jours.

Il existe dans le KoueMchéou, suivant le père Perny, une variété annuelle du ver du chêne qui est moins estimée par les Ghinois^^l Nous avons dit précédemment que les Antlierœa sont généralement annuels à l'état sauvage, et qu'ils ne deviennent bivoltins que quand ils sont soumis, même dans l'éducation en plein air, à un état de demi-domesticité.

VAnllierœa Pernyi est l'objet d'éducations qui sont faites généralement partie dans Tintérieur des maisons, partie sur les arbres ou dans les buissons en plein air. Les méthodes d'élevage ont été décrites par plusieurs observateurs^*'. Ges vers sont aussi en

(') Detcription méthodique , etc., p. lai et laa.

(') La date du ai juin nous a élé indiquée par plusieurs personnes qui se sont renseignées sur place. D\'iprè8 le ténioi|Tnage (Fun ncgocianl en soies de Tchi-fou, la premier récolle serait faile quelquefois un peu plus tard, et les cocons ne seraient apportés sur le marché que vers le milieu do juillet. La seconde récolte serait faite en septembre ou en octobre.

(^) Bulletin de la Société d'acclimatation, i" série, t. Y, 18 58, p. 819.

^^) D^lncarville, Mémoires concernant les Chinois, t. H, p. 69/1 et 596. — Le père Hnrirand y Annales forestières , t. ]l,p. Gâ^j à 6^8. — Perny, Motiographie {liuUetindela Société d'accUfnatation, 1™ série, t. V, 18&8, p. 317 à 33a). — Th. ïaylor Meadows, Iteport, i865, p. 957 à 359. — A. Fauvel, Tke tviUi silk-worms of the province <f Shan-tung, 1877, p. la à 18. — J.-Alex. Man, Report, Silk, 1881, p. lA à 17. — K. Kleinwachler, Report, Silk, 1881, p. 5 ^1 et 55.

ANTHEHEA PEHPiri. 137

abondance à l'élal sauvage, dans lestforéls ou les taillis de cbénes sur les montagnes, même au Koueî-IchéoQ , où ils ne sont pas cependant indigènes.

VAntkerœa Pem^i ne se nourrit en Chine que de feuilles de cbéne. Le père Cibot n'a cité qu'une espèce de chêne, d'après le

Âiilheraa Femyi (hiaeWe).

père d'Incarville, mais celui-ci en a mentionné deux : ciOn trouve à Péking, dit-it dans un de ses mémoires, quelques chênes à grandes feuilles. L'espèce sur laquelle on nourrit les vers sauvages du kien tek&m a les feuilles assez semhlablcs aui feuilles du châtaignier. Ces mêmes chenilles mangent aussi tes feuilles de Vautre espèce "'. n

On sait exactement aujourd'hui quelles sont les espèces de

' ' ' Calalogut alphMlique de» planta et aulrei objelt d'Iutlont natartiU en UMOg» ta- Chine, cbiervii par te père d'IncarvitU {Mèmoira de la Sociélê impériale det nolurnli$le* de Mouou, vol. IV, i83o, p. aG).

chêne qui forment la nourriture ordinaire de ces vers dans chaque province. C'est au D' Henry-F. Hance, dont la science est si étendue et dont l'autorité pour tout ce qui se rapporte à la flore de la Chine est incontestable, qu'on doit les notions les plus précises sur ce sujet. M. le D' E. Bretschneider a reproduit en 1881 ces notions, en les complétant par de nouvelles observations, dues à ce dernier savant, et récemment, en 188/1, M. Francis-Blackwell Forbes a éclairci plusieurs points restés obscurs. Nous indiquons ci-après ce qui peut être regardé comme acquis ^^^

Dans la Mandchourie : le Quercus mongolica de Fischer («tooyé'tso ou Uing-kang-liou^^^)^ le Quercus dentata de Thunberg (Aott, po-lo ou to-y^tso), peut-être aussi le Quercus aliéna de Bunge [tsing-kang-liou ^^^). On a de plus du Chin-king (de la Mandchourie) des spécimens du Quercus bungeana de Forbes [Quercus chinensis de Bunge) et du Quercus obovaia de Bunge.

Dans le Tchih-li r le Quercus bungeana de Forbes [siang ou siang-wan-ise)^ le Quercus aliéna de Blume, le Quercus dentela de Thunberg ou le Quercus obovata de Bunge f*^ [hou, po-h). Le Quercus mongolica de Fischer a été trouvé dans plusieurs localités du Tchih-li.

Dans le Chan-toung : le Quercus bungeana de Forbes {Quercus cliinensis de Bunge) [^Vutg^] , le Quercus serrata de Thunberg (po-lo,

^^) H.-F. Hance : On the nlk-wornu oah 0/ Northern China ( The Journal of the Lmnean Society, Botany, vol. X, 1869, p. /182 à Aga). SupplemenUtry note (The Journal qf the lÀnnean Society, vol. XIII, 1873, p. 7 à i5). On eillMDorm oake {The China Reoiêw, novembre-décembre 1877). — ^' Bretschneider, On Chine$e eilkworm treet, 1881. — F.-B. Forbes, On eome Chineae epedee ofoake, i88â. Ce mémoire a été pu> blié dans le Journal ofBotany,

^*) Nous citons les noms vulgaires que nous avons obtenus, mais nous ne sommes pas certain de Texactitude de ces noms. Nous ne savons que trop avec quelle réserve il faut accueillir les affirmations des Chinois.

(^) VAntherœa Pemyi se nourrit, au Ching-king, diaprés M. T.-T. Meadows, des feuilles de trois espèces de chêne : le petit teing-kang-Uau, le grand tiing-kang^Uou et le houHpo4o (M. Meadows les a décrits, p. a 59). Le D' Hance et le D' Bretschneider regardent le hou-fo-lo comme étant le Quercuê dentata ; le D' Bretschneider pense que le petit et le grand teing-kat^-liou sont, Pun le Quercue mongolica et Tautrc le Quercuê aliéna»

^^ Le Quereuê obovata, aux environs de Kouan-tching, au delà de la Grande muraille, dans le Tchih-li (W. Gill, The river of golden sand, 1. 1, p. 69).

ANTHERm PERNYL 139

l9o OU liy^\ ie Quercus dentata de Thunbcrg et le Quereus mongolica de Fischer, ces deux derniers peu communs.

Dans le KoueMchéou : une variété du Quercus robur de Linné ou une espèce voisine (^Quercus Fabri de Hance) [/wi-/i]^*^\ le Quercus bungeana de Forbes [siang-li ou ising-kang).

Dans le Sse-tchouèn : le fou~li, avec les feuilles larges et découpées; le tsing^-kang, avec les feuilles longues, étroites et dentelées ^^\

Dans le Ho-nan : deux espèces de chêne.

Dans le Kiang-sou : le Quercus serrata de Thunberg {siang et Uy^K Le Quercus Fabri de Hance et le Quereus glauca de Thunberg sont dans le Kiang-sou.

(M. Kopsch nous a envoyé des rameaux de deux espèces de chêne recueillies à Tchin-kiang-fou (le li et le siar^); d'après M. Franchet, le U serait le Quercus aliéna et le siang le Quercus Moulei,)

Dans le Ngan-hoeî : le Quercus aliéna de Blume.

Dans le Tché-kiang : le D*" Hance a rapporté au Quercus Moulei de Hance, au Quercus serrata de Thunberg, au Quercus Fabri de Hance et au Quercus pentandra de Linné (?)^^\ les spécimens de chênes recueillis par M. Kleinwâchler.

^') M. F.-Porter Smith, en inentionnani le Quercu$ terrala ou tso chou, dans ie livre qirii a pulilié en 1871 sons le titre de ConiribviJiion» towards tke MaUria medica and Nalural hûtory of Cfûna , fait la remarque que les vers à soie ne mangent pas la feuille de cette espèce. D'après M. A. Fauvel, c'est du chêne à feuilles de diâtaignicr qu'on fait le plus usage pour l'éducation des vers à soie (The China Review, t. IV, 187.5-1876, p. 358). Nous devions citer ces deux assertions, mais nous maintenons que c'est le Quercus mongolica, le Quercae hungeana, le Quei^cus serrata et le Quercus dentata dont l'emploi est le plus ordinaire.

t') Le D' Hance ne croit pas que ie Quercus robur proprement dit soit en Chine; ce savant est porté à penser, d'après ce qu'il sait de la distribution géographique de l'arbre, que le chêne sur lequel on élève le plus les vers & soie dans la province de Kouei-tchéou est son Quercus Fabri (Lettres du i5 août 1883 et du 18 mars 1888).

<') Le père Bertrand, Bulletin de la Société d'acclimatation, 1" série, t. V, i858.

^*) Les dessins des chênes nang et /t, que M. Kleinwàchter a joints à son rapport (pi. ivii, xviii et XX ), représentent certainement une même espèce, le Quercus serrata de Thunberg.

(^) Nous avons trouvé cette désignation dans une lettre de M. Kleinwàchter du 9 juillet i883.

Les chênes que le ver h soie broute sont appelés : dans le Kouei-tchéou, uing-kang, hou, fou^li; dans le Sse-tchouèn, tsing-^ kang, U.

Le D' Hance a fait une remarque qui a sa valeur : d'après un livre de botanique chinoise que nous avons cilé déjà plusieurs fois ^^\ le chêne , lorsqu'il est à l'état d arbre et qu'il donne déjè des glands, est appelé siang-K, et, quand il est jeune, uing-kang; d'après le père Bertrand, le père Perny et le D' Mac Cartee, les vers ne sont élevés que sur les rejets ou les jeunes pousses de chêne. D'où il suit que le ^ang-li et le tting^kang seraient la même espèce de chêne, et que le tsing-kang serait le chêne recepé, en taillis, propre à la nourriture des vers.

En somme, le Quercus mongoUca, le Quercus dentata, le Quercus bungeana et le Quercui serrata ^^^ sont certainement les plus employés pour l'élevage.

Nous avons dit plus haut que YAniherœa Pemyi peut être aussi élevé sur le tché (le Cudrania triloba de Hance), et que, dans ce cas, à ce qu'il paratt, sa soie est de meilleure qualité.

M. Detring rapporte que ce ver peut être nourri avec les feuilles de mûrier, mais avec moins d'avantage ^^l

Dans le Koueï-tchéou , quand les feuilles de chêne manquent, on donne aux vers les feuilles du yang-^meïy que le père Perny dit être une espèce d'arbousier, et, à défaut de feuilles de chêne, ce sont les seules feuilles que les vers veuillent manger f*^. Le yangmëi est, d'après le D' Bretschneider, le Myrica sapida.

VAntherœa Pernyi est bivoltin^^^. On fait partout, en Chine,

t^) Le Tchir-woU'ming'chi'lou-kao (Nomendalure cl description des plantes), par Wou Ki-sun, publie en 18^8.

^*) Le D' Hance a déclaré que le Querctu oi'ienlaliê coitaneœ folio , dont le père Gibol a parlé dans son mémoire, d'après le père dUncarville, est différent du QuercuM serrata de Thunberg.

<« Report,Silk,iSSi,p.2i.

^') Monographie du ver àgoie du chêne au Kouy-ichéou, i858.

t*J Cette espèce a clé décrite par M. Th. Taylor Meadows (Rapport sur Nioutchouang, p. a 67 à 969), A. Fauvd {The wild iHk-wornu, p. 1 1 et 1 a) et le père C. Rathoiiis {Etudei retigietues , 6* série, t. 1, 1878, p. hi)o. ol 563),

ANTHEBMA PERNYL 141

deux éducations de ce ver dans Tannée : dans la Mandchourie et le Chan-toung, comme dans le Ho-nan et le Koueî-tchéou^^^

Les cocons de ce ver à soie sont assez gros et ovoïdes. Ils sont toujours recouverts par deux ou trois feuilles de chêne., rapprochées les unes des autres par un réseau de bourre et souvent étroitement serrées. Ils sont terminés h Tun des bouts, du côté où est la tête de la chrysalide, par une cordelette plate qui tient le cocon attaché à une petite branche ou au pétiole d'une des feuilles entre ou sous lesquelles il a été construit. Les cocons sont souvent ouverts par le papillon : dans ce cas, celui-ci a dissous une partie du gris et a amolli la soie au moyen d'une liqueur qu'il a sécrétée; il a pu dès lors, au moyen de l'épine de l'aile, écarter les fils. C'est ce qu'on dit certains observateurs. M. Fauvel rapporte que le papillon ouvre aisément le cocon en poussant avec la tête la partie supérieure ^^^ On verra plus loin que la chenille a réservé une ouverture en construisant le cocon.

Le tissu des cocons de la récolte du printemps [tchou kièn) est moins épais , moins riche en soie que celui des cocons de la récolte de l'automne (^uiou kièn).

1,000 cocons des premiers ne donnent pas plus de soie que 5oo cocons des seconds.

D'après M. J.-Alex. Man, commissaire des douanes maritimes k Niou-tchouang, le cocon de YAntherœa Pemyi, des environs de Ying-tse(^\ en moyenne, pèse &3â milligrammes et contient 5oo mètres de bave dévidable. Nous ne savons pas exactement quel est le produit en soie grège par les procédés de tirage des Chinois; M. Man a indiqué un rendement de i kilogramme de soie par to kilogrammes de cocons, en faisant la remarque que les cocons sont humides et qu'on enlève beaucoup de bourre avant de pouvoir saisir la bave démdable (p- 1 1) ^^^•

'^) VAiHJÙitrœa Pèmyi est redevenu aonael en France , à ia saile d^ëducations faites en France.

<') frThis (le liquide sécrété par le papillon) dissoWes the gum, and the moth, by knocking and poshing with its head, easily opens the cocoon without breaking a single thread» (The wild iUk-worme, p. 19). .

W Niou-tchouang est le port de la ville de Ying-tsé.

^^) M. Man a indiqué (p. ]3) un autre rendement de 9 gr. 6&5 de soie pour

La qualité de la soie diffère suivant la province, c'est-à-dire suivant l'espèce de cbéne dont les vers se sont nourris. Dans la Mandchourie, la soie des vers des deux espèces de tsing'-kang'liou [Quercus mongoUca et Quercus aliéna?) est meilleure que celle du ver du fo-lo [Quercus dentata) ^^\ La qualité diffère surtout suivant l'époque à laquelle l'éducation a été faite. La soie fllée au printemps parla chenille est plus fine, plus nette, plus blanche, plus brillante et d'une teinture plus facile. C'est la soie filée en automne qu'on envoie en Europe en plus grande quantité, c*est aussi celle dont la récolte est la plus abondante.

La soie du ver du chêne passe pour être mate , terne ; cela vient de ce qu'on ne connaît guère en Europe que la soie de l'automne. La soie du printemps est brillante, et nous en avons eu, venant du Koueî-tchéou et du Sse-tchouèn , qui avait le même lustre que la plus belle soie de YAntherœa myUlta de l'Inde.

La couleur varie du blond pâle ou du gris écru clair au brun; elle est le plus souvent fauve ou jaune nankin clair. Il y a des soies blanchâtres, presque blanches; il y en a aussi de noires.

On voit, en effet, quelquefois sur le marché une soie de couleur noire, qui est récoltée, dit-on, dans les environs de Khaîtchéou, dans le Ghing-king (Mandchourie). On assure qu'elle est le produit de cocons tissés par des vers qui ont mangé non seulement la feuille, mais de plus ses nervures et son pétiole ^^).

La soie de ÏAntherœa Pemyi, quelle que soit la qualité, est très nerveuse et toujours un peu grosse.

M. Targioni-Tozzetti a trouvé le brin de ce ver plat et strié, avec une finesse, pour la bave, de 60 à 100 millièmes de millimètre au milieu du cocon.

M. Thomas Wardle a soumis la bave de YAntherœa Pemyi à une suite d'épreuves, dont voici les résultats :

1 00 beaux cocons. Le rendement est, dans ce cas, de 1 kilogramme de soie grège par 17 kilogr. 600 de cocons. Suivant M. Fauvel, 1,000 cocons du Wèng-(èngbièn , bien construits, pèsent environ 10 kilogr. 599 et Ton en tire 601 gr. a de soie grège, soit 1 kilogramme de soie pour 1 7 kilogr. 5 de cocons frais. On a obtenu en France le rendement de t kilogramme de soie pour 1 3 kilogrammes de cocons frais.

(*) Tb. Taylor Meadows, Rapport de i865, p. 959.

(*} J.-A. Man, commissaire des douanes à Niou«tcbouang, Report, Silk, 1881, p. i3.

ANTHERjEA PEMYI. 143

Les cocons , entourés d'une couche de bourre assez faible , avaient Il 1 millimètres de grand diamètre et 19 millimètres de petit diamètre. Ils avaient de /190 h 5oo mètres de bave dévidable.

La hâve était, dans toute la longueur, de couleur blonde ou fauve clair.

La finesse était, en moyenne, de 68 millièmes de millimètre (la finesse de la bave du mûrier étant de 3o millièmes). Cette finesse variait de 6a à 73 millièmes.

La ténacité était, en moyenne, de i5 gr. 36 (celle de la bave du ver du mûrier étant de 7 gr. 78). Elle variait de 8 gr. âi h 9 5 gr. 68.

L'élasticité était, en moyenne, de 56 millimètres (celle de la bave du mûrier étant de 43 millimètres). Elle variait de si à 8â millimètres.

La bave la plus grosse, la plus nerveuse et la plus élastique était au milieu du cocon.

M. Gensoul a constaté, de son côté, que la bave de YAntherœa Pemyi est plate et striée longitudinalement, ayant souvent l'apparence d'une ce mèche de lampe aplatie 79. La finesse est, suivant lui, de 56 à 58 millièmes de millimètre. Prise à l'intérieur du cocon et décreusée, la bave est moins striée.

M. Wardle a tiré de49oà5oo mètres de bave dévidable des cocons qu'il a examinés. Nous avons eu des Jlottillona contenant de 5âo à 55o mètres de bave dévidée au Ghan-toung. A M. J.-Alex. Man, commissaire des douanes à Niou-tchouang, qui a fait dévider et peser des cocons recueillis aux environs de Ying-lsé, on doit le tableau suivant:

BAVB DéviDés.

COCONS. LMODBUB COMTUUB tOIM

dans chaque oocod. de chaque cocon.

mètres. gammes.

NM /Î93 oMo

N' 2 565 o,5oo

N'» 3 375 o,3oo

En moveniic 5oo o,633

Les chrysalides sont ordinairement étouffées au moyen de la vapeur d'eau.

Jusqu'à présent, dans le Chan-toung, les cocons destinés à la filature n'ont jamais été triés.

On file la soie par le simple dévidage ou tirage, et on la file aussi au fuseau. Dans l'un et l'autre cas, les cocons sont plongés auparavant dans un bain d'eau alcaline ; le plus souvent ce bain est fait avec une dissolution de carbonate de soude, qui vient soit du Ghing-king, soit du Ghan-toung occidentale^).

Gette partie de l'opération, le passage dans une eau alcaline chaude, n'est pas faite partout dans les mêmes conditions. La nature de la lessive est différente, différents sont aussi le degré de chaleur et la durée de l'immersion dans le bain. Dans quelques localités, on fait usage d'une lessive assez forte; ailleurs, pour conserver à la soie plus de fermeté, mais au prix d'un dévidage plus difficile, on n'enlève pas une aussi forle proportion de grès.

La perte au décreusage des soies tussah grèges de la Gbine varie de 18 à 29 p. loo ^^^ :

m «OTHII.

1878 ao.So p. 100.

1879 aa.oS ,

1884 ao.o3

Nous reviendrons sur celte perte.

Le tirage ou dévidage (reeling) est fait de deux façons dans le Ghan-toung et dans la Mandchourie : on le fait à Teau ou à 9ec^^\ Le tirage à sec est le plus en usage.

(^) irGelte lessive (bouillante), qui doit être forte, est faite de cendres de jujubier, ou de tiges de bled sarrarin, ou d*une espèce de persicaire dont on lire m la couleur dUndigo» (d^Incarville, Mémoireê concernant les Chinoû, t. II, p. 696).

(') Essais faits à la Condition des soies de Lyon.

t^) A. Faiivel, The wild eilh^worme of the province of Shan-iung, 1877, p. 18 et 19. — J.-Alex. Man, Report, SUk, 1881, p. 1 1 et 1 a.

ANTHERÂHA PERNYI. 145

Le tirage dit à sec (^hièn-kouang) est fait de la façon suivante : les cocons, après avoir bien trempé dans une lessive de cendres de bois de chêne, sont lavés avec soin dans de l'eau claire, puis ils sont filés. Pour cela , on les met sur une table , ou sur une claie , ou dans une corbeille qui est placée quelquefois au-dessus d'un vase rempli d'eau bouillante. Aussi les étrangers appellent-ils cette méthode le tirage à la vapeur.

Dans le tirage à Veau [choux-houang)^ on fait usage d'une large chaudière de fer. Les cocons y sont immergés, tantôt dans une dissolution de soude brute, tantôt dans une forte lessive de cendres de bois de chêne ^^\ On a soin de ne mettre dans la chaudière que la quantité d'eau suffisante pour couvrir les cocons. Dès que le grès est amolli ou dissous en partie, le baltage et le tirage sont faits, en prenant à la fois de cinq à douze cocons, comme dans la filature ordinaire, mais ce n'est pas dans une bassine à eau profonde. Nous venons d'ailleurs de le dire.

Autrefois les cocons de l'éducation au printemps étaient tirés ^-^ presque tous à Veau (mais non pas à la bassine de la même façon que les cocons des vers du mûrier); une parlie des cocons de l'éducation à l'automne étaient tirés aussi à l'eau.

Le nombre des petites filatures à Veau diminue dans le Ghantoung; le tirage à sec, qui est appliqué aux cocons du printemps comme à ceux de l'automne, entre de plus en plus dans les habitudes des Chinois ; comme ce procédé donne un meilleur rendement, il parait devoir être plus souvent pratiqué.

Une assez grande quantité de cocons percés sont tirés (reeled).

Dans la Mandchourie, la soie la plus belle est tirée de 8 à 13 cocons; celle de bonne qualité est à iG cocons et les soies inférieures sont faites avec ao, 2a, nà cocons et souvent davantage ^^K

Une usine pour la filature et le tissage de la soie des vers du

(') La lessive est faite, dans le Koueï-lchéou , avec des cendres de ti[[es de sarrasin.

(*) Noos Doas serrons da mot tiré, de préférence au mot filé, pour ne laisser aucun doute, d*aulant plus qu'on a souvent prétendu, à fort, qu'une notable partie des cocons sont filés au foseau (spun).

^^) Alex. Man , /2épor( , Silk, 1881, p. i s.

IMPKIIIEIIIS XATIOIALE.

cbéne a éié fondée à Tchi-fou en 1876. Elle appartient aujourd'hui à une société chinoise par actions, et la plus grande partie des actions ont été souscrites par des Chinois ^^K

Le tirage y est fait à sec, par un procédé perfectionné qui permet d'obtenir le meilleur rendement. L'établissement, qui a 720 broches de tordage, occupe 670 ouvriers, savoir : 1 1 4 fileurs de soie grège et 456 fileurs et tordeurs de poih (une centaine de ces derniers travaillent en dehors de l'usine, et chacun d'eux a une petite machine à tirer et à tordre) ^^^. On ne peut pas employer de femmes h Tchi-fou; le personnel est recruté parmi de jeunes garçons chinois qu'on a soumis à un apprentissage régulier.

Le père d'Incarville dit : (^ On ne dévuide pas les cocons des vers sauvages, on les file comme nous faisons le fleuret. 79 On vient de voir que, dans les deux provinces précitées, on dévide et l'on tire la plus grande partie des cocons qu'on a récoltés; il en est de même dans le Sse-tchouèn, le Koueî-tchéou et le Honan.

Une grande partie des cocons de l'éducation d'automne et des cocons percés sont filés au fuseau (^spun).

Il y a deux méthodes de filature (^spinning) : dans l'une, le travail est fait entièrement à la main et avec une quenouille ^^^ ; dans l'autre, on se sert d'un rouet à pédale ^^K

On distingue avec soin, dans le commerce, les différentes sortes de cocons, de soies et de tissus.

(') Geo. Hughes , commissaire des douanes à Tchi-foa , Beport, 1 879 , p. 1 8 ; Report, 1881, p. 9.

{*} Les machines à tirer et â tordre, les unes de 1 90 broches chacune, les autres de 1 broche, ont été construites en Suisse. II sort de rétablissement de Tchi-fou de bons produits : soies grèges, poiU et pongit. Les renseignements que nous donnons ont été recueillis en i88û.

(^) «Les cocons, vnidés de leurs chrysalides et renversés sur eux-mêmes en capuchon, sont fort aisés à filer. 11 ne faut que les faire revenir dans un peu d^eau tiède, les coêffer les uns des autres, comme on fait des dés à coudre, et puis les enfiler dans une petite quenouille au nombre de dix à douze... » ( D^Incarville , Mémoires concernant let Chinois, t. II, p. 597).

^*î Mac Garlec, 1866, p. 77 et 79. — A. Fauvel, 1877, p. 19. — J.-Alex. Man, Report, Silk, 1881, p. m.

antherjEA pernyi. m

Voici quels sont les noms qui sont en usage.

Pour les cocons :

Cocons (de la récolte du) printemps (du ver) sauvage (du) chêne. Cocons (de la récolte de i') automne, etc.

Pour les soies ^'^ :

Soie (delà récolte du) printemps tirée (à r)eau^^^(ou tirée à sec^'^) (du ver) sauvage (du) chêne.

Soie filée (à la) main, etc. Ou soie filée (au) rouet, etc.

Pour les tissus ^*^ :

Poiigi (de) soie (de la récolte du) printemps tirée (reeferf). Pongi (de) soie (de la récolte de Y) automne filée (^spun).

On verra ces désignations si précises sur les étiquettes des spécimens qui sont dans la collection de cocons, de soies et de tissus de soie que sir Robert Hart a fait faire pour la Chambre de commerce de Lyon^^\

On a fait de nombreux essais d'acclimatation de YAntlierœa Pernyi.

Une des entreprises d'élevage les plus importantes est conduite en Espagne, dans la province basque de Guipuzcoa; on y récolte, à ce qu'il paraît, environ &o,ooo kilogrammes de cocons^^^

(^) La soie tirée ou dévidée (reêled) esl appelée koang; la soie filée (tpvn) esl appe- \eefang; la soie torse ou retorse, niou ou nièn.

^*^ Choui'kouang,

(') Han ou hièti-kouai^.

(*) Voici, d'après d'Incarville , les noms des tissus de soie sauvage : tr Celle (la soie) des vers de Fagara est la plus estimée : on en fait le Siao^in, qui est très beau et très cher. Ce n^est pourtant qu^une espèce de droguet, mais très fin et d'un usé admirable. On fait le Tnao-kièn avec celle des chenilles de frêne (d'ailanle), et le Ta-kièn avec celle des chenilles de cbéne» {Mémoires concernant lee Chinois, L II, p. 69 5).

^^) Celte belle collection , qui se compose de plus de huit cents échantillons, se trouve an Musée d'aii et d'industrie de Lyon.

(') BuUelin du Ministère de Vagricullure, i883, p. ]o33 à io36.

On fait deux éducations par an. Ce succès a été préparé par les travaux et les essais de M. F. Ferez de Nueros, qui les commença en 1876. Ces vers sont élevés sur le Quercus sessUiflora et le Quercus^ pedunculata ^^^'pn/^élève aussi VAniherœa Pemyi près de Mahon, dans les ties Baléares ^^^

On a fait en France, depuis une quinzaine d'années, des éducations à l'air libre, qui n'ont pas pris le développement sur lequel on avait compté. Cette entreprise est cependant regardée par les gens compétents comme pouvant donner lieu à une exploitation régulière et assez lucrative. En ce moment, une nouvelle tentative est conduite dans le département du Cantal ^^^\ avec l'espoir d'arriver à livrer au commerce des cocons à un prix très modique. Ces éducations, et en particulier les éducations faites dans les départements du Cantal et du Rhône, ont donné des cocons dont la hâve est plus fine que celle du ver de la Chine. La hâve de celui-ci est, en général, régulière; celle du ver élevé en France l'est encore plus^*^. Les cocons sont de bonne qualité. De même que cela a lieu dans le Chan-toung, on obtient dans ces éducations quelques cocons blancliâtres^^^; les cocons sont ordinairement d'une couleur variant du blond pâle et rosé au roux. On a filé à

t^) Notre ancien collègue, M. le comle de Casa Miranda, a rendu compte des premiers essais dans son Rapport sur l'indu$trie »ér\cicole en E^agne, 1878, p. ]5 à 19. Le Gouvernement espagnol encouragea ces travaux, et, en vertu d*une loi du ih juin 1878, une ferme modèle destinée à Tëlevage de vers à soie à Tair libre fut établie sur le mont Yrisasi, dans le Guipuicoa, au milieu de 3 00 hectares de forêts. Uenlreprise n'a pas réussi. — M. Ferez de Nueros a obtenu d'un cocon de VAntherœa Pernyi élevé dans le Guipuzcoa, du poids de la grammes, une bave de 1,9^0 mètres de long (de Miranda, Rapport, p. 17).

(') On a obtenu en Esp.-igne des variétés hybrides provenant du croisement de VAntherœa Pemyi mâle avec VAntherœa mylitta femelle et du croisement de VAntherœa mylitta mâle avec VAntherœa Pemyi femelle. Les cocons sont presque semblables à ceux de VAntherœa Pemyi.

(') Commune deCalvinet, dans Varrondissement d'Aurillac.

(*) En général, la bave de VAntherœa Pemyi élevé en France a un titre plus faible que la bave de VAntherœa Pernyi élevé en Chine ; les cocons de VAntherœa Pemyi récoltés en Chine perdent plus au décreusage que les cocons récoltés en France.

^^) Ou a réservé les œufs pondus par des papillons sortis de cocons presque blancs; les chenilles ont fait des cocons, les uns également blanchâtres, les autres roux. Ces cocons étaient moins riches en soie.

AiyTHERjEA PERNYL 149

trois cocons, et Ton a fait de la soie grège dont le titre a varié de i3 à 17 deniers.

L'élevage de YAntherœa Pemyi qui a été fait en i885, par M. Gharrin, à Calvinct, dans le Cantal, et par M. Dusuzeau, à Lyon, à la magnanerie expérimentale de la Société d'agriculture de cette ville, a permis à ce dernier, directeur du Laboratoire d'étude de la soie à Lyon, de faire de cette espèce, de son cocon et de sa soie l'étude la plus complète. Les épreuves de la bave et de la soie ont été faites au Laboratoire, et l'on jugera, par l'exposé que nous allons donner des résultats, de la somme de faits qu'il est possible d'obtenir dans le cours de ces travaux conduits avec tant de méthode et de sagacité.

VAntherœa Pemyi est un insecte tranquille et doux, qui se soumet docilement à ce que l'éducation domestique ou à demi domestique exige. On le nourrit de feuilles de chêne.

La construction du cocon est digne d'attention. La chenille choisit l'extrémité d'une petite branche garnie de feuilles; elle commence par faire un cordon de soie ou plutôt de bourre de soie, et se ménage un premier abri en réunissant et en repliant deux ou trois feuilles à l'aide de liens de soie^'^. Sous ce couvert, le ver tisse l'enveloppe extérieure du cocon, les premières vestes dont la texture est lâche, et il construit ensuite la coque d'une façon régulière, mais inégale. Inégale en ce sens que toutes les vestes ne sont ni uniformes ni complètes. Les couches de soie sont plus épaisses dans la partie inférieure , et il y en a même qu'on ne trouve que dans cette partie. Ainsi le cocon suspendu a les parois plus minces dans le haut et plus fortes dans le bas; le fil est toujours continu.

La coque est bien close en apparence, si bien que, jusqu'à présent, on l'a regardée comme étant fermée de toutes parts. Cependant YAntlierœa Pemyi a établi un orifice par lequel le pa«> pillon peut s'échapper. Les vestes ou couches de soie sont disposées, sauf pour ce qui est de leur étendue, comme le sont celles

t'^ Au moyen irun Glet de soie , comme Fa observé M. Meadows au Gliing-kiug.

du Bombyx mort, mais elles se terroinent chacune à un même endroit, près de rattache (cette attache appartient à la première veste). Là les (ils sont repliés sur eux-mêmes, formant comme une frange de boucles ou de brides assez rapprochées et agglutinées pour cacher l'ouverture qui est le point ou les boucles sont réunies, et cette ouverture a l'apparence d'une coupure à peine fermée. Cette partie du cocon n a ni l'épaisseur ni la compacité des autres parois. Si toutes les vestes sont ouvertes en ce même point, les dernières couches intérieures, fortement gommées et luisantes, qui protègent ia chrysalide, sont tout à fait fermées. Cette cloison est en quelque sorte indépendante des couches précédentes. Ce IQode de construction permet au papillon de sortir aisément de la d)que; le passage est préparé, il suffit d'un peu de liqueur dissolvante, et le papillon écarte avec la tête les baves, et cela sans grand effort.

Mais laissons parler M. Dusuzeau. Les boucles de la bave, dit-il, viennent converger en un point, au sommet du cocon, comme le font les mailles des bords d'un filet dans lesquelles on a passé une corde et qu'on serre. Ce point de rencontre des boucles n'est pas visible quand le cocon est dans l'état ordinaire. Mais, lorsque le papillon a humecté le cocon en faisant jaillir le liquide dissolvant qu'il a sécrété, \e. gris est dissous, le point de rencontre apparaît, la frange de boucles est distendue circulairement par le papillon et présente à celui-ci une issue facile. Cette convergence des boucles se montre mieux encore, lorsque la (ileuse soumet le cocon au décreusage. Le cocon de YAntlierœa mylitta, quoique plus dur, s'ouvre naturellement de la même manière par suite de la dissolution du grès dans le bain de décreusage.

Quand le cocon est décreusé, l'ouverture est donc très visible. La coque est ouverte, et, si elle est dans la bassine, l'eau pénètre à l'intérieur du cocon; celui-ci ne peut plus surnager, il tombe au fond, et le dévidage est impossible par la méthode ordinaire. Cela explique pourquoi les Chinois tirent la soie à sec, et pourquoi, quand ils la tirent à l'eau, les cocons sont à peine couverts d'eau au fond d'un large vase. On n'avait pas compris, en Europe, jus- (|u à présent, la raison d'êlre de ces procédés.

AJSTllEBMA PERNYI. 151

On doil à M. Dusuzeau la découverte de cette structure particulière du cocon cl de la façon dont la chenille a travaillé en cet endroit, faisant le tissu à l'oriGce comme un bonnetier eilt procédé en pareil cas. 11 semble que M. Fauvel ait entrevu ce mode de construction : ce Le fil de soie , qui est à l'extrémité du cocon , du côté de la tête de la chenille, présente, dit-il, un grand nombre de boucles [loops) rapprochées les unes des autres et réunies par une sorte de gomme. . . Le papillon, après avoir dissous le grès au moyen d'un liquide, frappe avec la tâte contre cette paroi, pousse celle-ci, et ouvre aisément le cocon sans rompre un seul fil. Les bords de l'ouverture étant colorés en brun par le liquide dissolvant, il est facile de voir qu'ils ont l'apparence d'un tricot, des dernières mailles duquel on a retiré les aiguilles ^^\ j>

Cette description s'applique au cocon que le papillon a percé pour en sortir. Ce qui le prouve, c'est la coloration en brun dont M. Fauvel a fait mention. Le liquide dissolvant sécrété par le papillon est limpide, incolore, et les cocons qu'on a décreusés ne sont jamais lâchés. Mais quand l'insecte passe par cet étroit orifice, il fait effort, il est comprimé et laisse échapper alors des déjections anales qui souillent le cocon. Tous les cocons, ceux des vers domestiques comme ceux des vers sauvages, présentent à l'ouverture l'aspect que M. Fauvel a décrit, soit que la chenille ait tissé le cocon d'une façon continue, soit qu'elle ait réservé un orifice. Malgré cette remarque, nous devions signaler l'observation faite par M. Fauvel.

Le cocon de YAniherœa Pemyi contient de 1 1 à i3 p. loo de gris, tant du gris qui enveloppe la bave que de cet autre gris ou vernis qui rend la coque imperméable. VAniherœa Pemyi sécrète donc moins de gris que le Bombyx mort, et cependant les couches sont agglutinées si fortement qu'on ne peut pas dévider la bave si le cocon n'a pas été à demi décreusé. 11 est à remarquer qu'il y a le plus de gris dans la veste extérieure (dans la blaze)^ et surtout vers l'orifice, qu'en aucun autre endroit. M. Dusuzeau a observé que, au décreusage, la blaze perd â8 p. loo, que les

^*^ The foild iiik-4vormt of the province de Shan-iung, 1877, p. ifi.

premières vestes ou couches de soie perdent 9.75 p. 100, les deuxièmes vestes 7.81 p. 100, que la telette perd i3.3i p. 100. Dans les cocons récoltés dans le Ching-king et le Ghan-toung, la blaze a même encore plus de grès (89 p. 100), et, par contre, les vestes intérieures et la telette en ont moins (7.0& p. 100 et 8.80 p. 100). Il est naturel que l'eau chaude ne suffise pas pour désagglutiner et amollir la coque et la bave et qu'il faille recourir h un dissolvant alcalin; ce mode de préparation est d'ailleurs nécessaire pour les cocons de tous les vers qui construisent leur cocon à l'air libre.

On prépare les cocons et Ton tire la soie de YAntherœa Pemyi de différentes façons en Chine. M. Dusuzeau a trouvé un moyen simple de filer la soie, et ce moyen est au fond le même qu'un des procédés des Chinois.

Les cocons couverts de leur bourre sont plongés dans une solution bouillante de savon de Marseille; ils y restent pendant une demi-heure, et on les fait égoulter. Si les coques ne sont pas assez amollies, on les immerge de nouveau dans la lessive pendant quinze ou trente minutes. On peut laver ensuite les cocons dans de l'eau salée froide.

Les cocons humides, assouplis, froids, sont placés dans une bassine presque plate, et le dévidage est facile, la bave se déroulant régulièrement. La soie est donc tirée à sec et à froid.

Les cocons sont ovoïdes, gris (cette couleur grise est de différentes nuances), la bourre extérieure étant rousse. Us ont de tib à 5o millimètres de grand diamètre et de âQ à 3o millimètres de petit diamètre. Ils pèsent chacun de & gr. 35 à 6 gr. 76 (poids conditionné).

Le grain est assez fin; la coque est ferme, ne cédant pas sous le doigt; la tissure est très serrée et régulière.

La longueur de la bave dévidée a été de 680 à 900 mètres; c'est la longueur obtenue des cocons soumis aux épreuves, mais on sait qu'on a tiré d'autres cocons de 1,000 à i,â00 mètres de bave.

Le rendement des cocons varie.

On a constaté, au Laboratoire d'étude de la soie, les faits suivants :

ANTHERMA PERNYl. 153

Huit cocoDs pleins et secs ont pesë 19*' 037

Les chrysalides ont pesë 1 3 osS

Soit pour les cocons vides 6 00a

On a trouvé dans ces cocoos :

Blaze o»' 865

Premières couches de bave 3 37^

Deuxièmes couches de bave 1 517

TekUe 1 3a6

Gela représente, en moyenne, &70 milligrammes de bave dévidable par cocon de 7/16 milligrammes: c'est 60 p. 100 de bave dévidable. On n'a obtenu toutefois le plus souvent au Laboratoire que de33oà/i/io milligrammes» et Ton a estimé que, en somme, le rendement de ces cocons devait être assez faible, et qu'il fallait de 19 à 30 kilogrammes de cocons frais pour produire 1 kilogramme de soie ^^K

D'après des essais faits sur des cocons récoltés les uns dans le Cantal, les autres à Saint-Sébastien en Espagne, 1,000 grammes sont représentés par 3t5 gr. 08 de coques de soie et 68/1 gr. 93 de chrysalides et de débris. Dans les 1,000 grammes de cocons, on a trouvé 376 gr. 63 à^ fibrome et 38 gr. A 5 de grès, et dans la soie, 87.8 p. 100 defbroïne et is gr. 3 p. 100 degr^«. Ces nombres représentent des moyennes.

La finesse de la bave est, en moyenne, de 6 A millièmes de millimètre; elle varie de 60 à 67 millièmes.

La finesse varie dans le cours de la longueur.

.^.«...«. MILLiâMBS DB MlLLlMiTBB

de la fccM dévidée. ^ i^^^^^ ,^^

"^ M. Dusuzeau. M. Th. Wardie.

Au commencement 63.9 66.8

Au quart 65.i 68.6

Au milieu 65. 1 70.5

Aux trois quarts 6^.9 68.6

A la fin 6s.8 65. 1

^') On compte que le cocon frais pèse de 6 à 1 1 grammes, en moyenne 8 gr. 5o ou 9 grammes.

Le titrage de la bave, pour 5oo mètres, est, en moyenne, de 367 milligrammes (5.03 deniers), variant deaiaàagy milligrammes (de a. 55 à 5.69 deniers) ^^^

En moyenne, la ténacité de la bave est de 19.8 grammes (de tS^'.S à ai^'.y), et l'élasticité est de 17.2 p. 100 (de 17.1 à 17.5 p. 100).

LoifODBun linkciti. iLkmcni.

de U iflct dévidée. — —

grammes. p> loo.

Au commencement 19.6 i6.3

Au quart 2i,3 17.6

A la moitié 19-^ *^-^

Aux trois quarts 1 8.6 16.6

A la fm 17-0 ifi-o

La bave est composée de deux brins aplatis et légèrement ovales. Chaque brin est strié; les stries correspondent aux fibrilles dont le faisceau forme le brin. Ces fibrilles sont visibles aux points où le brin est rompu.

'^■"^!!! "'5,' ■■■-'" "^-".' '''''I"" "'"" ' "Il <" "' inniFiiiïiii-ifrr^r

Bavet : 1. Theophila mandarina; 2. Bombyx mori; 3. Autherœa PcmyL

Tous les sujets d'étude ont été, on le voit, abordés au Laboratoire, et les observations ont été faites par M. Dusuzeau. Nous rappelons qu'elles ont porté sur la bave de vers élevés en France.

^') Ce titrage de la bace a éié établi avec des cocons à^Antherœa Pemyi élevé eu France. Si Ton calcule le titre de la bave diaprés des soies grèges tu$$ah du Chantoung, en comptant le nombre de cocons dont on a ti:é ces soies, on obtient pour ia bave le titre de 7 i/s à 8 i/a deniers. Le calcul ne peut pas être rigoureux; toutefois on peut dire, d^unc façon générale, que le titre de la bave de YAniherofa Pemyi élevé en France est plus faible que le titre de la bave du ver élevé en Gbine.

ANTHERMA PERNYI.

A la Condition des soies de Lyon, le directeur, M. J. Testenoire , a soumis aux épreuves ordinaires, outre la bave, des soies grèges de VAfitherœa Pemyi de la Chine, de celles dont on fait commerce.

Les résultats suivants ont été obtenus :

wa

SOIES TOSSAH LA CHIRB.

claire.

foncée.

NOMBRE de

COCONS ^'

IS

TITBB POUR 500 MèTRBS*

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