‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 11 sur 172 · tt · texte numérisé non relu

tt

BAVB «.

TÉNAaré.

Grammef.

(De 110 à iSo.) 18&

(De flflo èfl(o.)

flOO

(De 190 à sao.)

ÉLASTiaTÉ.

(De s6 à 19.)

•o (De 18 à ti.)

(De 90 à 99.)

(') Le nombre des himt 00 des eocont (on compte deux brins par coeoo) est approxiraalif; il varie. 11 j a asseï souvent des passaocs où 1 on peut trouver un ou deux oooons de plus, les cocons n^étant pas au même point de déviuge.

C^ Le titre de la 6cm a été calculé d'après le titre de la soie.

(*) La eonieur est d'un blond ou Csutc tirant {dus ou moins sur le bran«

Le tilre de la bave de vers élevés en Chine a été trouvé quelquefois de 5 ou de 6 deniers, au lieu de 7 1/9 ou 8 deniers, taux auquel on l'estime. Il s'agissait de la bave tirée du cocon en grande partie décreusé , amolli et lavé. Le. titre de la bave, calculé d'après le titre de la soie grège, est de 7 1/9 à 10 deniers. La raison de cette différence est dans le mode de préparation usité en Chine. Si la bave a été dépouillée d'une partie du gri$ et du vernis pour que le tirage fût facile, la soie a reçu ensuite une surcharge par le trempage dans un bain dont la composition varie suivant les fileurs, et la surcharge est à peu près égale à la perte au décreusage. On se sert ordinairement pour cela, soit de la dissolution de soude dans laquelle on avait fait tremper ou bouillir les cocons avant le tirage, soit de Teau dans laquelle les cocons et les chrysalides étaient restés immergés. C'est surtout la soude qui rend certaines sortes de soie humides ou grasses, et la couleur foncée est souvent due

à cette surcharge ^^\ Il est certain que des soies itissah de la Chine, mises dans un bain alcalin, y perdent leur couleur foncée et y laissent un dépôt épais; on voit, par les essais faits à la Condition , que le titre de la soie est d'autant plus gros que la couleur de la soie est plus foncée.

Une observation doit être faite à ce sujet, et nous la présenterons telle qu elle est consignée dans le rapport de la Commission du Laboratoire d'étude de la soie pour i885 : c( Au point de vue de l'ouvraison, les grandes difficultés viennent de ce que la grège tussah est très ouverte, les baves ayant perdu une grande partie de leur grès dans la lessive nécessaire pour les dégommer; pour améliorer le dévidage de la grège, il faut donc recomposer le grès par l'adjonction d'un liquide composé à l'avance, et gommer artificiellement les baves au moment du tirage des cocons. »

Les soies grèges de YAntherœa Pernyi, de tirage indigène, qui sont exportées de Chine, sont, en général, au titre de 5o à 90 de* niers. Le titre le plus fin est de /i5 deniers, les titres les plus gros sont de 100, i5o, âoo et même de 3oo deniers; ce sont les sortes les plus inférieures qui présentent les plus gros titres.

On connaît sur les marchés d'Europe des tussah de la Chine de plusieurs qualités (quatre au moins).

La première qualité (n* 1, best) comprend des soies grèges de couleur claire, propres, sèches, dont le fil est net, agrégé (c'està-dire formé de baves bien liées) et se détache bien du matteau. On range dans la première classe les soies de diverses marques; une de ces marques, YEagle chop, est appliquée à des soies qui sont supérieures aux autres. Le n** 1 diffère peu du n" 1 , best. Le n" 1 i/a présente une infériorité évidente. La couleur est mifoncée, le fil est moins net, souvent peu agrégé. Le titre est inégal, ou plutôt on trouve dans les paquets des soies de titres différents, comme aussi de gros titres. Enfin la soie est quelquefois humide ou grasse. Le n** 2 désigne les dernières sortes. Les soies sont de plusieurs nuances et parfois de couleur très foncée , souvent humides, avec une assez notable proportion de parties

'*^ J.-Alei. Man, Report, SUk, 1881, p. la.

ANTHER£A PERNYL 157

grasses. Le (il est en général mal lié; le titre ^si ferme, avec de grandes inégalités ^'^

Les soies de filature de Tchi-fou sont à tous égards de bien meilleure qualité.

En août i885, les prix du iussali de la Chine étaient, à Lyon, à peu près les suivants :

Filatare de Tchi-fou, extra, ao/3o' 3o' ooMekilogr.

Ef^le ehop 1 3 5o

N* 1, best. 1 3 00

N" 1 la 5o

Les soies ouvrées faites avec des soies grèges tusmh natives de la Chine donnent , en deux bouts, des titres variant de 90 à 9 5 0/3 00 deniers; on en obtient, suivant le titre : en organsin, de 19 a 9 a francs, et en trame, de 17 fr. 5o cent, à ao francs le kilogramme.

La plus grande partie de la récolte des différentes provinces est consommée en Chine. On fait avec cette soie des étoffes de plusieurs sortes, et notamment des étoffes unies, tissées en écru, appelées dans le commerce pongis, dont nous parlerons dans la partie de notre travail qui sera consacrée aux tissus ^^K Une partie des pongts sont faits au Chan-toung avec la chaîne et la trame de soie ouvrée en poil ou single.

Les tissus lisses et unis dits tchéou, qu'on fabrique dans la province de Koueî-tchéou , sont de plusieurs qualités. Ils sont en général fins, serrés, brillants, de couleur blond très clair; ils sont faits avec la soie du printemps tirée ou dévidée. Ils coûtent très bon marché dans le Koueî-tchéou méridional.

<*) Note de M. Ollo Anz, de Tchi-fou, et note de M. J. Guërin, de Lyon.

t') Les toiles ou pon^, appelées en chinois tchéou, dont on faisait un grand commerce à Canton, pendant notre séjour de i8â4ài8â6, étaient faites de soie de IMntherœa Pernyi, soie tirée à l*eao. Elles venaient pour la plupart de la province de Sse-tchouèn. Ces tissus étaient unis, lisses, fins, solides, de couleur écrue, d^un blond clair ou foncé.

On a vu plus haut que la récolte dans la Mandchourie et le Chan-toung seulement dépasse 1 1 millions de kilogrammes de cocons, ce qui équivaut a 700,000 kilogrammes environ de soie. L'exportation des soies a lieu par le port de Tchi-fou; elle a relativement peu d'importance. Cette exportation a augmenté dans les dernières années, comme on le verra par le tableau suivant :

• n aonin, Fài ar.

De 1866 à 1868 9,100 kilogr.

De 1869 k 1871 91,060

Périodes ] De 1872 à 1874 90,160

triennales. ) De 1875 è 1877 /io,86o

De 1878 à 1880 59,690

De 1881 à 1883 79,000

On a exporté :

De Tchi-fou : en 1880, 10/1,810 kilogrammes; en 1881, 99,980 kilogrammes; en 1889, 36, 880 kilogrammes; en i883, 89,890 kilogrammes, et, en 188&, 163,690 kilogrammes.

De Niou-tchouang : en 1881, 56, 600 kilogrammes; en 1889, 73,130 kilogrammes; en i883, 69,890 kilogrammes, et, en 188&, 179,600 kilogrammes.

En réalité, l'exportation a été toujours plus forte que les quantités enregistrée^ sur les états de douane ne l'indiquent.

Il ne faut pas oublier que ces chiffres représentent les quantités déclarées à l'exportation comme étant des soies de vers sauvages, et que la plus grande partie de ces soies qui sont exportées sont comprises dans les soies en général.

MM. Ulysse Pila et G*" ont estimé comme suit l'exportation des soies de vers sauvages par le port de Ghang-ha! ^^\

M aOTUn, PIB AR.

1878-1879 et 1879-1880 5oo balles.

Années. . . { 1880-1881 et 188M882 1,900

1882-1883 et 1883-1884 i,5oo

L'exportation a été de 9,5oo balles en i883-i88&.

{'} Staiiêtique de la production de la soie en Chine pour leê disiricU detservii par le port de ShdMghai.

ANTHERjEA PERNYL 159

En somme, rien qu'en France, on consomme à présent (en i885) au moins de 5,5oo à 6,000 balles de soies du ver du chêne de la Chine.

La production des cocons du ver du chêne est, dans toutes les campagnes de la Chine, encore plus que la production des cocons du ver du mûrier, une industrie domestique très divisée, mais, en général, les paysans ne sont pas fileurs. Dans leChan-toung et le Ching'king, les paysans portent leurs cocons au marché, qui est tenu tous les cinq jours dans les villages qui ont quelque importance. J)es facteurs vont de village en village achetant les cocons, et quand ils en ont ramassé une assez grande quantité, ils engagent des ouvriers qui filent la soie pour le compte de ces facteurs. Cette soie, presque toujours irrégulière et souvent assez grossière, est envoyée à Tchi-fou ou à Chang-haî, d'où elle est exportée, ou bien elle est vendue pour les localités de l'intérieur dans lesquelles on fabrique lespongis, principalement h Tchang-yi et à Liou-tan, ou battent plusieurs milliers de métiers. Quand les cocons sont filés chez les paysans qui les ont récoltés, le produit en soie est toujours vendu au marché.

Cette soie, qu'on reçoit en Europe chaque année en plus grande quantité, nous avons su en faire usage en France depuis une trentaine d'années. Nos mouliniers, nos teinturiers et nos fabricants en tirent aujourd'hui le meilleur parti à Lyon et dans quelques autres villes.

Le commerce des cocons et des soies se fait dans tout le Chantoung de la façon que nous venons d'indiquer, et se fait de la sorte facilement; on dit qu'il ne pourrait être conduit différemment, attendu que les facteurs sont des intermédiaires en quelque sorte imposés, qui ont envers les fonctionnaires chinois des obligations dont nous ignorons la portée (^).

(*) M. Markham avait signdé ces fisils dans son rapport de 1869 : tr . . .On ne peut acheter de soie, dans le Gban-toung, qu^aa moyen d^un intermédiaire qui est responsable envers les autorités locales et qui doit faire connaître au magistrat chaque vente qui est faite . . . Les étrangers ne peuvent pas faire d^achats de cocons ou de soies directement avec quelque espoir de trouver avantage à ces transactions directes» {Reporté ofjoumêy» m China, 1869, p. 3o).

Si la demande des étoffes au prix le plus bas s'accrott et si le cours des modes permet de faire un plus grand emploi de la soie du ver du chêne, la Mandchourie et la province de Ghan-toung pourraient fournir de plus grandes quantités de cette soie; les facteurs sauront bien en développer la production. La population chinoise est, au nord, aussi dense qu'au midi; elle est vigoureuse, active, travailleuse, patiente et contente de peu^^^.

VANTHERjEA roylel

Du ver du chêne de la Chine nous passons au ver du chêne de rinde, YAnlherœa Roylei de Moore^^^. Il est assez commun dans l'Himalaya, depuis le Koumaon jusqu'au Panjab, notamment au nord-ouest, à Mussouri, à Simla et à Almora. Il est aussi très répandu dans le Sikkim, qui est dans l'Himalaya, au nord de Darjiling. Il se nourrit des feuilles du Quercus incana. C'est un ver annuel qui devient bivoltin ou trivollin par l'éducation demi-domestique, et plus sûrement par l'élevage en lieux clos. Le cocon est gros, il a de &8 à 5o millimètres sur 3o à Sa; il est souvent de forme irrégulière, au moins à l'extérieur, enfermé dans trois ou quatre feuilles. Il est de la couleur de feuille sèche, quelquefois fauve avec des reflets métalliques. Le cocon est entouré d'une bourre compacte ^^^ et il est assez pauvre en soie dévidable. La bave est d'un blond clair; la soie est bonne, c^ excellente t) même, suivant Hutton.

M. Alfred Wailly, de Londres, a obtenu une race hybride, produit de l'accouplement d*Antherœa Pemyi mâles et d'Anllierœa RmjUi femelles. Les cocons de cette race, assez gros (de &5 à 5o sur sS à 3o millimètres), sont de couleur crème blanchâtre ou

vO On verra ce qu'onl dit de ia population du nord M. Th. Taylor Nfoadows ( Cornmercial reptirt on the contular district of Nemchwang, i865) et M. C. Imbault-Hnart {Mitceîlanéeê chinois, Journal asiatique , 8* série, t. V, 1 885, p. 78 à 77).

W Proceedings of the Zoological Society of London, 1859, pi. lxvi, n* 1. — Transaction» ofthe Entomological Society ofliondon, 3*sëric, 1. 1, p. 819. — Thomas Hutton, Notes on the Indian Bombycidae, p. «5.

^^) VAntherœa Roylei est très rapproché de YAnlherœa Pemyi, Ce sont les cocons qui dînèrent le plus : celui de VAntherœa Pernyi a une faihle enveloppe de bourre; le cocon de VAntherœa Roylei est entouré de vestes de bourre assez épaisses.

ANTHERMA ROYIEJ. 161

blond dair. M. Wailly a fait remarquer que ces deux espèces sont très rapprochées, que les chenilles sont semblables et que les papillons ne diffèrent guère que par la couleur plus claire dans VAnthmxa Roylei C".

Nous ne devons pas omettre de dire que, dans l'Inde, les Indigènes ne font pas de différence entre tes cocons de YAnthertBa mylitta et ceux de VAnÛterœa Roylet. Nous reviendrons sur ce sujet.

Anihfraa Roylei (temelte).

Le mounga et le mézankouri de FAssam sont aussi des Antlierœa: le premier VAntherœa (usama de Westwood et le second l'Antkerœa mezanhooria de Moore.

"' Nolet on nlk-prodncing bombycei reared in iSSi , p. 3.

VÀNTHEHEÀ ASSAMA (»).

VAnlherœa assama est un ver à soie polyvoltîn qui est appelé dans TAssam mounga ou mouga. Ce dernier nom peut amener la confusion avec le tu$sah : des cocons de tussah, et particulièrement ceux qui sont récoltés en juin et en juillet, portent en effet ce même nom de mounga ou mouga. Le mot mouga, qui est donné dans TAssam à toute soie de couleur d'ambre, de couleur fauve clair, désigne par suite le plus souvent la soie des vers dits sauvages en général; ainsi le éri mouga, c'est la soie (du ver) de Yérié, le katkouri mouga, la soie (du ver) du katkouri. Le mouga proprement dit est appelé soum pallia mouga ou soie (du ver) du soum.

Le D** Buclianan, qui écrivait au commencement de ce siècle, est le premier qui a appelé l'attention sur cette dernière espèce. Elle a été, en 1867, l'objet d'une étude faite par M. Ad. Targioni- Tozzetti, de Florence ^^l

Le mounga ne se trouve que dans l'Inde, et il y a été observé sur trois points très éloignés l'un de l'autre. Il est abondant dans l'Assam, dans les districts de Darrang, de Sibsagar, de Lakhimpore, de Kamroup, de Goalpara et de Nowgong. Il est peu commun dans le district de Déhra Doun, limitrophe du Panjab, et assez rare dans les districts de Khandesh et de Nasik, de la Présidence de Bombay.

On a trouvé YAntlierœa assama dans l'tle de Geylan , mais il n'y est certainement pas indigène.

En réalité, cette espèce est propre à l'Assam, et, sans retirer ce que nous venons de dire de la zone dans laquelle on la ren-

t'} Th. Horsiield et F. Moore, A catalogue of ihe Lêpidopterous iiuecU,.,, p. 398. — Proceedingt of the Zoological Society of London, part XXVIII, p. a 5 8. — Tramactions of the Entomological Society of London, 3* série, 1. 1, p. 3 1 7. — J. Geoghegan, Silk in India, i87S,p. iigàiaa. — Thomas Wardle, The wild êille» rflndia, 1880, p. 1 4 à ] 6 , et Handbook, p. 55 à 58. — S.-O.-B. Ridsdale, Development of the $ilk indiutry, 1879, p. 5 à 9. — E. Stack, Silk in Assam, 188^, p. 5 à 9.

(') Relaziotie sopra la teta moogha délie Indie, Florence, 1867. (Ce mémoire a été inséré dans les Alii dei Georgojili, Nwv. ter., t, XUI, Ditp, 5* et 4".)

ANTnER£A XSSAMA.

contre, un peul la regarder comme n'étant répandue que dans cette province. \ÙAnlher<ea astama est à l'état de demi-domestîcité dans tous les districts, et par demi-domeslicilé nous entendons l'élevage à l'air libre sur les arbres. On doit regarder le mounga comme étant, ainsi que ^érié, dans une condition de domesticité plus

Aatheraa oMnma (Urtp).

grande qu'aucun autre ver vivant en plein air, attendu que Tt^closion des œufs a lieu à l'intérieur, que la chenille est apportée aussi à l'intérieur pour y faire son cocon, et que le mouiiga, pendant qu'il est sur l'arbre, doit être protégé par le cultivateur contre de nombreux ennemis"'.

Anlherma auama (cocon).

Il est sauvage dans le Catchar, mais il est rare dans ce district méridional. On l'appelle, quand il est sauvage, 6an mounffafmounga de forêt)"". L'espèce sauvage sert à rendre, par des croisements, de la vigueur à la race domestique. Il ne faut tenir aucun compte

") £. Stock, p. 5.

<'' Slack, Silk in A$imn, p. lo.

des cocons des vers sauvages au point de vue du commerce; outre que ces cocons sont en petit nombre, il serait difficile de les recueillir dans les forêts ou les jongles.

On lire des districts de Kamroup et de Nowgong une partie des graines ou des cocons de graine nécessaires pour les éducations dans les autres districts. Ce fait est certain. On n'est pas d'accord sur les causes qui rendent ailleurs les papillons, sinon impropres à la reproduction, du moins trop peu vigoureux pour donner de bons produits. On dit que, dans t'Assam supérieur principalement, la race dégénère proinptement quand on fait des éducations régulières successives; que le climat est peu favorable, le grainage conduit sans soin, et que l'élevage pendant l'été donne, par suite des pluies, de mauvaises graines'". La question reste non ëclaircic.

Anihenea auama {bavt).

Le mounga se nourrit des feuilles d'une quinzaine d'arbres, parmi lesquels on cile le Michelia ckampaca ( tc/uint^n) , le Machilus odoratimma {wum), le Telrantliera glauca [dtgiouUi), le TelranÛiera jHonopetala i^sounhalhu ou soualou), le Gniiamomum obltu^olium {patù chounda), l'Andraeline IrifoUata (Jouki), le Cylicodapkne nitida (koutouloa), le Symploco» grandifora {bountroti) '^'. L'Ânéerœa a»-

''' On assure que les œiifa des vers élevés dans ie Lakhimpore n'ëclosent jamais.

"1 Voir le rapport du commissaire en chef de rAwam, du 6 juin 1879. — C. Brewnlow a ^numéi^ les arbres qui pr^ntent If plus d'avantages pour l'élevage du mmnga (Amorti DR llie dîitnbutinn af lilk irfa).

ANTHEïLEA ASSAMA. 165

tama recherche le plus la feuille du Maeh'dusoêoraiimma{\eioum); on l'élève le plus souvent, dans le bas Assaui , sur le 7e(r(m(A«ra monopetaia (le sounhaliou) ^ et l'on n'a recours au TetrantKera gkuca, au Citmnmomum obtuti/olium et au Symplocoi glandifara que quand les vers sont dans les derniers âges ou que quand les feuilles des arbres précédenLs font défaut'".

Anthatra attama (mdie).

Lo ver est polyvoltin. Nous disons qu'il est polyvoltin , en reproduisant les témoignages que nous avons recueillis; mais il est probable que, à l'état sauvage, l'Antherœa astama est annuel, comme le sont presque tous les Antfierœa.

On fait de deux i\ cinq éducations dans l'année, suivant les districts.

Les cinq générations ou éducations portent les noms suivants : l'éducation d'octobre et novembre, kalla; celle de décembre à février, yaroiio; celle du printemps, jélkoua; celle de juin et juillet, aharoua; enfin l'éducation d'août et septembre, bhadia. Ces cinq

"> E. Stark, p. 5.

éducations ne sont faites que sur quelques points de la vallée de TAssam. Dans le district de Kamroup, on fait deux éducations, le aharoua et le bhadia, et les cocons du bhadia fournissent les graines pour l'éducation katia dans le haut Assam. Les éducations dans le Darrang et le Sibsagar sont le katia, lejaroua et lejéthoua; celles dans le Lakhimpore sont lejaroua et lejéAoua ^^\

La durée de la vie de l'insecte varie de cinquante-quatre jours (dans la saison chaude) à quatre-vingt-un jours (dans la saison froide); on admet une durée moyenne de soixante-six jours ^^^

La qualité de la soie dépend cl de l'époque à laquelle l'éducalion a été faite et de l'arbre qui a servi à l'alimentation. L'éducation faite en janvier et en février, appelée yarotw, et celle faite en avril et en mai {jéthoua) fournissent les meilleurs cocons. Les vers nourris sur le Michelia champaca filent la soie la plus fine et la plus blanche, qui est réservée pour les rajahs et les riches, et qu'on appelle tchampa pattîa tnounga^^\ La soie des vers du soum^'^^ (^Machilusodoratissima) est la plus fine des soies mounga de couleur; elle est blonde ou de couleur chamois. La soie du ver du tchampa se vend trois fois plus cher que la soie du ver du soum. La soie du ver du sounhallou est la moins estimée.

M. Liotard, auquel nous devons tant de renseignements sur les vers à soie de l'Inde, nous a donné un exemple de l'influence que la nourriture exerce sur la couleur et la qualité de la soie. Il nous a envoyé des cocons venant d'une même localité de F Assam, de Jorehat, où YAniherœa assuma abonde. Les uns ont été filés par le tchapia paltia mounga, les autres par le tchoumpa pattia mounga; les premiers sont tout à fait blancs, et les autres sont blond clair ou chamois clair. Nous ne saurions dire sur quels arbres les che-

<^) W.-W. Hunter, A êtatittical account of A$»am, 1879, vol. I, p. i38 à i&i, 38 1 â 383. — E. Stack, p. 6. — On peut faire cinq éducalions par an, mais Irois dVntre elles donnent un produit qui ne vaut pas la peine qu^on prend; on n'en fait généralement que deux, au printemps et à Tautomne (Targioni-Tozzetli).

^*^ Voir ic rapport du commissaire en chef de T Assam, 1879, p. 8, et le mémoire de M. Stack, p. 7.

^^) La soie blanche du ver qui s^cst nourri des feuilles du tchampa ou tehapa est très rare , prcs(jue oubliée.

(^) Celle soie est appelée soum paltia mounga.

ANTUERMA ASSAMA. 167

nilles ont vécu. Le Ichoumpa est, d'après M. Liolard, le Michelin ckampaca '"; s'il en est ainsi, le renseignement que l'auteur du Silk in India nous a fourni est en conlradiclion avec toutes les autres informations que nous avons recueillies.

AalUcrira aaama (ft^niclle).

Le cocon est gros'-', ovoïde, fermé'^', bien construit; il est muni d'un pédoncule. Il est souvent onvclo|ipé de feuilles. Le cocon ne paraît pas être riche en soie. La soie est d'escellcnte

1" Utlre du 91 wpteJiibre i885.

<'' Lm tocods que nous avons eus avaient de â8 à 56 millimilnu eur ao à i8 iDillimèlres.

''I iNoug disoDs que le cocon de VAaIhêrœa anama est fermd, parce qu'il a toujoiira élé regardé comme tel, mais on ne peut plus l'aflirmer, depuis que M. Uuauzeau a découvert que le cocon de fAniheraa Pernyi et celui de VAtilherfea mylîlla sont ouverts,

168 SOfES DES VERS SAUVAGES.

nature. Les baves qui forment le fil de soie ont, en général, les brins serrés, plus adhérents que dans le tussah. Les brins sont plats et striés^^). hdi bave est assez fine et brillante; elle est très élastique et nerveuse. On s'est assuré par diverses expériences comme la ténacité est grande; M. B.-H. Hodgson s'est atlaclié à démontrer que c'est avec cette soie que les Romains faisaient les cordages avec lesquels ils tendaient les vélums de leurs cirques immenses.

D'après M. Thomas Wardle, la (inesse de la bave est, en moyenne, de 6&.5 millièmes de millimètre; elle varie de 58 à 7a millièmes. Elle est, en général, à peu près égale dans toute la longueur. Suivant le même observateur, l'élasticité est, en moyenne, de 6& millimètres (de 36 à 110 millimètres), et la ténacité est de 12 gr. 84 (de 6 gr. 20 à 19 gr. 48).

La couleur du cocon varie du gris blanchâtre au brun clair (nous parlons d'après ce que nous avons vu); les cocons d'un blond très clair ou de la couleur chamois clair sont nombreux. En général, la soie est blanchâtre, blonde, gris de lin écru, jaune pâle, rousse, brun jaunâtre ou rougeâtre. Elle est plus brillante et prend mieux la teinture que les soies de Yéria et du tussah; elle est, de toutes les soies de vers sauvages que nous connaissons, celle qui a le plus d'éclat.

Le D' Buchanan rapporte que la soie obtenue au commencement de la saison sèche (^katia) est rouge, et que celle de la récolte de la fin du printemps (jéthoua) est blanche ^^^.

On fait à Dacca beaucoup de (issus de coton et de soie mounga qui sont destinés aux marchés de l'Arabie. La soie est de couleur vieil or; celte couleur n'est pas naturelle. Les Indiens mettent les cocons en macération dans une eau chargée de curcuma, puis dans du jus de citron, et tirent la soie après que les cocons ont été rincés et séchés^'^l

^') Diaprés M. Targioni-Tozzetti, le brin est subciUndrica à la surface du cocon, et aplati dans Tinlërieur (p. 19).

^') J. Geogbegan, SUk in fndia, i"* édition, p. 119. — Nous n^avuns jamais vu de soie mounga rouge; des soies d*un blond rose, d*un brun rougeâtre ou rousses ne sont pas rares.

(^) J. Forbes Watson, The textile manitfactures and tke coetwnen oj the peaple of ludia, 1866.

ANTUER/EA ASSAMA. 169

Il est facile de dévider les cocons ^*\ et Ton en tire, dans TAssam, une soie grège qui est, dans la plupart des cas, fine, brillanle et très nerveuse. On prétend dans le pays que, autrefois, du temps des rois de la dynastie Ahom^^^ la soie réservée pour la consommation de la cour était obtenue par le procédé suivant. Les chenilles arrivées au moment de la montée étaient conservées vivantes pendant trois jours, sans qu'on les laissât faire leurs cocons; on arrachait alors la tête, on jetait le corps dans une bassine d'eau chaude, on saisissait le bout de la bave, et Ton tirait la soie de la façon ordinaire en réunissant les baves de plusieurs chenilles.

M. W.-W. Hunter rapporte que 1,000 cocons fournissent de s 1 0 à 9 ao grammes de soie. D'après d'autres témoignages, le produit moyen serait ou de i5o grammes ou de s3o grammes de soie. Le rendement des cocons varie suivant la récolte dont ils proviennent : le produit de 1,000 cocons est, suivant M. Stack, de 1 15 grammes pour lejartma et de s 00 grammes pour le kaùa et le jéthoua.

Les cocons doivent être filés dans l'Inde, et, autant que possible, encore frais. Le mounga est attaqué, h ce qu'il parait, par une petite mouche qui dépose un œuf dans la piq&re qu'elle a faite. Le ver qui sort de cet œuf ronge le cocon. L'œuf et le ver résistent h un degré de chaleur même assez élevé pour altérer la soie, de sorte qu'on se hâte de tirer la soie du cocon afin de prévenir l'éclosion de l'œuf de l'insecte parasite*

Les indigènes peignent les cocons percés, les bourres et les déchets, et les filent au fuseau. Ces matières seraient employées avec avantage dans nos filatures, et nous regardons le mounga comme une des espèces de vers dits sauvages dont l'élevage devrait être le plus étendu.

Des cocons de mounga, envoyés par le Gouvernement de l'Inde,

(') On fait bouillir les cocons dans une eau chargée de potasse (W.-W. Hunter, A Mtatistieal account of AiMom, vol. I,p. i38ài/ii, et Stack, p. 7 ).

^*^ Sous le gouvernement des rois de la dynastie Ahoro, il y avait è leur cour un assez grand luxe, ^industrie de la soie était encouragée; la caste des Joguis, qui sMtait adonnée à Téducation des vers et au tissage, avait reçu des concessions de terres et était exempte de corvées. La production de la soie était alors importante , surtout dans le nord du Lakbimporc (W.-W. Hunter, 1. 1, p. &i5 et /ii6).

ont élé dévidés à Lyon; le tirage a été fait aisément, mais le rendement h la bassine a été de i kilogramme de soie pour 8 à 9 kilogrammes de cocons secs. On a obtenu de la soie d'excellente nature. L'ouvraison et le retordage ont été faits également de la façon la plus satisfaisante. Toutefois ni les cocons ni la soie ne sont encore arrivés en France en quantité suffisante pour qu'on ait pu juger, en fabrique, de leur véritable valeur.

On fait aujourd'hui dans l'Inde et avec succès le tirage et l'ouvraison à l'européenne de ces cocons.

On ignore quelle est la quantité de soie produite. Pour s'en faire une idée, on a pris pour point de départ l'étendue des forêts de soum dans lesquelles l'élevage a lieu communément. On suppose qu'on pourrait obtenir plus de 3oo,ooo kilogrammes de soie, si l'on tirait parti de toutes les plantations. On est loin de faire une pareille récolte. On estimait, il y a un demi-siècle, le produit h 55,000 kilogrammes de soie environ. £n 1 878 , le colonel Hopkinson, commissaire de l'Assam, donnait le chiffre de /i5,ooo kilogrammes au moins. On dit que cette industrie est très amoindrie depuis plusieurs années, et l'on attribue la diminution de la production à l'extension de la culture du thé et à l'usage des tissus de laine. Nous avons obtenu sur l'importance de la récolte deux renseignements très différents. D'une part, on nous a assuré que les forêts de soum dans lesquelles on élève le mounga ont au moins 6,5 00 hectares de superficie et qu'il faut compter un produit de 7 kilogrammes et demi de soie grège par hectare; ce serait un lotal de &8,ooo kilogrammes. D'autre part, on nous a indiqué le chiffre de 18,000 à 20,000 kilogrammes do soie.

Comme presque toute la soie mounga est tissée dans l'Assam, une grande partie du produit doit échapper à toute appréciation, et nous pensons qu'on peut accepter encore l'estimation du colonel Hopkinson.

11 est probable que c'est la soie mounga que Tavernier a remarquée dans ses voyages, vers i65o :

«Royaume d'Asem. . .11 y en a (de la soye) d'une sorte qui croit sur les arbres, et qui est faite par un animal qui a la forme

ÀNWERMA ASSAMA.

de DOS vers à soye, mais qui est plus rond el qui demeure toute l'aDoée sur l'arbre. Les étoffes qu'on fait de cette soye soDt fort lustrées. . . et c'est du costé du midy où croissent ces soyes (p. 4a 9).

{VAniktraa attima a élé trouvé dans les régions de i'Iade qui soni ombrées.)

«C'est des cendres de feuilles de figuier dont Ton fait en ce paîs-là une lessive pour bouillir les soyes qui deviennent blanches comme la neige; et si les peuples d'Asem avoient plus de figuiers qu'ils n'en ont, ils feroient toutes leurs soyes blanches» (p. 43o)(^î.

VANTHER/EA MEZANKOORIA w,

VAntlierœamezankooria deMoorc est voisin de VAntherœa assama^ Thomas Hulton n'en admettait pas l'existence comme espèce distincte, et M. S.-O.-B. Ridsdale, secrétaire du commissaire en chef de l'AwSsam, a, de son côté, présenté des assertions à l'appui de l'opinion de Hutton^^^. M. Stack paraît être aussi de l'avis de M. Ridsdale.

Le ver auquel les indigènes donnent le nom de mézankouri ne vit que sur un arbre du genre Tetranthera (le Tetrantlierapolyanthdj^ a])pelé nukankouri ou addakouri. La soie est presque blanche (d'un blanc sale ou grisâtre), plus fine et plus brillante qu'aucune soie du mounga, même du tnounga du tchampa, La teinture en est plus facile, et la coloration des brins est plus égale. Cette soie se vend à peu près au même prix que le tchampa paitia tnounga, plutôt un peu moins cher. Elle est de qualité variable; il paraît qu'elle est d'autant meilleure que les pousses du Tetranthera polyantha sont plus jeunes, et que, sécrétée par un ver qui a été nourri avec les feuilles de pousses de quatre ou cinq ans, même de trois ans, il est difficile de la distinguer de celle du mounga ordinaire. On file aisément les cocons du mézankouri.

Le Tetrantliera polyantlia était autrefois abondant dans le haut Assam, et c'est dans cette partie de la province, notamment dans le district de Sibsagar, qu'on élevait le plus YAntherœa mezankooria. 11 est à remarquer que ce n'est aussi que dans le haut Assam que

<^) Leê six voyages de Jean-Baptiste Tavemier, en Turquie, en Perse et aux Indes, a* partie, 1676.

ï*î Transactions ofthe Entomological Society of London, 3* série, t. I, p. 3 18. ^^^ Rapport du 9 février 1877.

ANTHER£A MYLITTA. 173

Je Mîchelîa champaca est répandu ^^\ Le mézankouri n'est jamais planté , il pousse dans les clairières abandonnées des forêts. Il est devenu rare par suite de l'attention qu'on apporte aujourd'hui à l'entretien du domaine forestier dans l'Inde. La chenille est dès lors aussi très peu commune , et l'on ne peut pas se procurer facilement des cocons ou de la soie. Le prix de la soie est le triple du prix de la soie mounga.

VANWER£A MYLITTA {TUSSAH) W.

Dans le commerce et dans l'industrie, on appelle aujourd'hui tussali toutes les soies des vers sauvages, que ces soies viennent de la Chine ou de l'Inde, quelles que soient la couleur, la finesse, la nature et l'origine. En fuit, le tussali est le nom d'un ver à soie, d'un Antherœa, YAntherœa mylitta de Drury. Ce nom est écrit et prononcé de différentes façons : tussali ou tusseh, tussar ou tusser, tasar, iussore. Ce nom dérive, suivant M. Geoghegan, de iusuru, qui, en hindouslani, signifie navette, cette soie étant presque toujours employée en trame.

Le iusscJi est le nom du ver et de la soie que ce ver sécrète. Le ver et la soie sont connus dans l'Inde sous d'autres noms.

Le ver est aussi appelé bougui, gouti, kalkouri, koa, kolisoura, khosa, etc. Il y a d'autres noms; on n'est pas encore arrivé à savoir exactement quelle chenille chaque nom représente. Le nom diffère suivant la localité, la saison, le sexe du papillon, etc.

Les cocons sont classés par les indigènes sous des noms différents, noms bien plus nombreux que ceux qu'on donne au ver;

<') Voir, pour le tnounga et le mézankouri : J. Geoghegan , 5i7fc ininâia, i'* édition, p. 119 à 192. — S.-O.-B. Ridsdale, Rapport du 9 février 1877. — W.-W. Hunter, A êtatiêtictU account ofAuam, vol. I, 1879, p. 960 et 961 , et The Impérial GazeUêer o/India, vol. VIII, 1881, p. 398. — Tli. Wardle, The wild iUks of India, 1880, p. lA â 16, et Uandbook, p. 5, 6. 55 à 58. — E. Stack, Silk in Aieam, p. 5 à 9.

^*) Loîseleur-Deslongchampft, Nouvellet cotuidération» iur Uê ven à foie, 1889, p. 119 a 1 95. — Proceeàingê ofike Zoological Society of London ^ part XXVIIÎ, p. 967 à 955. — Thomas HuUon, Notei on the Indian Botnbycidae, p. A, — O'Connor et A.-O. Hume, Tatar iilk, 1875. — S.-O.-B. Ridsdale, Rapport du 9 février 1877. — J. Geoghegan, Silk in India, 1879, p. 110 À 119. — Thomas V\^ardle, The mld tilke qf India, 1880, p. 16 â 91, 9/j è 99, et Handbook, p. ]3 à hS.

les classements sont faits le plus souvent d'après l'époque de la récolte, le lieu de production , la nature de l'alimentation , la couleur, d'après aussi l'état du cocon. Les indigènes paraissent ne pas savoir distinguer les cocons de telle ou de telle espèce. Parmi ces noms sont les suivants : Ampat, ampaU ou ampaùa, ariya, hadéli, bonbunda, boughi, bovorah, dabba, katkahài,jarhan, koa, lar^ga, loriah, maghour, moudéh, mouga, néreh, tirah, etc. Dans le Sioni (division de Jabalpore), les badéli sont récoltés en aoAt, les kaikahaï (les plus estimés) proviennent de l'éducation faite en octobre et en novembre. Dans le Manbhoum (Chota Nagpore), on appelle dabba les cocons de l'éducation d'août et de septembre (ce sont les meilleurs), mouga ceux de l'éducation de juin et de juillet, ampa" tia ceux de l'éducation d'avril et de mai (ils sont les moins bons, ta soie est la moins brillante et de la couleur la plus claire ('^). D'autre part, on désigne sous le nom Campai, dans TAssam, le kaikouri qui vit sauvage sur le manguier ^^). Les cocons dabba du district de Singbhoum sont ceux des vers de l'élevage demi-domestique, et l'on en tire une plus belle soie que des cocons loriah et boughi ou bougliouï recueillis dans les jongles ^^\

M. Liotard a eu l'obligeance de nous donner la note suivante :

ce Les sortes de cocons iussah qui sont les plus communes dans le Bengale et le Chota Nagpore sont au nombre de quatre.

«Un gros cocon, appelé dabba, a environ â pouces anglais (5o millimètres) de long; il cède sous la pression qu'on exerce avec les doigts sur les côtés; on en lire moins de soie que du suivant.

«Le mounga (le tussah mounga)^ un peu plus petit, a environ 1 i/s pouce (38 millimètres) de long; il résiste à la pression qu'on exerce avec les doigts, et contient beaucoup de soie.

«Le leinga ou linga a également i i/s pouce de long, mais la coque cède sous le doigt et a moins de soie que celle du mounga,

« Le plus petit des cocons tussah est appelé lirra dans l'Hazaribagh

^'} Rapport du colonel R.-A. Rowialt, 1873. ^'î S.-O.-B. Ridsdalc, Rapport du 9 février 1877.

(3) W.-W. Hiinter, A itatùlical accouni of Bengal, vol. XVI, p. 81. — Rapport du capitaine C.-H. Garbolt, 1878.

AfiTHEn£A MYLITTA. 175

et dans la i-ontn'i! qui l'avoisinc^ el hoglà ou boagki au Bengale. Ce cocon est aussi dur que le moutif^a.

«Le cocon moxmga est le plus eslimi! et le plus cbcr de ces cocons. Les Indiens distinguent fort hien ces quatre sortes, mais ils ont soin de mélanger les cocons mourtga avec les Imga. i>

Anlherifa mylilla (cocon).

A l'Ëiposilion universelle de 1863 à Londres, le lusaali de l'Inde était repri^scnté par de nombreux cocons oiïrant une grande diversité de structure, de grosseur ou de couleur. La plupart de ces cocons avaient été trouvés dans les jongles du Cuttack; ils provenaient de vers sauvages et avaient été recueillis, nous a dit le commissaire de l'Inde, par les Sahars et d'autres Indiens pauvres et à demi sauvages'". Parmi les soles tirées de ces cocons, les unes étaient brillantes, les autres presque mates. De nos jours, les cocons de vers tout à fait sauvages forment la moindre partie des

'') A.-M. Dowleans, Offiàat elatiîfitd aad deimptict ealali^iu rf lAe coMrSmlvMx from Jniîtt ta th» Loadon ErhilntiùH of i8Ga. Calciitla, 1862, p. 113.

approvisionnements , mais la diversité des cocons est à peu près la même qu'autrefois.

Si Ton observe autant de différences dans les soies itusah (et ces différences en constituent un des principaux défauts, peut-être même le principal défaut), c'est que ces soies proviennent le plus souvent d'un mélange de cocons d'origine très diverse. Disons de nouveau que la qualité dépend de la saison dans laquelle le ver a été élevé, de la nourriture qu'il a reçue , du terrain même dans lequel les arbres ont poussé, du climat, comme aussi de l'espèce du ver.

M. W.-W. Hunter nous apprend que, dans le district de Lohardaga, au Bengale, le cocon du ver élevé à l'état de demi-domesticité sur Yasan n'est pas le même que celui du ver qui a vécu à l'état sauvage sur le diota, le sida, le kokaré, le bhir, le khowa, le sal ou le tend, et que la nourriture des vers avec les feuilles de chacun de ces derniers arbres donne aussi pour chacun d'eux une différence dans le produit. Uasan (le Terminalia tomentasa) est planté dans divers sols : quand la terre est une sorte de marne noire (le kewal noir), le cocon est gros, noir, dur et pesant; avec le kewal blanc, le cocon est plus petit, d'un blanc sale et moins lourd. Les cocons qu'on cueille sur le koa sont jaunes, petits et mous ^^\

La soie tussah est, d'une façon générale, la soie du ver à soie ttissah, YAntherœa mylitta.

Le capitaine Thomas Hutton a prétendu qu'on donne le nom de tussah h deux espèces distinctes, que ces deux espèces vivent dans le Déhra Doun et dans les montagnes, qu'une seule vit aussi dans l'Inde centrale, que les papillons présentent des différences, et les cocons des différences plus sensibles. Nous ignorons si Hutton est parvenu à déterminer ces deux espèces.

M. L. Liotard a constaté qu'il y a trois espèces appelées iussali: le tussah proprement dit, c'est YAntlierœa myUtta; YAntherœa Fritliii

^*) L.-R. Forbes, vice-commissaire du disinct de Palaroow, dans le Cliota Nagpore. Rapport du 18 mare 1878. — - W.-W. Hunier, vol. XVI, p. 348.

ANTHES£A MYLITTÀ. 177

et i'Antherœa nvdUea. Le (tuwA de Tlnde centrale sigoat^ par Hutton est très probablement VAnihtrœa mylitta; le tuuah qu'on trouve dans le Délira Doun et dans les montagnes voisines est VAnlherœa

Il est certain que des espèces qui sont rapprochées de l'Antherœa mytitta vivent sauvages dans les mêmes foréls que celui-ci, et sont même, dans plus d'une localité, élevées en même temps que lui. Des croisements naturels ont lieu. Le secrétaire du gouvernement du Bengale. H.-J.-S. Cotton, a signalé, dans un rapport de 1 877, la confusion qui résulte de cet état dw choses.

Anthtraa mt/Ulla (bom).

Les espèces dont nous parlons construisent des cocons qui sont presque semblables à ceux de i'Antherœa mytitta. Celles dont Hutlon et M. Liolard ont fait mention sont certainement parmi celles que nous allons énumérer :

VAntkeraa paphia de Linné''", répandu dans la partie orientale de l'Inde, surtout dans les joules qui sont au pied de l'Himalaya du Bfaoutan : c'est un ver sauvage, appelé galiki par les Assamais

<" L« nllée d« h Déhra Doun esL dans iea provinces du aord-oucst, dans la ilini- «ion de Hiral, k une hauteur ie 3,ooo pieds; elle est traversée par ia route de SalM' ninpour è Huseouri.

"' St«ek, p. 11. — On a éietéVAnAtroa paphia à Moriluwa, dans I'Mg de Ccy- Un ; le coton élail d'un lilanc sale el la soie d'un (tria sale.

et dio mouga par les Catcharis, qu'il ne faut pas confondre avec le dio mouga proprement dit, lequel parait n'avoir pas encore été déterminé; ce 9alAi ou dio motiva vit sur le kamranga [BarringUmia racemosa) et sur le hidal (Stack, p. 1 1)^^^ ;

VAntherœa nebtdosa de Hutton, du Deccan et du Bengale (dans la division de Ghota Nagpore et dans celle de Bhagulpore);

VAntherœa andamana de Moore, de l'archipel des Andamans;

VAntherœa Frithii et VAntherœa Helferi de Moore, communs dans les vallées qui sont au-dessous de Darjiling, peu communs dans les contreforts de l'Himalaya et dans le Sikkim;

VAntherœa sivalica de Hutton, abondant dans le district de Hochiaspour du Panjab et dans la région de ce gouvernement située au pied de l'Himalaya ;

VAntherœa kazatdia de Moore, dans l'Himalaya, au nordouest, etc.

Enfin de YAntherœa mylitta proprement dit, il y a, dit-on, trois races : la race de Calcutta , la race de Bombay et la race de Ceylan. Les deux premières races présentent peu de différences; dans la race de Geylan, le papillon mâle est rouge brun foncé et le papillon femelle est jaune d'or.

Nous ajouterons que, suivant des observateurs, te katkouri mouga de l'Assam esl le véritable tussah. Le katkouri mouga est généralement à l'état sauvage dans le haut Assam, dans le Gatchar et le Silhet. On l'élève aussi , et l'on en fait trois éducations par an. Le cocon est de la couleur de celui du tttssah et d'une texture moins serrée. La soie est de quah'té inférieure, très forte et brillante. Le katkouri mouga est, pour M. Stack, VAntlierœa paphia, mais il nous semble que c'est de YAntlierœa mylitta que le directeur de l'agriculture de l'Assam veut parler. M. Stack rappelle que cette chenille vit sur le katkouri ( Vangueria spinosa) et le photUouka {Melastoma malabaricumy^K

(') Nous avons distingué VAntherœa paphia de VAntherœa mylitta, quoique des entomolo{psles les considèrent comme formant une seule espèce. Nous n^avons aucune certitude quant à la détermination de cos espèces. Le fait certain, c^est que, dans rinde, on donne, à tort ou à raison, le nom iTAntJmrœa paphia à des vers qu'on tient pour différents de ceux qui sont connus comme Antherœa mylitta.

ï*> S.-O.-B. Ridsdale, Rapport du 9 février 1877. "" Stack, p. 10 et 11.

àKTHEH^A MYLITTA. 179

L'ÂnÛieraa mylilta est le grand producteur de la soie tuxsali danR l'Inde; il abonde dans presque toutes tes parli&s de l'Inde, dans loule l'Inde même, sauf dans le Rajpoutana, le Cachmyr et le Bhoutan. De nombreux renseignements sur le (unah ont élé nlitenus dans le Panjab, les Provinces centrales et te Bengale'".

Anlhrrra mylilla (aii\fi).

On comprend que des vers soit sauvages, soit h demi domestiques, vivant dans des milieux aussi différents, provenant de race pure ou de croisements, fournissent une soie qui présente tous les degrés de finesse jusqu'A n'(*tre, dans certaines parties du Panjab et des Présidences de Bombay et de Madras, qu'une matière presque inutilisable pour l'industrie.

Le /MMiîA (r^ntAercea mylitta) n'est pas dilTiciie pour la nourriture.

'') Sur la distribution de VÀnAmni miflitla dans l'Inde, on trouvera des indicalioni dans roiiirtige de M. Geogbegan (1IJ79, p. 1 m), et dans les mémoires ou rapports de MM. le lîeulenant-coloael H.-M. Boddam (187.1), L.-lt. Forbpa ^lS^:^), O'Connor (1S75), le D' J. Ilidie{i876), K.-J.-S. Colton (1877), S.-O.-B. Ridsdaie (1877), le major G. Coiisaroakcr (1877 cl 1879).

On a signalé une trentaine d'arbres dont il mange les feuilles^'). Nous ne ferons mention que de ceux dont on fait le plus emploi dans les éducations : YAnogeissus lalifolia (JAatva), le Bombax malabar icum (cliemul)^ le Careya arborea (^kumbi)^ le Carissa caranda [karaunda)^ YEugenia jambolana [kala-jam)^ le Ficus religiasa (pipai) j le Ficus retusa, le Fictif tjiela (^pimpri)^ le Lagerstrœmia indica [daiyeti)^ le Lagerstrœmia parvifora [lindiya)^ le Ricinus cammunis (anWi), le Sliorea robusta (W), le Tectona grandis [tagun, tekku)^ le Terminalia arjuna (arjan ou vella-marda)^ le Terminalia calappa [badame), le Terminalia tomentosa (asan, saj, amari)^ iQ'Zizyphus jajuba (bhaer, ber, kouiy^K

VAnlherœa mylilta est un ver annuel. Il est toujours à l'état sauvage; dans THimalaya, il l'est généralement. Soumis à l'élevage, il devient bivoltin, trivollin, polyvoltin; on assure qu'il est toujours polyvoltin dans le sud de l'Inde.

Le nombre d'éducations par année varie d'un pergana à l'autre. On en fait de deux à cinq. Nous citerons par exemple le district de Hazaribagh, au Bengale , où YAntherœa mylilta se nourrit surtout des feuilles de Yasan et du saV^\ En Srirampore, en Palganj et en Gola, on fait une seule éducation en novembre et en décembre. En Gawan, en Satgawan, en Kounda et en Dantorah,onfait trois éducations : la première, en août et en septembre (bhadra); la deuxième, la plus productive, en novembre et en décembre (aghan); la troisième, qui est suivie de la moindre récolte, en mai et en juin (jeyty^^ L'élevage a lieu deux fois par an dans le dis-

(*) M. G.-J. Dumaine, qui a élevé YAntherœa mylilta dans le district de Haxanbagh, a donné la liste des arbres sur lesquels, dans ce district, on trouve ce ver à soie à Tétat sauvage et sur lesquels aussi on peut Télever (Journal of the Agrieuitural Society of India, i885, vol. VII, p. 976).

(') D'après le colonel Sykes, VÀntherœa mylilta (le koUiourà) du Deccan vit aussi sur le Morus indica.

(^) Dans le district de Hazaribagh , les vers qui se sont nourris des feuilles de Voion ( Terminalia tomentosa) constniisent les cocons les plus gros. Les vers élevés sur le «a/ (Shorea robusta) font des cocons plus petits, pins dura, qui contiennent, dit-«n, plus de soie. Enfin les cocons obtenus sur le bher (Zizyphus jujuha) sont encore plus petits et plus durs (G.-J. Dumaine, The Tusser silk worm, p. 973 et 37/1).

t*) W.-W. Hunter, A statistical account of Hengal, vol. XVï, p. 168 â 170.

ANTBERMA MYLITTA. 181

Irict de Lohardaga : la première fois, de juin à août, et la seconde Fois, de septembre à novembre'". Il y a aussi deux bunds dans le district de Palamow, qui est, comiiie le Lohardaga, dans la division de Ghola Nagpore : la première éducation commence en juin {(umr) et finit en août [hhaâra); la seconde commence en septembre {aMi'n) et finit en octobre ou en novembre [karlic). Les vers vivent sur ToMn'-'. L'époque de la récolte la plus importante varie suivant les localités'^'.

Antheraa mylilla (fcrapllc).

La quantité de vers sauvages vivant dans lesjongles est ënonne, et on les rencontre, comme nous l'avons dit, dans toutes les directions, dans presque toutes les foréis; on les élève toujours à l'air libre dans beaucoup de districts. Il est aisé de se rendre compte, d'après le mémoire de M. Gcogbegan el les publications

W W.-W. Hanter, ïoI. XVI, p. 3A6 cl Sig.

^^ L.-R. Forbcs, vicc-commissairc A Palamow, Rapport du i8 mars iStS.

") II.-J.-S. Collon, Rapport du 8 mars 1877.

plus récentes du Gouvernement de l'Inde, des territoires dans ies- (}uels Tabondance de ces chenilles est la plus grande.

M. Hanter a signalé notamment au Bengale les jongles du district de Hazaribagh ^'^ et le district de Manbhoum. On rëcolte dans ce dernier environ 3 0,000 kahans^^^ de cocons, dont le rendement en soie est de s 8,000 kilogrammes^^).

Par suite des défrichements et de l'accroissement des surfaces soumises à des cultures régulières, la cueillette des cocons des vers sauvages est moins productive, mais le tussali est tenu, sur un plus grand nombre de points, dans Tétai de demi-domesticité, suivant l'expression de Hutlon. On peut juger de quelle façon les choses ont lieu et l'élevage est introduit, en lisant, par exemple, le résultat de l'enquête faite en 1878 dans la division de Ghota Nagpore^*).

M. Liotard nous a fait remarquer que, en fait, c*est dans la division de Ghota Nagpore et dans les provinces du centre de l'Inde que le tusmh pullule, et que les cocons, récoltés dans ces deux régions, sont les plus gros et les plus riches en soie. Ges contrées seront traversées prochainement par un chemin de fer qui les mettra en facile communication avec GalcuUa d'un côté et Bombay de l'autre.

L'élevage a acquis, dans les dernières années, plus d'importance que par le passé, et de plus il est devenu, dans plusieurs localités, l'objet d'une exploitation systématique h laquelle on apporte des soins rigoureux. Le major G. Goussmaker, qui a conduit une suite d'essais avec une intelligence peu commune, ainsi qu'avec l'esprit de méthode et d'observation qu'exige ce travail, aura fait

(1) W.-W. Huiiter, vol. XVI, p. 169. — VAnlherœa mylitta, le koa, pullule dans IcB jongles du district de Hazaribagh , principalement dans les perganas de Gola , de Dantarah, de Kounda, et dans le Gawan et le Salgawan, les deux états féodaux le plus au nord du peigna de Kharakdiha. M. Claudc-J. Dumaine signale Tabondance des cocons des vers sauvages dans le Haiaribagh; il a observé que les cocons sont les plus gros, les plus durs et les plus lourds dans les jongles les plus épais (p. 377).

^') Le kahan contient environ i,ti8o cocons.

(^) W.-W. Hunter, vol. XVII, p. 3i5.

'^) Choia Nagpore divition. Abêlraci of repUei of the dUhict officen regarding lasser silkt 1873, in-folio. — On remarquera un rapport fait avec un grand soin par M. L.-R. Forbes, vice-commissaire ù Palamow.

À!tTHEB£A MUmA.

beaucoup pour la réussite de ces entreprises. Nous ne croyons pas que cette réussite soit aussi prochaine qu'on l'espère, elle ne peut élre que l'œuvre du temps. Eji présence de la production immense

(Le lauah a été (ruiivc ilùui Im n!gioii9 de l'Inile i|ui sont oinlir^.)

de ia soie du Bombyx mori en Chine et du coût relativement modique de cette soie dans ce dernier pays, on doit se garder d'apporter k la production du tussah, comme on n'est que trop porté à ie faire, des façons qui la rendraient trop coûteuse. Du reste, le Gouvernement de l'Inde, s'il se montre, depuis plusieurs années, résolu à seconder les entreprises privées, procède avec circonspection. Dans celui de ses rapports annuels, qui est le plus complet et le plus intéressant ^'\ l'exposé des efforts, des essais, des travaux, des sollicitations de subventions, relatifs à la production de la soie, laisse voir un sentiment de réserve, presque de découragement.

La diversité des cocons de iussah présentés à la filature indique la voie à suivre, ou plutôt l'écueil à éviter. L'élevage à l'air libre, réduit à ses termes les plus simples, rencontrera encore de grandes diflTicuUés.

On dit que les œufs pondus par les vers tussali qui ont vécu h l'état de demi-domesticité n'éclosent pas; la graine mise à l'incubation, dans le district de Singbhoum, provient toujours de cocons des jongles ^^^.

Nous ne dirons rien de la chenille et du papillon (celui-ci a t3 ou 1 A centimètres d'envergure) , ils sont connus.

Le cocon du titssah est gros, en général bien construit et d'un tissu assez serré ; il est suspendu à la branche d'arbre par une cordelette ou pédoncule de matière soyeuse durcie, et ce pédoncule, souvent noir, est adhérent à la première veste. Le cocon est de couleur blanc rougeâtre ou jaunâtre, fauve, brun, gris d'argent, gris cendré ou gris ardoise noirâtre. Les cocons recueillis dans les jongles sont, en générai, plus petits que les cocons des vers demi-domestiques; cependant, dans des jongles très épais, peu accessibles, on recueille de gros cocons, durs et lourds. On en a fait la remarque dans le Hazaribagh.

Des cocons de vers sauvages ont 5o millimètres de grand dia-

^') Siatemenl exhihitmg the moral and material progrets and condition oj ïndia, during the year tSja-iSjù, 187/i, 1 vol. in-folio afec ta cartes. (") W.-W. Huntcr, A statistical account of Bengal, vol. XVII, p. 81.

. APfTHEHEA MYLITTA, 185

mètre el 3a de petit diamètre ^^^ ; quelques-uns pèsent (sans le pédoncule et la chrysalide) 181 centigrammes. Le poids ordinaire est de 90 à 1 16 centigrammes. M. Thomas Wardle cite un cocon du poids de 78 centigrammes dont on a tiré, à Milan, 1,317 i^^^'^^ d^ ^^^ s^i^s aucune rupture.

On a regardé jusqu'à présent le cocon comme étant fermé; M. Dusuzeau a découvert qu'il ne Test pas. Quand le cocon est préparé pour le tirage (c'est-à-dire quand le grès est dissous en partie) et quand la première veste sous forme de bourre est enleyée , l'ouverture que la larve a établie en construisant le cocon devient visible. Du reste, la hâve de VAntherœa myUUa est continue,, comme l'est celle de VAntherœa Pemyi dont le cocon est aussi ouvert. La description que nous avons donnée plus haut du cocon du ver du chêne de la Chine peut être appliquée, à peu de chose près, au cocon tusscJi de l'Inde.

La soie est en général brillante. Les cocons de la deuxième et de la troisième éducation dans la même année donnent la soie la moins brillante et de la couleur la plus claire (cela a été observé surtout dans le Manbhoum). La soie présente une extrême diver* site de nuances; elle est de couleur blonde, jaune, grise, fauve, brune. On voit des soies grèges d'un blanc grisâtre, d'un gris écru clair, d'un joli blond rosé, d'un gris cendré pftle, et d'autres d'un brun foncé. Le major Goussmaker a fait filer à YAntherœa mylitta un cocon de soie tout à fait-blanche; l'expérience est intéressante, la réussite a été complète, mais nous ignorons si le procédé peut entrer dans la pratique (^).

La bave de YAntherœa mylitta est, en général, près de trois fois plus grosse que celle filée par le ver du miïrier. Elle est un peu plus élastique et deux fois plus nerveuse; toutefois, eu égard à la finesse, elle est moins élastique et moins tenace.

(') Nous avons sous les yeux des cocons fauves, d'un brun noirâtre, bruns, noirAlres. très durs, ayant de At à 48 millimètres de grand diamèlre et de 97 â 33 millimètres de petit diamètre.

^ Thomas Wardle, Tke wUd silh, 1880, p. a4, et Hmdbook, p. 45. — «Le major Goussmaker, dit M. Thomas Wardle, amène le ver à sécréter tout son grk avant de le laisser tisser son cocon. . . Il m^a envoyé un cocon. . . qui ressemble, pour la couleur, au cocon du ver à soie de la Chine ou du Japon, n

Voici les résultats des épreuves faites par M. Thomas Wardie :

Finesse. En moyenne, SU millièmes de millimétrée^) (de 76 à 9/1 millièmes) : à la surface, 8s ; au milieu, 87; près de la teleUe, 83 millièmes.

Ténacité, En moyenne, s3.s5 grammese^)(de 5.53 à 38.69 grammes) : à la surface, fàSM'j; au milieu, 33.^7; près de la tdette, 33.36.

Élasticité. En moyenne, à'j millimètres ^^^ (de 10 à 90 millimètres) : à la surface, A7; au milieu, &7; près de la teletie, 33 millimètres.

On voit comme la bave est inégale.

Nous présenterons, k ^occasion de la bave de VAntherœa myUua, quelques remarques sur la structure de la bave du ver à soie.

La matière soyeuse, sécrétée par la chenille , est accumulée dans deux réservoirs séparés, et de chaque réservoir part un tube fin qui est une sorte de filière. L'anatomie des organes séricigènes paratt être, chez les Saturniides, différente de ce qu'elle est chez les Bombycides; nous le dirons plus loin. Les deux tubes, également séparés, aboutissent à un canal très court qui précède la trompe. La bave est donc faite de deux fibres ou brins, qui sortent, en même temps, par le petit canal dont nous venons de parler; ils sont simple* ment juxtaposés , soudés ou non. fi n'y a de croisure en aucun point.

Le brin (nous appelons ^nla fibre primitive et simple) est fait Aejibrome, et, à l'intérieur, est plus ou moins mou; il est enveloppé d'une couche mince degrés ou de vernis. Legr^^ d'abord visqueux, colle ou soude le plus souvent les deux brins au point de jonction de ceux-ci, un peu en avant de la trompe de la chenille , se dessèche tout de suite, et les deux brins réunis ont l'apparence d'un fil unique.

On admet que le brin de soie primitif est une fibre unique, non composée de fibres élémentaires. Robinet a soutenu cette opinion ^^\

(^) M. Wardie, en 1880, a trouve 68 millièmes de millimètre (à la sor&koe, 66; vers la fin, 70); M. Gensoul, en i885, 88 millièmes.

(^) Persoz père, en 1 860 , ao.8o grammes; M. Wardie, en 1880, a6.56 grammes (à la surface, i6.79; vers la fin, 38.33 grammes).

'') Persoz père, en 1860, 36 millimètres; M. Wardie, en 1880, 5o millimètres.

^*) Manuel de Védticaletir des ten à $oie, 18A8, p. aa.

APfTHERjEA MYUTTA. 187

et il semble, d'après les dernières études faites au microscope, que cela ne soit pas douteux. On est Tonde à le penser pour le brin des vers du mûrier, mais le contraire est [>lus probable pour le brin des autres vers à soie.

La structure du brin n'est pas, en effet, la même chez tous les lépidoptères séricigènes.

M. Ad. Tai^ioni-Toaretti a exposé, eo 1867, que le brm du ver h soie du mûrier [Bombyx mort) et le ^'n de quelques autres espèces sont cylindriques et lisses, et que le brin chez les AiUiierœa et les Attacnt est plat et strié''*. H a fait à ce sujet des remarques sur lesquelles nous allons revenir.

Bomby* tnori {batt). BombifX

Le D' G. Bidie, de Madras, qui ne connaissait probablement pas le travail de M. Taryioni-Tozzetli, fit, en 1876, les mêmes observations sur la bave du ver du mûrier et sur celle de VAnlkerœa myhlla ■".

M. Thomas Wardlc est revenu sur ces faits en 187»)'*'. Il a

''' Adolfo Targionj-Touelli, Rtlazùme «cpra la m(« moogha itU* Indu, 1867, p.8,9, ts.ïortai.

'" Rapport (lu i5 soûl 1876. — Le cliirurgicn-niiijor G. Bidic élail aiirintendnnt du niiutcc central du goiivernemcnl <lc la PrésidcDcc da Madras. Il avait joint à Bon I apport le dc««in colorie de la bnvedii ver du ntùriur de la Chine et te dessin de la bave de VAiti}ttrcEa mylilla , telles <|u'il Ica avait oli>crvccs l'une et l'autre au iiiicro- Kope; il n'admit psque la bitve dn fuiioA filt formée de deux brin*.

"> Tht wi'd nlkt o/India, a' édition, t88o. p. ïi.

cherche à les expliquer en supposant que la matière soyeuse est plus fluide chez les Satumiides que chez les Bombycîdes, et que les ^'n* des premiers ont élé aplatis par suite d'une pression.

La soIutioD du problème est plus diDicile qu'il ne le paratt.

M, Targioni-Tozzetli a observé que le ^'n du Bambi/x mort, s'il est cylindrique et lisse à ta surface et au milieu du cocon, est, à Tintérieur, près de la telette, aplati et légèrement strié. D'un autre c6té , il a constaté que, dans le cocon de YAitiherœa atsama, le brin, strié au milieu et près de la teUUe, est presque cylindrique à la surface, etque le brin est aussi quelquefob cylindrique dans le cocon de YÂntkeraa yama mm. M. Tai^oni a trouvé, chez les Uparù, le Laào-

Anlh^aa tnylilla {btm avec seclioDs}.

campa quercifolia, le Tortrix viridana, le èrtn cvliudnque et lisse "'. Le ^'n des Saturniides est plat et strié; une salurniide fait exception. M. Wardle a annoncé, dans son mémoire, que le Satumia carpini, du moins chez les sujets trouvés en Angleterre, a les brins cylindriques et lisses <^i. Nous donnons le dessin de la bave de cette espèce telle que M. Wardle l'a observée au microscope '*'. La bave du Pachypaaa otuê a à peu près la même apparence.

''' B«laiiinu, 1867, p. ig, «oetsi.

'*) D'après M. Taiponi-ToueUi, les brm du âiofumùi airpùii sont phiaet slrié» (p. ao).

'') Handbook , p. ]36,pl. iiii.

ANWEBjEA MYUTTA. 189

La bave a'est donc pas la même chez les Bombycides et les Satumiides, et les différences qu'on observe paraissent avoir pour cause des différences dans la forme des oigaoes séricigènes. Des coupes de ces organes chez VÂntherœa Pemyi furent faites au laboratoire de physiologie de la Faculté des sciences de Lyon, et la Commission du Laboratoire d'étude de la soie nous apprend que «des cavités tubulaires, se détachant en points noirs sur la surface de la coupe , indiquent qu'à travers la masse soyeuse existent des canaux en assez grand nombre, et que cette organisation existe depuis le commencement de la sécrétion de la soie. Ce sont ces canaux, ajoute M. Pariset, qui divisent la masse soyeuse, et qui forment, quand on regardele brin au microscope , les stries longitudinales ''' ».

Cela dit, nous revenons à ia bave des Anihensa.

Chez les AntherŒa, les Actûu et les Satumia, le brin est, en général, plat et strié. Le ^l'nde l'Antkerœa Pemyi, dit M. Gensonl, ressemble à une «mèche de lampe aplatie».

Le brin est strié longitudinale m en t. M. Wardie et M. Dusuzeau ont établi qu'il tend à. se diviser en fibrilles et que les fibrilles sont au nombre de plus de vingt. M. Wardie a même pu séparer ces petites fibres au moyen du permanganate de potasse '''.

Les ^l'iM restent juxtaposés, fonnant deux rubans, réunis par

ivavx du Laboratoîrt Citait de la wm m 188B.

les côtés ou bords, et on ne les voit jamais appliqués Tun contre l'autre. Us présentent plus ou moins de fentes ou d'éraillures, et, quand ils ont passé dans une lessive alcaline ou quand ils ont été décreusés, les fentes sont plus nombreuses, comme si l'absence du gris amenait la séparation des fibrilles. Le gris ou le vernis maintenait les deux brins réunis; le gris étant dissous en tout ou en partie , les brms n'adhèrent plus l'un à l'autre sur toute la longueur et sont plus ou moins disjoints. La désagrégation est plus ou moins grande suivant l'espèce. Ainsi la bave de VAniherœa assama se désagrège moins que la bave de YAntherœa Pemjfù

Satumia earpini (hcne).

Quand on parle de la finesse ou du diamètre de la bave, on parle de la largeur d'un bord à l'autre, la bave étant bien à plat. Ainsi, d'après les expériences de M. Wardle, on a 8â millièmes de millimètre en moyenne pour la baive de XAniherœa mytitta; cela donne Sa millièmes de largeur pour la bave, et /iâ millièmes de largeur pour chaque brin, mais, comme on le verra plus loin, les deux brins de YAntlierœa mylitta ne sont pas tout à fait égaux. M. Wardle a mesuré Yépaisseur de ce ruban, de la bave ou du brin, comme on voudra, et l'a trouvée de i3 millièmes de millimètre.

La bave, qui parait colorée chez plusieurs Saturniides, est incolore chez VAniherœa tnyliUa.

La chenille qui nous occupe sécrète, à ce qu'il paraît, deux sortes de vernis, de gomme ou de gris : l'un qui enveloppe chaque

ANTHEKMA MYLITTA.

brin; Tautre qui sert au ver pour rendre son cocon plus compact et plus dur, et qui est accompagné d'une autre matière colorante. Gela explique que, chez la plupart des Satumiides, la couleur de la bave ne soit pas la même que celle du cocon ^^\

Les cocons ne sont tirés ou dévidés qu'après avoir été soumis à une longue macération dans une eau alcaline bouillante ou qu'après avoir été bouillis dans cette eau. Le tirage ou dévidage peut être fait alors sans peine , et l'on obtient i kilogramme de soie grège de i o à 1 5 kilogrammes de cocons frais ^-K

Les Indiens filent généralement le tussah à sept ou huit cocons. Il y a plusieurs sortes de ces soies grèges tussah, 61ées par les indigènes, et on les dislingue par le gtùndrage et le pliage.

Les soies grèges du Bengale , dites cigarettes d'après la grandeur et la forme du ^t^tZ/on, filées h sept cocons environ, sont au litre de A3 deniers 3i (a^.So) pour 5oo mètres; la ténacité est de 66 grammes et l'élasticité de 17.3 p. too^^l Les soies filées par les indigènes présentent, comme les soies des vers du mûrier de même filature, des inégalités dans la couleur, la nature et le titre, et sont quelquefois assez grossières.

On file le tussah dans l'Inde à deux, trois ou quatre cocons.

M. Federigo Lotteri, de Bergame, qui est établi à Calcutta, a envoyé, en 1879, à la Chambre de commerce de Lyon des flottes, de 1052 centimètres de guindrage, dont l'essai à la Condition de Lyon a fourni les résultats suivants :

UrOMBRR

TITRB POUR

500 MèTRBS.

Ti?lACITé.

Ilasticit^.

ifo

cocon.

DIHIBM.

CBAMMn.

graromen.

UaM

<^^ Voir la huitième parlic : De lafinuse, de la te'nacUé et de rélatticité de /al>avc ei de la $oie,

(^^ EsBai fait a la Gondilion de Lyon.

^^^ Un Français, qui est établi au Bengale et qui s'est adonné à la ûlature du tweah, lire ordinairement 1 kilogramme de soie grège de 3 kilog. aao de bom cooons ftMfoA secs.

Des filatures montées à Teuropéenne élevées dans l'Inde produisent des soies grèges tussah, de qualité supérieure, d'un dévidage facile, au titre de 3o à 35 deniers en filant k trois cocons, et au titre de /io à /i5 deniers en filant à quatre cocons.

La bave du tussah serait donc, d'après ces titres, de 1 1 deniers (58 centigrammes) pour 5oo mètres. La grosseur de la luwe donne à penser qu'on tire ces soies de cocons choisis. Les soies grèges natives sont à un titre qui fait ressortir le titre de la bave de 6 à 8 deniers.

Les baves se cassent rarement au tirage.

Les soies qui sortent aujourd'hui des filatures à l'européenne ^^^ commencent à trouver emploi dans la fabrication. Elles sont nettes, bien agrégées, et le titre est régulier. La couleur est plus ou moins foncée suivant les cocons ^^\

Voici ce qu'a produit l'essai fait à la Condition des soies de Lyon de soies grèges filées à l'européenne dans l'Inde (Ha^aribagh), soies qui se dévident bien.

GODLBUB.

GVIW' DHÀGS.

HOMBIB ftS BUItM.

TITIB

povB 5oo airus.

TinAciTi.

TICIT^.

Blond f»)

Blond branâlre. .

ni elfe.

/îà8

deniers.

gramme.

grammes.

(M La floie d'une des

flottes aTtit éU tirée de a

wons (Ms«& percés par le papillon.

Les soies tussah de l'Inde sont, en général, f\vLS fermes (disons

t^) Le tirage et l'oavraison de U soie tft$9ah sont laits dans Tlnde par des procéilés différents; da moins trois brevets ont ëtë pris.

^') M. A.-0. Hume a discuté, dans une note écrite en septembre 1876, les questions relatives à Téducation des vers de YAntherœa myUtta, à la récolte des cocons de œux de ces vers qui sont sauvages et au tirage des cocons ( Ta$ar êiïk, in-folio). M. Thomas Wardle est entré de son côté dans des explications sur le tirage de la soie tusêok. Pour ce qui est du tirage , le sujet peut être regardé comme épuisé. Les filatures montées dans rinde à Peuropéenne et conduites par des hommes tout à fait compétents livrent de bons produits; le tirage n^offre pas de difficultés.

ANTHEILEA MYLITTA. 193

plus grosses) que les soies tuêsah de la Chine , et les brins qui forment le fil ont , entre eux , dans les premières de ces soies , plus d*adhé* rence que dans les secondes. La bave de YAntherma mylitta est plus grosse que la bane de YAniherœa Pemyi: M. Wardle a constate que» en moyenne, le diamètre de la première est de 8 & millièmes de millimètre, et celui delà seconde de 68 millièmes.

La perte au décreusage des soies tussah du Bengale a singulièrement varié dans les dernières années.

■R NOTBIfRB, P. 100 ^^K

soin 6iui«n tvuak

du Bengale. d« la Chine.

1881 to.gS 8.5o

1882 1 ao.55

Les soies ItiMaA de l'Inde les plus employées par la fabrique de Lyon ont été, en i885, les cigaretiei et les soies dites de filature. En août i885, les premières se vendaient 18 francs le kilo* gramme; les secondes, au titre de 3o/35 deniers ou au titre de hojlx^y valaient s 5 francs le kilogramme.

Les soies ouvrées provenant de soies grèges de filature à l'européenne de l'Inde, à deux bouts, au titre de 60/70 et de 80/90 deniers, valaient, à la même époque, 3d francs l'organsin et 3o francs la trame.

Une certaine quantité de soies sont tirées de cocons percés; nous voulons parler des cocons dont le papillon est sorti. Dans les provinces centrales, les Kochtas, tribu qui vit du tissage, sont réputés pour leur habileté à dévider (ree/) ces cocons ^^^

<*) Diaprés les essais faits à la Condition des soies de Lyon.

^^ J. Geogbegan, SîXk m InéuL, i** édition, p. 118. — Nous appelons Tattention sur le rapport qui a é\é fait par le capitaine Brooke, vice-commissaire de Sionit le capitaine Brooke a rendu compte de la façon dont toutes choses sont conduites dans le Sioni. Pour ce qui est des cocons percés, il dit : «It may be interesting to know that the perforated coooons of tbe tasar — tbat is, tbe cocoons froni wbicb tbe moUis bave

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