DU BLANCHIMENT
La couleur brun grisâtre que les soies sauvages ont naturellement a, jusque dans ces derniers temps, empêché de teindre ces soies en couleurs claires. C'est pour cela qu'on a fait des essais si nombreux pour enlever cette matière colorante naturelle et pour rendre la fibre à peu près aussi blanche que l'est celle de la soie du Bombyx du mûrier de la Chine. Parmi ces essais, deux ont été couronnés d'un grand succès, étant donné le but à atteindre, mais la dépense qui résulte de l'emploi de ces procédés est si grande qu'elle s'oppose à ce qu'ils puissent devenir d'une application générale.
Avant de chercher à blanchir la soie, ou plutôt avant de la soumettre à un procédé quelconque qui se rapporte de près ou de loin à l'art de la teinture, il est nécessaire de débarrasser la soie du vernis dont le ver l'a enduite, ainsi que d autres matières étrangères qui représentent environ a 5 p. loo du poids de la
soie. L'opération du dégommage (décreusage) consiste à passer la soie dans un bain de savon bouillant auquel on a ajouté de la soude en cristaux. Cette opération dure une demi-heure ou une heure. La soie est alors nettoyée, mais elle conserve encore sa couleur brunâtre.
Pour blanchir la soie , c'est-à-dire pour lui enlever cette couleur gris brunâtre, on connaît quatre procédés différents qui permettent d'obtenir plusieurs degrés de blancheur. Le d^pré de blancheur le plus avancé ne doit naturellement être employé que quand on doit teindre la soie dans les nuances les plus claires du rouge , du jaune , du bleu ou du vert.
Le premier procédé, qui est le moins coûteux, mais qui change très peu la couleur naturelle de la soie , est le suivant :
Après le dégammage, on plonge la soie dans une dissolution chaude de sulfate de soude (aoo grammes de ce sel pour i kilogramme de soie).
Cette méthode, qui ne produit, je le répète, que peu d'effet et qui ne saurait être usitée quand la soie doit être teinte en couleurs claires, est néanmoins souvent utile quand on doit obtenir des teintes moyennes pour lesquelles on n'a besoin que d'éclaircir un peu la couleur naturelle de la soie.
La méthode que je vais décrire donne de bien meilleurs résultats.
Après le décreusage, on soumet la soie, pendant environ une demi-heure, â l'action d'un bain contenant ao grammes de permanganate de potasse pour i kilogramme de soie. Lorsqu'on sort la soie de ce bain, elle a une couleur brun foncé, mais, en la faisant passer dans l'acide sulfureux dilué, la couleur devient moins foncée qu'après le décreusage, et l'on obtient ainsi un certain degré de blancheur. On peut ré|)éler avec avantage ces opérations, en prenant le soin de ne pas employer trop de permanganate de potasse, ce qui ferait perdre à la soie de sa ténacité.
L'action chimique de la première partie de ce procédé consiste dans la destruction de la matière colorante brune de la soie par l'oxygène naissant, qui se forme par le contact du permanganate
de potasse avec la fibre. Cette action a été découverte par M. Tessié du Motay, qui^ pensant que l'emploi de l'oxygène naissant dans des conditions plus favorables conduirait à de meilleurs résultats , entreprit d'autres expériences dans cette direction et les poussa assez loin.
M. Tessié du Motay fut ainsi amené à découvrir le procédé de blanchiment au moyen du bioxyde de barium que je vais faire connaître.
1. Passer la soie dans une solution bouillante contenant 3 5 p. 100 de soude cristallisée et 5 à 6 p. loo de savon. Liser pendant une heure. Rincer à fond.
2. Liser pendant une heure dans un bain d'acide chlorhydrique étendu d'eau , à froid , l'acide étant dans la proportion de 5 volumes pour loo volumes d'eau. Bien rincer. On peut renouveler le passage dans ce bain.
3. Liser pendant une heure dans un bain fait avec a 5 ou 3o p. 100 de bioxyde de barium en poudre très fîne et dissous dans de l'eau chauffée è 1 76 degrés Fahrenheit (80 degrés centigrades). Bien rincer.
à. Liser pendant une demi-heure dans un bain d'acide chlorhydrique tout à fait semblable à celui qui a été indiqué au n*" 2. Laver ensuite à grande eau.
5. Terrer deux fois la soie avec la terre anglaise (Juller's eartli).
6. Passer au savon pendant une demi-heure à la température de 176 degrés Fahrenheit (80 degrés centigrades), pour donner du brillant. Bien rincer.
7. Aviver dans un bain acidulé avec de l'acide sulfurique. Bien laver.
On peut ensuite, avec avantage, faire passer les soies dans le soufroir.
On obtient les meilleurs résultats par ce procédé. La soie conserve toute sa force et perd en très grande partie sa couleur brunâtre.
Aucun procédé connu ne peut rendre la soie complètement blanche, du moins dans l'état présent des choses.
55S APraUDIGE.
Le procédé du bioiyde de barium est celui que j'emploie toujours et qui me donne des résultats réguliers. Le prix de revient de ce procédé est de 3 fr. 5o cent par kilogramme de soie.
Le quatrième procédé permet d'obtenir le plus de blancheur.
L'action chimique est la même que dans la méthode précédente, mais le produit employé pour mettre l'oxygène è Tétat naissant en contact avec la soie est un composé beaucoup moins stable, c'est le peroxyde d'hydrogène (l'eau oxygénée).
Voici quel est ce procédé :
Pour blanchir i kilogramme de soie , il faut mélanger i litre d'eau oxygénée è i o volumes avec h litres d'eau ordinaire , et ajouter soo centimètres cubes d'ammoniaque è sa degrés de Baume ou 3o grammes de soude caustique. On met dans ce bain la soie préalablement nettoyée, et on l'y laisse pendant vingtquatre heures. On rince avec soin et l'on passe dans Facide suUîirique très étendu d'eau.
Ce procédé est plus coûteux que le précédent : l'eau oxygénée coûte environ moitié plus que le bioxyde de barium qu'on emploie avec l'autre méthode.
En faisant usage du peroxyde d'hydrogène de la force de a volumes, dans les conditions que j'ai indiquées ci-dessus, le degré de blancheur est à peu près le même que celui qu'on obtient par le procédé du bioxyde de barium; mais j'ai constaté que, pour arriver au meilleur blanchiment, il faut se servir d'une solution à 10 volumes, ce qui porte malheureusement trop haut le prix de revient.
La valeur de ce procédé consiste dans ce fait que, lorsque l'action du peroxyde d'hydrogène est complète, il ne reste rien dans le bain qui puisse détériorer la fibre de la soie. L'oxygène naissant s'est en effet dégagé, et il ne reste que de l'eau ^^^ Il n'en est pas de même quand on fait usage du bioxyde de barium, car il reste de la baryte dans le bain et sur la soie , ce qui peut altérer, si l'on n'y prend pas garde, le brillant de la fibre.
Lorsqu'on emploie une solution de peroxyde d'hydrogène h
10 volumes , il est avantageux, après que la soie est restée pendant vingt-quatre heures dans le liquide à froid, de la laisser douze heures de plus dans le bain élevé à la température de 5o degrés centigrades.
U est très probable qu'on découvrira, une méthode moins chère pour le blanchiment des soies sauvages. Le prix est, jusqu'à présent, un obstacle sérieux pour l'opération du blanchiment sur une grande échelle.
La Société française d'encouragement pour l'industrie nationale a offert un prix de 9,000 francs à l'inventeur de la meilleure application industrielle du peroxyde d'hydrogène. Ce prix sera décerné en 188/1 ^^^
A la 6n de l'année i883, M. M.-P. Ebell, de Plungstadt, près de Darmstadt, a annoncé qu'il venait de découvrir une méthode de préparation très économique de ce produit, celui-ci étant obtenu parfaitement pur et d'une stabilité telle qu'on pourrait le transporter à de grandes distances et le conserver pendant plusieurs années sans qu'il perdit la propriété de blanchir. Il faut espérer que cette découverte est aujourd'hui un fait accompli.