‹ L'art de la soie. Les soies (volume 2)Chapitre 2 sur 172 · SOIES DES VERS DU MÛRIER · texte numérisé non relu

SOIES DES VERS DU MÛRIER

même que le ver du mûrier. Le jujubier de, comme le iché, aurait donc remplacé , dans certains cas, le mûrier.

On lit dans Tbistoire de la dynastie des Soung (le Saung chi, par To-to) que le premier empereur de cette dynastie» Taî-tsou, qui commença à régner en 960, rendit un décret pour empécber d'abattre les mûriers et les jujubiers ^^). Cela indique que, dans ce temps-là, l'élevage des vers à soie, en les nourrissant avec les feuilles de jujubier, avait quelque importance.

Le iêe de YEul^a, que Stanislas Julien a traduit par jujubier, est un arbre, ou plutôt un arbrisseau, épineux, qui ressemble, d'après les auteurs chinois, au tsao, le jujubier ordinaire. Le D' Bretschneider pense que le tse est le Zizyphus btus^K En fait, on trouve en abondance dans le nord de la Chine un Zizyphus très épineux, à formes variables, qui a été décrit sous le nom de Zizyphus lotus, et qui est également commun dans l'Afrique septentrionale. Il est très rapproché du Zizyphus tndgaris, variété spinosa de Bunge ^^\ mais il en diffère par le fruit , qui est petit , presque globuleux, et qui a un noyau à peu près rond. Ce serait le tse. Ce jujubier serait, au dire du comte de Gasparin ^^\ le Kiamnus sinensis, mais le Rhamnus sinensis n'est autre que le Zizyphus vulgaris.

Le ver à soie tse kiin, qui se nourrit des feuilles du tse, est donc le ver à soie du Zizyphus htus; le Zizyphus lotus est indigène dans le nord de la Chine, et il est cité dans le Pèn-thsao-kmg de l'empereur Chin-noung, le plus ancien traité de Materia mediea des Chinois.

Nous n'avons encore aucune preuve que le ver à soie du Zizy-phus lotus est le même que le ver à soie du mûrier.

M. Imbault-Huart, gérant du consulat de France à Han-kéou, a dit, dans un rapport de i883 : « Les sériciculteurs (chinois) pré-

(*) SUnidas Julien, Résumé de$ principaux traitée ehinoiM, p. U.

<*) Lettres du D' Bretschneider du ai avril, da 10 mai et du as juillet 188/1, et du 91 août i885.

*3) D' Bretschneider, On Ihê sludy and valoê of Ckinete botatùcal tDorkê, wilh notée an tkê Hiêtory ofplanti and Geograpkieal boiany/rom Chinese taurces, Fou-tchëou-fou , 1870, p. 11.

(*^ Comte de Gasparin, Mûriers et turt à soie, p. i5.

ÉLEVÉS SUR D^AUTRES ARBRES QUE LE MLlRIER. 17

fèrent les feuilles du mûrier à celles du chêne pour nourrir les vers à soie, parce que la soie produite par ceux qui ont les premières pour seul aliment est plus fine que celle produite par les vers qui se nourrissent des secondes ^'^ ?? M. Imbault-Huart n'a probablement pas voulu dire que le ver à soie du marier peut être nourri avec les feuilles du chêne. Il est à remarquer qu'on assure que l'empereur Kang-hi ^^\ pendant un séjour qu'il fit dans la Mandchourie, fit élever sur des chênes des vers à soîe^'*^ et l'on prétend, dans nous ne savons quel traité de sériciculture chinois, que ces vers à soie étaient des vers du mûrier domestiques. Nous devions faire mention de ces assertions, mais nous ne pensons pas que le Bombyx mon puisse brouter les feuilles de chêne; c'est très probablement de YAntherœa Pemyi qu'il s'agit dans les deux cas.

Il nous reste à signaler un dernier fait. La princesse chinoise, devenue reine du Kho-tan, qui a introduit, au v' siècle, dans ce pays, le mûrier, le Bombyx mori et les méthodes chinoises, n'y a pas trouvé en effet le mûrier. Hiouèn-thsang nous apprend que, «(dès le premier moment de son arrivée (de la princesse), il fallut nourrir les vers à soie avec diverses feuilles ^*^jî. Ainsi, dans les temps anciens, on savait nourrir le ver à soie du mûrier avec d'autres feuilles que celles du mûrier.

(^) BuUetin du Minûtère de Va^ictdtvre, 188^, p. 398.

^*ï L'empereur Kang-hi a régné depuis 166 a jusqu'en 168/4.

(') Du Halde, Deacripiion géographique de l'empire de la Chine, vol. II, p. 909.

(4) Si-yu-ki, vol. lï, p. 989.

lUPniMFRIF. NiTlO^iLr.

1j iT'n

OBSERVATIONS GENKUALES.

Nous avons fait mention, dans le chapitre précédent, des vers du mûrier élevés sur d'autres arbres que le mûrier. Le ver du mûrier, le Bombyx mort de Linné, n'est pas le seul insecte du groupe des Bombycidcs qui donne un (il de soie dont l'industrie puisse tirer parti; une quinzaine d'autres espèces de chenilles a[)partenant à ce groupe, les unes à l'état domestique, les autres a l'état sauvage, nourries également avec la feuille du mûrier, sont producteurs de cocons de soie, et, en outre, plus de quatre-vingts espèces, appartenant aux genres A c lias, Antlwrœa, Attacus, Caligula, CaUosamia, Q'icula, Philosamia, Halysamia, Samia, Saturnin, Telea, etc., presque toutes sauvages ou à demi domestiques, vivant en liberté sur des arbres ou des arbustes différents, fournissent une soie qui peut trouver emploi dans les manufactures.

Nous ferons ici, d'une façon générale, la remarque que la nourriture d'une même espèce de vers n'est pas toujours la môme dans des localités différentes. VActias selene, qui ne broute à Pondichéry que VOdina wodier, n'est à Mussouri que sur le Corinria nipalemis, YAndromeda ovalifoUa, etc. Le Philosamia Cynthia, qui recherche en Chine YAilanitis glandulosa, ne quitte guère au nord-ouest de THimalaya le Xantlwxylon hostile et le Coriaria nipalensis. UAttacuê Atlas lui-même, qu'on devait croire si facile à nourrir, ne veut pas toucher à Mussouri aux feuilles du Berberis asiatica qu'il mange dans le Koumaon. Le capitaine Thomas Hutton a constaté ce fait, et en a tiré cette conclusion que l'ali-

OBSERVATIONS GEINERALES. 21

A l'Exposition universelle de 1878, on a pu étudier les soies de vers sauvages de l'Asie. En dehors de ces soies, nous n'avons remarqué, à cette dernière Exposition, qu'une soie sénégalaise et une soie sud-américaine. La première, de bonne nature, de couleur blonde, était tirée de YAttacus bauhiniœ de Guérin-Méneville, qui vit au Sénégal sur le Zizyphus orthacantha; la seconde provenait d'une espèce inconnue de la province de San-Juan, dans la République Argentine ^^\

Revenons aux soies asiatiques. A l'Exposition universelle de 1878, dans la section de l'Inde anglaise, non loin de cette suite d'étoffes de soie, d'or et d'argent, dont le décor et le coloris, bien plus que la tissure, faisaient des sujets d'étude, était une petite vitrine qui n'a guère, il faut l'avouer, attiré l'attention de la masse du public. Cette vitrine était, à la vérité, si rapprochée des ouvrages merveilleux de l'art de l'Inde qu il ne faut pas s'étonner que la collection d'apparence modeste qui portait le nom de notre collègue, M. Thomas Wardle , ait été un peu négligée. La collection dont nous parlons avait été faite par M. Wardle dans un but bien défini : montrer, en premier lieu, les papillons, les cocons, les soies des vers sauvages de l'Inde les plus nombreux; montrer, en second lieu, le parti que l'industrie européenne, l'industrie anglaise surtout, peut tirer de la soie iussah, celle de ces soies dont la production est la plus grande ^^\

M. Thomas Wardle, de Leek, n'a pas été un simple vulgarisateur. Il a pris personnellement une part active à l'application, en Angleterre, de procédés ayant pour objet la filature, l'ouvraison, le blanchiment et la teinture de cette soie. II semble qu'il soit l'homme d'une seule tâche, tant il a accompli cette tâche avec intelligence, avec persévérance et avec succès; toutefois il a surmonté dans d'autres travaux des difficultés au moins égales. M. Thomas Wardle ne s'est pas voué seulement à l'étude de la

^*J Ce ver est nommé doitrmi,

W Uae autre collection du même genre, composée d^unc centaine de spécimens, a été formée par M. Thomas Wardle et donnée par lui, en novembre 1879, à la Chambre de commerce de Lyon.

partie expérimentale, scientifique et manufacturière de cette entreprise; il a complété son œuvre par l'enseignement qui en découlait naturellement, et il a, de ce chef, rendu un service d'une très réelle valeur. Ses écrits contiennent les informations les plus sûres sur cette question ('^. Ses conseils ont été suivis chez ses compatriotes; ses prévisions ont été réalisées.

11 s'est produit, dans les derniers temps, un mouvement assez vif : en Angleterre , en vue d'une plus grande production dans rinde; en Angleterre, en France et en Allemagne, en vue d'un plus grand emploi de ces soies. La collection de M. Thomas Wardle avait d'ailleurs, à elle seule, à plus d'un tilrc, un intérêt qui justifierait une étude particulière. Par ces motifs, nous parlerons des soies des vers sauvages, cl surtout des vers eux-mêmes, plus longuement que le sujet ne le comporte dans l'état présent des choses. Ces soies, en effet, ne sont pas encore très communes sur nos marchés, et il est douteux que, avant longtemps, elles y arrivent en abondance. A cela il y a plusieurs causes. D'abord, dans les pays d'origine, elles sont retenues le plus souvent pour la consommation indigène; ensuite aucune industrie européenne n'est encore fondée exclusivement sur leur emploi, et ne le sera que quand cette matière sera teinte plus facilement en toutes couleurs, sera plus abondante et sera livrée à bas prix. Enfin, et c'est là la principale cause des hésitations des fabricants, le prix des soies des vers du mûrier s'est abaissé h un taux qui n'avait |)as encore (Ué atteint, et, parmi ces soies, des sortes demi-fermes ou fermes, obtenues à un bon marché inattendu, ont pris une très large place dans la consommation.

On ne s'est occupé d'une façon active, en Europe, des soies des vers sauvages que depuis quelques années, et, avant la publication (lu mémoire de M. J. Geoghegan^^^ et les recherches de M. Thomas

(') Thomas Wardle: Monogi'ophiei du tussore et d*auiret iota sauvages de l'Inde...

et dos matières de teinture et tanins de VInde Londres, 1878, in-8^ The wild

silks of India, principally tusser.Lonàrcs^ i""' édition, 187g, in-8"; 3* édition, 1880, in-folio, avec planches. Handbook of the collection illustralive of the tvild silks of India, in the Indian section of the South Kensington Muséum. London , 1881, in-S**, avec planches.

(') M. Geoghcgan a consacré aux vers a soie sauvages la section xi de son mémoire

Wardle, on savait peu de chose sur ces soies. M. Geoghegan et M. Thomas Wardic n*ont pas abordé cette élude dans son ensemble; ils se sont attachés, dans l'intérêt de TAngleterre et dans celui de l'Inde, aux soies de l'empire des Indes, ou plutôt à une de ces sortes de soie , à la soie tussah.

Pour nous dont le devoir est autre, qui ne touchons à ce sujet que dans l'intérêt le plus général, dans l'intérêt de nos propres industries, nous ferons en sorte, quelles que soient les obscurités qu'on observe dans l'histoire de ces matières, de réunir le plus de faits et de les présenter de la façon la plus large. Nous parlerons de tous les vers à demi domestiques ou sauvages, même de ceux qui sont à peine connus aujourd'hui, car il peut être utile de signaler toutes les sources où des matières nouvelles et à bas prix peuvent être puisées.

L'accomplissement de cette tâche présentait des difficultés de toute sorte. Nous avons eu le concours de notre ami M. Thomas Wardle. M. Arthur-G. Butler, du BritUh Muséum, a bien voulu nous aider en plus d'une occasion et nous donner la liste de toutes les espèces de Saturniides et de Bombycides séricigènes qui ont été décrites et qui sont dans les collections du Briiisli Muséum ^^\ M. Frédéric Moore, outre qu'il nous a fourni avec une rare obligeance des renseignements sur les espèces de l'Asie et de l'Afrique, a examiné et a déterminé les vers à soie domestiques ou sauvages que M. F. Kleinwâchter et M. H. Kopsch nous ont envoyés de la Chine et ceux que nous avons reçus du Gouvernement de l'Inde.

Nous serions injuste si nous gardions le silence sur la longue suite d'entreprises qui ont été conduites depuis trente ans sous l'inspiration de la Société zoologique d'acclimatation de Paris. Alême avant les recherches, les études et les efforts dont l'honneur

(^Some accotmt qf sUk in India, eipecially qf the varioiu altetnpis io encourtige and exténd tericiculturj in that country, i'*édilion, Calcutta, 1879, p. 110 à 136).

^^) On trouvera la description d^un grand nombre de ces espèces dans l^ouvrage suivant : A liêt ofthe spécimen» qf Lepidopterous insecti in the collection qf the Britinh Alueeum, par Francis Walker. Les Lépidoptères liétérocères sont décrits dans les parties III à VIH et XXXI à XXXV.

2/ï SOIES DES VERS SAUVAGES.

revient en partie à cette société, nous avions, en France, pris une large part à ces investigations. On Ta bien oublié; c'est à nous de remettre en mémoire des travaux anciens, qu'il était plus difficile d'accomplir alors que de nos jours.

Loiseleur-Deslongchamps a le premier appelé l'attention sur les vers à soie sauvages^*^ De iSag à i846, Lamare-Picquot, Perrottet, Isidore Hedde, ont observé et ont recueilli plusieurs de ces espèces; ils en ont montré les produits, ils ont mis ces produits dans les mains de nos manufacturiers.

Dès iSig, un teinturier de Lyon, N.-P. Guinon^*^\ auquel on doit plus d'une des inventions qui ont porté si haut le renom de la teinturerie lyonnaise, s'appliquait à étudier le grès et la matière colorante de la soie ttufsah et rendait publics des procédés simples pour décreuser, blanchir et teindre cette soie^^^. Il n'avait pas été seul à chercher les moyens de donner à cette matière une plus grande valeur industrielle, M. Marnas l'avait secondé dans ces essais qui eurent des résultats relativement satisfaisants ^^L

Le problème du blanchiment plus complet des soies tussah et de leur teinture en toutes couleurs restait à résoudre; ce fut un Français, Tessié Du Motay, qui apporta la solution. Il fit l'étude de la matière colorante, la distingua du grès, la sépara de la soie, et découvrit les deux procédés de décoloration qui sont encore en usage aujourd'hui ^^^ Tessié Du Motay proposa de détruire la matière colorante brune au moyen de l'oxygène à l'état naissant, soit par l'action du permanganate de potasse, soit par l'action du bioxyde de baryum. Le blanchiment au moyen du bioxyde de baryum fut l'objet d'un brevet pris en 1875.

(*) Mûriers et vei'» à soie, iSSa, p. hU à 7/1.

^*) Nicolas-Pliilib'Tt Guinon est mort en mare i885.

'-^^ Procédé pour décreuser la soie de tussah et la décolorer , par M. Guinon {Annales de* sciences physiques et naturelles, d'agriculture et d'industrie, publiées par la Société naùonale d'agriculure de Lyon, 9* série, 1. 1, 18/19, p. ^'^ ^ ^^7)-

(*) Rapport du Jury central sur les produits de Vagriculture et de l'industrie exposés en 18ÙQ, \. If, i85o, p. 788, 78/4 el 787.

(^) A l'Ëxposilion universelle de 1878, le jury des procédés chimiques de blanc'iiment et de teinture (classe UH) a décerné la médaille d'or à Tessié Du Motay. M. Julos Persoz a donné la description du procédé de blanchiment au moyen du bioxyde de baryum dans le rapport du jury de la classe 68 (p. Hg et 60).

La Société zoologique d'acclimatation de Paris a commencé son œuvre en i85â. On lui doit Tacclimatation de YAntherœa Pemyi, de YAntherœa y orna mat et du PhUosamia Cynthia; les éducations faites par MM. F.-A. Bigot, le D"* A. Ghavannes, J. Fallou, Henri Givelet, l'abbé Hénon, Christian Le Doux, le vicomte L. de Milly, C. Personnat, Ernest de Saulcy, J. Usèbe, Alfred Wailly, ont été le plus souvent heureuses. D'autres collaborateurs de cette société, savants ou voyageurs, ont écrit des notices nombreuses, pleines de faits pour la plupart nouveaux. Ce sont MM. Alphonse Ber- .nard, A.-L. Clément, le D' H. Forgemol, Guérin-Méneville, Hardy, le père Jouen, Alex. Michely, le D' Vidal, Auguste Vinson. Le BuUetin de la Société permet d'établir la part de la France dans l'introduction d'espèces dont on ne tirait aucun parti et dans les entreprises d'acclimatation.

Les fabricants avaient, de leur côté, fait l'essai de ces matières nouvelles, en avaient fait même un assez large emploi, et, parmi les ])roduits des vers à soie sauvages, la soie ttissah^^^ fut celle qu'on put mettre le mieux en œuvre.

Nous avons le devoir de mettre en lumière ces faits très peu connus.

Ces essais et ces emplois eurent lieu d'abord à Lyon. Les premiers, à notre connaissance, datent de 18 67. Des soies des vers du chêne du Chan-toung furent importées à Lyon. Elles avaient été achetées à Chang-hai, et avaient été payées 100 piastres le picul (9 fr. lio cent, le kilogramme); leur nom chinois était chan sse «soie de montagne». C'est Isidore Hedde qui fit faire cette première importation.

Ces mêmes soies, les tussah de la Chine, entrèrent dans la fabrication en i855^^). On en fit alors des tissus à poils, teints en différentes couleurs. Il parait que ces tissus , peluches ou velours,

^') Nous disons la soie ttuioh, parce que, dans ie cominerce et rindustrie, on a nommé de la sorte ies soies des vers à demi domestiques ou sauvages, que ces soies proviennent de ces vers à soie de Tlnde appelés tusêoh dans Tlnde, ou d*autres espèces de vers de i'Inde ou de la Chine. Le mot ttu$ah est devenu synonyme de soie de vers sauvages, de soie dite sauvage,

(') Guérin-Méneville écrivait, en i855, qu'on donne, à Paris (à cette époque), aux soies ttutah tries couleurs les plus tendres comme les plus foncées, ce qui permet

avaient quelque analogie avec la peluche dite peau de loutre, qui a été en vogue dans les^ dernières années ('). Nous n'avons pas retrouvé d'échantillons des étoffes faites en 1 855.

Si la maison Girodon, de Lyon, ne réussit pas, il y a près de trente ans, dans ses essais de tissage des foulards avec les tussali de la Chine, elle faisait ouvrer dès cette époque ces soies dont les fabricants de tapis et les passementiers avaient déjà l'emploi.

MM. Durand frères, également de Lyon, s'efforcèrent, en 1860, d'introduire la soie des vers sauvages du chêne de la Chine dans leur fabrication. Cette soie était très grosse et très irrégulière; . elle avait, montée en organsin, des titres deâooàSoo deniers. Il fallut y renoncer, mais, en 1869, les tissus de tussah de l'Inde étant en vogue^'^^ on s'en procura la matière première, et la soie tussah de l'Inde qu'on reçut alors, mieux filée et filée à un titre plus fin que la soie tussah de la Chine, put être ouvrée en organsin dans les titres de i/io à 160 deniers. On découvrit en même temps le moyen d'apprêter comme il convenait ces tissus d'une nature particulière, et, pendant cinq ou six ans, jusque vers 1868, MM. Durand produisirent, en grande quantité, des étoffes de nouveauté du type du foulard, lisses, reps ou sergées, unies, rayées, nattées, quadrillées, moirées, étoffes chaîne et trame de soie tussah, cette soie étant ouvrée en organsin et en trame. Une partie du tissu était écrue; on n'était pas parvenu à obtenir une teinture offrant une égalité parfaite dans la couleur^^^. Nous avons sous les yeux des échantillons de ces étoffes pour robes, faites avec beaucoup de goût, qui furent recherchées sur le marché de Paris. La matière était habilement choisie, la chaîne ourdie sur des peignes serrés, la texture diversifiée, la partie

d^en faire des tissus d^me gronde beauk^?} {BuUetin de la Société d'acclitnatation, 1" série, t. Il, i855, p. 619).

'') Le D' Forbes Royle a fait mention de ces tissus : . . . (rSome plush-like matcrial, of différent coloars,^ faits en France avec le tutiah de la Chine {Report» on the Parie universal Exhibition, î855 , t. II, i856, p. 317).

^*) Ces tissus étaient appelés tutsores.

t^} Autrefois, d^une part, les soies tuesah étaient plus inéi^ales, tirées de cocons de différentes sortes, et d^autre part, elles présentaient en plus grand nombre ces parties ou plutôt ces poinls brillants que la leinturo n'éteignait pas.

teinte mise en harmonie avec la couleur blonde de la soie, et FeiTet général était nouveau et élégant.

La mode ayant abandonné ces tissus pour donner la préférence aux tus9ores unis de l'Inde livrés à très bas prix, la soie tustak de rinde perdit pendant quelque temps son débouché en France, et la soie tus$ah de la Chine en trouva un nouveau. On reçut de cette dernière d'assez grandes quantités, et la maison Girodon en organisa l'ouvraison. De cette époque, de 187a, date un plus grand emploi de cette matière, à Paris et à Roubaix, dans la fabrication d'étoffes façonnées, d'étoffes pour ameublement principalement, de châles, de tapis, etc. La fabrique de Paris l'introduisit dans la confection de la passementerie, et s'attacha à en faire des soies retorses et de ces soies à divers degrés d'ouvraison et de préparation qui sont comprises dans les soies dites de Paris.

Toutes ces applications ont été faites sans bruit, comme en secret, afin de prévenir la concurrence, et cela explique que, dans ces derniers temps, on ait regardé comme une entreprise nouvelle la mise en œuvre de ces soies. Il faut reconnaître toutefois que, s'il y a eu continuité dans l'emploi de ces matières, les quantités employées n'ont pas été très grandes, sauf en deux ou trois occasions, surtout en 1868 et en 1879.

Déplus, en i86i, plus récemment en 1876, on a importé en France des cocons tussah de l'Inde et de la Chine, et on les a fait tirer dans les Cévennes et dans l'Isère ^^\ On a obtenu de bons produits, des titres fins, mais le prix de revient fut trop élevé, et les essais n'eurent pas de suites ^^K

^'^ Nous avons vu de la soie de YÀnthenBa mytitta, da Bengale, filée à trois cocons, en ]86/i, dans le département de Tlsère; celte soie est au titre de 3o deniers. Perroltet avait filé à trois cocons, en 18/17, à Pondicbéry, ces mêmes cocons du Uiêioh {VÀntheripa mylitta).

^*^ M. Thomas Wardle pensait que, avant les essais qu^il a faits en 1 878, on n^avait pas, des cocons tussah, tiré en Europe des soies grèges d^un titre plus fin que le titre ordinaire des produits des fileurs indiens , et qu^on n^avait obtenu en Europe que des organsins lutsah de iSa à 955 deniers (Monographie du tutsoref etc., 1878, p. 6, et Handhooky i88f , p. 3i ). On avait cependant fait ces essais en France : on avait tiré la soie tuêiah d'un très petit nombre de cocons, chose si facile, et Ton avait eu des titres fins; on avait ouvré ces soies fines et i*on en avait eu des organsins et des trames fins. C^cs essais ont été faits par nos manufacturiers dans des vues commerciales; B*iis

Les perfectionnements dans le blanchiment ci ta teinture des soies tuisah sont d'invention française.

En résume, depuis trente ans, on a fait usage en France, dans plusieurs villes manufacturières , des soies des vers sauvages de rinde et de la Chine, des soies de la Chine surtout. On a filé les cocons de ces vers sauvages, on a ouvré les soies grèges, on a blanchi et Ton a teint ces soies , on en a fait des tissus et des produits de sortes très diverses. Nos fabricants ont trouvé avantage à s'en servir, à certaines époques, dans des conditions déterminées par le courant des modes. La consonmiation en a été quelquefois assez importante; elle n'a jamais été apparente, on trouvait à l'emploi de ces soies assez de. profits pour faire en sorte de ne pas trop attirer l'attention sur elles.

C'est en France que ces soies sont entrées pour la première fois dans les manufactures européennes. Cette antériorité de nos essais et de nos applications industrielles sur une large échelle a été assez difficile à découvrir, tant ceux-ci avaient été conduits discrètement, mais le fait est indéniable.

Ce qui n'est pas moins certain, c'est que les essais faits par M. Thomas Wardle en 1878 et dont il a présenté h cette époque les résultats ont attiré de nouveau l'attention sur ces matières. Les fabricants anglais en ont fait emploi depuis lors, et M. Wardle n'a pas été étranger au mouvement qui s'est produit en Angleterre dans cette direction et qui a repris de nouveau en France.

Les vers sauvages que nous ne connaissons que depuis un petit nombre d'années, les soies tirées de ces cocons recueillis dans les forêts, les taillis ou les jongles, qui n'ont alimenté que récemment les métiers européens; ces vers, ces soies ont joué, aux temps antiques, dans les entreprises du travail, un rôle aussi grand peut-être que les vers domestiques et leurs produits. Cela s'explique : cette matière première était un produit naturel, il

n^ont pas été continués, c^cst qu'on a trouvé des soies des vers du mûrier A bas prix et d'un meilleur service, c'est qu'on ne faisait pas en ce temps-là les tissus comportant l'emploi de la soie sauvage, et que le prix de revient n'était pas en rapport avec la valeur sur le marché.

n*y avait qu'à la récolter. La Chine, pays d'origine des vers à soie, du mûrier, où l'art du tirage, ou plutôt du dévidage de la soie avait pris naissance; la Chine, disons-nous, avait gardé avec un soin jaloux, grâce à des précautions cruelles, le double secret de l'élevage des vers et du tirage de la soie; elle était restée de la sorte maîtresse de la production et du commerce d'une matière à lacpielle un prix excessif avait été attribué h raison de ses qualités et de sa rareté. On sait que c'est cinq ou six siècles après J.-C. qu'a commencé la divulgation de ce secret.

La soie des vers sauvages avait donc été mise en œuvre, en plus d'une contrée de l'Europe et de l'Asie, avant que l'élevage des vers du mûrier eût été introduit dans ces contrées. Cette soie avait, en Chine même, dans les premiers âges de l'histoire de ce pays, une valeur industrielle.

Dans le Chou-king, qui a été rassemblé en corps d'ouvrage, comme nous l'avons dit plus haut, par Confucius, une des pièces, le Yu^kongy qui n'a pas certainement été écrite par Yu , ne présente pas moins une description, — qu'on regarde en Chine comme réunissant les caractères d'une haute antiquité et de la fidélité, — de la Chine vingt-deux siècles avant l'ère chrétienne. Or nous y voyons mentionnés les cocons, la soie de la montagne Lai ^^^, dans le pays de Thsing-tchéou. Le Thsing-tchéou est devenu une partie de la province de Chan-toung. Ces cocons étaient des cocons de vers sauvages cueillis par les barbares de Laï, des cocons de vers du mûrier sauvage, comme le nom l'indique, ou de vers du chêne, c'est ce que nous dirons plus loin. La chaîne des montagnes Lai, qui traverse les départements de Laî-tchéou-fou et de Tèng-tchéou-fou , est couverte de mûriers sauvages et de chênes , et l'on trouve encore dans cette contrée les diverses sortes de vers à soie sauvages ('). D'autres témoignages confirment cette asservi) Les monts Thaï, diaprés le père Gaubil et G. Paulbier. S'il s'agil des monLs Thaï, qoi sont dans le Thsing-lchéoa-fou (province de Chan-toung), on y trouve au moins autant de mûriers sauvages et de chênes, autant de vers à soie, que dans les monts Laï.

^*^ Le yen i$e, que les barbares de Laï apportaient dans leurs corbeilles , comme il est dit dans le Chou-king, Tauleur de la description de la province de Chan-toung

feuilles sont plutôt celles du Quercus serrata que celles du mûrier sauvage ^^\

Le D' E. Bretscbneider, de Pé-king, dans une notice pleine de faits et pleine de preuves, comme tout ce qui sort de la plume de ce savant, regarde le yen sse comme étant la soie du ver du mûrier sauvage, du mûrier de montagne ^'^^, et l'opinion de ce savant est confirmée par le témoignage des auteurs chinois.

Le mûrier blanc est en effet indigène dans la province de Chantoung; il y existe encore en abondance à Fétat sauvage, formant des buissons; il était appelé autrefois yen. D'après le dictionnaire Eul-ya, le yen sang^'^^ est le chansang (mûrier de montagne); il est connu aujourd'hui sous le nom de yèh sang^^K Li Chi-tchèn, très compétent en fait de botanique, a dit, dans le Pèn-thao-kang-mou , que le chan sang a les feuilles pointues et effilées; cette description s'applique très bien aux feuilles de la variété mongolica du Morus alba (le chan sang des paysnns du Trhih-li), qu'on trouve sauvage dans le nord de la Chine ^^l

M^' de Bésy, qui fut vicaire apostolique du Chan-toung, nous a dit que, suivant la tradition locale , la soie produite dans l'antiquité au Chan-toung élait la soie jaune du ver du mûrier, et que le mûrier sauvage était autrefois beaucoup plus répandu qu'il ne Test aujourd'hui dans la région montagneuse où croit également le chêne.

(*) Lettre du 16 mai i885.

^^ D' Bretschneider, On Chinese nlkwarm trees, Pé-king, 1881 , p. 6. M. Bretschneider nous a écrit à ce sujet : <r . . Jamais le caractère yen ne peut s^appliquer au clicnc. . . Nulle part, dans les anciens livres chinois dont les auteurs ont parlé des vers à soie et des chênes, je n^ai trouvé la moindre allusion an fait que les vers à soie se nourrissent de feuilles de chêne. . . Le prince Tchou-ling-wanjj a décrit, dans le Kiouhoang-pèn-tsao , qu^il a écrit vers la (in du xiv* siècle, plusieurs chênes, et justement ceux dont les vers à soie mangent les feuilles; il a expliqué de quelle utilité ces ari>res sont pour Thomme, mais n*a pas dit quMIs peuvent servir à nourrir les vers à aoleii (Lettre du 95 juillet 188/1).

t'^ Le mot chinois »ang désigne le mûrier.

^^) Dans un mémoire de M. George Hughes, commissaire des douanes maritimes à Tchi-fou, sur les mûriers da Ghan-toung (juin i88fi), on lit : «Il y a dans celte province une variété de mûrier sauvage, à petites feuilles, poussant en buissons peu élevés, qui était appelée autrefois yen $ang et qui est connue à présent sous le nom de yèh gang. Les Ghinois assurent que ceUe espèce est la même (pie le kmg$ang.y>

(*^ Lettre du D' Brelschneidor du ao août 188 5.

Le ver à soie qu'Aristote a fait connaître parait être le Sphinx otu8 de Drury^'^ qu'on trouve décrit par Walker sous le nom de Packypasa otuê^\

Le Pachfpasa otus a été trouvé en Sicile , dans l'Italie méridionale, dans la Dalmatie, en Grèce et en Turquie ; il est indigène, on le voit, dans la partie orientale du bassin de la Méditerranée. U est le plus commun dans l'Asie Mineure, depuis Amasiéh et Brousse jusqu'à Smyrne, et, dans cette dernière ville, on le rencontre sur les cyprès des cimetières ^^\ On l'a découvert à Constantinople aussi sur le cyprès, mais on est le plus certain de recueillir cette espèce dans quelques îles de l'Archipel, ainsi que sur le littoral de l'Asie Mineure qui fait face à l'Archipel et qui est le plus rapproché de l'île de Cos.

Le Pachypasa otus vit en Asie Mineure sur le cyprès, dans l'Archipel sur le cyprès et le chêne; on l'a observé dans l'Italie méridionale et en Sicile sur le lentisque, le cyprès, le frêne [Fraxinu$ ùmus) et le chêne.

Il est probable que c'est cette espèce que Aldrovandi a signalée en Syrie et dans les contrées voisines ^^\ et que Claude Savary a rencontrée en Asie Mineure. Ce dernier a dit : c( Pendant mes courses à travers les montagnes de la Caramanie, je trouvai, au pied d'un arbre différent du mûrier, des cocons d'une soie blanche et fine, beaucoup plus gros que les cocons ordinaires. En regardant sur les feuilles, j'aperçus les insectes qui les produisoient. Quelques-uns filoient encore. C'étoient des chenilles noirâtres, plus grandes que le ver à soie '-^K n

La chenille du Pachypasa oius est velue. Les cocons, qui sont le plus souvent attacliés aux petites branches , sont assez grands ; ils sont ovoïdes et allongés. Ils ont de 70 à 80 millimètres de grand

(^) Uhutrationi 0/ natural hislary , vol. I, 1770, p. 3o, pi. xvi, (ig. 3.

(^} F. Walker, Lût qfthe »peeimm8 of Lepidopterous iruecU in the coUection of the Britùh Mtuewn, part. VI, i855, p. làaS. — L^cspècc dont il s^a|pt est le Bombyx dryophagade Fabricius, le Lasioeampa otu$ de Boisduval.

^^^0. Staudinger, Lepidopteren-Fauna Klein- Anen's , 1879, t. I, p. 87 el to3.

'^) crNos quoque ex qiiorumdam rclaiu in Syria cl vicinis regionibus Bombyces oliaronum sponte in arboribus sua lela iexcre diximiis. . . .v (p. ûç^Ï)).

W Lettres iur la Grèce, 1788, p. 93.

IMI'BmeKIt NATIONALE.

soie, provenant le plus souvent de cocons percés par ie papillon, était filée au fuseau , c*est*à-dire n'était pas obtenue par le dévi* dage du cocon d'après le procédé des Chinois.

Cette remarque a son importance, et, avant que M.Pariset n'eût appliqué son esprit pénétrant à l'étude des origines et de l'histoire de la soie^^^ on n'avait fait aucune distinction entre les soies que recevaient les ateliers de tissage dans l'antiquité. Les anciens ont connu à la fois la soie tirée du cocon du ver du mûrier et la soie (que M. Pariset appelle, comme Aristote, bombycîne) provenant de cocons peignés et filés à la quenouille ^^\ Les Perses et les Arabes, qui ont porté si haut l'industrie de la soie» ont fait aussi usage de l'une et de l'autre soie. Le mot persan xhrichem ou tbrichim désigne le cocon intact, la soie tirée du cocon, la soie en général; le cocon percé et la soie provenant du cocon percé, la filoselle, sont appelés en persan qttidj. Les mots arabes tkrissim et qazz ont la même signification et sont d'origine persane.

Ainsi la filature de bourre de soie, qu'on regarde comme d'invention moderne, qui aurait pris naissance dans la seconde moitié du xvin* siècle, cette filature était certainement pratiquée, dès les temps les plus reculés, dans toute l'Asie : en Chine, dans l'Inde, en Assyrie. On a tiré parti, par ce moyen, des cocons des ▼ers sauvages, et, quand on observe combien grande et constante est la demande des fils de cette sorte, on est conduit à croire que, au lieu de dépenser tant d'efforts pour obtenir le dévidage, le tirage de plusieurs sortes de ces cocons, il serait préférable de donner ceux-ci comme matière première à nos filateurs de schappe ou de fantaisie. «La demande détermine tout, disait Bastiat : la direction du capital et du travail ^^K j>

On voit donc, dès à présent, quel intérêt nous attachons à ces myriades de cocons de toute espèce et de tout pays. Ils doivent,

(^) Ernest Pariset, Hiêtoire de la une, L I, 1863, temps antérieurs au tu* siècle de Tère chrétienne.

(» Ulpien, jariscoDsalte de Tancienne Rome, qui vivait sous Élagabale et Alexandre Sévère, vers I*an 909, a fait cette distinction : Vettimentorum iunt omnia lanea, lineaquêfV^lteriea, w/from6«cma( passage cité par Muratori,dans les Antiquitates halicae, vol. Il, p. 399).

^^) Harmoniet économiques.

unes de qualité inférieure : les unes d'un blond clair ou d'un blanc jaunâtre, brillantes, sont appelées Hachodji, du nom du district; les autres, plus fermes, d'un blanc jaunâtre, d'un gris brunâtre, même brunes, toujours d'une couleur plus foncée que celle des Hachodji, sont appelées tussah.

Autrefois le tussah était toujours de filature indigène , filé à la main [hand reeled). Il était, tantôt plié en nœuds, tantôt plié en bracelets; les bracelets, dans lesquels la soie était comme agglutinée par le grès et d'un dévidage difficile, avaient lo centi* mètres de diamètre, 5 centimètres de hauteur et U centimètres d'épaisseur. Ce tussah représentait à peu près notre soie dite paquetaUle. Aujourd'hui presque toutes celles de ces soies qui viennent en Europe sont de filature à l'européenne (^machine reeled) ^ et l'on dit même que tous les Hachodji sans exception sont aujourd'hui tnachine reeled. Le pliage est en grappes.

Ainsi le Hachodji et le ttissah du Japon sont des soies de vers du mûrier, qui doivent leur caractère particulier à leur nature propre , comme aussi au mode de filature.

On a donné aussi au Japon le nom de tussah à d'autres soies qui proviennent de cocons différents. Ces cocons sont ceux de plusieurs vers demi-domestiques ou sauvages, d'ailleurs très peu abondants. On connaît plusieurs espèces d^Antherœa, du type de YAntherœa yama mal, parmi lesquelles nous citerons YAntlierœa hazîna de Butler, YAntherœa Fentoni de Butler, YAntherœa caUda de Butler et YAntlierœa morosa de Butler.

On nous a même affirmé qu'on récolte dans quelques districts du Japon des cocons de vers sauvages du môrier, que la soie en est blonde ou fauve clair, et qu'elle est aussi appelée tussah dans le commerce ; elle doit être en bien petite quantité.

Nous n'avons jamais vu ces deux dernières sortes de soie tussali du Japon.

CHINE. 39

CHINE

On trouve en Chine et dans l'Inde la plus grande quantité des vers sauvages du mûrier, qui sont toutefois moins nombreux qu*on ne le pense, et nous avons estimé la production de la soie de cette origine, en Chine, à a 8,000 kilogrammes environ.

En i8A5, quand notre collègue Isidore Hedde et nous nous étions à Ning-po, nous avons recueilli à quelque distance de la ville, dans la direction de Change yu, sur des mûriers sauvages, depetitscocons, pointus àTune des extrémités, d'un gris blanchâtre ou d'un blanc jaunâtre. Le consul d'Angleterre, Robert Thom, le sinologue, dont nous étions les hôtes, nous avait signalé l'existence de ce ver sauvage. On obtenait de ces cocons une soie très fine, nerveuse, de couleur variable, tantôt d un gris blanchâtre ou d'un blanc de crème, tantôt d'un blond clair, de la couleur de la batiste écrue. On en faisait, dans des villages situés le long du fleuve Young, des tissus légers, très solides malgré leur légèreté. Nous avons vu cette soie tirée à la bassine, et nous l'avons vue aussi peignée et filée au rouet. Quelle espèce de Theophtla avait filé ces cocons? Nous l'ignorons.

D'après M. Eugène Simon, on récolterait, dans le Tché-kiang, de sSo h 5oo balles (de 1 5, 000 à 3o,ooo kilogrammes) de soie des vers sauvages ^^\ Les vers dont M. Eugène Simon a parlé sont probablement les sèng tsan ou ùèn-êèng isan, vers bivoltins que nous avons décrits plus haut. M. R.-B. Moorhead et M. E. Rocher, attachés tous les deux au service des douanes maritimes chinoises, ne pensent pas qu'on obtienne de ces vers plus de 2,000 kilogrammes de soie ^'^^. Cette dernière quantité nous parait être audessous de ce qu'elle est en réalité.

Dans presque toutes les provinces de la Chine, depuis la Mon-

0) Lieutenaolrcolooel N. Prëjevalsky, MongoUa, the Tan^t couniry, and tke solitude» of Northern Tibet, 1876.

(*) Amuihe du commerce extérieur, Chine. Faits commerciaux, février 1867, n** 38, p. 33.

CHINE. à\

la précédente. Le cocon est petit, pointu à Tun des bouts, d'un tissu mince et serré; la soie en est très fine et de couleur jaune paille très pâle (^^ Nous avions appris, en i8&5,par M^ de Bésy, vicaire apostolique du Ghan-toung, qu'il y a encore de nos jours des vers du mûrier sauvages et à cocon jaune dans cette province.

Des vers à soie à cocon jaune sont sur le mûrier sauvage dans les montagnes du Koueï-tchéou ; le cocon est petit. On n'a de cette source que très peu de soie.

Enfin des vers sauvages vivent sur le mûrier dans plusieurs localités du Ngan-hoeï, du Kiang-sou et du Tché-Liang, comme aussi au midi de la Chine, dans les arrondissements de Ghoun-ti et de Kia-ying-tchéoUy dans la province de Kouang-toung.

C'est dans la province de Tché-kiang qu'on a recueilli les cocons qui nous ont été envoyés. Les uns ont été découverts par M. Rocher, et les autres par M. F. Kleinwàchter, commissaire des douanes maritimes à Tchin-kiang-fou et ensuite à Ning-po. Parlons d'abord des premiers.

M. £. Rocher, en se livrant dans le Kiang-sou et le Tché-kiang aux recherches que le commissaire des douanes maritimes à Changhaï, M. James-H. Hart, lui avait prescrit de faire, observa, dans la campagne, depuis son entrée dans le Tché-kiang, près du littoral occidental du lac Tai-hou jusqu'à la ville de Hang-tchéoufou, que les mûriers étaient couverts de cocons blancs ou d'une sorte de gaze blanche. Ces cocons sont l'œuvre d'un ver sauvage. La petite ville de Choang-lin est le centre du commerce de ces cocons , et on les file dans le village de Si-yang , qui est au nordouest et à peu de distance de Choang-lin.

M. Rocher a avancé que cette espèce de ver è petit cocon blanc est le Bombyx mari redevenu sauvage. D'après lui , on n'avait pas remarqué ces vers avant la deuxième année de Toung-tchih (i863), c'est-à-dire avant l'invasion de la contrée par les rebelles. M. Frédéric Moore, qui n'a eu sous les yeux, il est vrai, que quelques cocons, leur a reconnu les caractères du cocon du Théo-

(0 Thê China Review, vol. VI, 1877-1878, p. 89. — LeUree de M. A. Faavel. — Diaprés la description de ce cocon que M. Fauvei a donnée, M. P. Moore a supposé que ce cocon est celui d^un Thet^hila.

ai SOIES DES VERS SAUVAGES DU MURIER.

phUa HuUani du nord-ouest de l'Himalaya. Les cocons sont du reste à peu près semblables à ceux du Theophila mandants dont nous allons parler, et, comme on le verra , nous pensons que la même espèce a file tous ces cocons. La soie est généralement blanchâtre ^^^ Le ver de Ghoang-lin ne parvient pas toujours à construire son cocon; quand la nourriture lui a manqué ou quand le froid est venu prématurément, le ver ne tisse qu'une sorte de gaze épaisse attachée à une branche et sous laquelle il s'abrite.

De 1 kilogr. soo de cocons on tire, rapporte M. Rocher, i36 grammes 5o de soie grège (soit i kilogramme de soie tiré de 8 kilogrammes 791 de cocons) (^). M. Rocher a été induit en erreur : le rendement est trop élevé. Nous savons d'ailleurs par M. Klein wâchter que , dans le Tché-kiang, il faut prendre 9 kilogrammes des meilleurs cocons (frais) des vers domestiques pour obtenir 1 kilogramme de soie^^\ et ces cocons sont plus riches en soie que ceux du Theophila mandarina.

La soie du Theophila mandarina sert à faire des étoffes unies et des crêpes communs , surtout de ces derniers , qui , teints en noir, servent à la coiffure des femmes. La production ne serait que de 1,990 kilogrammes de soie environ (^).

LE THEOPHILA MANDARINA.

Duseigneur a connu le cocon de ce ver sauvage du mûrier de la Chine : «Le ver à soie du mûrier, dil-il, vit librement sur cet arbre, dans le Tché-kiang, aux environs de Hangchow, et probablement en d'autres lieux en Chine, où il est connu sous le nom de tUn-tti (fils du Ciel)... Les chenilles forment leur

(*) Le M usëam d^histoire naturelle de Paris possède quelques petits cocons de la même forme, à soie trh blanche, qui viennent de la Chine et qui ont ëtë donnés par Loiseleur-Deslongchamps.

» Rtport,Sak, 1881, p. 78.

f') Repart, SiUc, 1881, p. 53.

(*) E. Rocher, Report, Sâk, 1881, p. 78 et 79. — R.-B. Moorhead, commissaire des douanes à Ning-po, Report, SUk, 1881, p. 111.

CHINE. — THEOPHILA MANDABINA. 48

eocoD dans la feuille même... Il faut environ 30 kilogrammes de cocons pour produire i kilogramme de soie,,, '"»

Ouseigneur a donné le nom de la soie au ver qui la file. C'est ce que M. Eugène Simon a fait aussi dans la note qu'il a consacrée au ver i soie sauvage qu'on lui avait apporté des environs de Hangtcliéou-fou'^. La soie dont nous parlons est appelée en effet tien iu (soie du Ciel).

Tlitaphilammdarma(kmeUe) "l

Nous devons à M. Kleïnwâchter et à M. Kopsch tout ce que nous savons de cette espèce'*'; nous leur devons aussi les œufs, les chenilles, les papillons, les cocons, la soie de cette espèce, ainsi que des tissas fails de cette soie , qu'ils OQt fait recueillir dans le Tché-kiangl»

C' L« racan dttoit, a' édJLioD, p. io3.

*" G.-Eog. Simon, Noie *ur um nautwU* rae» d« mti à une nomma Len-tie ou/U é» CM (Otdittm dt la SoàM taAogique d'aedimalalim, i" lérie, U IX, 1869, p. &75 et 476).

"' Ce âeuiii du papillon femelle du Tlutophila maidarma a été hil par H. Hooie, d'aprii on eiemjijure recueilli i Chang-faaï que ce savant regarde comme étant le type de l'espèce. Lea deaaiiu qu'on troute aur la planche qui accompagne notre texte ont été hits par H. Larbitraj d'apréa des eiemplairea envoyé* par H. H. Kopteh.

''' Nous avons déjé inaéré, dans notre premier volume (p. si8 et 319), les renadgnenienta que M. Kleinwicliter a recueillis en i88a.

I>l Noua avona remis ces apédmens i la Chambre de commerce de Lyon. — Noos avons refu, en i88â,dG H. Kleinwâchter, alors commissaire dee douanes maritiniea i Ning-po,et, jdustard,de son successeur i ces fonctions, M. H. Kopwh, de Donveaux envois d'œofa, de chenilles, de cocona, de papillona et de soie du tièning Ism ou yM (iiib; nous avons donné ces eiempUtr«s eu laboratoire d'élode de la soie i LyoD. Le* chenilles, lei cocons et le* papilloni avaient été recnmllisi Ha-yao, dans le Tehëkiang, où on les trouve en asseï grande quantité. La soie nvait été tirée et achetée d Cboang-lin. Des oiiToit de cocooe et de pajùllona (de la première et de la seconde récolte) faita encore en 1 885 par M, H. Kopech ont fait voir qu'il n'y a aueuDa diETérence avec ceni raçua prëcédemoicnt.

ià SOIES DES VERS SAUVAGES DU MURIER.

Ce ver est désigné sous plusieurs noms : Tièn-sèng i9an (ver né dans le Ciel), tién-jin Uan (ver naturel), tèi^ tuai (ver primitif) , yèh Uan (ver sauvage) ^^^ La soie est appelée ùèn-jin sse (soie naturelle), et par abréviation ùèn sse.

La chenille est semblable à celle du Bombyx mari. Elle est plus petite; la couleur de la robe est blanc sale, gris brun&tre, noirâtre. Il y a des chenilles qui sont blanches et marbrées de brun. La chenille construit un cocon qui est aussi plus petit que celui du Bombyx mari. Le papillon est petit , brun clair ^^\

Le cocon, dont la forme est toujours la même, a le plus souvent de aa à 97 millimètres de' grand diamètre et de 9 à 11 millimètres de petit diamètre^^). U^st très petit, comparé aux cocons de nos vers domestiques. Le cocon des Gévennes a en moyenne 36 millimètres de long et la longueur du gros cocon du Var atteint do millimètres. En largeur, le cocon du Var a 19 ou ao millimètres, et le cocon Sina a a3 millimètres.

Le cocon du TheaphUa mandarina est entouré d'une bourre légère et gommée, ou plutôt d'une veste allongée et imprégnée de gris qui forme une enveloppe distincte en forme de sac. Cette veste se termine par un cordon ou lanière plate« La chenille attache le cocon à une branche de Tarbre ou au pétiole d'une feuille. Le cocon avec sa bourre a de a 8 à 3 5 millimètres de long et de 1 3 à 18 millimètres de large. Quand il est dépouillé de cette bourre, il a la forme d une olive allongée, étant rond à une extrémité et pointu à l'autre.

«Le cocon est filé dans la feuille du mûrier ^^).9>

La bourre est d'une couleur jaune paille très clair, quelquefois blond p&le ou blanc de crème. Le cocon est de couleur un peu différente, plus blond, tirant sur le jaune ou sur le gris. Le grain

(^) Hedde avait rapporté des cocons et le desain d^ane chenille qu^on lai avait donnée sous le nom de tien Uan. Ce tien têan n*était pas un Theophila; c'était une espèce à^Attaetu, de la grandeur de VAtlaeui Athu, mais ayant des caractères différents.

(*) Le papillon mâle, tout à fait semblable au papillon femelle, est un peu plus petit.

(s) Le cocon du Theophiia mandarina ressemble, pour la forme et les dimensions, au cocon du Cambodge.

W H. Kopsch, Noie du la octobre i885.

WEOPBILA MAmARlNA.

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