ORGANISATIONS D'ATELIERS
cours d'ouvriers et d'ouvrières slables, vivant chez eux de la vie de famille et plus disposés à suivre des conseils, des exemples et des règles. Nous tenons de lui-même qu'il a toujours trouvé profit à agir de la sorte.
Quant à la manufacture centrale, elle était dans des conditions différentes. En premier lieu, Mez institua une pension pour les jeunes filles de quatorze è vingt ans, dont il employait un grand nombre. U voulut qu'elles trouvassent dans cette pension une sorte de vie de famille, en même temps qu'un ensemble d'occupations réglées de telle sorte qu'il en résultât un enseignement continu. Les jeunes filles sont chargées, à tour de rôle, des travaux du ménage, de la cuisine et du jardin; elles doivent coudre, tricoter, tenir en bon ordre le linge de la pension, le leur et leurs vête-« ments, lire à haute voix, chanter, faire de la gymnastique ^^^ Il n'y a pas jusqu'aux soins de propreté personnelle, jusqu'aux bains, dont on ne leur donne l'habitude. Elles ont naturellement un salaire proportionné à leur habileté, et elles doivent, comme tous les autres ouvriers, en mettre une partie à la caisse d'épargne de la fabrique.
Nous ne dirions rien de la nourriture, qui est régulière et saine, si Mez, pour attacher davantage les jeunes filles à cette habitation où tout est calculé en vue de leur éducation et de leur moralisation, n'avait pris è sa charge une partie de la dépense (i op. i oo). Ce ne sont pas seulement les pensionnaires qui en profitent; beaucoup d'ouvriers et d'ouvrières de la manufacture, qui demeurent à Fribourg ou aux environs, sont heureux d'y prendre leurs repas.
Quant à ses anciens ouvriers, et ils sont nombreux, car bien peu d'entre eux ont quitté la maison, Mez a toujours conserve ceux qui pouvaient travailler, en leur payant leur salaire ordinaire et en abrégeant la durée de leur tâche; les invalides sont soignés à ses frais dans des maisons de retraite.
On peut prévoir quels fruits a portés un tel système de con-
(^) Nous ne parlons pas de riuslniclion élémenlaii'e , parce qu'elle est acquise avant (l^eulrcr dans la fabri!]ue; elle est ensuite fortifiée.
duite. Toutes les jeunes 611es sont attachées à la fabrique, à la pension ; elles s*y regardent comme cliez elles. Elles ont une moralité exceptionnelle; elles se sont senties toujours respectées et ont acquis le respect d elles-mêmes (^). Elles ont un esprit solide, l'habitude du travail, de l'ordre, de l'économie et de la simplicité, une tempérance éprouvée. Le séjour dans la maison Mez est, à lai seul, une recommandation, et permet aux ouvrières de se marier facilement et dans des conditions relativement avantageuses.
Les ouvriers ont toujours entretenu avec leurs patrons les meilleurs rapports, et on a là un exemple de l'influence d'un homme animé d'un sentiment profondément religieux, comme aussi de l'influence bienfaisante de l'industrie quand le chef d'industrie ne sépare pas ses intérêts de ceux de ses auxiliaires à tous les degrés ^^K
Cari Mez, «le père de ses ouvriers ( Vater der Arbeiter)7>^ noire ancien collègue dans le jury de l'Exposition de Vienne, n'est plus, mais ses fils continuent son œuvre.
^^) Depuis une quarantaine d^années que tout cet ordre a éi& établi, aucun fait d^immoralitë n*a été signalé et aucune naissance illégitime n*a été relevée à la charge d'une des ouvrières.
^') Cari Mez a obtenu, à TExposition universelle de 1867, une des récompenses exception nelles réservées aux personnes ou aux établissemenls «qui ont développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux ?> {Rapports du Jury intêmatwnal, t. I, p. ^39 à 6âa).