PHILOS AMI A CYNTHIA
vers sauvages de la Chine, a transcrit dans sa notice les renseignements qu'il a obtenus d'un Chinois deTchi-fou, qui est entré dans des détails très précis. « Les cocons du ver du Icliou-tchoun (l'ailante) et les cocons du ver du hoa-tsiao (le Àantlioxylum)y dit ce Chinois, sont le produit du tnitne ver à soie. Quand le ver s'est nourri des feuilles de l'ailante, les cocons sont appelés yuklèn^^^; quand le ver s'est nourri des feuilles du Xanthoxylum, les cocons sont appelés Uiao kièn, à cause de l'odeur de poivre qu'ils répandent»; etc. Le D' Mac Cartee ajoute : «tOn m'a assuré que les vers qui ont vécu sur le Xanthoxylum peuvent être mis sur Tuilante, et vivent sur ce dernier arbre sans souffrir de ce changement ^^^.»
Le rév. Williamson, qui ne parle pas de la soie du ver de Tailante, signale la soie noirâtre du ver du Xantlioxylum^^K
M^de Bésy, vicaire apostolique du Chan-toung, nous a remis, en i8A5, la note suivante :
«En mémoire du R. P. d'Incarville , j'ai interrogé plusieurs fois les Chinois au Chan-toung sur les vers à soie qui vivent sur le tMùu-^omi et le hoa^tsiao. La réponse fut toujours que ces chenilles sont de même sorte. Je ne les ai pas vues. On m'a dit que la chenille du hoa-tsiao ne se rencontre dans la province que dans une petite localité écartée, et que la chenille du tcliéou-^tcltoun est assez commune sans qu'on fasse commerce de sa soie. Ces chenilles sont, ont dit les Chinois, de ces chenilles sauvages qu'on gouverne à demi. »
M. A. Fauvel, qui a fait sur les lieux mêmes une étude attentive des vers sauvages de Chan-toung, n'a jamais pu se procurer la soie (la soie noire, dit-il) dé ce ver du Xanlhoœylum(^lioa-l8iao)^ même
^*) Mac Cartee a donné au caractère /i/i68 du Dictionnaire de Basile le son de 3fii; le commentateur de VEul-ya, Kouo Po, Tappelle tchou, et Wells Williams a adopté cette dernière prononciation.
C) Journal qf thê Nortk-China branch oj tke Boyal Atialic Sjciety, Neof ieries , Q* III, 1866, p. 79. — Le D' Mac Cartee ne met pas en doute dans son mémoire ce que les Chinois lui ont rapporté touchant le ver du hoa-ttiao,
(') tA blackish sUk, made from worms which feed on the pepper Ireen (Rév. A. Williarnson, Not$t on ihe productions ofShan-tung, dans le Journal ofthê North-China hraneh qfthe Royal Asiatic Society, New ieriet, n* IV, 1867, p. 71 ).
dans Farrondissement de Tcfai-mé, mais il paraît convaincu de l'existence de ce ver, dont il est fait mention dans le Tehi-tvauming-^hi^tou^kao^^K M. Fauvel rapporte que, d'après les Chinois, cette chenille, ne pouvant pas envelopper son cocon avec les feuilles si petites du hoa-Uiao, s'enfonce dans la terre au pied de l'arbre et y construit son cocon, ce qui explique le nom de ton kièn, qu'on donne aussi à celui-ci^^l M. F. Moore regarde la construction par la chenille de son cocon sous terre comme un fait très douteux^^^ et M. Bretschneider a fait la remarque que les mots ton kiên ont plutôt le sens de cocon du pays, c'est-à-dire cocon propre à la seule province de Chan-toung.
D après l'indication que M. G. Hughes a donnée du tsiao-kUn-Ue (soie du cocon du tmao)^ on peut juger qu'il ne Ta pas vue ^^K
Enfin M. F.-P. Smith assure qu'on trouve, dans le Sse-tchouèn, le Hou-pèh et le Ghèn-si, beaucoup de vers à soie sur le XcmihcH xylum alatum (appelé par les Chinois tginr-isiao, hoa-tsiao, tchuentsiao) ^^\ M. Porter ne donne aucun renseignement sur ces vers à soie.
Le père Cibot, qui a écrit son travail sur les vers sauvages en ayant sous les yeux le mémoire original du père d'Incarville, a dit : ((Les vers à soie de cet arbre (le poivrier de la Chine Fagara) sont ceux qui donnent la plus belle soie et en plus grande quantité ^^K tu
(') crJe n*ai jamais vu cette soie, dit M. Fauvel, et je n^ai pas réussi à m^en procurer un échantillon, quoique j^aic envoyé à plusieurs reprises des gens pour la chercher dans le district de Ghi-mei-bion , où elle est récoltée, diaprés ce qu*on dit. Pai appris qu'elle est très rare et qu'elle ne sert guère qu'à être offerte en présent parmi les Chinois riches. t> M. Fauvel ajoute plus hûn: «Nous pouvons admettre et comprendre ce que disent les Chinois, à savoir que cette soie est produite par le même ver que celui qui vit sur l'ailanter) {The wild tilk-worniê ofthe province of Shan-tung , 1877, p. aa).
(') The wild iilk-'wormi of the Shan-tung , 1877, p. a a.
^^) M. Arthur G. Buller nous a signalé le fait d'une saturniide qui ne construit pas de cocon de soie et qui va opérer sous terre ses métamorphoses : cette salumiide est le Copaxa phœdtua de Drury, ime grande espèce de l'Afrique, qui parait rapprochée des Antherœa,
(*) Report, SUk, 1881, p. a/i.
(^) F.-P. Smith, Contributions towarde the materia mediea and natwtd hittory qf China, 1871, p. 234.
W Mémoires concernant les Chinois, vol. Il, 1777, p. 583.
PHllOSAMIÀ CntWIA. 85
Il est singulier que cette espèce, qui était commune, il y a un siècle et demi, ait pour ainsi dire disparu. En serait-il de ce ver comme du Theophila reUgiota, lequel, sî nous en croyons Hutton, n'a pas été retrouvé depuis te temps de sa découverte par Helfer? Mais, d'après Hutton, ce sont les Theophila et les Ocinara qui sont les plus inconstants et qui changent le plus souvent de région.
PhîliMamia Cynlhia (femelle).
L'auteur de la description du Ghan-toung ne parle pas des chenilles qui nous occupent; il dit, d'une façon générale, que la soie sauvage (jr^ ase) est produite dans Tarrondissement de Sihia (département de Tèng-tchéou-fou)"*.
Le Pkilosamia Cijnthta a quatre mues; il est, à ce qu'il parait, bivollin. «L'usage commun, dit d'Incarville, est de se ménager dcuï couvées de vers sauvages, une au printemps, l'antre à la (in de l'été. V
'') Commuiikalion de M. leD'' Brelsclmejdt^r.
Le cocon a la forme d'une olive. Il est ouvert; il a de 5o à 60 millimètres sur 1 8 à âo millimètres ^^^ il est généralement enveloppé de feuilles, de couleur grise ou blonde (gris ou blond clair)®.
Le Philosamia Cyntliia et le Phtlosamia riclni construisent des cocons oblongs , pointus à chaque extrémité et ouverts.
Les vers qui appartiennent au type des Attacus, des Pliilosamia et autres construisent leur cocon en réservant un orifice par lequel le papillon doit s'échapper. Cet orifice naturel est nécessaire chez les chenilles auxquelles manque le liquide dissolvant du Bombyx mari. On sait que, dans toutes les espèces h cocon ouvert, la bave est un fil continu, replié à l'ouverture, et que le papillon, en sortant, ne brise pas ce fil. On sait de plus que le papillon sécrète un liquide destiné à amollir les brins sur son passage ^'^ : dès lors le dévidage du cocon est possible théoriquement. En effet, on a opéré par divers procédés ce dévidage, qui ne parait pas avoir encore été fait industriellement. Le professeur Gornalia a examiné avec un grand soin la façon dont est construit le cocon de Yérié (^Phtlosamia rtaVit); il a expliqué conmient l'ouverture est formée au moyen de baves à anse, de franges d'anses libres et parallèles, et ces anses ont le double objet de dissimuler l'ouverture et d'en permettre l'élargissement au moment du passage du papillon '''^ Ce que Cornalia dit du cocon de Yérié s'applique au cocon du ver de l'ailante. Toutefois, dans les cocons ouverts, la telette, qui est
^^) Les nombreux cocons du ver de l*ailanle, choisis il est vrai, que nous avons mesurés en Europe, avaient, en moyenne, 35 millimètres sur 19, mais la bourre vilérieure ou <r folle soie d'altache» avait été enlevée.
^') Nous avons dit plus haut qu*on regarde au Japon le tcho $an comme étant le ver à soie de Tailanle, le Philotainia. CynUUa, Le cocon du tcko êan que nous avons eu sous les yeux est construit sur une feuille dont les bords sont repliés. Cette feoille appartient soit à Yllex rotunda^ soit à Vllex inUgra. Le cocon est pointu aux deux bouts, oblong et d\iu blond très clair; il a 66 millimètres sur 18.
t') frCe cocon, dit dlncarville, a une des extrémités ouverte en forme d^entonnoir renversé. G^est un passage préparé pour le papillon qui doit en sortir. Avec le secours de la liqueur dont il est mouillé et qu^il dirige vers cet endroit, les fils humectés cèdent à ses efforU . . . t)
'^) Emilio Cornalia, Siu- la tlrudure du cocon du Saturnia Cynlhia (Bulletin de la Socié:c :co'nfr{qt(e d'acclimatation, \'* série, I. II, i855, p. ail à 316).
PHILOSAMIA CTNTHIA. 87
la dernière vetle dans laquelle la chrysalide repose , est complètement fermée.
Un Colombien, le D' Manuel Vicente de la Rocha, à la suile d'observations très délicates faites sur YAUacus Spondûe ou Aitacus Campuzani, a établi que la larve de cette espèce construit son cocon en tissant successivement des coques ou enveloppes munies chacune d'un orifice; que, chaque coque achevée et vernie (imprégnée de grès)^ le ver tresse un réseau pour fermer l'orifice et n'être pas troublé dans le cours de son travail; que, le travail terminé, il coupe le réseau, le mâche et en forme une bourre qui bouche l'entrée et qu'il est facile de rejeter au dehors. Enfin 1*^4^tacus, s'il n'a pas le liquide dissolvant du Bombyx mori, sécrète, suivant M. de la Rocha, un liquide qui ne fait qu'amollir la bave. 11 s'ensuit que, si chacune des enveloppes qui constituent le cocon est tissue avec un fil continu, le réseau qui clôt l'orifice de chaque enveloppe est enchevêtré avec les bords de l'enveloppe, et qu'une partie des fils coupés restent emmêlés.
Il a été démontré que d'autres Auacus ne procèdent pas de la même façon que YAttacus Spondiœ de la Colombie, et qu'il y en a chez lesquels le cocon a été tissu avec une bave continue, sans qu'aucun réseau supplémentaire en ferme l'entrée, sans qu'aucun fil soit coupé ou corrodé pour faciliter la sortie du papillon. C'est ce que le professeur Cornalia a démontré pour le Pliilosamta ricini, comme nous l'avons dit plus haut.
On trouvera dans le Bulletin de la Société d'acclimatation les mémoires de M. de la Rocha et de M. Henri Givelet sur ce sujet ^^\
Il faut insister sur ce fait : Le fil soyeux n'étant ni interrompu, ni brisé, dans les cocons à ouverture naturelle, le ver ayant formé l'ouverture en repliant successivement le fil à cet endroit, on comprend qu'on puisse dévider la soie des cocons ouverts. On l'a fait pour les cocons de quelques Attactis, pour ceux de YAttacus aurota par exemple; on Ta fait aussi pour les cocons du Philosamia Cynthia. Le D' Forgemol, de Tournon, M. Christian Le Doux, M. Kauf-
(') BuUêtm de la Société d'acclimatation, 9* série, l. VI, 1869, p. 60 7 à /169 ; I. VII, 1870, p. i56 à 168, 371 à ag/i; 3* série, t. I, 187/i, p. 618 à 660.
mann, de Berlin, ont fait ces dévidages^'). Le D' Forgemol, qui a le mieux réussi, lirait la soie après Tavoir décreusée, et la tirait presque à sec.
On a tiré en Asie la soie des cocons du Plnlosamia Cynthia^^\ mais cela n'a eu lieu qu'exceptionnellement. En Chine, on peigne ces cocons et l'on en file au fuseau la bourre ou le ruban de bourre peignée ^^\
M. Thomas Wardle a examiné la bave dont sont formés les cocons du Philosamîa Cynûna élevé en Algérie sur l'ailante; il a pu dévider soo mètres de fil d'un de ces cocons. En moyenne, la finesse est de &&.3 millièmes de millimètre (variant de Sg à 5& millièmes), la ténacité est de 9.&1 grammes (variant de 5.3 à 1/1.1 grammes) et l'élasticité de 60 millimètres (variant de ao à 89 millimètres). M. Targioni-Tozzctti avait constaté, en 1866, que le brin est plat et strié, et que la bave a, au milieu du cocon, une finesse de 34 h 38 millièmes de millimètre.
Une soie, très nerveuse, qu'on regardait comme le produit du ver de l'ailantede la Chine, a paru sur nos marchés sans y avoir jamais été d'un placement facile ^^^ Cette soie avait certainement été tirée d'autres cocons. Le produit des cocons du ver de l'ailante n'est cependant pas rare en Chine, mais tout ce qu'on y ré-
^') Bulletin de la Société et acclimataf ion, i'* série, t. II, i855, p. 1 à 5; t. III, 1867, p. 536 a 536; I. IX, 1869, p. 5o et 5i; 9*fiérie, 1 1, 186/i, p. 667 à 679; 3' sc'ric, l. II, 1875, p. 17 à 19.-» Michel Alcana fait à la Société d^encouragement pour rindiistrie nationale un rapport sur le procédé de M. Le Doux (3* série, t. II, 1875, p. /J93 à ^96). Aican a eu tort de ne pas faire de distinction entre les cocons ouverts des Attactu et des Philoêomia et les cocons fermés d^autres vers sauvages.
t') On éprouve quelque difficulté à tirer cette soie, dit Hutlon (crTbere are difficulties alleuding Ibe reeling of the silk?»).
(') Le D*" Mac Garlee a publié la description, faite par un Chinois du Ghan-toung, des deux procédés, appelés, Vun/ang-tte, Tautrc nt^-f«0, qui sont en usage dans ic Chan-toung pour filer au fuseau la soie des cocons de Tailanle et ceux du Xanlhoxylum, lesquels on fait bouillir auparavant dans une dissolution de soude (Journal ojfihe North'China branch of the Royal Aêiatic Society, New terie$, n* III, 1866, p. 79 et 80).
^*) On a reçu en Europe à plusieurs reprises, dès Tannée i86i>, plusieurs centaines de balles d^unc soie dont la couleur était d'un brun foncé et Todeur dés agréable; la vente en a été difficile. On a présenté celte soie comme tirée des cocons du ver de Tailante.
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colle est retenu pour la consommation indigène. Cette soie est toujours une soie filée à la quenouille ou au rouet* On s'en sert le plus souvent en la mélangeant avec la soie du ver du chêne , celle-ci formant la chaîne du tissu. En Chine, les gens du peuple font des vêtements avec ces étoffes. La soie du ver du Xanthaxylum, qu'on se procure difficilement (^\ est très estimée, parce qu'elle n'est jamais attaquée par les insectes. «La soie des vers sauvages nourris sur des Fagara est si belle dans certains endroits , dit le père d'Incarville , que les étoffes qu'on en fait disputent de prix avec les plus belles soieries, quoiqu'elles soient unies et de simples droguets ^^\ »
Nous ignorons quelle est la production de la soie des vers de l'ailante en Chine; elle est toutefois limitée. Elle s'élève au plus de AoOfOOO à liSo^ooo kilogrammes de cocons. Nous disons de cocons, car, ici, nous ne pouvons pas ne parler que de soie, comme nous l'avons dit déjà. S'il parait certain qu'on tire en Chine la soie de ces cocons, des cocons de l'ailante et du Xanthoxyhim, il est évident (nous nous répétons à dessein, parce que le contraire a été affirmé) que c'est très rarement; que, dans la généralité des cas, le cocon est peigné, et que ce qu'on appelle «me est le fil du cocon peigné. ((Cette soie ne se dévuide point 79, dit d'Incarville. Tout cela n'est plus obscur. La soie du ver de l'ailante, même filée (^un), est cependant souvent confondue avec la soie du ver du chêne.
Un des négociants en soie du Cban-toung a bien admis que la récolte a quelque importance, mais il a déclaré que le cocon du ver de l'ailante n'a , à dire vrai , pas de valeur commerciale , qu'une très faible partie de ces cocons sont envoyés en Europe avec les cocons percés et les déchets de soie des vers du chêne, et que le reste est employé dans la province.
Les voyageurs n'ont pas fait la distinction sur laquelle nous
(0 Nous n^avons obtenu qii*iine seule fois, il y a vingt-cinq ans, cette soie ou plutôt ce qui nous a été affirmé être cette soie. Dans les cinq dernières années, tous nos efibrls poiu* nous la procurer ont été vains.
^'} Mémoireê conceimant les Chinois, t. II, p. 698 .
avons insisté. L'opinion à ce sujet de deux anciens consuls en Chine est bien différente de la nôtre. M. Eugène Simon et M. Strauss n'ont parlé que de soie (de soie grège), et la production est, d'après eux, décuple, plus que décuple même, de la quantité à laquelle nous l'avons estimée. Suivant M. E. Simon, la production serait de A,ooo à 5,ooo balles (de â/io,ooo è 3 00,000 kilogrammes) dans les provinces de Ghan-toung et de Ho-nan^'); suivant M. Strauss, elle serait de 5,ooo balles (3oo,ooo kilogrammes) dans la seule province deHo-nan^^^.
Ce qu'on obtient dans l'Inde est inconnu, et cela est certainement sans aucune importance.
Nous n'avons pas à nous occuper des entreprises d'acclimatation et d'élevage en Europe du PliUoêatnia Cyntliia. Plusieurs de ces entreprises ont eu leurs heures de succès et avaient acquis quelque importance; elles ont été successivement abandonnées. Le vicomte L. de Milly avait obtenu, dans la terre du château de Ganenx (département des Landes), des résultats relativement satisfaisants, et, si nous mentionnons cette tentative, c'est que M. de Milly tirait à la bassine et à l'eau chaude la soie des cocons; de i5 à i8 kilogrammes de cocons frais donnaient chez lui i kilogramme de soie.
LE PHILOSAMIA RICINIW.
Le Philosamia rtctni [Attacus ricini) de Boisduval, appelé ^t ou irié dans l'Assam et arind, arindx ou indi dans le Dinajepour et le Darjiling, au Bengale, est une espèce propre à l'Inde. Il est, d'après des témoignages assez concordants, originaire de l'Assam,
^^) Annaln du eonumree extérieur, Oûne, Faits oommerciaux, n** 38, 1867, p. 33.
^') L. StrauflB, La Chine, eon hùtùire, $e§ reeeourcei, 187&.
^^) Tb. Uorsfield et F. Moore, À catalogue oftke Lepidopterouê insecte . . ., p. A07 i A 09. — Proceedmge of tke Zoological Society of London, part XXVÏIÏ, p. 967. — Traneaetione ofthe Entomologieal Society of Londen, 3* série, L I, p. 317. — Boilard. Traité de V éducation dee tert à eoie, 1898, p. i5i et i59. — Ijoiselcur-Deslongchamps. Mûrier» et ver$ à $oie, i839, p. G9 à 71. — T.-W. Helfor, Atmalee dee iciences naturellee, s' série, t. XI, p. i5i et i5ii. — Thomas Hiigon, Annake dee eciencee naturellee, 3* sérif^, t. XI, p. i58 à 163. — J. Gcojjîiegan, Silk in India, i'* édition, p. 133 à 130. — Stack, Silk in Asêotn, p. 3 à 5. — Thomas Wardle, IJandbook, p. /j8 à 55.
PHILOSAMIA Riam. 91
et il est répandu au nord de la péuinsule de l'HiDdousIan, dans la zone qui s'étend depuis l'extrémité orientale de l'Assam jusqu'au CacliDiyr. 11 se trouve en plus grande quantité dansrAssam (dans le Catchar, qui est un des districts méridiooaui de l'Assam), dans les districts septentrionaux des Provinces basses (dans eeui de Julpigori, de Bungpore, de Dinajepore, de Purniah et de Bogra), dans le Nipal et le Konmaon"'. Enfin on l'a signalé dans la Birmanie anglaise et dans l'tle de Geylan'^H suivant nous, ce ver à soie n'est pas indigène à Geyian.
Le PhiloKtaàa rtcmi est très voisin du PkUtuamia (^thia. 11 a été présenté plusieurs fois comme pouvant être une variété constante obtenue sous le régime de la domestication et ayant acquis, après une longue suite d'élevages, des caractères permanents'^. Dans l'état actuel des choses, on le regarde comme une espèce naturelle et dblincte.
Milburn et M. Forbes Watson nous apprennent que la soie
<'' H. W,-W. HuDter a meotioDoé la récolle dm cocooi de Tmdi dana le diatrict de BnDgpore comme ame* abondaDte. Il ajoale que dee Indi^nea (dea muanlmana) 61«iit c«a cocotiael gardent loate celte Mie pour leur usage; ÎU en font dea ëloOea gromèrea quÎBont Mato\iAu[AtUilitlieatiKi»uiili^Btngai, vol. Vil, 1876, p. 3o4).
O Le Phlofonua rtcîni inange, à Cejlao, les feiiUtes du Rieimu commun», da TtrmmaHa Mtappa, du Ficut nUginia et d'un amandier [A gmtrai dncriptiiM 0/ lia nland i^Ceylm, 1876). — LVru est élevé è Dimbula; on recolle de beaux cocons de couleur brun dair, dont on (ditienl une soie blonde ou grue.
f'> M. Arlhur-G. BuUpr porall cire de cet a«u pour le Philo»amia riciiU et pour le Pfûlotamia ¥t$ia.
de Yérié a été récoltée , filée et tissée dans Tlnde et de temps immémorial 9^^^
Le PhUosamia nom se nourrit des feuilles dune quinzaine d'arbres, et le plus communément du ricin, Ricinus communis; c*est même le ricin qui lui a donné son nom ^^K Les autres arbres dont Yérié mange les feuilles sont les suivants : AUantus exceUa, AUantus glandulosa, Cariaria nipalensU, Gmelina arhorea, Xanr thoxylum hostUe^^K
D'après M. Ridsdale, secrétaire du commissaire en chef de TAssam , Vérié est nourri , dans TAssam inférieur, avec les feuilles du ricin, et, dans TAssam supérieur, avec les feuilles du kisgirau [Heterapanax Jragrans)^^\ M. Hunter dit que ce ver vit, dans les districts de Sibsagar, de Lakhimpore et de Goalpara, sur le ricin et le kissirou. M. Stack ne parie aussi que de ces deux arbres; c'est, suivant lui, à leur défaut, qu'on a recours au Jatrophas curcas, au Gmelina arbarea et au Zizyphus jujuba, et encore cette nourriture ne convient-elle à Yérié que dans les derniers âges.
La nature de la nourriture influe sur la couleur et la qualité de la soie; le même fait a été observé pour d'autres vers à soie, et nous ne saurions trop le remettre en mémoire. Le cocon est blanc dans certaines parties de l'Assam, et brun dans quelquesuns des districts du Bengale ^^\ Une race de celte espèce élevée par les Mikirs, à l'est, donne, suivant le capitaine Hutton, une belle soie blanche.
Le ver est polyvoltin. On peut faire huit éducations dans l'année; on n'en fait que cinq ou six, et leur nombre dépend du plus ou moins d'abondance des feuilles. Dans l'Assam, on a cinq récoltes de cocons ^^) : les cocons récoltés en novembre, en février et
^*) W« Milburn, Otientàl commerce, vol. II, p. s 46. — J. Forbes WaUoo, Tlê UxUle manufacturée é . . ofthepeopk ofïndia.
(') Le ricin est appelé arindi en hindoustani et éri en assamais.
(') On cite aussi le Heieropanox fragran* , leJatropha curca$ et le Zizyphui jujuba.
t*^ Lettre du 9 février 1877.
(*) Development qf the nlk induêtry, p. 1. Communication du Gouvernement de rinde, Sirola, 1 1 juin 1879.
(*) On fait sept éducations par an dans le district de Darrang ( Assam); la première et la dernière éducation donnent ordinairement les meilleurs résultats (W.-W. Hunter).
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en roaî sont réservés pour la filature; ceux obtenus dans le temps (les pluies, de juin à septembre, servent pour le grainage.
Le ver a quatre mues. La durée de sa vie dépend de la saison: six semaines en été, douze semaines en hiver.
Le PliUotamia rieini est dans l'Inde h l'état sauvage"^ et à l'état demi-domestique, le plus généralement dans ce dernier état. On l'élève dans les forêts, comme autour des villages et même dans l'intérieur des habitations. Les arbres qui servent à son alimentation sont abondants, très abondants même, et d'ailleurs robustes et d'une croissance rapide. L'élevage est facile*^'; il est
''> C'est diDlle Cilcliar(Aiuin) qu'on a trouve le Fliihiatmia neàtt à l'état unv^.
<*' nLe ricin et le iiMm»i(flil<nipaHaz/rqyraM)sont<l'une culture facile; on peut en BToir des planlalioni utei dteodoe* el faire de» élevages «uffinott pour «[^irovi' ■iaDDerdeeoconalet plut grandes 61atiirei. L'indostrie de la soie ^W est dans un étal Irt* florÏMant par suite du très baut prix que les Iribiu des moulagaes vaisÎDes (de l'Assam) et l«a Thibëtains accordent aux tissus d'A-ù'n (Communication du cominisaaire en chef de )'A«am, février 1S77]. — On a scclimatë le Pliilatamia riemi dans plusieurs contrées, et l'on a fait des éducations qui n'ont pas acquis d'importance; nous voulons paHcr, entre autres, de celles faites dans l'Ile de Cuira.
fait principalement dans les districts de Nowgong, de Darrang et de Kamroop.
M. G. Bernard et M. Stack affirment tous les deux que Vérié est tout h fait domestique dans l'Assam , qu'il est élevé en lieux clos , les feuilles lui étant apportées chaque jour ^^\
M. Stack, directeur de l'agriculture dans cette province, a fourni des renseignements très précis sur les éducations et sur la filature; son étude est la plus complète que nous connaissions ^^\
On a appelé plus d'une fois l'attention publique sur la soie de Vérié, mais ces recommandations n'ont guère été écoutées. Sir W. Jones, en 1791 9 n'a pas été le moins pressant pour conseiller de faire l'application industrielle de ce produit.
Les cocons sont, comme nous l'avons dit, de différentes couleurs, suivant la région d'origine, ou plutôt suivant l'alimentation du ver. On en voit de blancs, de gris, de roux, de rouge orangé, de bruns.
Il est possible qu'il y ait deux , même trois variétés ou races distinctes. Le D' A. Wallace a observé que la race à chenille blanche file de la soie rousse, et que la race à chenille verte file de la soie blanche^'*). Hugon avait fait auparavant la même remarque^*'.
La coloration de la bave dépréciant la soie d'autant plus que la couleur est plus foncée, il serait très intéressant de chercher si cette coloration est due à la race du ver ou à l'alimentation de celui-ci. Il faudrait, dans le premier cas, ne mettre à l'éclosion
0) E. Stack, Sak m Aêêom, i884, p. 3 à 5. — Voir W.-W. Hunter, A êtatUtical aecomU ofAiêam, 1879, vol. I, p. i38 à lAi, aoo, 960, 961, hih^ &i6,etvol. Il, p. 7&; Robinton, Aeeount of Aêêam, et W.-W. Hanter, Thê Impérial GaxeUeer of /Miiii»vol.Vlll,i88i,p.3s8.
^ «Des vers à soie tout à fait domestiques, les espèces qui sont communes dans FAsBam sont. . . . V^rié ou arvndy Ces espèces de vers à soie sont élevées entièrement dans rintérieur des haÛtations {within doon)^ les feuilles des arbres et des plantes dont ils se nourrissent étant cueillies et étant appoKées à ces vers» (G. Bernard, A nofê OH a few of ths moro important facti kmwn on the iubjoct of praetkal êerieultwre in thê province of Auam).
<') Th. Wardle, Handhook, p. 68. — Le capitaine Hnlton inclinait à regarder Vérié de TAssam (et surtout celui du Calchar) comme diiïércnt de Vérié ou arrindi de Dinajepore et de Rungpore.
(*' crTbe wbite cateq>îllars invariable spin red silk, the green ones while.9
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que des graines provenant de la race à soie blanche; dans le second cas, ne planter, puisqu'on fait des plantations, que des arbres dont le feuillage est le plus favorable à la sécrétion d'une matière soyeuse non colorée {brint ou gréa). C'est le lieu de rappeler que, en 1873, M. G.-H. Lepper, qui avait entrepris de faire sur une grande écbelle dans le Lakhimpore l'élevage de l'érté, avait constaté que les vers, quand ils sont placés dans l'obscurité, filent une soie blancbe et de meilleure qualité.
Philotmia nriw (femeHe).
M. Tbomas Wardie a conclu des essais auxquels il a soumis la bave de l'^T^quc la finesse est de h^ millièmes de millimètre'", que la ténacité est représentée par j.^t grammes'^' et l'élasticité
(') La fiiWBgp ou )g dUmètre de la bmvaricde 3g.6A 5A.6 millième* de inilliroètre. f*> Li lénacilé vtrie de 3.g8 à iS.aS granimn; c'pgl le poids qu'une ban de t5 eentimètrea de long peut supporter sans se rompre.
par â& millimètres ^^l Ces chiffres sont les moyennes des résultats obtenus, résultats que nous donnons ci-après.
A la surrace du cocon
Au quart de la longueur de la bave.
Au milieu
Aui trois quarts. •
Près de la teUtU
FIRISSI.
millièmes de millimèlre.
hh âS â3
rinkcnà.
grammes*
éuSTlCITÉ.
nillimkrea.
hh
La finesse, la ténacité et l'élasticité de la bave sont les moindres au commencement et & la fin de la construction du cocon.
On a prétendu que, dans quelques districts de Tlnde, on dévide le cocon, on. en tire le fil^^^ Nous doutons de l'exactitude de ce fait en tant qu'il s'agît d'une entreprise industrielle, et M. Thomas Wardie est du même avis que nous. Le D"* Helfer a dit, il y a une cinquantaine d'années, qu'on file le cocon de Yérté comme le coton. On peut du reste se faire une opinion à cet égard en observant avec soin le mode de construction du cocon et en examinant les fils qu'on regarde comme ayant été tirés ^^^
La tissure du cocon du Phtlosamta ricini diffère peu de celle du cocon du Philosainia Cynthia.
En réalité, dans l'Inde, ces cocons sont soit peignés, soit en quelque sorte effilochés. Quel que soit le procédé, on les file, réduits en bourre ou en étoupe, avec ou sans fuseau, et cette filature se fait aisément.
Les cocons sont toujours bouillis auparavant dans une lessive
t^) L^élasticité varie de 19 à 76 millimètres; c^est rallongement qu^une bave de 3o centimètres de long peut éprouver sans se rompre.
(*) On trouve dans le Journal de la Société d^agricuUure et d^borliculture de Tlnde la constatation de tirages a la bassine de la soie de Vérié. Ces tirages étaient faits à litre d^expériences.
(^) Tous les fils d^érié que nous avons examinés avaient été faits avec des étoupes de cocons.
PHILOSAMIA RiaNL 97
<le cendres de tiges de bananier ou de ricin , ou de paille de riz. La lessive ne doit pas être trop forte afin de ne faire qu'amollir les cocons. Gela fait, les cocons sont ouverts pour en retirer les chrysalides; ils sont ensuite lavés dans de l'eau claire et sëchës au soleil.
{UPhilt
ilé Ironvé dans Im r^ons de. \'\nde qiii soni ombrées.)
Au moment de les filer, on les met dans de Teau dans laquelle on a quelquefois mëlangé un peu de bouse de vache. Chaque cocon est pris séparément, et fon en tire un fil assez grossier.
Le produit en fil des cocons dans Flnde est très variable; il faut, dit-on, de 9 a i5 kilogrammes de cocons pour obtenir
I kilogramme de fil décreusé ^*). M. Stack estime que 21 kiiog. 700 de coques vides domient 1 kilogramme de fil (p. /t).
Nous lisons dans une note reçue de l'Inde : c( . . . Les cocons sont bouillis assez longtemps dans Teau; on les met ensuite dans une lessive de cendres de feuilles et d'écorces de bananier, et on soumet ces cocons (ils contiennent encore les chrysalides) à une fermentation prolongée ^^^ »
La soie est blanchâtre, blonde, gris écru, fauve ou roux clair.
II y avait, à l'Exposition de 1878, des échantillons de cette soie qui avait été filée dans les districts de Lakhimpore et de Sibsagar, dans l'Assam.
Aujourd'hui presque toute la soie récoltée est tissée par les indigènes. Les étoffes qu'on en obtient sont en général grossières, mais leur solidité et leur durée sont extraordinaires. Elles sont recherchées également par les pauvres et par les riches pour en faire des vêtements ^^^ et ces vêtements, a dit Michel Atkinson, de Jongypour, «on les porte sa vie entière sans les usctn. Le bar kapar le plus ordinaire dure, suivant M. Stack, au moins trente ans. Les paysans musulmans dans le Rajchahye, au Bengale, font euxmêmes pour leur usage ces tissus avec la soie de leur récolte ^^^
Nous ne saurions omettre de rappeler le souvenir d'une observation qui a été présentée, en 18/i , par M. George Eveleigh^^l
^'^ ^IM. Henri Schlamberger et Cli. de Jongh ont pcijrnéel filé, en 1869, des cocons de Verié. â6 kilogrammes ont été réduits à 11 kilogr. 100 après le dëcreusage. De ces 1 1 kilogr. 100, on a obtenu 3 kiiogr. 100 de fil et 6 kilogr. 63 5 de déchets (Bulletin de la Société d'acclimatation , 1" série, t. VI, 1869, p. aGâ à 366).
t*) J.-W. Payter a donné, dans un mémoire sur la filature des cocons de Vériéâéta rinde, la description de procédés à peu près semblables.
^-^) Les tissus de soie d'érié de TAssam sont très estimés par les montagnards du Uhoulan et par les Thibétains.
(*} W.-W. Hunter, À stati$tical account o/Bengal, vol. Vil, 1876, p. 3o4.
W Journal 0/ tite AgricuUural and HorticuUural Society ofindia, vol. If, 1 8 A3. — J. Geoghegan, Silk in India, 187s, p. laA et itB.
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l\I. Eveleigh est un de ceux qui ont affirmé avoir tiré à la bassine la soie de Virié, après avoir mis simplement les cocons dans de l'eau tiède; d'après lui, ce dévidage a été possible, parce que, d'une part, il avait nourri les vers, de temps en temps, avec des feuilles de mûrier, et, d'autre part, il avait eu soin de donner toujours aux vers des feuilles humides. Cette expérience devrait être reprise : on voit quelle portée elle aurait, si elle donnait les résultats annoncés par M. Eveleigh ^^l 11 ne faut pas oublier toutefois que le cocon de Yirié est ouvert.
Nous ne connaissons aucune estimation de la récolte des cocons de Yérié dans l'Inde. Presque toute la soie qu'on en obtient reste aux mains des tisseurs indiens; cependant il est certain qu'il s'est établi, depuis plusieurs années, un commerce de cocons entre Goalpara, dans TAssam, et Calcutta, ces cocons provenant généralement du haut Assam, et qu'ils sont envoyés en Angleterre.
On nous a donné plusieurs estimations de la production, estimations qui nous ont paru exagérées. Nous ne croyons pas que la quantité de cocons frais s'élève h i million ou à 1,900,000 kilogranmies, et voici le compte que nous avons fait.
Cocons retenus dans FAssam pour la filature et le tissage :
Districts de Darrang, de Kamroup H de Goalpara. 76,000 kilogr.
District de Nowgong 65, 000
Districts de Sibsagar et de Ijakhiinpore Ao,ooo
Région des montagaes mëridionales 100,000
Cocons exportés de TAssam :