C. Soie grège de la Chine, Uatriee, quatrième
(') Voir t. l, p. 1/Î6 à i5i. — Baisse du prix moyen de la soie en octobre 1870 et en octobre i885 : Organsins de la France de premier ordre, 68 p. 100; soie grège de Tltalie de deuxième ordre, /i5 p. 100; soie grège du Japon, grappn n* a, Â7 p. 100; soie grège de la Chine, Ual-Ue n* 4, 5o p. 100; soie gr^ de Canton n* 1, Al p. 100.
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Il est difficile de montrer avec netteté l'action des courants qui s'établissent dans la consommation; nous ne pouvons que donner des indications.
Ainsi, pour la soie, il y a une extension de son emploi qui marche parallèlement avec le resserrement de la demande, de la demande en vue de la destination habituelle.
En premier lieu , dans l'ensemble , il faut bien le répéter, l'état matériel du peuple s'améliore, le prix du travail hausse, certainement avec trop peu de mesure, le loyer de l'argent et le prii des choses s'abaissent, un nivellement à peu près inaperçu s'opère. Chez les femmes, le goût des vêtements élégants se répand; tout le monde a un désir de bien-être, même de luxe, désir si vif qu'on s'attache à acquérir le bien-être en sacrifiant l'épargne, à faire montre de luxe en se contentant de l'apparence. Cela s'est produit dans d'autres temps, et l'auteur de Y Essai politique sur k commerce, Jean-François Melon, qui écrivait en 173^, a dit : «Ce qui étoit luxe pour nos pères est à présent commun, et ce qui est luxe pour nous ne le sera pas pour nos neveux, n
En second lieu, le train des modes n'est plus le même qu'autrefois; il est sous l'influence de causes différentes.
Les Français ont toujours été curieux de changements dans leurs habits, et Montaigne, qui exprime avec tant de sincérité les idées qui avaient cours de son temps, a constaté, en plus d'un endroit de ses Essais, ce qu'il a appelé (d'inconstance et la légiérelé incroyable de nostre peuple v. — « La façon de se vestir présente, a-t-il dit, luy fait incontinent condemner l'ancienne d'une résolution si grande et d'un consentement si universel, que vous diriez que c'est quelque manie qui luy tourneboule ainsin l'entendement. Parce que nostre changement est si subit et si prompt en cela, que l'invention de tous les tailleurs du monde ne sçauroit fournir assez de nouvelletez, il est force que bien souvent les formes mesprisées reviennent en crédit, et celles-là mesmes tumbent en mespris tantost aprez ...»
L'instabilité des modes n'a jamais été si grande que de nos jours; jamais non plus les modes n'ont été portées, en tous pays, aussi vite et n'ont été partout aussi vite adoptées. D'où il suit qu'on
est conduit à proportionner la qualité du tissu à la durée probable de son emploi en vêtement. C'est la brièveté de cette durée, cette succession rapide des modes, modes quant à Tétoffe, la couleur» le dessin, la forme du costume, qui, indépendamment de toute autre circonstance, opposera un obstacle au relèvement du prix des étoffes de soie.
Cette instabilité n'est pas accidentelle, qu'on le remarque bien. Il faut croire qu'elle est un effet du tempérament du peuple. Richelieu a dit, dans ses Maximes d'Etat : «L'humeur des François est si prompte, qu'elle veut la fin de ses désirs aussi tost qu'elle les a conçus. » Cette instabilité est aujourd'hui voulue. Il y a comme un accord, tacite sans doute, mais très ferme, pour y pousser.
En premier lieu , l'art de vêtir les femmes est devenu une industrie indépendante; il était dès lors naturel qu'on cherchât à augmenter dans le vêtement la part des accessoires et celle de la façon, qu'on cherchât à donner à l'industrie le plus d'activité par le renouvellement le plus fréquent des habits. En même temps, les fabricants étrangers, soit de tissus, soit de vêtements, saisissent, à leur profit, le plus tôt qu'ils le peuvent, la faveur qui s'attache aux inventions de la mode parisienne, et nous disputent, non sans succès, il faut le reconnaître ^^^ la vente de produits dont la nouveauté fait, le plus souvent, la principale, même l'unique valeur* Nous devons donc, par Tintroduction continue dans la consommation d'étoffes ou de formes nouvelles, arrêter, tout au moins suspendre, le plus promptement cette concurrence étrangère, d'autant plus dangereuse que sa force provient d'une main-d'œuvre à bas prix et d'un commerce très étendu et très actif. Les femmes viennent en aide d'une façon inconsciente à l'action calculée des ma-
nufacturiers; le goût du nouveau n'a jamais été plus vif chez elles. L'étoffe nouvelle, à peine a-t-elle été portée par quelques-unes à Paris, est répandue dans les départements et presque en même temps en tous pays, tant le commerce est alerte et les transports
(') Nous n'arons pas à aborder ici ia question des causes, nous Texaminerons dans la deuxième partie de notre ouvrage qui sera consacrée aux tissus de soie ; il suffira d'indiquer la principale de ces causes, la reproduction en qualité moindre, donc à plus bas prix, des étoffes on des vêtements de nouveauté.
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sont rapides; aussitôt entrée dans la consommation, elle n'a plus de valeur h Paris et chez l'élite. Tout le monde veut être vêtu de même, veut se présenter avec la même apparence, et Tétoffe nouvelle , le vêtement nouveau , est promptement reproduit k un prix diversement abaissé ^^K Mais l'éÛte parisienne se refuse k garder le costume qui va devenir banal et vulgaire par la généralité de son adoption , elle s'attache à le remplacer au plus tôt par un autre qui soit différent, par cela original, rare et exceptionnel pour un temps. L'intérêt de nos fabricants et de nos commerçants les pousse dailleurs à ramener sans cesse à eux la demande. On change donc de plus en plus souvent, on devient de plus en plus impatient de changements , on favorise un mouvement qu'il est difficile de mettre d'accord avec les conditions normales de la fabrication. Aux séductions de la nouveauté on ajoute la séductiou du bas prix, celui-ci nécessaire d'ailleurs, le poids de la dépense causée par tant de changements devant être allégé. La mode instable, inégale, créée d'une façon hâtive, sous la pression des sentiments et des intérêts que nous avons dits, sous l'inspiration d'un goût affaibli, est pour une part la cause de nos embarras.
On voit donc quelle double action constante tend k entretenir la mobilité des choses. Nous ne contestons pas qu'elle n'ait, dans l'intérêt de l'industrie de notre pays, sa raison d'être, même ses avantages , mais elle a, à un point de vue plus général, de sérieux inconvénients : « La rapide succession des modes , a dit Jean-Baptiste Say, appauvrit un Etat de ce qu'elle consomme et de ce qu'elle ne consomme pas^'^.?}
t*) On ne tient pas généralement aaseï compte de faction des moyens rapides de transport. Le niTellement des prix des produits s*opère par les chemins de fer et les bateaux à vapeur. Gomment vendre à haut prix en un point qudoonque du globe une étoffe qu^un fabricant rival, français ou étranger, présente avec la même apparence, mais en qualité inférieure? On n^a jamais poursuivi plus vivement que de nos jours Tégalité dans le vêtement Nous avons cherché à montrer ce trait dominant, propre à notre temps, et le singulier travail de renouvellement incessant des tissus et des formes qu^amène la réaction de quelques-uns contre les empressements du grand nombre.
(*) J.-B. Say, Traits d'économie politique, 6* édition, i8âi,p. h kg. — J.-B. Say a insisté sur les fâcheux effets du changement dans les modes. ( Voir le C<mrê complti d'économie politique pratique , 3* édition, i853, 1 1, p. 997, et t. H, p. 9Â4 et s&5.) Montesquieu et Necker professaient la doctrine contraire.
CONCLUSION. /i/i9
Cet enchevêtrement des causes conduit toujours à l'amoindrissement de la qualité, à l'abaissement du prix.
Nous sommes en présence d'un état des choses issu de circonstances qui n'ont pas toutes un caractère d'exception. La volonté de chercher, de vouloir le bas prix pour toutes choses résulte de la nécessité de reconstituer par le sacrifice et par l'épargne le capital perdu ou amoindri, de combler le déficit provenant de désastres dans le passé, de mauvaises récoltes, de diminutions de revenu, d'exploitations agricoles ou d'entreprises industrielles en souffrance dans le présent ^^^ Le capital se reforme. On peut entrevoir un terme à la crise actuelle dans notre pays, crise qui est le passage à un nouvel état industriel. L'homme devra à ses efforts de recevoir de la science des armes mieux trempées pour combattre ce dur combat, et il ne Tant pas non plus perdre de vue que dans les entreprises agricoles, industrielles et commerciales, on observe comme des cycles qui alternent en donnant des résultais opposés. Une nation, quand elle s'est rendue, par son travail, maîtresse de ses destinées, ne laisse pas longtemps rompu l'équilibre sans lequel toute prospérité serait compromise. Nous sentons que nous avons en nous des qualités et des ressources dont nous tirerions avec plus d'énergie un parti meilleur.
Nous sommes producteurs de soie et fabricants d'étoffes de soie.
On n'a pas consommé moins de soie. Chaque année, une quantité en poids de soie toujours à peu près la même alimente tous les marchés. La presque totalité de cette masse de soie est absorbée, elle pénètre dans l'industrie par mille voies. La soie, depuis qu'elle est à bon marché, a reçu des applications nouvelles et nombreuses. Cette utilisation n'est possible, dans beaucoup de cas, qu'à raison du bas prix; dans d'autres cas, elle est définitive.
0) Dans cette période à laquelle on donne à fort le nom de crise et pendant laquelle le progrès est plus lent dans la formation et Paccumulation do la richesse, la partie de la population la plus atteinte est celle qui jouit d^une aisance moyenne, qui s*cst créé le plus de besoins relativement à ses ressources et qui a vu ses ressources diminuer le plus. Cette classe de la société si nombreuse est dépensière sans doute, mais prévoyante, attentive et avisée; elle a cherché l'économie là où elle pouvait la réaliser sans qu'il y parût trop et sans qu'elle eût trop à en squiïrir. C'est une des raisons du moindre emploi de la belle soie dans le vêtement.
Les étoffes de soie pure qui formaient autrefois le corps du vi^tcment des femmes n*y entrent plus aujourd'hui, le plus souvent, que comme accessoire. Combien de ces étoffes ne doivent leur apparence séduisante pour le prix payé qu'à ces artifices de la teinture que le bas prix de la soie n'a cependant plus rendus nécessaires ! Le plus grand nombre des tissus n'ont même de la soie que le nom; les fils de scliappe, les fils de coton ou de laine, y dominent en poids. Gomme quantité, comme poids, toute cette fabrication représente, en apparence, à peu près la même force, peut-être même une force supérieure, de production; comme valeur, la diminution est grande, et la diminution de la valeur provient autant du plus bas prix de la soie que de la moindre quantité de soie qui a été introduite dans les étoffes.
En résumé, malgré l'abandon relatif dans lequel les consommateurs ont tenu et tiennent encore les tissus de soie, et même en supposant que la part dont le commerce européen et le commerce nord- américain disposent soit de i o à 1 1 millions de kilogrammes de soie grège, le produit des récoltes de cocons trouve assez de voies ouvertes pour être absorbé tout entier. C'est là un fait capital.
Si nous considérons la condition générale de la consommation, nous sommes porté à penser que, toutes choses égales d'ailleurs, l'industrie paraîtra suivre h peu près le même cours. Il s'y produira loutefois des changements; ils seront lents.
On n'a pas renoncé à l'usage des soieries véritables autant qu'il le paraît; le renoncement a été en quelque sorte un fait de force majeure. Les tissus élégants faits de soie ont toujours de l'attrait pour les femmes à tous les degrés de la population; ils se feraient une plus large place dans la consommation si, dans quelques industries et quelques commerces, il n'y avait pas effort pour les écarter.
On a éprouvé autant de mécomptes avec les tissus de soie mé* langée de colon qu'autrefois avec les soieries chargées à la teinture; la tendance à revenir à l'emploi de soies meilleures est bien marquée. II est facile de voir que le goût n'est pas perdu des tissus de soie pure, des soieries brochées ou façonnées; on sent comme
il s'en faut de peu que, malgré l'état général des choses, la demande ne reprenne et ne s'étende. Le mouvement dans ce sens sera toutefois très lent. Si l'on accorde plus d'attention au dessin et à la tissure, il ne parait pas encore qu'on soit disposé h payer le prix que représente une étoffe de belle qualité. Aussi longtemps que le travail ne donnera pas de plus grands profits, que le niveau de l'épargne ne se sera pas élevé, on ne peut pas espérer le retour à ces anciennes pratiques de fabrication dans lesquelles nous étions passés mattres. Quant à l'instabilité de la mode, elle diminuera quand l'étoffe devenue plus chère rendra le renouvellement des vêtements plus coûteux.
Ce que nous avons dit s'applique à tous les pays consommateurs de soie et porte sur l'ensemble des choses; si nous ne nous occupons que de la France, nos observations seront autres.
Les événements et les changements dont nous avons parlé ont eu un effet direct sur notre industrie, et ce qui a eu sur elle une action très grande, ça été l'introduction et le développement de la fabrication des étoffes de soie chez les nations étrangères. La consommation des soieries a augmenté, celle de la soie aussi, mais non pas l'une et l'autre dans une proportion telle que cette consommation fît emploi des produits étrangers et en même temps d'une quantité de nos produits égale à celle qu'on absorbait autrefois. La consommation étant, à toute heure, près d'être dépassée par la production, il a fallu, pour ramener celle-ci, au moins en France, dans les limites que la demande assigne, produire moins.
La diminution paratt avoir été, pour la fabrique française, de 8 à 10 p. 100, dans un espace d'une dizaine d'années ^^^ C'est du moins ce qui résulte des aperçus suivants :
t^) Nous nous sommes arrêlé â Tannée i883, parce que nous avons écrit cette partie de notre travail dans le cours de i88/î; mais nous faisons la revision de cet exposé, les années i88/î et i885 étant révolues, et nous devons tenir compte des résultats qu'elles présentent. Ces résultats sont les suivants, en moyenne, par an : Soies françaises, 5io,ooo kilogrammes; soies étrangères, 9,8^10,000 kilogrammes; total, 3,35o,ooo kilogrammes. Soies ouvrées conditionnées, 9,8/10,000 kilogrammes. On voit que le décroissement a continué, mais il faut observer que les mouvements
A5â SOIES.
Gonsomination de la soie en France.
(in MOTBIlIlBfPAII AH.)
aooB nARÇAisn. wiis iniM^Bn. totaux.
kilogr. kilogr. kilogr.
De 1 874 à 1877 6Q9,a5o 3,872,600 4,^95,000
De 1878 à 1880 5o3,ooo 3,6a9,ooo 4,ia5,ooo
De 1881 à 1883 711,000 3,970,000 3,981,000
La quantité de soies consommées de 187/1 ^ '^77 ^^"^ représentée par 100, ies quantités de soies consommées sont représentées par 91.7 de 1878 à 1880 et par 88.5 de 1881 à i883^'l
Soies onviéeu conditionnées.
(m HOTBIINB, PAR AR.)
De 1874 à 1877 3,555,75o kiiojr.
De 1878 à 1880 3,997,700
De 1881 ïx 1883 3,43o,ooo
La quantité de soies ouvrées conditionnées de 187/1 ^ ^^77 étant représentée par 100, les quantités de soies ouvrées conditionnées sont représentées par 92.7 de 1878 à 1880 et par 96.4 de 1881 à 1 883^2),
du commerce ont été troublés, suspendus même en partie, pendant un temps assez long, en 188 A, par les mesures que Tépidémie de choléra a fait prendre.
^'^ Les soies importées sont aujourd'hui des matières meilleures; elles comprennent, par exemple, une plus grande quantité de soies de filature à Tearopéenne.
('') On ne peut pas accorder une grande râleur aux résultats fondés sur la quantité de soies ouvrées conditionnées, parce que la fabrication des étoffes teintes après le lissage augmente. On estime que la fabrique lyonnaise de ces étoffes a produit pour Ub millions de francs en ]883 et pour 59 millions en i885.
FroduoUon de la fabrique lyonnaise ^^K
(m MOTBHRI, PiB AN.)
Del87&kl877.
De 1878 it 1880.
De 1881 k 1883.