II. 3o
ses prospérités les plus hautes ont généralement succédé aux temps les plus malheureux.
Un autre fait a été funeste aux fabricants européens d'étoffes de soie qui sont les plus grands consommateurs de soie. Les États- Unis ont poursuivi , avec une audace et une énergie assez hautes pour surmonter bien des obstacles , l'entreprise de faire de l'agriculture l'industrie la plus puissante et la plus lucrative de leur empire , d'avoir l'Europe pour consommateur des produits de leur agriculture et de n'accepter en payement les produits des manufactures européennes qu'après les avoir renchéris par un des systèmes de taxes de douane les plus oppressifs qu'on connaisse. Politique violente de ce peuple tenace qui se refuse à tout accord et à toute compensation 9 qui veut avoir la libre entrée en Europe» et» sinon fermer le marché américain» du moins le rendre assez difficilement accessible pour en réserver de fait la majeure partie aux manufactures américaines. Les tissages de soie européens » qui avaient trouvé aux États-Unis un si large débouché pendant la longue période de prospérité de cette nation, ont le plus souffert de ce régime qui a été excessif. Il serait possible de retrouver pour eux de ce côté de plus nombreux consommateurs^^). Les premiers intérêts économiques de l'autre cAté de l'Océan sont ceux de l'agriculture , et tout ce qui la touche acquiert vite une extrême gravité. Cette nation , si sûre cependant d'elle-même » entrevoit à présent quel ébranlement et quelles ruines amènerait la diminution de la vente de ses denrées à l'Europe qui est devenue de ce chef plus indépendante. L'Amérique du Nord connaît trop bien ses intérêts pour persévérer dans une politique dont les dangers commencent à apparaître , et il est possible que , grâce h un tarif de douanes moins rigoureux, les tissus de soie redeviennent un des moyens de payement naturels des blés et des viandes des Etats-Unis. Toutefois la manufacture des étoffes de soie est acquise à cet empire;
(*) La question de l^éyentualité d'une conflommakion plus grande aux États-Unis des (issus de soie de fabrication européenne a été traitée par M. Steiger-Meyer, de Héri« sau, dans une communication qu'il a faite, en novembre 188&, à ia Société de commerce et d'industrie du canton de Saint-Gall, et qn'il a renouvelée, en la complétant, devant la Société de l'industrie de ia soie du canton de Zurich.
il faudra compter de plus en plus avec elle , même les droits d'en* trëe étant abaissés, et, en même temps, TUnion américaine n'ayant pas échappé à ces tourments économiques , le peuple n'y a plus , à présent, une capacité de consommation aussi forte qu'autrefois ^^\
La soie, en quelque lieu qu'elle ait été récoltée, est consommée partout. Ceux qui se vêtent de soie sont disséminés dans le monde entier. On ne peut donc pas n'observer que la capacité de consommer d'un seul peuple. Mais l'état de nos ressources, à nous Français, nous intéresse fort, parce qu'il détermine le caraclère des modes, et le jour oh notre pouvoir consommateur se sera relevé, la mode remettra en faveur la soie pure, la belle soie, de récolte française, de filature française, d'ouvraison française. Une demande plus vive de soieries se produira chez les peuples civilisés du globe; la soie suffira alors h peine à ses emplois. L'industrie rentrera dans les anciens courants. Nous n'en sommes pas là, nous en sommes loin peut-être. Toutefois la mode est si instable , ses mouvements sont parfois si différents de ceux qu'annonçaient les prévisions les mieux fondées, que, même avant le retour à une meilleure fortune, le goât des étoffes de soie peut renaître.
Aujourd'hui on ne peut que défendre et conserver les positions acquises; il serait cependant possible de reprendre quelques-unes de celles qu'on a perdues.
Pour la soie, peu demandée et lentement consommée, l'espoir est incertain, du moins en ce moment, d'une production qui donne la pleine rémunération du travail.
Pour les étoffes, il semble qu'il en soit autrement. Les efforts un peu tardifs ont été jusqu'à présenta la hauteur des difficultés; celles-ci grandissent sans aucun doute, elles grandiront encore. Elles peuvent être surmontées jusqu'à un certain point, et c'est une question de salut public que d'en entreprendre la solution. Des mesures diverses peuvent la préparer, mais il n'y aura de solution durable que par le progrès, que par une plus haute valeur des hommes. Nous restons convaincu qu'on trouvera dans l'institution d'un système d'enseignement plus complet et plus large un
(0 La consommation des (issus de soie a diminué aux Etals-Unis.
des plus efficaces moyens de garder notre force et de raccrottre. Aujourd'hui, un enseignement bien ordonné de la science, de Fart et de l'industrie doit faire partie de Toutillage public de la nation ; celle-ci ne peut pas ne pas le créer, l'entretenir et l'étendre dans l'intérêt de ses manufactures. La marche de l'industrie est désormais liée h la marche de la science; il faut savoir tirer de celle-ci, cet «outil de merveilleux service 9, comme disait Montaigne, un meilleur parti. Le développement merveilleux des moyens de communication augmentant la pression de la concurrence internationale, l'action du commerce doit être plus directe, conduite avec plus de rapidité, et doit s'exercer sur un terrain plus étendu ; nous n'avons pas encore tous les hommes propres à cette tâche , il faut les former.
De toutes les industries textiles, l'industrie de la soie est celle qui a pour nous le plus d'intérêt, c'est celle dans lacpielle le goût et l'art ont le plus d'occasions d'être appliqués. Elle est, en France, la véritable industrie nationale, la plus féconde. D'elle sont sortis le plus d'inventions , d'initiatives, de progrès; elle a toujours donné par ses produits une des principales contre-valeurs dans nos échanges, et elle a eu chez nous le plus de grandeur et le plus d'éclat (1).
(*) N0U8 parlerons, dans un autre travail, de la fabrique d^étoffes de soie, et en particulier de la falirique lyonnaise. Cette dernière a été, en i883, Tobjet de trois mémoires d^une réelle valeur : I/wâtuiriê lyatmaiaê de la êoie, ton état actuel , m» otwntr, par M. Léon Permezel; L*indu$trie lyoïmaiMe de la «oie au point de vue de Fart et de VêMêignement technique j par M. Éd. Aynard; Note ewr la Fabriqua lyonnaUe, par M. £. Panset
L*auleur est le VënitieD trMeir ou Maginus bea rabbi Gabriel Tzarphatin, appelé comnuinëinent «r maestro Magino de Gabrielo». U s'est propose dans cet ouvrage de donner aux Italiens les moyens de «ripsam artem facilem com exiguis sumplibus, etmagno adminiculo exercerez.