‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 42 sur 77 · PROPORTION POOR · texte numérisé non relu

PROPORTION POOR

d«s expéJitioBt faitea

par les maisoot japooaisea.

Sur les 5,089 balles expédiées en 1881-1889, s,8i8 balles étaient destinées à New-York.

Ce mouvement s'est ralenti en i88q-i883; les maisons japonaises n'ont exporté, dans cette année, que 3,760 balles (sur s8,7o5), soit i3 p. loo. Mais la proportion ascendante a repris en 1 883-1 88&, et, dans cette dernière année, cinq maisons de commerce japonaises ont expédié 7,^81 balles sur 99^907 balles, soit a 5 p. 100.

On exporte aussi des cocons du Japon :

1881 388,700 kilogr.

L'Exposition du Japon était bien ordonnée. Tout était réuni dans deux vastes salles, et la mise en scène avait été fort habilement conçue.

D'un côté, auprès de modèles des ateliers (magnanerie, filaturc, moulin pour l'ouvraison), les instruments de travail à tous les degrés, depuis le plus simple jusqu'au métier à retordre, et l'emploi, le fonctionnement de ces instruments était expliqué dans une suite de grands dessins à l'aquarelle; les principales races de vers à soie (œufs, chenilles, papillons), les espèces de mûrier généralement cultivées.

D'un autre côté, les produits : œufs, cocons, soies grèges, soies

dans ses magnaneries ^^\ Ces habitudes étaient et sont redevenaes générales au Japon ^^\ Les prescriptions que Ouékaki-Morikouni a consignées dans le Y(h9anrfi--rok, ou «Histoire secrète de l'éducation des vers à soie 99 ^^\ sont encore suivies à peu près partout ^'^\ Ouékaki-Morikouni enseigne que tout l'art se résume, t^dans les soins continuels, la patience, la propreté, la pureté de Tair, la température réglée, l'espacement des vers, leur parfaite égalité, la fréquence des repas et le choix de la feuille nourricière» ^^\ Un autre Japonais, un sériciculteur, Sira-kawa, a écrit aussi un traité sur la culture du mûrier et l'éducation des vers à soie qui ajoute peu de chose à ce qu'on savait de l'élevage au Japon ^^\

Lia sériciculture était arrivée à un haut degré de perfection; il a suffi de peu d'années pour la conduire près de sa ruine. Sous l'excitation de ventes faciles et de bénéfices énormes, la production a été exagérée. On a fait des grainages et des éducations au delà de toute mesure , sans aucune prudence. On a affaibli les races. En outre, on n'a plus apporté de soin dans le choix des cocons, on a tiré des soies grèges fines de cocons impropres à cet emploi, on a pris l'habitude de malfaçons dans la filature, on a mélangé des sortes diverses , on a commis des fraudes , bref on a compromis le bon renom des produits. Gela s'est passé de 1868 à 1870. Le Gouvernement japonais n'est pas resté impassible en

^') Sano est aussi un très habile fileur, et les soies qui portent sa marque sont très estimées sur le nsarchë de Lyon et sur celai de New-York.

^*) Le peuple apporte à la production de la soie, dans certains districla d'ailleurs les mieux situés, les plus salubres, beaucoup plus de soin qu^on ne le fait dans d'autres pays. M. F.-O. Adams a appelé l'attention sur la bonne tenue des magnaneries de Ghimonita et des villages voisins. Cliimonita est dans le Djocbiou.

(') Ythion-Ji-rok , L'art d'élever les ven à um au lapon , par Ouékaki-Morikouni, annoté et publié par Matthieu Bonafous. Ouvrage traduit du japonais par le D*^ J. Hoffmann. Paris, 18Â8.

f*) On trouve des renseiguemenla sur l'élevage des vers à soie dans les rapports de M. F.-O. Adams, secrétaire de la légation d'Angleterre au Japon {ReporU on eilk culture in Japon, 1869 et 1870); de M. Russell Robertson, consul d'Angleterre à Kanagawa (1873), et de M. James Troup, consul d'Angleterre à Niigata (1876), ainsi que dans un mémoire de D. Eniilio de Ojeda (Memoria iobre el eultivo y produecion de la §eda en el Japon. Madrid, 1879).

^^) Introduction, p. a 9.

^^^ Trailé de l'éducation des vers à soie au Japon, traduit du japonais par Léon de Rosny, 1868.

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moins le Japon a continué à alimenter les magnaneries de l'Europe, du Levant, et même celles de la Chine. Duseigneura attribué cette force de résistance à la nature de l'alimentation et surtout à l'influence des croisements ^'^ Nous dirons plus loin pour quelle autre cause il est probable que le Japon a été épargné.

La plupart des éleveurs font une partie de la graine qu'ils mettent à l'éclosion, mais il parait que c'est un usage constant de se procurer le complément de graine dont on a besoin dans les localités situées dans les meilleures conditions et auprès de graineurs renommés pour le soin avec lequel ils conduisent ce travail. Ces localités sont : Yanagawa, dans la province d'Ochiou; Yonésawa, dans la province d'Ouzèn; Chimamoura, dans la province de Mousachi, et Ouyéda, dans la province de Sinchiou. L'éleveur tient à renouveler sa graine et à la prendre à la meilleure source ^'^^.

Nous revenons sur le fait que nous avons cité plus haut, sur la force de résistance des races de vers à soie à la maladie. La fibrine existe depuis longtemps au Japon. Le Gouvernement japonais avait fait hommage en 1866 à l'empereur (Napoléon III) de vingt-cinq cartons d'œufs de vers à soie à cocons blancs et à cocons verts, qui certainement avaient été choisis avec soin. Dixhuit de ces cartons contenaient des graines présentant des corpuscules^^K On voit que la pébrine peut être répandue dans un pays, se succéder dans les éducations, même les mieux dirigées, sans qu'elle amène inévitablement la ruine de la sériciculture. Ce fait ne doit pas être attribué seulement à la vigueur propre des races asiatiques; cela est dû aussi au renouvellement fréquent des graines, à la façon dont l'éclosion est conduite, à l'espacement des vers, etc. ^*^

(') Le coeonde i(ne, s* ëditioD, p. i5s.

^*^ R. Robertson, consul d^Angieterre à Kanagawa, Report (Commtràal Rêporti hy Her Majeêty'i CoMuii in Japon, 1873, p. 56 à 60). — M. E. de Davier a nignalé des faits intéressants quant au choix des graines dans son ouvrage, p. sa et 93.

^') On verra ce que M. Pasteur a dit des cartons du Taïkoun dans les Etudei $ur la fnakdiê dê$ ven à 9oie, 1. 1, p. 39/1 et sqB.

(*^ Un insecte parasite, Voudji (Udichymia ienearûi), fait de grands ravages dans

m mm ESI L hatioialk.

Les premières soies du Japon arrivèrent en Europe en i858; ce furent d'abord des soies Sodal^^\ ensuite des soies Ida et Maîboêh, bientôt après les Oshtou, les unes et les autres propres, régulières et légères. Elles furent très recherchées par les fabricants, et la demande s'accrut rapidement. En même temps» en 1860 et en 1869, on avait reçu, mais en très petite quantité, des cartons d'œufs de vers h soie japonais; la réussite de ces graines avait attiré l'attention sur elles, et, quoique la vente aux Européens fût alors punie de mort, l'exportation prit, dès 186 A, une importance inattendue. Le Gouvernement n'autorisa la vente et l'exportation qu'en i865.

Les faits relatifs au grainage n'ont déjà plus qu'un intérêt rétrospectif; nous^ ne nous y arrêterons pas.

En Europe, le grainage a été amélioré; on a reconstitué les anciennes races à cocons jaunes, et, petit à petit, les graines japonaises ont été écartées. On en met encore , il est vrai , une assez grande quantité h l'éclosion, mais, comme on le verra par le tableau suivant, la demande, par suite l'exportation du Japon, a ::notablement décru.

Nombre de cartons ^'^ exportés du Japon.

Année 1865 9,^5o,ooo

KH HOYINIII, riB Al.

De 1865 à 1867 i,/îoo,ooo

De 1868 à 1870 i,553,8oo

Périodes 1 De 1871 h 1873 i,368,6oo

triennales. ) De 1874 à 1876 1,007,100

De 1877 à 1879 969,300

De 1880 à 1882 300,700

Années.. . . | ^g^^ ^^^^^

les DûagDaoeries japonaises, et même, mais beaucoup moins, dans les magnaneries chinoises. Cet insecte dépose ses œufs sur les feuilles du mûrier, et ie ver à soie, en mangeant celles-ci, avale les œufs. Les œufs de Voudji édosenl dans la chenille, s^y développent et la font périr à Tétat de larve on de chrysalide. (Voir une note de M. C. Sasaki.)

(^) Les soies Sodai viennent de la province de Mino, dans la zone australe.

(*) Nous avons donné )e nombre des carions, mais on compte aussi par caines ; la caisse contient environ s5o cartons.

De 186& à 1880, l'Europe a reçu, en tout, environ âi,5oo,ooo cartons, valant 365 millions de francs.

Chaque année, nous le répétons, la demande diminue, et, dans un temps que nous croyons peu éloigné, on ne tirera du Japon que les quantités nécessaires pour un renouvellement très restreint de graines, renouvellement dont les avantages sont d'ailleurs discutés. Même dans les provinces de l'Italie où les races japonaises sont encore préférées, les graines de races de Japon de grainage italien sont plus estimées que les graines venant du pays d'origine.

La sériciculture japonaise a certainement beaucoup gagné à une grande limitation du grainage; elle dispose pour elle-même de plus de bonnes graines, et la filature de plus de cocons de choix.

Tout robustes qu'elles étaient et quelle que fût la cause de leur force, les races japonaises auraient eu le sort des races des autres régions séricicoles, si le grainage y avait été poussé aussi follement. Le Gouvernement, qui a sur le commerce indigène une autorité absolue, a empêché l'établissement de magnaneries trop grandes, a éloigné les entrepreneurs étrangers, a limité la production des graines, a établi une réglementation assez sévère; grâce à ces mesures restrictives justifiées par le danger, il a conservé au Japon l'industrie qui est sa première richesse. Le décroissement successif de la demande de graines pour l'Europe permet d'espérer qu'on n'a plus d'inquiétudes à avoir.

Il y a une trentaine de sortes de soie de Japon; elles portent des noms différents et ne sont pas pliées de la même manière. On distingue une quinzaine de pliages dissemblables. On trouvera dans l'ouvrage de M. Ë. de Bavier le dessin de quatorze sortes de soie^^^. On reconnaît une soie à première vue par son pliage, mais les marchands donnent quelquefois à une soie de qualité inférieure le pliage d'une soie plus estimée.

Les noms sont tous, conune en Chine, des noms de provinces, de districts ou de localités. Les soies Osinou viennent de la pro-

^^) La iériciculture au Japon, planche A.

292 SOIES DES VERS DOMESTIQUES DU MÛRfER.

vince de ce nom ; elles comprennent plusieurs espèces : les Oihiou Hamaski, les Oshiau Etshingo, les Oshiou Hartmici, les Oshiou Kakéda, etc. Etshingo est le nom d'une province; Hamaski, Harimici, Kakéda, sont des noms de localités. Les soies dites grappes ou grape» hanks sont ainsi appelées à raison de leur pliage. Nous citerons parmi elles : les Sinshiou et les Djoshiou, ainsi désignées d'après le nom de la province; les Maîbash, les Shimonita, les Tomyoka, les Takasaki, qui portent le nom de districts ou de villages. Les taysaams du Japon sont des soies filées dans les provinces situées à l'ouest, à l'est et au sud du lac Biwa, principalement dans le Gochiou. Les tusêok sont des soies de couleur brunâtre, soie de vers du mûrier qui viennent du district de Hachodji, dans la province de Mousachi.

Toutes ces sortes étaient représentées à l'Exposition par des échantillons originaux, bien choisis, présentant le pliage du lieu d'origine, de manière qu'on pouvait se faire une idée juste de la valeur et de l'aspect de chacune d'elles.

On ne peut plus juger aujourd'hui de l'industrie japonaise par les produits des filatures primitives ^^). Déjà, en 1870, dans des notifications officielles, le Gouvernement recommandait l'emploi des méthodes de travail européennes. Ce n'est qu'en 1879 que les premières filatures furent montées : l'une de 3 00 bassines à Tomyoka ^^^ l'autre de 73 bassines à Yédo. Le Gouvernement, qui avait pris l'initiative de la fondation de ces usines, a poursuivi cette entreprise avec fermeté. Son exemple a été suivi, et, en 1877, en 1878 et en 1879, on a élevé beaucoup de petites filatures, chacune de âo à 5o, même de 100 bassines, dans les provinces de Sinchiou, de Kochiou, de Hida, etc. En 1878, dans la seule province de Sinchiou, une cinquantaine de filatures étaient en pleine marche. Ces usines sont situées pour la

^') La description des appareils pour le tirage de la soie dans le Djochiou et TOchiou se troave dans le livre de M. de Bavier (p. i3o à i33, pi. i).

(*) C'est dans la filature modèle de Tomyoka, qui a produit jusqu'à i5,ooo kilogrammes de bonnes soies par an, que les Japonais ont appris à oonnatlre les procédés de filature a l'européenne.

plupart au bord de cours d'eau , et possèdent toutes des moteurs hydrauliques.

On a estimé, en 1878, que ces filatures fournissaient le cinquième ou le sixième de toute la production : ce serait donc de 35o,ooo à &âo,ooo kilogrammes ^^l Cette estimation était exagérée pour l'époque.

Nous devons à l'obligeance de MM. Hecht^Lilienthal et C'% de Yokohama, la liste de toutes les filatures à l'européenne qui étaient en activité au commencement de l'année i88â. On comptait alors plus de 600 établissements, et 63 d'entre eux avaient chacun de 5o à 3oo bassines. Les plus grands ont reçu d'Europe tout leur matériel.

Voici le résumé de ce recensement :

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