‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 43 sur 77 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

DBS PILATIRES

de plus de 5o mssiaes.

ROMMB TOTAL des

BiWllICS.

DE SOIS par ao.

kilogr.

f') Martin Dohmen, consul d'Angleterre à Kanagawa , Ae/7orl , 1878.

Le nombre et l'importance des filatures k l'européenne ont augmenté depuis Tannée 188 s, a ce point qu'on estime qu'on exportera, pendant ia campagne de i883-i88&, près de 700,000 kilogrammes de soies de filature et de soies redévidées.

Le marché de Yokohama, qui est le grand marché des soies, reçoit la presque totalité des produits de ces filatures; c'est aussi Yokohama qui est le plus largement approvisionné en soies redévidées.

Il a été apporté, sur ce marché, de soies de filature et de soies redévidées :

Pendant la campagne de 1879*1880, 8,1 1& balles, soit 970,000 kilogrammes;

Pendant la campagne de 1880-1881, 11,789 balles, soit 390,000 kilogrammes.

La quantité a été beaucoup plus grande dans les années suivantes, jusqu'à près de 3o,ooo balles en i883-i884.

Les fabriques indigènes n'emploient pas les soies de filature; elles ne consomment que des soies fermes, telles que les Hamaski, les Ida, les Sodat, les Machta et autres.

Parmi les filatures à l'européenne, il en est qui ont fait connaître leur marque assez avantageusement en Europe et aux Etats-Unis pour que leur production ait un placement assuré, et soit même retenue à l'avance. On peut citer les filatures de Kofou (dans le Gochiou, â^o bassines), de Nihon-Matzou (dans le Iwachiro, 168 bassines), de Tomyoka (dans le Djochiou, 3oo bassines), de Tokio (dans le Bouchiou, 96 bassines). Les fabricants américains estiment beaucoup ces soies, et ils tendent à absorber, comme on l'a vu plus haut, une notable partie de la production des usines japonaises.

Le mouvement dont nous parlons (le mouvement vers l'organisation de filatures à l'européenne) n'est pas près de s'arrêter. 11 y a eu cependant quelques déceptions : en produisant des soies fines, les Japonais sont entrés en concurrence avec les soies de France et d'Italie qui ont une valeur intrinsèque supérieure.

Ce que nous avons dit au sujet de la filature à l'européenne en Chine est aussi vrai pour le Japon. La France, l'Europe, sont

étrangères à Tintroduction de l'outillage nouveau dans les ateliers japonais. L'initiative a été prise par le Gouvernement du Mikado. Aujourd'hui les Japonais érigent des usines d'après les modèles de rOccident, y installent des moteurs à vapeur ou à eau, commandent en France ou en Italie le matériel le plus perfectionné , sans prendre conseil des maisons européennes, sans recourir à elles, à leurs capitaux, à leur personnel, sans avoir besoin de leur direction. Ils forment eux-mêmes leur personnel. On a vu, à l'Exposition universelle de 1878, les plans de l'Ecole impériale de filature, d'où sortent chaque année des contremattresses et des ouvrières habiles, et l'on sait que plusieurs écoles du même genre ont été ouvertes dans les provinces.

L'aide que le Gouvernement japonais a donnée et continue à donner à Tindustrie de la soie a été très raisonnée et très active. Un établissement d'études pour l'éducation des vers à soie, le Yo$ankakari, a été fondé en 1 8 7 & à Tokio.

Le Ministère de l'agriculture ouvre chaque année une enquête sur les résultats de la récolte. Nous avons eu dans les mains le «Tableau des essais de soies filées dans les établissements du Kaïtakouchi (Ministère des colonies) et chez des particuliers, à Yéso, dans l'Ile de Yéso, dans la 1 0" année de Meidji (1877)^^^ "•

Ce tableau contenait les renseignements suivants :

Provenance des graines, race des vers, nombre de cocons contenus dans un chto (1 litre 8197), poids des cocons contenus dans la même mesure, longueur moyenne de la bave du cocon, poids moyen du cocon , poids de la soie grège obtenue des cocons contenus dans un chio, poids le plus grand de la soie grège tirée de quatre cocons, ténacité et élasticité de la soie, poids des déchets (provenant des cocons contenus dans un cAto), perte, degré de température de leau des bassines.

Un autre tableau non moins intéressant présentait les résultats d'essais de graines faits en vue de la production des cocons doubles. On sait que la production de ces cocons est indépendante

tO Ce Ubleau ëlait à rExposition de 1878. — Le Kaïtakouchi, Ministère des colonies, ou plutôt Ministère de la colonisation de Tlle de Yéso, a été supprimé par un décret du 8 février 1883 {BuUetin amiukùre fra$içm$ , 188 A, p. 391).

du système d'éducation et de boisement, et qu'on l'attribue à l'affaiblissement de la race. Duseigneur regardait les races japonaises comme donnant la plus grande proportion de cocons doubles ^^\ Cette proportion s'est très notablement abaissée depuis qu'on ne se sert plus de ces cocons pour le grainage. Nous reviendrons sur les cocons doubles en parlant des doupptons dans le chapitre consacré aux soies retorses.

On voit comme, au Japon, on est attentif à toutes choses.

Partout les rivalités naissent et grandissent, partout nos propres progrès s'y ajoutent. Cette lutte est inévitable. Mais nous aussi, en Europe, nous avançons, nous réformons notre outillage, nous le perfectionnons, nous apportons dans le travail plus d'économie, plus de soin, plus de science. Quoique la compétition des fileurs japonais puisse devenir encore plus redoutable, nous sommes fondé à penser que nous la dominerons.

Aucune soie japonaise n'a l'excellence des soies des Cévennes ou du Piémont, excellence quant à^la nature et quant au tirage, mais quelle diversité de qualité dans les soies du pays du Soleil levant! Combien il y en a parmi elles de propres à des emplois spéciaux, combien il y en a que nous avons jugées sans défauts! On n'a pas oublié ces soies d'une blancheur éclatante, nettes, fines, régulières, légères, soies qui sont devenues indispensables à nos fabriques, qui remplacent souvent les nôtres sans les valoir.

On a jugé souvent avec des préventions l'avenir de la production de la soie au Japon. On a pensé que les effets fâcheux qu'a amenés l'industrie facile du grainage se feraient sentir longtemps; on a prétendu que le peuple japonais, du fait de la race, ou plutôt du fait du climat, n'a ni la même vigueur, ni la même ténacité que le peuple chinois ^'^\ L'événement a contredit ces prévisions. La demande des soies du Japon est restée très vive. La sériciculture et la filature à l'européenne ont pris l'une et l'autre une extension qui progresse encore. Il est d'ailleurs à remarquer que, si les Japonais n'ont peut-être pas toutes les qualités des

^') Le cocon de eoie, s* édition, p. i5/t et a 19.

(^^ M. Léon Melchnikoff a insisté dans son ouvrage sur faction débilitante du climat du Japon (L'empire japonaû, 1881, p. 83).

Chinois, ils ont au moins, en matière d'éducation des vers à soie, plus de soin et de propreté , et ils tiennent plus de compte des recommandations et des directions données par les Européens.

L'ouvraison des soies est au Japon, comme en Chine, une petite industrie très divisée. Les mouh'niers ne travaillent que pour les fabriques indigènes ^'\

Les principaux procédés d'ouvraison au Japon sont les suivants :

Le kata yori, filage ou torsion simple;

Le awofè yori, torsion de gauche à droite de plusieurs fils de soie;

Le nwro yori, torsion de droite à gauche de plusieurs fils de soie ;

Lehonyori, torsion très forte de plusieurs fils de soie;

Le habé yori, doublage et torsion de deux soies déjà fortement tordues (hon yori)^ Tune fortement tordue de gauche & droite et l'autre fortement tordue de droite à gauche.

Avant de terminer, nous rappellerons que la soie nayasu est une soie grège qui, étant enfermée dans un sac de cuir, est battue, pendant une heure, avec des maillets de bois.

Le Jury a décerné aux fileurs japonais trois médailles d'or et trois médailles d'argent.

Médmlles d^or.

T. Hochino (5oo ouvrières), département de Gomba, province de Kodzouké;

R. Sano (600 ouvrières), département de Foukouchima, province d'iwachiro ;

Ochima-cho-cha ( & 5 o ouvrières), département de Totchigui, province de Chimodzouké.

(') M. E. de Bavier a décrit les pi-ocëdés de reddvidage et de moolinage des Japonais (La iéricieuUure au Japon, p. t33 a i37, pL ii et 111).

Les vers à soie du mûrier donnent, en Chine, près de lo millions de kilogrammes, et, au Japon, plus de s millions et demi, peut-être même 9,800,000 kilogrammes de soie; il semble que nous devions trouver dans Flnde une production de soie qui soit en proportion de la grandeur de cet empire.

Le territoire présente un relief très varié. Sans parler du massif énorme de l'Himalaya et des bassins formés par les deux puissants fleuves qui en sortent, il y a, sur presque toute la surface du pays, comme un double réseau de montagnes et de cours (l'eau, et de plus de vastes plateaux dont l'altitude tempère l'ardeur du soleil, de sorte que, à première vue, il semble qu'on doive trouver réunies, dans des régions diverses, les conditions réputées les plus favorables à l'élevage des vers à soie. On sait, d'une façon générale, que la population abonde, que la main-d'œuvre est à bas prix, que le paysan indien est adroit, dur au travail et frugal, d'oii cette conclusion que, de ce chef, l'industrie qui nous occupe trouve des facilités particulières.

Cependant les récoltes de cocons n'ont jamais eu, dans l'Inde, une importance en rapport avec son étendue, comme avec les avantages qu'on attribue à cette contrée.

Un fait aussi capital a sa raison d'être, et il faut, avant tout, la chercher.

Les états qui forment l'empire britannique de l'Inde s'étendent dans cette partie de l'Asie qui possède des climats si différents, des terres exceptionnellement fécondes, les cultures les plus diverses, mais, si nous examinons avec quelque soin dans quels milieux la sériciculture peut être exercée, nous sommes amené à faire les remarques suivantes.

Dans l'ensemble, l'Inde, à l'exception d'une région montagneuse relativement petite, supporte, pendant Tété, une chaleur excessive; l'air est brûlant. Dans la partie méridionale, au-dessous

culture du Gouvernement de Tlnde^'l II forme le complément, jusqu'à l'époque actuelle, du mémoire de M. J. Geoghegan, écrit en 1872, également par l'ordre du Gouvernement, et que nous citerons souvent ^^l M. L. Liotard a eu à sa disposition tous les documents que l'Etat possède. Son travail est très instructif, et cependant nous n'en avons pas encore les chapitres les plus intéres-r sants. L'auteur a commencé par continuer l'histoire commencée par M. Geoghegan, par faire le récit des entreprises auxquelles l'Etat a donné quelque assistance, et par présenter un aperçu de l'état des choses. M. Liotard promet de donner, dans la troisième partie, une estimation de l'importance des récoltes (^).

Nous avons vu que, pour chaque contrée, les estimations de la production ont singulièrement varié.

Les estimations de la production de la soie dans l'Inde ont été en petit nombre; elles ont été aussi très différentes. Nous n'en connaissons que quatre.

Tavernier, le célèbre voyageur, écrivant en 1676, rapporte que le seul district de Kasem bazar peut fournir chaque année 9,900,000 livres de soie jaune (^\ et l'on retrouve dans le Dictionnaire universel de commerce de Savary^^' le chiffre de Tavernier ^^^ ; la ville de Kassim bazar, située près de Berhampour, est en ruines, et le district auquel elle donnait autrefois son nom est aujourd'hui celui de Mourchidabad. Tavernier est généralement exact; ici, il aura attribué au seul district de Kassim bazar la récolte de soie pour l'Inde entière. Isidore Hedde, qui avait reçu de Perrottet des renseignements nombreux, a donné le chiffre

^^) L. Liotard, Mémorandum an tilk m India, part I, GalcuUa, i883.

t*) J. Geoghegan, Some aeeount 0/ iilk in India, especialhf 0/ the varioui attempU to encourage and exiend iericicuhure in that country, 1'* édition, Calcutta, 1879; 9* édition , Londres , 1 8 7 & .

^') n n^y a aucune indication de la quantité de soies récollées dans Touvrage sur rinde le plus récent : Tke Indian empire, par W.-W. Hnnter, 1889.

(^) Le» Six voyageê de Jean-Baptistê Tavernier, 9* partie, 1676, p. 960. — «La soye de Kasem basar, dit Tavernier, est jaunAtrc , comme sont toutes les autres soyes crues qui viennent de la Perse et de la Sicile r (9* partie, p. 961 ).

(^) 1'* édition, 1796, t. II, col. 1619.

(*) Voir aussi VEncydopédie ou Dictionnaire raieonnê des ecienees, t. XV, 1760, p. 970.

d0 llnde.

ANNÉES

COCONS

SOIES

OBèOBS.

Page 1