‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 44 sur 77 · DB SOIE · texte numérisé non relu

DB SOIE

TOTAUX

kilogr.

99,6lO 8,370 19,970

io,65o

kilogr.

iî>4,7oo 997,710

kilogr.

kiJogr.

Le Syndicat des marchands de soie de Lyon a inséré dans sa Statistique annuelle des chiffres plus élevés, comme on le verra ci-après :

Exportations des soles grèges de l'Inde.

m aOTIHRI, PAl AV.

Périodes triennales.

Années. . .

De 1872 à 1874 607,600 kilogr.

De 1875 À 1877 5*0,960

De 1878 k 1880 475,000

1881 38a,ooo

L'exportation en i883 a compris 8,1 âi balles, savoir : 1,009 balles exportées pour l'Angleterre, et 7,1 19 balles exportées pour la France, l'Italie, le Levant, les Etats-Unis, etc.

Les quantités précédentes représentent, est-il dit, les soies (en balles du poids moyen de 66 kilogrammes) exportées de Calcutta; elles ont été établies d'après les états de sortie publiés par la Chambre de commerce du Bengale. Nous ne pouvons pas ne pas admettre comme exactes les déclarations faites à la douane, qui ont servi probablement à dresser les tableaux de la Chambre de commerce; dès lors, les quantités données par celle-ci doivent comprendre d'autres matières (des cocons ou des déchets de soie de l'Inde) ou des soies étrangères réexportées.

On peut compter que l'exportation enlève, aujourd'hui, â5o,ooo kilogrammes de soie grège par an.

ils font usage sans scrupule de tissus de soie et de coton mélanges, et ces tissus sont même désignés sous les noms génériques de mackrou et de 9ouJi qui signifient /^ermt'a ou légal^^\ Quant aux autres Indiens non Mahométans, et ce sont les plus nombreux, les deux tiers environ ne portent pas de vêtements de tissus de soie , même de tissus de soie et de coton ; ils sont trop pauvres pour cela. On peut donc compter que de 90 à 100 millions d'indigènes sont vêtus de soie ; il n'y a naturellement qu'une partie de ces indigènes, les Parsis, les Birmans, quelques Assamais et les gens riches dont le costume journalier est de soie. Même réduite de la sorte, la consommation est encore considérable, et il est naturel que la fabrication de ces tissus, grande industrie presque autant qu'industrie domestique, soit très répandue, très active même, dans certaines parties de l'Inde ^^^ Il faut qu'elle le soit, puisqu'elle absorbe, comme nous l'avons dit, presque toutes les soies de filature primitive , puisqu'elle a déterminé et qu'elle entretient une importation continue de soies de la Chine, du Japon , de la Perse et de l'Asie centrale. L'importation de ces soies , par les frontières de mer, a été, dans les dix années de 1878- 1874 à 1882-1883, de 970,000 kilogrammes en moyenne par an, et elle a été de près de 1,100,000 kilogrammes en i88a-i883. On réexporte â 00,0 00 kilogrammes environ de ces soies, de sorte qu'il reste, à présent, chaque année, au moins de 800,000 à 900,000 kilogrammes de soies étrangères dans l'Inde. Un tel fait est digne d'attention. Nous avons dit que c'est au moins de 800,000 k 900,000 kilogrammes, attendu que nous n'avons pas tenu compte des importations par les frontières de terre, pour lesquelles on n'a pas de renseignements certains. On sait qu'une partie des soies qui sont tissées dans le

t*) Sir George G. Birdwood : Pains univenal Exhibition of iSyS, Hand-book to the Brid^ ifUUan iêction {Présentation édition) , 1 878 , p. 101. The industrial arts o/India , 1881, vol. II, p. 95.

W Dans un livre où des faits nombreux et bien observes sont exposés et expliqués avec une science solide. Sir George Birdwood a tracé un tableau saisissant de Timportance da tissage de la soie dans Tlnde {The industrial arts o/India, vol. II, p. 96 h 118).

mPHIIICRIE HATIORALt.

Panjab, par exemple, viennent du Cachmyr, de TAfghanistan et surtout de FAsie centrale ^^\

On ne fait pas seulement des tissus de soie dans Tlnde pour les besoins du pays, on emploie une notable quantité de soie à faire des broderies et de la passementerie. Enfin on tisse, pour être envoyées en Europe et en Amérique, des étoffes de soie pure {œrahs, chappahs, etc.), et, pour être vendues en Birmanie, dans le Siam, rindo-Gbine et l'Archipel Indien, des étoffes de soie pure, de soie et d'or, de soie et de coton.

Pour mettre un peu plus de clarté dans notre exposé, nous avons séparé, autant que nous avons pu le faire, les soies des vers du mûrier des soies des vers sauvages , et nous ne parlerons ici que des premières.

MM. Louis Payen et C'% de Lyon , qui ont une grande expérience de l'industrie et du commerce de la soie dans l'Inde, ont estimé la production de la soie du ver du mûrier dans l'empire à près de 800,000 kilogrammes pour l'année 188a. D'un autre côté, le consul général de France à Calcutta a transmis une estimation de la récolte dans le Bengale faite pour 1 88 li. On récolterait dans cette région 7,&6â,ooo kilogrammes de cocons frais, et, comme le rendement est, en moyenne, de 1 kilogramme de soie pour 17.7 kilogrammes de cocons frais, le produit en soie serait de & 9 0,000 kilogranunes. De ces As 0,0 00 kilogrammes, l'exportation enlèverait s3o,ooo kilogrammes, et la consommation intérieure retiendrait 190,000 kilogrammes. Nous sonmies arrivé à un compte différent. La production de la soie des vers du mûrier nous parait être de 600,000 kilogrammes : â 5 0,000 kilogrammes sont exportés, et 35o,ooo kilogrammes sont tissés ou sont mis en œuvre de différentes façons par les Indiens.

La sériciculture s'est étendue en Chine et au Japon; après être restée stationnaire dans l'Inde pendant une longue suite d'années, elle y aurait diminué d'importance.

Cet affaiblissement est certain. Si nous voulions en fournir des

(^} «De Bnkbara, de Kokhan et de Kundaz.» (Voir Baden H. Powell, Hand-bottk ofthe économie producU 0/ the Punjab . . . , 1 868 , p. 1 68. )

preuves 9 nous les trouverions dans les ouvrages de M. Gcoghegan et de M. Liolard. Ces auteurs, reproduisant les assertions des fonctionnaires le mieux placés pour connaître l'état réel des choses, affirment que, dans bien des districts, l'industrie ou a décliné ou même peut être regardée comme éteinte. M. Liotard, dont le livre a été écrit dans les derniers mois de l'année i883, signale, il est vrai, la filature par les procédés primitifs, la filature des indigènes, comme étant, dans plusieurs districts du Bengale ^^\ dans une condition prospère, mais il montre que la filature à l'européenne est languissante et même dans un état très précaire ^^\

Dans l'ensemble, le resserrement du champ de la production et l'amoindrissement des récoltes sont-ils aussi grands qu'on le prétend? La démonstration n'en a pas été faite.

On s'est fondé, pour soutenir cette thèse, sur la diminution de l'élevage dans quelques districts et particulièrement sur le décroissèment de l'exportation. Le premier fait n'a de valeur que s'il s'est produit sur un territoire étendu et s'il n'y a eu nulle part de compensation. Le second fait n'est pas contesté; on peut toutefois l'expliquer.

L'exportation des cocons, des soies grèges et des déchets de soie, qui était, dans la période quatriennale de 1860-1861 à i863- 186&, de 83o,ooo kilogrammes, a été, dans la période quatriennale de 1879-1880 h i88â-i883, de 690,000 kilogrammes, mais le tissage indigène a fait emploi de plus de soie.

MM. Louis Payen et C"* sont d'avis que la diminution dans la production est plus apparente que réelle ^^^. On porte beaucoup

'^) ffThe native side of tbe induslry is prospering : in ils agricultiiral aspects, a dit en i883 le receveur du district de Maldah, M. R. Porch, and as regards the easy profits made by tbe natives, tbe mulberry silk industry must be considered in tbe district as brîsk, prospérons, and flourisbing» (L. Liotard, Mémorandum on iilk in India, part 1, p. ao).

^*^ M. Liotard a fait avec beaucoup de clartë Texposë de la situation de Tinduslrie au Bengale {Mémorandum, part I,p. 19 a a 9).

^') En d^autres termes, il semble qu'on a produit moins de soie, parce qu'on en a exporté moins. MM. Louis Payen et G'*, qui sont d'ailleurs de bons juges de l'état des tissages indigènes, regardent l'accroissement dans la consommation dans les tissages comme ayant compensé le décroissement de l'exportation des soies. Le différend porte sur ce point.

no

plus de vêtements de soie dans les différentes parties de Tlndo- Gbine, et les soieries de l'Inde ont pris dans ces pays une place qu'elles n'avaient [)as auparavant. Les quantités de soieries qui figurent h la sortie sur les états de la douane sont, d'après des témoignages qui paraissent dignes de foi , au-dessous de la vérité. Le tissage domestique s'est étendu, le tissage en manufacture a été organisé et a pris promptement une importance qui progresse; la fabrication des étoffes de soie a même, dit-on, été introduite dans de nouveaux milieux (ce dernier fait n'est pas certain). C'est évidemment au développement, à l'état florissant de cette industrie qu'il faut attribuer ce qu'on rapporte de la vente facile et avantageuse des soies de filature indigène, et entre autres de ces soies dites khangrou qui sont si demandées. Il y a, depuis plusieurs années, dans les provinces du Sud et du Centre, une fabrication très active, avec des soies communes, d'un titre variant de 3o à 5o deniers, d'étoffes destinées à la Birmanie et à l'Arcbipel Indien. Les vides résultant de la moindre consommation des tissus du type du corah en Europe et en Amérique ont été comblés.

En somme, la production de la,soie a diminué. Cette opinion que nous partageons n'est pas celle de tout le monde. On a soutenu cette thèse que la production est restée stationnaire et que c'est le rapport entre l'exportation de la soie et sa mise en œuvre dans l'Inde qui a changé.

Ce qui fait supposer que la diminution des récoltes n'a pas été très grande, c'est que, malgré une progression incontestée dans l'extension du tissage, la consommation des soies étrangères s'est peu accrue. On en consommait 790,000 kilogrammes en moyenne par an dans la période quatriennale de 1870-1871 à 1873-187/4, et 860,000 kilogrammes dans la période de 1879- 1880 à 1882-1883^^1 11 ne s'agit que des soies importées par les frontières de mer, et nous ajouterons que, par suite de l'état pendant longtemps troublé des contrées limitrophes de l'Inde au Nord-Ouest, une partie des soies de l'Asie centrale ne sont plus

(^) Importations des soies étrangères par mer, déduction faite des réexportations des mêmes soies par mer.

entrées par la frontière de terre et ont été introduites par mer. Ainsi, Amritsir, dans le Panjab, qui recevait, en moyenne, par an, 128,000 kilogrammes de soie de 187a à 1877, n'en a reçu que 53, 000 kilogrammes également par an de 1878 à tSSi^'K

Dans les périodes précitées de 1870-1871 à 1878-1874 et de 1879-1880 à i88a-i883, l'importation des tissus de soie pure ou mélangée a passé de 6,600,000 mètres à i 6,700,000 mètres en moyenne par an; elle a plus que triplé.

Il est malaisé de définir la situation. Il semble que, dans les circonstances présentes, pour Tindustric de la soie , sériciculture, filature et tissage, le cercle des entreprises ne puisse être élargi que difficilement. Dans plus d'un district, par le cours naturel des choses, d'autres cultures ont remplacé la culture du mûrier. La moindre demande de la soie en Europe a réduit le travail dans les filatures à l'européenne, et par suite la consommation des cocons, mais la récolte de ceux-ci ayant diminué dans une plus forte proportion, les filateurs à l'européenne s'efforcent de détourner à leur profit les cocons qui ont alimenté jusqu'à présent les filatures des indigènes. Celles-ci soutiennent cette concurrence. On s'accorde à les regarder comme étant prospères, et, comme nous l'avons dit, on peut mesurer cette prospérité par le nombre des métiers à tisser en pleine marche, par les profits réalisés dans le commerce des tissus et par la progression ascendante de l'exportation de ceux-ci.

Après ce premier exposé sommaire d'un état des choses sur lequel nous reviendrons, nous allons essayer de montrer de quelle façon l'industrie a été introduite dans l'Inde et dans quelles conditions générales elle s'y trouve.

Les origines sont obscures. En fait, on ne sait rien de la naissance de cette industrie dans l'Inde. On croit que, comme dans d'autres pays, le tissage de la soie, laquelle venait de la Chine, a précédé l'art de la filer. Cependant, quand Hiouèn-lhsang, le cé-

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