‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 45 sur 77 · L. LioUrd, Mémorandum on iUk m India, part I, p. â · texte numérisé non relu

L. LioUrd, Mémorandum on iUk m India, part I, p. â

lèbre pèlerin bouddhiste, a visité Tlnde au yii* siècle de notre ère, il ne semble pas qu'on y fabriquât beaucoup d'étoffes de soie.

On pense que le mûrier et le ver à soie ont été apportés de la Chine, et des observateurs, se fondant sur la fixité et l'importance des stations anciennes et actuelles de l'insecte dans la même région, quoique celle-ci ne convienne pas le mieux au tempérament du ver à soie, ont admis que ce ver est venu de l'Est dans la péninsule hindoustanique. Gela est douteux. Les Chinois, même dans les temps anciens, entretenaient des rapports avec les peuples de l'Asie centrale, même avec llnde et la Perse; ils ont porté leurs armes, dans le i*' siècle de notre ère, jusque sur les bords de la mer Caspienne. La grande voie commerciale, la plus connue, plus fréquentée autrefois que de nos jours, traversait cela TartarieTi, c'est-à-dire ces petites principautés alors florissantes, depuis Yarkand jusqu'à Balkh; elle franchissait le Thiènchan par deux passes célèbres : celle du Nord et celle du Sud (le Thièn-chan pé lou et le Thièn-chan nan lou). Il est très probable que c'est par le Nord, par la Bactriane, le Cachmyr et le Panjab^^) que l'Inde a reçu le ver à soie. Hutton a exprimé cette opinion ^^\

Nous avons montré précédemment que le mûrier et le ver à soie sont, à l'état de nature, propres à une contrée septentrionale, non pas sans doute à un climat absolument froid, mais au climat d'un pays à été très chaud et à hiver froid, même rigoureux. Nous ne sommes pas aujourd'hui seul à affirmer que c'est au nord de la Chine, soit en Mongolie, soit en Mandchourie, soit dans le Cban-si ou le Chan-toung, qu'il faut placer la station primitive du mûrier et du ver à soie, et, en parlant de ce dernier, nous parlons du ver à soie du mûrier. Des vers à soie sauvages à cocons jaunes et d'autres à cocons blancs ont été découverts dans le nord de la Chine, et, quoique l'espèce à cocon jaune soit, à présent,

^^) Nous parlerons souvent du Panjab. li forme un dos gouvememenis de la Présidence du Bengale. Son nom signifie Terre des cinq rivière»: Le Jbilam, le Tchinab, le Ravi, le Beïah cl le Sullej arrosent cette région et se jcllent dans Tlndus.

^*^ fioles on tke tilkwornu oflndia, p. 1 1 .

la plus répandue, on ne peut rien affirmer quant à rantériorité de telle ou telle espèce.

Le mûrier croit à l'état sauvage dans l'Himalaya, dans des milieux qui ne paraissent pas différer beaucoup de ceux où il a été trouvé au nord de la Chine. Il n'est pas douteux qu'il est indigène. Le mûrier blanc est, croyons-nous, la seule espèce de ce genre qui soit dans l'Inde ^^^ ; nous en connaissons sept ou huit variétés dans ce pays. La plus commune est la variété inâica; les variétés ^errata, iatarica, aupidata, atropurpurea, lœvigata, sont dans l'Himalaya ^^\ La variété latîfoUa ^^^ et ses sous-variétés sont cultivées dans plusieurs districts , principalement dans les provinces du Nord-Ouest et le Panjab; elles ont été apportées de la Chine.

Ije capitaine Thomas Hutton a fait la remarque que, dans l'Himalaya, partout oili le Theophtla HutUmi, qui est un ver bivoltin, vit à l'état sauvage , le mûrier a , de mars à novembre , deux pousses de feuilles bien marquées et fournit naturellement deux récoltes de feuilles. C'est un des exemples que Hutton a présentés à l'appui de son opinion que, dans tout district oh l'on trouve le mûrier et le ver h soie indigènes, la variété de mûrier qui y croit convient le mieux à l'espèce ou à la variété de ver à soie du même district, et que, si l'on veut acclimater ailleurs celui-ci, il faut acclimater dans le même lieu le mûrier du pays d'origine ^^K

Le mûrier est appelé touda en sanscrit. Il est connu dans toute l'Inde sous le nom de tount; c'est aussi son nom en persan et en arabe. Toutefois la forme tout a été adoptée de préférence dans ces deux langues. Le Marus indka est appelé dans le Bengale deêti tout (mûrier indigène).

^') On sait que la plupart des variétés du mûrier blaoc portent des baies rouges ou noires : les variétés talaricaf itaUea, mdica, $tylo»a, latifoUa, kmgata.

^*^ Le Moruê mdiea de Lioné , ie Morui Imvigata de Wallich , le Morut atropiÊrpurtaàe Royle, sont dans le Bengale et FÀMam (W.-W. Hunter, A itatiêtieal aecount oj Bemgalj vol. XX).

^^ Le marier de la variété lattfoUa a été aussi décrit sous les noms de Monu muUicatdiê et de Morus chinenêU. — Baden H. Poweil dit que, au Panjab, les feuilles du Manu Chmenm sont préférées par les vers à soie.

t*) Nole$ on the nlkvDormê ofhdia, 1869, p. /i3.

Le ver à soie est-il aussi indigène ^'^ ? Gela est plus incertain. Il faut toutefois distinguer.

Le capitaine Hutton a découvert au nord-ouest de Tlnde, à Simla, à Mussouri, à Alniorah, une espèce annuelle à cocon blanchâtre, qui, dans cette région montagneuse himalayenne ^^^ vit à l'état sauvage sur le mûrier sauvage, et est très abondante: c'est le Bombyx (ou Theephila) Hultoni de Westwood ^^^; la chenille est jaune, tigrée et a de longues épines recourbées. Cette espèce est positivement indigène ; il paraît qu'elle a été jusqu'à présent rebelle à la domestication. Ce n'est pas le véritable ver à soie. Des cocons semblables à ceux du Tlieophtla HutUmi, différents de ceux du Tlieophtla mandarina, filés par un ver sauvage du mûrier, ont été trouvés en Chine, dans la province de Tché-kiang, non loin de Hou-tchéou-fou ; on n'a pas encore acquis la certitude qu'ils ont été faits par le The<^hila Huttoni

L'espèce qui est la plus répandue est appelée dans l'Inde dessi polou (ver indigène) ou chota polou (petit ver); c'est un ver polyvoltin à petit cocon d'un jaune d'or : le Bombyx fortunattu de Hutton ^*^. Cette race est élevée dans le Bengale; elle est, dit-on, semblable à celle qu'on trouve dans l'An-nam et la Cochincbine française. Le dessi polou est le plus anciennement connu, et c'est le ver qui a été soumis le premier à l'élevage domestique. On en obtient de trois à cinq récoltes par an, mais aujourd'hui, au Bengale, tous les vers polyvoltins, même ceux dont les générations peuvent être les plus nombreuses dans l'année, ne donnent que trois récoltes principales. Ces éducations, ou les saisons pendant lesquelles on les fait, sont appelées bunds et se succèdent comme il suit : le bund de novembre dure du i* octobre à la fin de février; le bund de mars, du i^ mars au

^') Rosa a dit que le ver à soie élail à Tétat sauvage et vivait à Tair libre à Geylan DeUa porpore, p. 39). Il ne parie certainement pas du ver du mûrier.

^') Depuis le Gange jusqu*au delà du Satlej, diaprés Huttoo.

^^) Le dessin colorié de la chenille du Theophila Huttoni est dans les TranêacUonM of ihe Enlomological Society of London, 3' série, vol. II, pi. ix, n* A. (Voir les TranêoctioM, 3' série, vol. I, p. 3i/î et 3i5; vol. 11, p. 3t8 à 399.)

(«) The Traniociioni of ihe Entomoîogical Society tf London, 3' série, vol. I , p. 3 1 3; vol. II, p. 3] 9, pi. XIX, n** 3.

3o juin; ie bund de juillet ou harsat, du i*' juillet à la fin de septembre. La récolte la meilleure est celle de Téducation faite dans la saison d'octobre à février, et la soie a le plus de prix. Le produit est le moins bon dans la saison pluvieuse, dans le htmd de juillet à septembre.

Autrefois, on faisait ordinairement cinq éducations du dessi polou dans l'année, et on les appelait les bunds d'octobre, de novembre, de mars, d'avril et de juin. Les deux dernières récoltes étaient les plus faibles ^^\ Nous savons par J. Ovington, qui a publié ses observations sur la nature des vers à soie de l'Inde, comment rélevage était conduit au xvii*" siècle. Les éducations étaient au nombre de six : ïaggoued bund, en novembre et en décembre; le maug, en janvier et en février; le cheita, en février et en mars; le sauk, en avril et en mai; Yassoree, en mai et en juin; le sowaud, en juin et en juillet. La meilleure soie était obtenue de Vaggoued bund, et les bund» se succédaient dans l'ordre suivant quant à la qualité des cocons : le cheita, le aowaud, Yassoree, le sauk; le maug fournissait les cocons les moins bons^^^.

Ouékaki-Morikouni a consigné dans son livre une légende, sous la forme d'une allégorie, d'après laquelle, d'un te ancien empire du milieu de l'Index, serait venue au Japon une jeune princesse aux cheveux d'or qui fut changée à sa mort en chenille à soie ^^\

Ce royaume du milieu de l'Inde, le Mad'hyadés'a en sanscrit, il est difficile de dire dans quelle partie de l'Inde il était situé. Suivant les uns, il comprenait la région centrale de l'Inde, située entre Kouroukchétra , Allahabâd, l'Himalaya et les monts Vindya, dont on a formé les provinces actuelles d'Allahabâd, d'Agra et de Delhi, l'Oudh et le Béhar ^*^ 11 faut le chercher, suivant d'autres, dans les provinces du Nord-Ouest et l'Oudh. Que ce soit l'une ou l'autre contrée, il importe peu ; la chaleur y est si forte pendant huit mois de Tannée qu'il n'est pas probable que le

(^) Geoghegan, Silk in India, 1 879 , p. 1 s.

^') J. Ovington, A t^yage to Suralt^ in the year i68g, 1C96, p. 699 à 606. ^'^ Yo-êan-firok , p. 98 à 96.

^*) Foë Kimëki ou B.4atûm de» royaumeê bouddhiqwa, traduit par AbeURémusat, i836, p. iSy et '960.

ver à soie du mûrier puisse y avoir été à l'état sauvage ou y avoir fait l'objet des premières éducations. A supposer même que les monts Viudya aient appartenu au Mad'byadés'a , il est à remarquer que, dans cette chaîne de montagnes, on na pas trouvé de vers à soie et qu'aucun élevage de ces vers n'y est fàit^^^

On a pensé que cette chenille indienne à cocon jaune était le dessi poIou^^K Le capitaine Hutton a prétendu, il est vrai, que cette espèce n'a été apportée dans l'Inde qu'entre 1820 et i83o(^^ Il a invoqué une déclaration qui a quelque valeur et qui ne se rapporte à aucune espèce déterminée. Un éleveur du Bengale a écrit, il y a une soixantaine d'années: «Nous avons tiré de la Chine un ver à soie polyvoltin (a monthly silkworm), . . . Vingt-cinq jours après l'éclosion des vers, j'avais les cocons dans mes bassines; quatre ou cinq jours plus tard, les chenilles d'une nouvelle génération étaient sur mes claies ^^\ » L'assertion que l'introduction des vers polyvoltins dans l'Inde est aussi récente est contredite par d'autres témoignages; il est à remarquer que, en 1771, le Gouvernement du Bengale fit venir de Chine des vers à soie {a quantily of ihe China worm^^^) «pour améliorer la race des vers du Bengale v , et ces vers chinois étaient d'une race polyvoltine.

D'autre part, l'opinion s'est produite dans l'Inde (elle a été exprimée d'abord par Atkinson, de Jongypore), à la fin du siècle dernier, que le desti polou avait été apporté d'un pays de l'Est, de l'An-nara ou de la Birmanie, et qu'on ne l'aurait acclimaté dans les basses terres orientales, dans les vallées du Brahmapoutra et du Gange et dans la contrée située entre ces deux fleuves, que

(') On n'élève pas aujourd'Jiui de vers à soie dans Tlnde centrale (Major générai Sir John Malcolm, A memoir of Central India, 1880).

(^) 11 n'est {MB douteux pour nous, et nous Favons déjà dit, que le premier ver à soie introduit dans Tlnde était un ver annuel , très probablement le ver du Cachmyr.

(^) Gapt. Thomas Hutton, Note» on the eUkworme oflndia ( The Journal ofthe Agricullural Society of Jndia, vol. XI, part J, 1859, p. i3).

(*) Cette lettre, publiée dans The Annal» of Agriculture de Young, a été reproduite par Kirby et Spcnce (Introduction to Entomohgy, vol. I, p. 335).

(^) Le Bombyx »inen»i» actuel, ver polyvoltin, est issu des vers chinois de 1771 ou de ceux que Frushard et le capitaine Kyd apportèrent un peu plus tard (de 1781 à 1788, d'après Alkinson).

parce que celle région différail peu du pays d'origine. M. J. Geoghegan, l'auleur de l'ouvrage ie plus complet qu'on possède sur l'industrie de la soie dans l'Inde ^*\ incline à penser que le dessi polou esl venu de l'Assam^^^ Cette autre ihèse a été soutenue que celle chenille est d'origine chinoise el que les caractères spécifiques qu'elle présente sont le résultat du milieu nouveau dans lequel elle a vécu pendant plusieurs siècles. Le Bombyx farttinatus (le dem polou) est-il en Chine? Nous n'avons pas encore appris qu'il y ait été observé ^^K

Retenons ce fait qui, au point de vue de l'acclimalation dans l'Inde, a un intérêt évidenl : A une époque reculée, une race de vers à soie jaune existait, une légende japonaise nous l'apprend, dans la région encore indéterminée qui parait avoir été la partie nord-occidentale de l'Inde, et l'auteur de Y Histoire de la soie, M. E. Pariset, estime que celte race indienne s'esl répandue en Chine, dans les provinces de Sse-tchouèn et de Kouang-loung ^^^. Peu importe ce que celle espèce esl devenue; il nous suOil qu'elle ail été, à un moment donné, propre à cette région. Le capitaine Hullon, si attentif aux origines el aux migrations des races, ne parait pas avoir entrepris de restituer aux provinces du nord-ouest de l'Inde celte espèce de vers à cocons jaunes, dont le pays d'origine était si voisin, qui était peul-étre même originaire de ces provinces. Toutefois il est difficile d'admetlre que l'espèce indienne polyvoltinc h cocons jaunes soit la même qui esl élevée dans le Sse-tchouèn et la même qui est élevée dans le Kouang-toung. L'espèce du Sse-tchouèn est annuelle (bivoltine en de rares localités, el cela n'est même pas certain); l'espèce du Kouang-loung esl poly voltine. Si , ce qui n'est pas probable , l'espèce indienne a été portée en Chine, elle l'a été dans le Midi,

^'^ Some account ofiilk in Jndia, elc.

^^) Some accotmt ofgUk, i**' édilion, p. iG.

^') M. Liotard n^a rien dit dans son ouvrage de Torigine du deui polou (le Bombyx foriunatuM de Hutlon).

^^) Hùtmrêde la 9oie, t. I, p. 77. — M. Pariset est d^avis que le ver â soie jaune esl originaire des montagnes qui entourent la mer Caspienne. Il est certain qu^on le connaissait en Perse au vu* siècle de noire ère. Cette chenille à cocon jaune a-t-^lle été portée des montagnes de la mer Caspienne dans Plnde ou de Tlndc en Perac?

dans la province de Kouang-toung. Si l'espèce indienne est originaire de ia Chine, elle a dû venir du midi de l'Empire du Milieu, du Kouang-toung.

Nous dirons à ce sujet que i'ëlevage des vers à soie avait déjà de l'importance au moyen âge dans les vallées du Gange, car, dans le premier tiers du xiii* siècle, les fabricants de Lucques faisaient emploi de soie du Gange [Seta Gangta) ^^\ Cette soie du Gange, du Bengale, devait être la soie jaune produit d'un ver polyvoltin, et il n'est pas improbable que ce ver ait été le deui polou.

Nous venons de parler d'une race indienne que la Chine aurait reçue ; revenons h la race chinoise.

La race chinoise, dont on a dit que les races indiennes sont issues, existe-t-elle dans l'Inde en y ayant conservé le type primitif, et, si elle y est, dans quelle province est-elle élevée?

Et d'abord, y a-t-il eu, à une époque lointaine, introduction voulue d'une espèce chinoise? On l'assure, on ne l'a pas prouvé.

Un indianiste, M. Gorresio, a exprimé l'avis que «la soie était connue dans l'Inde plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, et qu'elle était un produit indigène 79, tiré d'une espèce très rapprochée du ver à soie domestique ^^^. D'après M. Gorresio, le mot sanscrit kavséya signifie soie, et ce mot se trouve dans les écrits les plus anciens ^^K

M. Hauvette-Besnault, professeur de sanscrit à l'Ecole des hautes éludes de Paris, nous a présenté è ce sujet les remarques suivantes :

Le mot kâtiçéya est un adjectif et signifie «fait de soie??; pris substantivement ou neutre, il désigne un (( vêtement de soie 9. Kâuçéya vient de koça, enveloppe, gaine, fourreau et quelquefois cocon, mais le nom ordinaire du cocon esikrimikoça, «gaine, en-

^') T. Bioi, Su i Lucchen a Venezia, s85/î, p. hS et &6. — S. Bongi, Délia nnfrcaiura dêi Lucchen nei êecoU nu e xtv, s' édition, p. /îi.

^') La lettre dans laquelle M. Gorresio a exprimé son opinion (en 1869) a été insérée par M. E. Pariset dans le bel ouvrage que celui-d a écrit sur YHûlaire de la soie, L I , p. s6i à 363.

^^) Le livre de la loi de Manou a été écrit, dit-on, vers le xiii* siècle avant notre ère.

veloppe du ver». Le mot composé krimUcoça-uttha, ce provenant de Tenveloppe du ver», signifie «fait de soie», comme kâuçéya, mais il n'est jamais employé substantivement.

Le ver à soie était appelé , en sanscrit, koçakâra, «qui fait un cocon», et, dans certains cas, koçakâra-fdta , «insecte faisant un cocon», car koçakâra seul signifie aussi «qui fait un fourreau». Dans le drame de Çakountala, dont l'auteur vivait entre le i'' siècle avant J.-G. et le vi** siècle après J.-C, le tissu de soie est appelé Tchina-amçula, «étoffe de Chine».

Ainsi les mots qui servent à nommer le ver à soie et la soie dérivent de koça, qui a le sens générai d'enveloppe ou de fourreau : la langue sanscrite n'a pas de mot qui soit propre à la soie, qui désigne exclusivement cette matière. La formation savante de tous les mots composés qui précèdent prouve que le ver h soie, la soie, le tissu de soie, n ont pas été connus dans l'Inde à une époque reculée, que l'industrie de la soie (production et tissage de la soie) a été introduite tardivement dans l'Inde.

Les tissus de soie étaient en usage dans l'Inde avant l'ère chrétienne, dans ces temps reculés, quelle qu'en soit la date, où le Mahabahrata et le Ramayana ont été composés; cela est acquis.

Les tissus de soie dont il est parlé dans les poèmes sacrés ontils été faits dans l'Inde? Gela n'est pas impossible, mais cela n'est pas probable. Les expressions Tchina^miçuta, Tchîna-^vastra, font supposer que les étoffes de soie dont on se servait autrefois dans l'Inde, dont on vante, dans plus d'un passage des anciens livres, la richesse, la finesse, l'éclat, venaient de la Chine ^^).

Il convient toutefois de rechercher si, à supposer que ces étoffes aient été faites dans l'Inde, ia matière première, la soie, avait été produite ou recueillie dans l'Inde, si celte soie était celle de vers du mûrier domestiques ou celle de vers sauvages, si elle était tirée ou filée.

D'après ce qu'on sait des vers du mûrier qu'on élève dans rinde , il semble qu'aucun d'eux n'est indigène ^^\ que l'introduc-

^^^ On trouve dans les gloses Texpiication suivante : « Tehina deçà chava, qui vient dn pays des Tchtnas.T) C'est le v$$tii Serica des Latins.

^*^ T.-W. Helfer regardait le Bon^x du mûrier comme ayant été introduit dans

tion de f insecte, h Bombyx du mûrier, de quelque pays qu'il ait été apporté, remonte à une époque peu éloignée. Le D^ Forbes Royie et le capitaine Thomas Hutton étaient de cet avis. M. L. Liotard, qui est le mieux placé pour recueillir tous les témoignages et les résultats de toutes les recherches, ne pense pas non plus que le ver à soie soit indigène et hésite à se prononcer sur le degré d'ancienneté de chacune des espèces de l'Inde. Tout autre est l'origine de VAntlierœa mylitta; cette espèce est incontestablement originaire de l'Inde, et c'est de sa soie que les Indiens se sont vêtus, on peut le dire, de temps immémorial.

Le marchand grec auteur du Périple de la mer Erythrée ne parle de la soie de Flnde que comme d'un objet de commerce apporté par terre d'un pays à l'Est, dans lequel pays on reconnaît facilement la Chine. Ce marchand écrivait entre les années 80 et 89 après J.-C. (J).

t Hiouèn-thsang, qui a voyagé dans l'Asie centrale et dans l'Inde

dans le deuxième quart du vu" siècle, qui a traduit du sanscrit les * notices de ces contrées et les a complétées par ses propres obser-

vations, n'a signalé qu'au Khotan la production de la soie, et cependant il a eu soin de parler des cultures et de l'industrie I de chaque royaume. 11 dit que : «Ils (les habitants de l'Inde)

L portent des vêlements de kiathche-'ye 7t;Sianis\RS Julien a re-

I gardé kiao^he-ye comme l'équivalent chinois de kâuçéya, et l'a tra-

> duit par «la soie de vers à soie sauvages ^^^ 37. Parmi les arbres et

f les produits de l'Inde, Hiouèn-thsang ne cite ni le mûrier ni la soie.

I Schebâh-eddin Abou'labbas Ahmed, de Damas, écrivant au

I xiv" siècle le curieux ouvrage qu'il a appelé Voyages des yeux

' dam les royaumes des différentes contrées ^^\ a dit qu'on trouvait le

1 rinde {Mémoire $ttr Ui vers à saie indigènes de VInde, dans les Annales des sciences

I naturelles, 9' série, t. XI, iSdg, p. iUô).

\ (^) Periplus nutris Erythraei. Geographi Graeci minores, édition de G. Muller, vol. I,

i855, p. 988, 993 et3o3.

I (*) Si^u-ki. Mémoires sur les contrées occidentales, traduils du sanscrit en chinois, en

* Van 6ù8,par Hiouèn-thsang, et du chinois en français par Stanislas Julien y t. F, p. <i8.

. — Le Si-yu'ki a élé rédigé par Pièn-ki et publié sous la dynastie des Tbang.

(^) Mésalek alabsarji Mémalek alamsar. ( Voir Notices et extraits des manuscrits de \ la Bibliothèque du Roi, l. XIII, 1" paHie, i838, p. 17^ et i83.)

mArier (Jirsad) dans l'Inde, mais, énumërant les productions de ce pays, il n'a pas fait mention de la soie. En ce temps-là, le sultan de Delhi occupait huit mille ouvriers à tisser la soie et l'or, et recevait en outre des étoffes de soie «de la Chine, de l'Irak et d'Alexandrie " ; il recevait aussi des soies des mêmes contrées.

Nous ne reviendrons ni sur le dessi pohu, ver polyvoltin ù cocon jaune dont l'introduction dans l'Inde ne doit pas être bien ancienne, ni sur le ver à soie jaune de la légende japonaise qui est probablement perdu. Hiouèn-lhsang, parlant des habitants du royaume de Tse-kia (le Panjab), dit qu'ils se vêtent ce d'étoffes qu'on appelle kiaa-che-ye7)^ d'un blanc éclatant ^^); voyons quels sont les vers qui filent la soie blanche dans l'Inde.

Les anciennes races chinoises sont annuelles, à cocons jaunes (donnant probablement aussi des cocons blancs). Deux espèces annuelles sont dans l'Inde, et sont de provenance chinoise, d'après une tradition qui est, non pas de source indigène, mais de source européenne. C'est le Bombyx mari et le Bombyx textor.

Le capitaine Hutlon a vu, au nord du Panjab, le Bombyx morik soie de couleur jaune d'or en état de liberté; cependant il a affirmé très nettement que cette espèce est d'origine chinoise. Si le Bombyx mori n'est pas indigène, ce que nous pensons également, il est entré dans l'Inde par le Nord-Ouest, apporté, soit directement de la Chine, soit plus probablement d'un de ces états de l'Asie centrale qui ont été les premières étapes de la marche du ver h soie vers l'Occident. Le pays de Kbotan , qui est au nordouest de celui de Cachmyr, possédait le mûrier et le ver à soie de Chine au iv*" ou au v* siècle ^^K

Dans ce temps-là, suivant Hutton, le Bombyx mori produisait un cocon jaune. Du reste, il n'y a pas lieu d'attacher une grande importance à la couleur de la soie, qui dépend souvent du climat,

^*> Le royaume de Tse-kia (Tchéka) était situé entre riravali (le Ravi) et le VipàçA (le Beîah). — Higtoire de la vie de Hiouèn-Uuang et de h$ voyage$ dan$ Vlnde, depui» Van Gag jiuqu'en 6â5, par Hooî-ii et Yèn-thson};, traduite par Stanislas Julien, i853, p. 658. Si-yu-ki. Mémoire» $vr les Contrée» occidentale»^ t. I, p. 189.

(') Hiouèn-tli8an{; a rapporté, dans le Si-yu-în, le récit de Tintroduclion du ver A soie au Khotan qui est due à une princesse cbinoitie donnée en mana(];e au roi de oe pays {Mémoires »ur le» Contrée» occidentale», t. II, p. 987 à n88).

de Téducation et de l'état de la santé des vers^'^ Quoi qu'il en soit, ce ver annuel, qu'il soit indigène ou qu'il soit le ver du Ghantoung, du Tehé-kiang, du Cachmyr, du Khotan, est resté en quelque sorte oublié au nord-ouest de l'Inde, et le champ de son acclimatation y a été bien étroit. Il n'a été l'objet d'éducations que dans les provinces du Nord-Ouest, au Panjab^^^ et dans le Gachmyr, et Hutton a établi qu'il n'a jamais pu être élevé dans les terres basses et chaudes du Bengale [lowland Gangetic provinees). Hutton regarde le ver du Gachmyr conmie étant le véritable Bombyx mori, le Bombyx du mûrier du nord de la Ghine, de l'Afghanistan et de la Perse ^^\

L'espèce qui était au nord du Panjab depuis une date inconnue est probablement perdue ; elle donnait une belle soie. Elle a été remplacée par les produits d'œufs de diverses provenances»

Disons en passant que, dans le Gachmyr et dans quelques localités du Panjab et des provinces du Nord-Ouest, la nourriture est donnée aux vers en rameaux de mûrier, comme en Turquie.

Le Bombyx textor de Hutton, le baro polou (grand ver), est aussi un ver annuel; il est plus petit que le Bombyx mori. Il construit un cocon blanc, d'un blanc pur^^^ plus petit que celui du Bombyx mori, et ce cocon est d'ailleurs différent quant à la forme et à la tissure ^^'. Il est en général pointu à chaque bout; il est un peu mou, la soie n'est pas serrée étroitement, et l'on dit

(') crLe boro polou du Bengale (le Bombyx textor), qui, au Bengale et en Chine, produit toujours {(u a rule) des cocons blancs, donne, quand il est élevé dans le climat plus froid de Mussouri, presque tous cocons jaunes; trouver un cocon blanc parmi les cocons des vers à soie {Bombyx mori) du Gachmyr est véritablement un fait exceptionnel (Capitaine Thomas Hutton, On the rewnion» . . of th$ tilkworm; Tranêoctionê ofthê Entomological Society o/London, 3' série, vol. U, p. i56).

W Baden Powel a observé à Chahpur, dans le Panjab, une espèce annuelle, dont les chenilles étaient, le quart à robe noire, les trois quarts à robe blanche. Les cocons étaient jaunes, jaune paille, blancs. Cent vers à robe noire donnèrent 6 onces 990 grains (i86 gr. 95) de cocons, et cent vers à robe blanche, 7 onces s 90 grains (919 gr. 59) de cocons {Hand-book 0/ the économie productt of the Punjab, vol. I, p. 176).

^') Notée on ihe eilkworme ofindia, p. i3 et lâ.

(*) Le Bombyx texlor file rarement des cocons jaunes ( The Tranioetione 0/ the Entomological Society qf Lotidon, 3* série, vol. I, p. 3i6 ; vol. II, p. 3i 1).

(^) Frédéric Moore, On the Aeiatic êiUc-producing mothi.

qu'elle a relativement peu de grès. Un assez grand nombre de vers ont la robe noire. On a tiré cette espèce de Chine : Hutton dit qu'elle vient des environs de Nan-king, et M. Liotard la mentionne comme étant élevée dans le midi de la Chine. Elle est, d'après le capitaine Hutton, l'objet d'éducations en France et en Italie, produisant plus de cocons jaunes en France qu'en Italie ^^^ Nous avouerons que nous n'avons pu voir, ni en France, ni en Italie, ni en Chine, le Bombyx textor de Hutton, et nous rappelons une fois de plus que la détermination scientifique des espèces domestiques n'a pas encore été faite.

Le Bombyx textor est élevé dans plusieurs parties de l'Inde, entre autres au Bengale, dans l'Assam, où il porte le nom de grand pât^'^\ Autrefois (au commencement de ce siècle) il était élevé presque partout dans le cercle de Kassim bazar, et on l'élevait aussi dans les districts d'Hurripal , de Jongpour, de Radnagour, etc. Cette espèce est moins répandue aujourd'hui; les éducations ont lieu principalement dans les districts de Mourchidabad et de Midnapour ^^). On a récolté à Dimbula, dans l'ile de Ceylan, des cocons allongés, chargés d'une soie très blanche, du Bombyx textor.

Si nous en croyons plusieurs bons juges en cette matière ^^), le horo polou n'aurait été apporté dans l'Inde qu'au commencement du xvnf siècle, vers 1710. Quelle qu'ait été l'époque de son introduction, il paraît certain que celle-ci ne remonte pas à une date bien ancienne. Nous devons ajouter que, quoique n'étant sous le ciel de l'Inde que depuis moins de deux siècles, le Bombyx textor a dégénéré , qu'il s'est affaibli au point qu'on prévoit l'extinction de cette race, le climat des districts dans lesquels ont lieu les éducations lui étant contraire et les graines ayant été rarement renouvelées. En même temps, les Indiens abandonnent l'élevage de ces vers délicats qui exigent plus de soins et dont le produit est plus incertain.

(') Noîe$ on thê ludion hombyddaê, 1871, p. 1.

(*) Le Bombyx textor est noarri, dans rAssam, avec les feuilles du mûrier sauvage, le aoMtit(la variélë indica).

W Geoghegan, Silk in India, 1879, p. 11 et 17. ^*) Le capitaine Speed , Atkinson , de Jongypore.

mrilUKBIl RATIO^ALC.

Le Bombyx textor est annuel partout dans l'Inde. Cependant il donne , d'après le capitaine Hutton , une seconde récolte la même année, quand il est élevé dans certaines conditions de température, mais seulement, à ce qu'il parait, après un changement de climat et pendant la période de non-acclimatation ^^\

Il parait que, dans le passé, les races de vers à soie annuelles ont été l'objet d'éducations plus nombreuses, ont même été, dit-on, les seules qui fussent élevées; cela est possible, mais c'est que, dans le passé, la sériciculture était exercée surtout sur les versants méridionaux de l'Himalaya, particulièrement au Nord- Ouest: le climat y est tempéré, le mûrier y est k l'état sauvage, plusieurs variétés du mûrier y abondent. Le D' J. Forbes Royle a rappelé ce fait plus d'une fois.

Ces conditions favorables, le souvenir de ces temps éloignés oik l'industrie y avait été florissante, ont décidé à entreprendre à plusieurs reprises des essais dans ces régions; ceux du capitaine Thomas Hutton ont le plus attiré l'attention. Les mêmes essais ont été faits en même temps à peu près partout; les résultats, très inégaux , n'ont pas été heureux en fin de compte. Les essais n'ont pas été absolument abandonnés, et ils ont été repris, depuis 1879, par une des plus grandes maisons d'Angleterre, MM. Lister et C", de Bradford, qui les conduisent avec vigueur, à ce qu'il paraît, tant dans la vallée de Dhéra Doun que dans les districts de Gourdaspour et de Kangra^^^ Les éducations ordonnées par M. Lister sont faites avec les vers annuels, principalement de races de la France, de l'Italie et du Japon ^^\ Le Gouvernement a, cette fois, moins épargné les encouragements : il a donné des concessions de terres et consenti à des remises d'impôt; il a dis-

(') On the menion and restoratûm of the nlkœorm ( The Tranêoetiong of thê Enîamological Society of London, 3' série, vol. Il, 186&, p. iâ5, 3i6 et 317). — Le BonAyx mori est, dit^on, bivoltin dans les mêmes conditions.

^*) La vallée de Déhra Doun est traversée par la route de Saharampour â Mussouri, à ta hauteur de 900 mètres, dans la division de Mirât, des provinces du Nord- Ouest; le Gourdaspour et le Kangra sont, le premier, dans la division d^Amritsir, le second, dans la division de Zallandar, du Panjab. On cultive le thé dans ces terri* toires (David Ross, Thê Land ofUiefve rivert and Sindk, i883).

(^) L. Liotard, Mémorandum on silk in India, part /, p. 3ià3â, &ià &5.

tribué des plants de mûrier et des œufs de vers à soie, il a ouvert des concours.

•En résume, les espèces à cocons blancs sont, comme les autres, étrangères à Flnde. Si le Bombyx mort (une variété à soie blanche) est indigène, il était caché dans quelque haute vallée de l'Himalaya, et il a toujours été rare. Il est peu probable que ce soit lui qui ait filé le kauséya blanc que Hiouèn-thsang a signalé au vu* siècle dans le Tse-kia (le Panjab). Mais on trouve en abondance, précisément au nord-ouest de l'Inde, à Mussouri, à Simla, à Almorah, un ver sauvage du mûrier, très robuste, dont la soie est blanche, fine et assez belle, c'est le Theophila HutUmi de Westwood, espèce que Hutton n'a jamais pu soumettre à l'élevage. La soie blanche du TheophUa HutUmi peut bien être le kauséya blanc de Hiouèn-thsang, et ce kauiéya, obtenu probablement de cocons percés, avait dû être filé au fuseau. Stanislas Julien a traduit l'équivalent chinois ktao-che^ par soie de vers è soie sauvages ^^\ «le caractère yèh, quoique pris k raison de sa valeur phonétique, ayant le sens de sauvage t).

Puisque nous venons de nous occuper des vers annuels, nous devons faire mention de la sériciculture dans le Cachmvr. Elle dépendait entièrement, avant 1 869 , du maharadjah ; elle est libre à présent, et des améliorations ont été introduites dans les éducations et la filature. La production est faible. Voici ce qu'elle a été, d'après les rapports officiels, dans le Cachmyr et le territoire de Djam-mou ^^^ :

Production des cooons frais.

n aorgiM, m» ai.

De 1869 h 1871 33,ooo kilogr.

De 1872 à 1876 aa8,ooo

De 1877 h 1881 87,000

En réalité, ce sont des vers polyvoltins qui ont filé pendant

<^> Ces Yen sanvages ne sont pas ceux qui sont les plus connus et dont aucun ne file une soie Manche.

^*^ MemcnmduM on tilk in India, part /, p. 54 et 55.

une longue suite d'années et qui filent encore la soie des cocons de rinde ^'\

En fait, c*est dans des terres basses et chaudes, dans des milieux tout à fait différents de ceux oii ont lieu les éducations en Chine, au Japon, dans le Levant, en Italie, en France, que les espèces se sont acclimatées et que tout le travail séricicole est accompli. Les espèces dont il s'agit ^^^ sont : le dessi ou chota polou [Bombyx foriunaius de Hutton), ver polyvoltin, à cocon d'un jaune d'or^^^; le Sina polou ou Tchina polou [Bombyx «nensis de Hutton), ver polyvoltin, à cocon blanc, jaune ou blanc verdâlre ^'*^ ; le nisiri ou madrassi polou [Bombyx Crcesi de Hutton), le petit j9a^ de TAssam, encore un ver polyvoltin, à petit cocon d'un jaune d'or, dont il y a, dit- on, trois variétés -^^ I^e Bombyx Arracanensis de Hutton, ver polyvoltin, a été apporté, à ce qu'il paraît, de la Chine dans l'Arracan par la Birmanie; ce ver est peu connu ^^^ Nous savons, par M. L. Liotard et par M. L. Vos-

^*) On fait, dans Tannée, plusieurs édacations et Ton obtient plusieurs récoltes, jusqu^à huit ou neuf, mais on s^en lient généralement à trois ou quatre. La récolte faite dans la saison froide (d'octobre à février) donne la meilleure soie.

(^) On trouve ces espèces décrites dans un mémoire du capitaine 'Thomas Hutton : Nûtei on the Indian bombycidae, 1871.

(^) Le dessin de la chenille du detti polou est dans les Transactions de la Société entomologique de Londres, 3' série, vol. Il, pi. xix, n"* 3.

^*) The Transactions of the Entomoloffical Society of London , 3' série, vol. I, p. 3i3, et vol. II, p. 3i3 à 317.

(^) Le Bombyx Crœsi donne de sept à neuf récoltes par an au Bengale. Il est nourri, dans PAssara, avec les feuilles dn mûrier sauvage, le nou ni (la variété indica) (The Transactions ofthe Entomological Society o/London, 3* série, vol. î, p. 3i3, et vol. II, p. 3i9). — L'origine étrangère de cette espèce o^est pas douteuse; on Tappelle madrassi polou (ver étranger).

(^) The Transactions of the Entomological Society of London, 3* série, vol. II, p. 3i3. — Le cocon du Bombyx Arracanensis est de grosseur moyenne ; la soie est forte et de bonne nature. — M. L. Vossion, consul de France à Rangoun, a fourni, dans un rapport écrit en 188/1, des renseignements sur cette espèce. Ce ver est domestique; il est regardé comme propre à la Birmanie anglaise. Il est nourri avec la feuille du mûrier, et quelquefois avec la feuille du Broussonetia papyrifera, quand la première manque. Quand le Bombyx Arracanensis n^a mangé que les feuilles de Broussonetia, la soie est de qualité inférieure. Il y a une race à cocons jaunes et une race â cocons blancs; les cocons blancs sont les meilleurs. L'élevage et la filature sont faits sans soin; la soie obtenue est grossière, mal tirée, et ne sert que pour le tissage local {Bulletin du Ministère de l'agriculture, année i885, p. 1 13 et iiâ).

INDE. 3â5

sion, consul de France à Rangoun, qu'on récolte des cocons jaunes et des cocons blancs du Bombyx Arracanenm.

Dans TAssam, les vers annuels sont élevés, ainsi que les vers polyvoltins; pendant longtemps, on n'a pas su exactement à quelles espèces les rapporter. Mais, avant de dire ce que nous savons d'eux, nous ferons remarquer que les éducations de ces espèces ont trop peu d'importance pour que la soie de cette provenance ait quelque intérêt pour le commerce. Ces éducations ne peuvent être entreprises dans l'Assam que dans un petit nombre de localités, et Ton s'accorde à dire que la soie obtenue revient à un prix trop élevé ou représente une somme de travail supérieure h la valeur du produit.

Les vers du mûrier de TAssam sont appelés pât. 11 y en a deux espèces : l'une est annuelle et l'autre est polyvoltine^*^

Le grand |?a/^ le boro polou, connu aussi sous le nom de khemia (lent), à cause du long temps que les œufs passent sans éclore, est un Bombyx à quatre mues. Le colonel Agnew a vu en lui, en 1869, le Bombyx mort; le capitaine Hutton, en 1870, l'a regardé comme étant le Bombyx lextor. M. E. Stack, directeur de l'agriculture de l'Assam, qui a écrit un mémoire sur les vers à soie de l'Assam^^\ est de l'avis de Hutton^^^

Le cocon du Bombyx textor est blanc. Le cocon du grand j^a^ de l'Assam est jaune vif^'*^ mais la soie de ce cocon jaune devient parfaitement blanche, après immersion dans une dissolution alcaline bouillante (E. Stack, p. 9). Cette soie blanche était très estimée; elle l'était tellement autrefois, au temps de l'indépendance de l'Assam, qu'elle était réservée au roi et aux seigneursdel'étatd'Ahom.

^') Thomas HugoD a donné peu de renseigncmcnU sur ces deux espèces, qu^il ne regardait pas comme indigènes dans TAssam; elles venaient, d'après lui, du Bengale (Obiervationê sur let vers à soie et stcr Ui toie$ de la province d'Âniam , dans les AnnaUe de» MCtencêâ naturelle», a' série, t. XI, 1839, p. ]55 à i58).

(*) Le mémoire de M. E. Stack, intitulé Silk m A»»am et daté du 99 février iSSâ , est plein de fails qui paraissent bien observés et qui sont exposés avec précision. Nous lui ferons de nombreux emprunts.

t^) M. Geoghegan ne s^est pas prononcé. (Voir sa notice du grand pdt dans SUk in India, 187a, p. 17.)

^*) Le cocon du grand pdt est certainement jaune; M. W.-W. Hunter donne aussi relte indication.

Le baro pohu est élevé en lieux clos et est nourri avec les feuilles de la variété iWica du mûrier blanc (appelé wnmi dans le haut Assam et mchkauri dans le bas Assam). On tire de 3ao cocons un tola (il gr. 66) de soie grège, et avec les cocons percés et les déchets du tirage on file au fuseau une soie plus grossière ap* pelée lâL Cette industrie n'est guère exercée en dehors du district de Sibsagar; la caste des Joughis continue à s'y livrer comme elle Ta fait depuis une épioque inconnue, et elle fait mystère de ses procédés d'éducation et de*>^ature, comme des vers eux-mémes^^l

Le petit pil, le chatap^lou, construit un cocon blanc; la soie est moins fine et de moins bonne nature que celle du ver précédent. M. Geoghegan a rapporté cette espèce au Bombyx farttmatuê, et Hutton au Bombyx Crœsi. C'est aussi le Bombyx Crtesi pour M. E. Stack.

Ce ver est polyvoUin; on fait quatre éducations dans Tannée. La ponte des œufs a lieu principalement en décembre ou janvier, mars ou avril, juin ou juillet, septembre ou octobre. On compte par kilogramme i ,58o cocons frais ou &,5io cocons secs.

Dans nie de Ceyian, on a élevé (à Kandy, à Colombo, à Dimbula!,.à Pointenle-Galles), outre le Bombyx teslor, un autre ver annuel à cocon blanc et à cocon jaune, présumé être le Bombyx mori.

L'Inde possède six espèces du Bombyx du mûrier; on n'en a connu qu'une seule pendant longtemps. Le capitaine Hutton a découvert, décrit et nommé quatre d'entre elles.

Le produit des éducations est très inégal. Dans l'opinion commune, le rendement est, en moyenne, de 87 kilogrammes de cocons frais par once de bonne graine, mais M. Lepper, de la maison Lister et C**, qui a examiné les choses de près, ne compte que sur un rendement moyen de 98 kilogrammes.

100 kilogrammes de cocons frais sont réduits à 87 kilogr. 5oo de cocons secs, et souvent à aS kilogrammes quand les vers ont été mal nourris.

E. Stack, Silk m AsMm, p. 9.

Le rendement h la filature est, en général, de i5 kilogrammes de soie par loo kilogrammes de cocons secs; il n'est même que de 1 kilogrammes dans le cas assez fréquent où le tirage mal fait a laissé un plus grand déchet. Ces rentrées représentent i kilogramme de soie pour 6 kilogrammes de cocons secs et i kilogramme de soie pour i o kilogrammes de cocons secs^'^

En commençant ce chapitre, nous avons dit qu'on ne peut pas élever les vers à soie du mûrier dans toutes les parties de Tlnde. Le climat est, en effet, un obstacle insurmontable dans beaucoup de districts. C'est ainsi que la sériciculture n'est pas et ne peut pas être exercée dans le Béhar, l'Oudh, l'Inde centrale, le Rajputana, le Bérar, qu'elle est sans importance, malgré de nombreuses tentatives, dans les Présidences de Madras et de Bombav. Cette industrie n'est établie, dans la Présidence du Bengale, que dans certaines parties des provinces du Nord-Ouest et du Panjab , dans l'Assam, les Provinces basses et le Mysore. La production est concentrée dans cette partie des Provinces basses [Lavoer provinces)^ dont on a formé les districts de Rajchahye, de Maldah, de Mourchidabad, de Midnapore, deBirbhoum, d'Houghly, deBurdwan, de Bograh, de Howrah, de Nouddia et de Jissore. On obtient le plus de soie dans les cinq premiers de ces districts.

Il y a cinquante ou soixante ans, cette industrie était exercée sur une étendue de territoire beaucoup plus grande, principalement au Nord, dans les districts de Dinajpour et de Rungpour.

La contrée dont nous venons de tracer en dernier lieu les limites n'est qu'un point dans l'espace immense que l'Angleterre possède aujourd'hui en Asie; il faut lire dans le rapport de M. J. Geoghegan l'histoire des entreprises qui ont été poursuivies, depuis la fin du siècle dernier, dans les différentes régions de l'Inde et qui ont abouti , presque toutes , à des insuccès. Dans la plupart des cas, on n'a pas tenu un compte suffisant de la nature du climat, ou l'on n'a pas fait choix des espèces de mûrier

Page 1