‹ L'art de la soie: Les soiesChapitre 46 sur 77 · L. Liolard, Mémorandum on tUk in India, pari /, p. 6 et · texte numérisé non relu

L. Liolard, Mémorandum on tUk in India, pari /, p. 6 et

ou de ver à soie les plus propres au climat (^). Des Italiens, des Français, des Anglais, des Parsis, des Chinois, ont fait ces essais, inspirés plus d'une fois par l'esprit d'aventure. Ces expériences si diverses n'ont pas été perdues; on le voit à la façon dont on conduit celles qu'on poursuit aujourd'hui. L'Inde a tous les climats : l'éducation des vers annuels peut réussir comme celle des vers poly vol tins ^^); la réussite dépendra du milieu, des soins, du choix des graines et des mûriers. Duseigneur avait mauvaise opinion de la façon dont les éducations sont faites dans l'Inde.

Il y a, au point de vue de l'acclimatation des espèces, un point à éclaircir. Les conditions les meilleures sont réunies au Nord- Ouest, on l'a vu plus haut, et cependant Hutton, passant en revue la suite des essais antérieurs, a fait l'observation que l'élevage d'aucune des espèces chinoises, annuelles, bivoltines ou polyvoltines, n'a pu être entretenu avec succès pendant un temps assez long dans la partie nord-occidentale de Tlnde, tant dans le Panjab que dans le gouvernement qu'on appelle les provinces du Nord-Ouest. Hutton parlait des plaines de ces provinces; le Déhra Doun et les districts himalayens sont le mieux placés. Forbes Royle, de son côté, a bien signalé le champ favorable d'expérimentation offert par les dernières pentes de l'Himalaya qui sont aux confins et en plus d'un endroit du Panjab ^^\ et il a rappelé que lancienne Compagnie des Indes, qui avait encouragé, elle aussi, de nombreux essais, avait pris le parti de ne plus établir de filature au delà du â6* degré de latitude nord, à raison de la chaleur sèche du climat.

^^) Le D' J. Forbes Royle a fait à ce sujet des remarques qui ne doivent pas élre oubliées ( On Indian and colonial producU ..., R^^U on the Parié unherêal ExkibUitm , 1 855, part II, p. 217 et 9i8).

^*^ Le capitaine Thomas Hutton s^est prononcé très nettement sur ce sujet. Diaprés lui, réducation de vers des races annuelles ne peut élre conduite dans de bonnes conditions dans les provinces basses gangétiques; elle doit n^étre entreprise que dans les régions de montagnes depuis le Syihet jusqu*à Tlndus. Les races polyvoltines, propres aui climats chauds, pourraient, améliorées, donner des récoltes plus abondantes, le mûrier lui-même étant Tobjet de plus d^attenlion {Remarkê on the cultivalion oftilk in ïndia, dans le Journal of the Agricultural Society oj^lndia, New êertês, vol. I, 1869, p. 333 à 337).

^'^ Reports on the Paris univereal exhibition, pm't //, i856, p. a 18.

Beaucoup de sectateurs de Bouddha sont, dit-on , antipathiques à tout travail fondé sur la mise h mort d'un animal, c*est le cas de Tétouifement de la chrysalide. On a surtout ces scrupules dans la Birmanie anglaise et à Geylan, mais, quoiqu'il y ait, dans bien des districts, des Indiens qui s'inquiètent peu de ce respect extrême de la vie d'un insecte , il faut reconnaître que ces scrupules font réellement obstacle, dans l'ensemble, au développement de l'industrie.

Dans l'état présent des choses, avec des graines de la pureté desquelles on n'est pas sûr, avec une population qui n'apporte pas souvent à l'élevage les soins qu'il exige, avec des races de vers affaiblies, avec une culture entretenue sous un ciel si différent de celui du pays d'origine, le décroissement de la production ^'^ s'explique. La mortalité est grande dans les éducations; on l'attribue au défaut de renouvellement des graines, au manque de soins et de propreté dans l'élevage, et l'on montre encore dans plus d'une localité l'abus, d'ailleurs peu profitable, du nombre des éducations. On n'a pas signalé d'épidémie de pébrine, de fiaclierie, de muècardine, mais l'exemple du Japon prouve que ces maladies peuvent être en quelque sorte à l'état normal, sans qu'elles aient les effets destructeurs qu'on a observés en Europe. Le fait de la dégénération des espèces, allégué tant de fois, n'a pas été mis hors de doute. Il faut chercher aussi l'explication du décroissement dans des circonstances étrangères à l'Inde : l'augmentation des récoltes en Chine et au Japon» le relèvement successif de la production en Italie et en France, l'abaissement du prix de la soie en Europe, la nature particulière de la soie du Bengale qui ne la rend pas propre à tous les emplois. Ces circonstances mêmes font comprendre que les filatures à l'européenne, qui ont le débouché de leurs produits en Europe, sont plus atteintes que les filatures dites des natifs. Celles-ci ont pu ne pas souffrir des effets de cette situation difficile à raison de l'emploi de leurs produits dans les tissages indigènes; on a vu qu'elles sont entrées en concurrence avec les premières pour les

^*) Nous avons dit plus liaul que MM. Louis Payen cl C' sont d^avis que le décroissement est plus apparent que réel.

approvisionnements de cocons. Si les récoltes continuent à s'abaisser en Chine , les choses changeront dans ilnde , car il ne faut pas perdre de vue que, en i88a-i883, la consommation des soies étrangères ayant été de 890,000 kilogrammes, 710,000 kilogrammes de ces soies étaient venues de la Chine.

Si la production a peu décru dans l'Inde, l'exportation a certainement diminué. Il y a eu peut-être à cela d'autres causes (des causes temporaires) que la plus grande abondance, par exemple, des soies de Chine, que la plus grande consommation dans l'Inde. Nous présentons ci*après quelques-unes des remarques qui ont été faites.

La soie du Bengale est particulièrement propre k la fabrication des rubans de velours et à celle des étoffes h parapluies ou à ombrelles. Les hauts prix ont été dus surtout à la recherche qui en était faite pour ces emplois. D'une part, la consommation des rubans de velours a notablement diminué, et l'on a vendu par suite moins de soies de l'Inde à Saint-Etienne, à Créfeld, à Barmen. D'autre part, on tisse, k présent, avec des soies grèges et des fils de coton, les étoffes à parapluies qui étaient faites naguère, chatne et trame, de soie de Bengale ouvrée. Ainsi deux importants débouchés, s'ils n'ont pas été perdus, se sont au moins fort resserrés. De plus, depuis l'établissement des filatures à l'européenne à Canton, les soies qui en sortent et qui sont k peu près de même nature que celles dont nous parlons, ont été prises de préférence à celles-ci.

La fabrication des velours est redevenue très active, celle des velours en pièces surtout, mais on a fait un plus grand emploi des fils de scliappe. De plus, la baisse de prix qui a été générale a amené un usage plus étendu des soies de France et d'Italie, au détriment des soies de moins bonne qualité.

La demande des soies de Bengale a donc été moindre, et le prix a baissé. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il n'y ait plus de profit à élever des vers à soie dans Tlnde. Dans ces pays d'Asie où le climat permet d'obtenir plusieurs récoltes dans Tannée, où le taux de la main-d'œuvre est modique, les éducations et la filature, quand elles sont bien conduites, sont encore lucratives, dit-on,

même avec le niveau actuel des prix. On en a du reste la preuve par ce qui se passe en Chine. La filature à Teuropéenne parait avoir contre elle, dans le temps présent, autant el peut-être même plus, le resserrement de la sériciculture que le mauvais état des marchés européens.

11 vaut mieux, on l'aura observé, n'avoir pas la production concentrée en un point, ne pas récolter en quelque sorte une seule qualité de soie, cette qualité ne pouvant pas servir à tout, mais ce ne sera pas pour le Gouvernement de l'Inde l'œuvre d'un jour que de donner à la sériciculture dans cet empire la large et solide assiette qu'elle a à l'Extrême Orient. On a donné à penser que l'existence des Glatures à l'européenne pourrait être compromise, et il ne paraît pas que cette éventualité ait cause quelque alarme. D'après l'ensemble des faits, l'industrie qui est sous la direction des Européens n'est pas menacée; si elle l'était, si elle devait succomber, il est probable que, avec le cours présent des choses, la filature indienne disparaîtrait à son tour^^^

Quoi qu'il en soit, de toutes les tentatives déjà faites, il est resté des enseignements, il est resté aussi des travaux utiles : nous avons cité ceux du capitaine Hutton ; plus d'une de ses conclusions s'accorde avec celles de nos anciens auteurs. On ne tient pas assez compte de Texpérience léguée par le passé. Elle n'est pas non plus nouvelle l'observation singulière qu'Hutton a faite que, plus foncée est la coloration de la chenille et du cocon, plus vigoureux est le sujet.

Au commencement du siècle dernier, la soie de Bengale était mal filée, très irrégulière. Elle était repoussée par les manufacturiers anglais. La Compagnie des Indes entreprit d'améliorer la filature; après de vains efforts, elle se décida h envoyer au Bengale des fileurs et des mécaniciens italiens et français avec tout le matériel nécessaire. Les premières filatures furent élevées, en 1770, sur

^') Il faut lire dans Touvrage de M. Liolard (p. 99) Topinion qu^a exprimée à ce sujet le receveur de Maldah, M. R. Porch. Les maisons européennes, qui suifent avec une grande aUenlion les mouvements de la consommation , ont apporté des changements dans la conduite de leurs affaires, et ce sont elles qui se sont le plus et le mieux occupées de la filature des tusaah.

le modèle de celles de Novi. Les effets de cette réforme furent immédiats, en voici la preuve :

ImporiatioBS de soles grèges en Angleterre

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