INDO-CHINE
ciculture dans l'Inde. Le seul fait qui paraisse acquis, c'est que, aux temps les plus reculés» on filait au fuseau, au nord-ouest de rinde, les cocons de vers sauvages, et nous ne sommes pas certain que ce soient les vers sauvages du mûrier.
Les Annamites auraient introduit dans le Tong-king le mûrier et les vers tirés de la Chine, mais, dès le 18' degré de latitude nord, limite du Royaume khmer, ils auraient trouvé la population en possession de l'industrie de la soie, qui était, à ce qu*il parait, nouvelle alors dans le midi de la Chine. D'où cette conclusion que le Royaume khmer aurait reçu cette industrie d'une antre contrée et antérieurement à l'établissement de cette industrie dans le midi de la Chine ^^K
Il est difficile de discuter une question de cet ordre, quand on ne connaît pas les monuments sur lesquels ces assertions sont fondées. Tout cela nous paraît bien incertain.
Le Royaume khmer aurait reçu le ver à soie de l'Inde, mais quel ver à soie ? C'est l'espèce poly voltine à soie jaune qui est élevée généralement depuis la Chine jusqu'au Cambodge, qui est élevée aussi dans le Tong-king; ce n'est que sur les plateaux les plus élevés du Tong-king el dans la région montagneuse limitrophe de l'An-nam qu'on trouve, et en petit nombre, les vers annuels. Presque tous les vers filent des cocons jaunes.
Nous écartons donc le ver sauvage à cocon blanc de l'Himalaya (le Theophila HuUoni)^ d'ailleurs rebelle à toute domestication, et les autres espèces à cocons blancs tirées de la Chine. Nous n'avons à choisir qu'entre l'espèce inconnue de la légende japonaise et le dempolou. Celui-ci, malgré son nom [ver indigène)^ ne serait pas indigène dans l'Inde; il y aurait été introduit à une époque peu
^'} Void ce que M. Pierre a dit à cet égard : «Le mûrier et le ver a soie sont un fait de la dvilisatioD indo-européeoae. Les Annamites sont bien venus du Nord au Sud avec le ver et le mûrier, mais, dès la province du Nghé-an, c'estrâ-dire dès le 18* degré de latitude nord, ils ont trouvé cette culture chez les populations faisant partie du Royaume kbmer qui avait jusque-là ses limites. Avant que la nation annamite fût constituée, avant qu^elle appartint à la domination chinoise qui fit de cette race un peuple constitué, la dvilisalion brahmanique existait au nord de Tlndo-Ghine, c^està-dire au Tong-king, comme dans le sud de Tindo- Chine» (Isidore Pierre, lettre du i5 novembre 1878).
éloignée, et aurait éié apporté, les uns disent de la Chine, les autres disent du Royaume khmer ou de TAn-nam. L'espèce inconnue aurait vécu dans la région centrale de l'Inde (?).
Une sériciculture différente aurait été exercée simultanément en deçà et au delà du 18" degré de latitude nord; nous ignorons si réellement et en quoi l'une et l'autre différaient.
En Chine, pour la soie jaune, la sériciculture est différente. On élève, dans la province de Chan-toung et dans celle de Sse-tchouèn, le ver annuel, et, dans la province de Kouang-toung , le ver annuel, le ver bivoltin et le ver polyvoltin. Le ver du Sse-tchouèn, est venu, dit-on, de l'Asie centrale ou de la Perse, apporté par les Birmans, chez lesquels on prétend l'avoir aussi trouvé; ce serait l'espèce qu^on dit être originaire de l'Elbrouz ou de l'Hindou-kouch. Suivant nous, le ver du Sse-tchouèn doit être originaire du nord de la Chine, probablement du Chan-toung; le ver à cocon jaune du Chan-toung est indigène dans cette province et y est élevé depuis la plus haute antiquité. S'il n'est pas venu du Chan-toung, le Chan-si ou le Chèn-si, plus rapproché du Ssetchouèn, peut avoir été le pays d'origine. Le ver polyvoltin aurait passé du Bengale au Kouang-toung par le Royaume khmer ou vice versa, et c'est le passage du Kouang-toung dans le Bengale par le Royaume khmer qui est le plus probable.
Les espèces de vers à soie et les diverses races qui ont été formées par les croisements ou sous l'influence des milieux étant affaiblies, il serait intéressant de découvrir le point de départ des espèces, et, par suite, les types sauvages, mais on voit combien l'incertitude est grande pour l'Indo-Chine.
Ce que nous savons, c'est que, au x"* siècle, l'élevage des vers à soie était connu; c'est que, au xi'' siècle, la production de la soie avait assez d'importance dans i'An-nam, qu'on appelait alors le Giao-tchi, pour que le roi Thaî-to,de la dynastie des Li, traversant ses états, Ri don de soie et d'argent aux vieillards des villages ^^K
La sériciculture n'était pas toutefois répandue dans tout le pays;
^') Ed. Toda, Annam and itê minor eun'ency {Journal oj the North China branek nf the Royal Asiatic Society, New séries, vol. XVII, 1889, p. 63).